dimanche 9 décembre 2007

Texas, suite et fin, en passant par Austin

Dimanche 2 décembre (jour 193)

(Camping de Goose Bay National Park, Texas)

Dernière matinée au bord de la mer. Il faut beau et chaud, au point où Colette enfile une camisole et moi des shorts. Nous quittons le camping vers 11h00 et nous allons saluer un très vieux résident du coin, appelé Big Tree. C’est un chêne majestueux de plus de 1000 ans. Circonférence de son tronc : 35 pieds (11 m)
Diamètre : 11 pieds (3,4 m)
Hauteur : 44 pieds (13 m)
Impressionnant! Nous prenons le temps de nous recueillir quelques minutes près de lui.

Notre prochaine étape est Austin, la capitale du Texas : 650 000 habitants, une université accueillant près de 50 000 étudiants et des tas de musiciens. Nous nous arrêtons en chemin pour manger une salade dans Westy. Autre arrêt chez McDo avant d’arriver à Austin, pour aller aux toilettes, manger une crème glacée molle (Colette) et changer de chauffeur.


C’est toujours beaucoup mieux quand Colette prend une carte en mains avant que nous abordions une agglomération importante. De fait, nous allons reconnaître les lieux de mon rendez-vous de demain avec Mark Blumenthal, puis, vers 15h30, nous arrivons sans encombre au Studio 6 situé en bordure de l’autoroute 35. Nous réservons le studio, car il n’est pas prêt, et nous allons faire quelques commissions en attendant que le ménage soit fait.

Comme je sais que Mark Blumenthal parle très vite et que je veux être détendue durant l’entrevue, je décide d’acheter une petite enregistreuse digitale. Chez Office Depot, je tombe sur un vendeur qui connaît son affaire et le tout se règle en 10 minutes, après un déboursé de 60 $ environ. Nous nous rendons ensuite chez Whole Foods, car nous voulons profiter de la cuisine du studio pour nous préparer des plats. Ce supermarché certifié bio est immense! Il y a là plusieurs comptoirs de nourriture à manger sur place ou à emporter : sushis, bar à salade, pâtes italiennes de luxe, soupes et plats asiatiques, que sais-je encore.

Il y a aussi une boulangerie, une poissonnerie, une boucherie, une charcuterie, etc. Il y a même un comptoir de crèmes glacées faites sur place, comme les pains et tous les plats préparés. J’en ai le vertige! Il y a une section de vêtements et de souliers écolos et même un studio de massage. Le bâtiment est écologique, les commentaires écrits des clients sont affichés et les réponses à leurs questions aussi. Dans plusieurs rayons du magasin, les prix sont affichés de façon digitale. En fait, nous apprendrons que Whole Foods a commencé ici à Austin, que c’est la plus grosse succursale aux États-Unis et qu’elle emploie 700 personnes! Je sors de là complètement subjuguée.

Nous sommes de retour à notre studio vers 18h30. Il est presque identique à celui que nous avons loué à San Antonio et coûte 10 $ de plus. Le frigo est particulièrement bruyant et pour une raison inconnue, la connexion internet ne fonctionne pas. Hum, moi qui voulais préparer mon entrevue avec Mark Blumenthal en allant faire un tour sur le site de l’American Botanical Council, me voilà mal partie. Heureusement que l’entrevue est seulement à 15h30 demain.

Le réceptionniste me dit de contacter leur service de dépannage internet pour obtenir une assistance téléphonique. Au bout du fil, après 10 minutes de zigonnage, le technicien finit par me dire que le problème est quelque part dans le réseau de l’hôtel et qu’il va faire un suivi, ce qui ne règle pas mon problème immédiat... Colette appelle ses grands-parents et j’appelle Jessica, qui aura 24 ans demain.

Note du jour

Texte affiché près de Big Tree, le vieux chêne dans le parc de Goose Island (Lamar, Texas).

Welcome to my home,
I am a live oak tree and I am very old. I have seen spring return more than a thousand times. I can remember hundreds of hurricanes, most I'd rather forget, but I withstood. There was a big fire once. I hate fires.
Around me are my offspring. We are an old-dune woodland community. We provide shelter and acorns for squirrels, jays, raccoons, bobwhite, deer, javelina, and most other members of our community.
For most of my life I belonged only to myself. Now I belong to you, or so I'm told. Humpf! Branch breakers and root tramplers the lot of you.
Some years ago someone came and patched my cracks, trimmed my dead branches, killed my pests and healed my fungus rots. Was that you? I'm feeling much better, thank you.
I am tired now. You may leave me in peace when you are ready to go. Please leave my home as you found it. I have important things to do. The seasons are changing again and I must get ready.


Lundi 3 décembre (jour 194)

Le temps s’est considérablement rafraîchi depuis hier et ça prend une petite laine ce matin et même un coupe-vent. Comme la connexion internet ne fonctionne toujours pas dans la chambre, je vais télécharger ce dont j’ai besoin en m’installant dans le studio modèle près de la réception. Bob essaye de nous trouver un autre studio, mais le ménage doit y être fait avant. Je prépare mon entrevue pendant que Colette cuisine, lit, et regarde la télévision. Vers 13h30, un studio est prêt et nous allons le visiter avant de nous y installer : le frigo est moins bruyant, mais internet n’y fonctionne pas plus… Le gérant est là et me dit qu’un de ses employés sur place connaît bien l’informatique et va voir ce qu’il peut faire.

Nous quittons l’hôtel vers 15h00 et arrivons en avance à notre rendez-vous. La réceptionniste nous reçoit chaleureusement et nous attendons que Mark se libère. Il arrive quelques minutes plus tard, me serre la main, me hugge et salue Colette. Ce Texan végétarien porte ses 61 ans avec grâce. C’est un charmeur et un blagueur, un travailleur infatigable, entièrement dévoué à la cause des plantes médicinales et une encyclopédie sur deux pattes. Je pensais faire une entrevue d’une heure avec lui, car je sais qu’il est très occupé, mais ça ne se passera pas du tout comme ça. Il me demande combien de temps Colette et moi avons et lorsque je lui dis que je ne veux pas prendre trop du sien, il me dit qu’il n’est pas si occupé que ça.

Il nous fait d’abord faire le tour du propriétaire en nous présentant son personnel avec gentillesse et respect et en faisant une blague toutes les trois phrases. Il y a de petits jardins d’herbes médicinales, de fines herbes, de légumes et même une serre, ainsi qu’un système de récupération de l’eau de pluie. Après une demi-heure, je commence à m’inquiéter du contenu de mon entrevue, qui ne porte pas sur les jardins ou le personnel de l’American Botanical Council (ABC), mais plutôt sur les impacts concrets de cet organisme sur les consommateurs de produits naturels. Mais Mark éprouve un plaisir non dissimulé à nous présenter son royaume et probablement aussi à me voir me demander si je vais pouvoir l’interviewer…

Nous finissons par entrer à l’intérieur et monter à l’étage de son bureau. Petite incursion dans le bureau de deux rédactrices. Mark nous présente, puis sort de sa poche un carton sur lequel sont dessinées cinq cartes à jouer, dont un valet de carreau. Après avoir retourné le carton, il faut placer un trombone sur l’endroit où se trouve le valet. Ça semble facile, mais à cause d’une illusion d’optique, tout le monde place le trombone au mauvais endroit. Mark s’amuse comme un petit fou… « Les apparences sont parfois trompeuses » dit-il d’un air docte, avec des étincelles dans ses yeux.

Nous nous installons dans son bureau vers 16h30 et il m’écoute (un peu) enfin. Dans l’heure qui suivra, j’arriverai à lui poser environ le tiers de mes questions, ce qui est un très bon score avec un tel personnage. Tout à coup, il nous demande ce que nous faisons ce soir. De fil en aiguille, il nous invite à souper au restaurant et appelle sa femme, Jacqueline, qui accepte de se joindre à nous. Entre 18h00 et 18h30, nous échangerons sur des sujets beaucoup plus personnels : avoir des enfants, les relations familiales, l’importance pour les pères d’assumer leur paternité, soutenir ses parents vieillissant, les accompagner dans leur transition.

Nous laissons Westy dans le stationnement de l’ABC et embarquons dans l’auto de Mark. Vers 19h00, nous arrivons au restaurant Shoreline (http://www.shorelinegrill.com/Site/index.htm) où un « valet » s’empresse d’aller stationner l’auto. Jacqueline, qui est déjà arrivée, nous attend dans l’entrée. Je suis un peu mal à l’aise, car nous sommes loin d’être habillées de façon chic, mais Mark nous dit de ne pas nous inquiéter, car nous sommes à Austin. Le reste de la soirée sera en effet très décontracté et très agréable. Jacqueline est psychologue. Elle travaille pour un organisme sans but lucratif et fait du coaching par téléphone. Elle vient de finir d’écrire un livre pour aider les médecins à humaniser leurs relations avec leurs patients.

Le souper, il va sans dire, est absolument délicieux : Colette prend le saumon et moi l’omble de l’arctique (arctic char). Mark a choisi avec soin un vin rouge espagnol : tempranillo. Il est excellent. Le service est impeccable. Mark fait du charme à tous les employés, leur demande leur nom, leur lance des blagues. La conversation saute d’un sujet à l’autre et la soirée s’écoule dans une grande simplicité. Pour le dessert, Jacqueline propose de partager le gâteau au chocolat. Je donne 20 $ pour le pourboire, mais Mark le paye sur sa carte (il laisse 30 $) et me dit qu’il va donner ce 20 $ à quelqu’un qui en a besoin.

Mark, en parfait gentleman, nous raccompagne à Westy, puis s’assure que nous sommes arrivées à l’hôtel en nous précédant sur la route. Nous rentrons dans notre studio vers 22h00. Comme la connexion internet fonctionne à nouveau, je prépare une partie du blogue, car il y a au moins une semaine à mettre en ligne.

Notes du jour

-Vu sur une affiche lumineuse devant un petit hôtel à Austin
_________
Motel
High Speed
Breakfast
HBO TV
________ Bref, ici, c'pas cher, mais tu te grouilles de déjeuner!

- Trouvé dans un livret de coupons rabais
de Rockport. Aux États-Unis, les églises et
la pub font bon ménage.
Bénédiction divine par auto-collant interposé.






Mardi 4 décembre (jour 195)

Ce matin, Colette a rendez-vous en ligne avec sa mère. Pendant qu’elle chatte, je prends mon petit-déjeuner en appréciant mes toasts. Puis, comme j’ai reçu les commentaires de Daniel Gagnon sur le texte de notre entrevue, je finalise le texte et je l’envoie à Claire la rédactrice en chef de PasseportSanté.net. Pendant ce temps, Colette fait la vaisselle et regarde la télévision. Avant de quitter l’hôtel vers 13h30, nous mangeons un morceau et déterminons ce que nous voulons faire de notre après-midi. Nous choisissons d’aller au parc Zilker, où il y a une piscine naturelle. Nous ne voyons pas d’indications pour la piscine et notre carte de la ville n’est pas assez précise.

Nous sommes un peu perdues et je perds patience, surtout au moment où je dois faire marche arrière sur une trentaine de mètres parce qu’il y a un portail fermé au bout de la rue ou je me suis engagée. Nous faisons demi-tour et trouvons finalement l’endroit que nous cherchions. Je vais voir comment fonctionne l’accès à la piscine et en vérifier la température. Bien qu’elle soit fraîche, elle n’est pas trop froide et je décide de m’essayer, surtout qu’il fait beau et que de novembre à mars, l’entrée est gratuite.

La piscine est alimentée par une source dont l’eau est à une température constante de 68ºF (19ºC) et mesure 275 mètres (900 pieds) de long. Le fond est naturel : gravier, rochers, plantes et l’eau est vert foncé. Quelques nageurs font des longueurs et quelques sauveteurs surveillent les lieux. Pendant que je me baigne avec grand plaisir, Colette marche autour de la piscine et prend des photos. Je constate qu’il y a un peu de courant et que la profondeur du bassin varie beaucoup. Je suis épatée de pouvoir nager un 4 décembre, dans une eau naturelle, entourée d’écureuils, d’oiseaux, d’arbres et sous un ciel tout bleu. Je finis par sortir au bout de 30 minutes, car j’ai froid.

Lorsque nous revenons à Westy, nous voyons deux hommes ramasser quelque chose. Je réalise que ce sont des pacanes et nous en ramassons quelques-unes aussi. Elles sont plus petites que les pacanes du commerce et leur couleur est très différente. Vers 15h30, nous nous rendons au centre-ville pour prendre des photographies du Capitole (qui fait supposément deux pieds de plus que celui de Washington) et pour nous promener dans le quartier historique. Les bâtiments, qui datent du début du XXe siècle, sont très beaux.

Comme je ne peux pas quitter Austin sans retourner chez Whole Foods, nous y allons et soupons là. Colette prend un steak coréen et je prends uns soupe asiatique. Les deux plats sont fins, délicieux et nous coûtent 22 $, bière comprise. Nous refaisons un tour de magasin où je remarque un gardien de sécurité armé, comme à San Antonio.

Nous sommes de retour à l’hôtel vers 20h00. J’avance la mise en ligne du blogue, pendant que Colette prépare un plat de courgettes, tofu et sauce au curry.

Mercredi 5 décembre (jour 196)

Austin - Greenville : 380 km (236 miles)

Nous nous levons vers 8h00. Colette met les photos en ligne pendant que je commence à rapatrier nos possessions dans Westy. Il fait beau et chaud aujourd’hui. Comme Westy a recommencé à faire du bruit lorsque nous passons sur des bosses, je regarde si je peux resserrer le boîtier des amortisseurs, mais je n’ai pas les outils nécessaires. Si ça empire trop avant Montréal, nous devrons trouver un garagiste en route.

Nous quittons l’hôtel vers 11h30 et prenons l’autoroute 35 Nord, en direction de Dallas. Nous sommes surprises par le grand nombre de camions lourds qui circulent. Nous n’en avions pas vu autant jusqu’à présent. C’est impressionnant de les voir se dépasser, mais ils se comportent de façon civilisée. Nous nous arrêtons dans une aire de repos pour manger. Lorsque nous nous installons sur la table à pique-nique, Colette est assaillie par des coccinelles, qui semblent apprécier son t-shirt blanc.

Le paysage est plus vert que dans les derniers jours et il y a plus de rivières et de lacs. C’est une région d’élevage et d’agriculture, avec des commerces de remorques pour transporter le bétail et de machinerie agricole. Il y a aussi plusieurs gros concessionnaires de véhicules récréatifs. Plus loin sur la route, nous apercevons une colonne de fumée et nous demandons bien de quelle industrie elle provient. Mais plus nous approchons, plus il devient évident qu’il s’agit d’un incendie. Lorsque nous passons à proximité, je vois de hautes flammes et je pense aux pompiers qui doivent essayer de maîtriser le brasier.

Nous traverserons ensuite la ville de Waco, un endroit qui s’est très tristement rendu célèbre en 1993. À environ 20 km de cette ville, une secte de Davidiens menée par un illuminé (David Koresh) a été assiégée durant 51 jours par les forces du FBI. Koresh avait mis sur pied une théologie basée sur une prochaine apocalypse à laquelle il faut se préparer en se retranchant dans des bunkers avec des armes et de la nourriture. Koresh préparait ses adeptes, mentalement et physiquement à la bataille finale contre les incroyants. Un incendie a éclaté dans les lieux lorsque le FBI a donné l’assaut final. Plus de 82 personnes ont perdu la vie…

À environ 100 km de Dallas, je prends le volant. Colette nous fait contourner la ville par le sud-est. Nous pensions coucher dans un hôtel à Greenville, une ville située à environ 50 km à l’est de Dallas, mais nous voyons un camping KOA juste avant (Cado Hills) et décidons d’y passer la nuit pour deux raisons : il fait doux et ça nous coûtera moins cher. Peut-être aussi que ce sera notre dernière nuit de camping!

Nous nous installons vers 17h00 et passons une soirée tranquille. Bien que ce soit la basse saison, il y a quand même pas mal de VR dans le camping. C’est le KOA le moins cher de notre voyage, jusqu'à présent soit 30 $, taxes et connexion sans fil incluses. C’est aussi celui dont les toilettes sont les plus mignonnes avec rideaux et plantes. On se sentirait presque à la maison! Il y a même un petit étang ensemencé avec des chalets d’où on peut pêcher du balcon! Le bruit de la circulation routière est cependant très présent.

Nous mangeons nos restants de toutes sortes de plats et c’est très bon. Pendant que je lis La Presse et Le Devoir en ligne, puis que j’écris le journal de voyage, Colette fait la vaisselle, puis utilise le plancher de Westy comme piste de danse en écoutant Elvis. Je suis assise à l’avant et je ne la vois pas, mais je sens Westy qui « swingue » avec Colette! Elle se prépare mentalement et physiquement pour la visite de Graceland à Memphis, où nous serons après-demain.

Notes du jour

- Les propriétaires de ce beau VR ont campé à côté de nous. J’apprendrai demain matin que ce véhicule, lorsqu’il traîne une auto, consomme 50 litres au 100 km (8 miles au gallon)!!!!!! Westy, qui consomme entre 16 et 20 litres au 100 km est, comparativement, un véhicule beaucoup plus économique.

- Au Texas, les aires de repos offrent une connexion internet gratuite. Dans les autres états que nous avons traversés, la connexion était rarement offerte et toujours payante.

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