lundi 19 novembre 2007

Santa Fe, la ville des rencontres

Jeudi 15 novembre (jour 176)

La nuit a été froide, et comme nous sommes à l’ombre du bâtiment des toilettes, le soleil ne nous réchauffe guère ce matin. Nous continuons à utiliser notre système D pour contourner notre chauffage qui arrête de chauffer toutes les cinq minutes environ. Je prends mon courage à deux mains pour aller prendre une douche, car même si la salle de bain est plus chaude que Westy, ça demande un certain héroïsme pour me déshabiller. Une chance que l’eau est bien chaude!

Colette choisit de passer son tour pour la douche et se contente de se faire de belles bouclettes avec son gel, afin d’être à son mieux pour la rencontre de ce matin. Après avoir déjeuné dans Westy, nous voici donc à 10h00 dans le bureau de Keri-Lynn McBride, directrice du développement et des relations avec la communauté, qui est une femme très occupée. Après les présentations d’usage, Keri-Lynn est intarissable sur l’histoire de l’école, son fonctionnement, les services offerts, etc.

L’école a été fondée en 1885, avant même la création de l’État du Nouveau Mexique. Lars M. Larson était sourd lui-même, né au Wisconsin en 1856, d’un couple norvégien ayant émigré au Etats-Unis en 1851. M. Larson avait une vision : offrir une éducation aux enfants sourds et malentendants de la région de Santa Fe. Il a persévéré durant 21ans pour mener son projet à bien malgré les nombreux et durs obstacles sur son chemin et l’école a été officiellement reconnue en 1887.

La New Mexico School for the Deaf (NMSD) compte actuellement 119 élèves, du jardin d’enfants à la 12e année. C’est une école publique gratuite, qui compte un campus pouvant accueillir 90 étudiants en résidence. La plupart des professeurs sont sourds et doivent avoir une maîtrise en enseignement auprès des sourds pour travailler ici. On ne vous racontera pas tout, car ce serait trop long, mais Colette et moi écrirons un article sur l’école en revenant à Montréal et le soumettrons à une publication communautaire à l’intention des personnes sourdes de la région de Montréal. KerilYnn nous remet très gentiment un t-Shirt chacune et un livre qui raconte l'histoire de l'école.

Nous retournons au camping où nous dînons rapidement : la guacamole toute préparée achetée chez Wal-Mart est délicieuse et constitue un excellent dépanneur-santé. Je téléphone une autre fois à Daniel Gagnon et, nous convenons de nous rencontrer à midi demain. Je suis très heureuse de pouvoir faire cette entrevue, même si je ne sais pas encore si Claire, la rédac-cheffe de PasseportSanté.net, sera intéressée par l’éventuel texte que je pourrais écrire à ce sujet, qui me paraît prometteur.

En chemin vers le vieux Santa Fe, nous faisons un arrêt à l’auberge internationale de jeunesse pour réserver une chambre, car nous trouvons les matins frisquets difficiles. Nous prenons une chambre privée avec salle de bain et exemption des tâches ménagères communautaires (accueil, ménage des aires communes, lavage, etc. Pour 45 $, avec la nourriture fournie (mais pas la préparation), ça nous convient La personne à l’accueil est sympathique et nous suggère tout de go d’aller prendre un verre au bar du complexe Rainbow Vision, un développement domiciliaire pour gais et lesbiennes, où il y a ce soir une chanteuse de jazz qui donne un spectacle.

Nous retournons dans le vieux Santa Fe vers 14h30. En chemin vers la place centrale, nous entrons dans un atelier de travail du verre, puis juste à côté, dans un commerce d’instruments de musique amérindiens. Après avoir admiré les flûtes et les tambours, nous jasons avec Sky Redhawk (Épervier rouge dans le ciel), un joueur de flûte qui a quelques disques compacts à son actif. Il nous joue un court morceau qui nous rejoint directement à l’intérieur. Il nous fait ensuite écouter des extraits de son dernier CD en nous expliquant que la musique lui vient intuitivement : nous achetons son CD, conquises par ce musicien et le son de sa flûte.

Sur la place centrale, il reste très peu d’artisans et celui avec qui j’ai parlé hier n’est pas là. Ses bracelets me titillent. Nous allons visiter la chapelle Loretto, construite en 1878 selon le modèle de la Sainte Chapelle de Paris et qui abrite un célèbre escalier en colimaçon. Celui-ci est appelé l’escalier mystérieux, car il a été fabriqué sans support central et sans clous, par un charpentier français dont on ne sait rien et qui n’a laissé aucune information sur sa technique. Il compte 33 marches et tourne deux fois sur lui-même. Colette s’assoit et je prends le temps d’allumer deux lampions pour me connecter à ma famille et à une amie qui a besoin de soutien.

Comme nous voulons manger un morceau avant d’aller boire un verre au complexe Rainbow Vision, nous entrons dans une crêperie qui a l’air sympa (The French Pastry Shop) Nous mangeons une crêpe au poulet et entamons la conversation avec le patron, que j’ai entendu parler français, « avé » (avec) l’accent du midi. Georges Zadeyan, arménien né en France, est installé ici depuis 34 ans. Il a passé un an à Montéal en 1967 et en garde un très bon souvenir. Il nous conseille d’aller en VR au Mexique si nous entreprenons un autre voyage au long cours. Nous achetons une petite brioche et une baguette qui me paraît peu intéressante, mais nous avons besoin de pain pour demain matin. La brioche est délicieuse, la baguette, sans aucun intérêt.

En sortant de la crêperie, nous entrons par curiosité dans un magasin où on fabrique des chapeaux sur mesure, O’Farrell Hats. Quand nous disons à l’employé au comptoir que nous venons du Québec, il nous dit qu’il a regardé hier soir le film Les Invasions barbares! Il a beaucoup aimé ce film réalisé par Denis Arcand. Nous lui conseillons de louer Le Déclin de l’empire américain, qui constitue la genèse de ce film.

Il nous parle ensuite de la fabrication des chapeaux et nous montre l’appareil (photo de droite) qu’il utilise pour prendre l’empreinte exacte du crâne du client. Il s’agit d’un appareil fabriqué en France dans les années 1900! Le vocabulaire du chapeau est très coloré : le creux à l’arrière de certains chapeaux est appelé « mule kick » (ruade de mule, photo de gauche), quand il y a deux petites bosses parallèles, c’est le « baby butt » (fesses de bébé) et le creux sur le dessus de certains chapeaux répond au poétique nom de « tear drop » (larme). Pour les curieux, voici le lien sur le site de ce magasin, où le premier prix d’un chapeau est d’environ 275 $ : http://www.ofarrellhatco.com/

Lorsque nous nous rendons au Rainbow Vision vers 18h00, il fait nuit, mais nous remarquons tout de même que nous traversons un quartier riche de Santa Fe. Le complexe immobilier comprend une salle d’exercices, deux restaurants, un service de traiteur. On peut louer ou acheter. Nous apprenons que la chanteuse de jazz est en congé ce soir. Comme il y a très peu de monde au bar, même si c’est la « Ladies night » avec des consommations moins chères, nous sommes d’accord pour quitter les lieux : eh que nous ne sommes pas sorteuses!

Avant de rentrer au camping, nous nous arrêtons dans un immense Trader’s Joe et une fois de plus je tombe sur le derrière en voyant les prix et la qualité des produits alimentaires offerts. Et savez-vous quoi? Trader’s Joe vend le camembert (2,99 $) encore moins cher que Wal-Mart (4,98 $) et bien sûr, Safeway (6,49 $)! Colette tombe en arrêt devant des dizaines de bouteilles de Beaujolais nouveau. À Montréal, c’est la croix et la bannière pour en avoir parce que les stocks sont très limités. Nous en achetons une bouteille. En échangeant avec le caissier, celui-ci nos conseille de nous arrêter à Aransas plutôt qu’à Corpus Cristi ou Padre Island, au Texas: plus propre, plus sauvage et plus spectaculaire comme bord de mer selon lui.

Nous sommes de retour au camping vers 19h30. Nous soupons en dégustant le vin nouveau, astringent, comme il se doit, et nous sommes un peu paffes. Je rédige le journal, je réinstalle le paravent romanichel et hop au lit.

Citation du jour : « C’est pas du pain, c’est de la roche » affirme Colette en parlant du pain 9 céréales, 3 graines, acheté chez Trader’s Joe, qui est effectivement très croûté, et peut-être un peu trop cuit, mais absolument délicieux, selon moi.

Note du jour. Les deux villes coup de cœur de notre voyage, San Francisco et Santa Fe (Sainte Foi) ont les mêmes initiales, mais aussi un autre point en commun : il y a à Santa Fe, une cathédrale qui porte le nom de Saint-François d’Assise (San Francisco). Quelqu’un au hasard de nos rencontres, nous dira que Santa Fe symbolise l’esprit de Saint-François et San Francisco, le corps.

Vendredi 16 novembre (jour 177)

Une autre nuit fraîche, mais nous savons que nous dormirons au chaud ce soir. Après le petit déjeuner, je scrute le très intéressant site internet de Herbs Etc, afin de me préparer pour l’entrevue (http://www.herbsetc.com/home/daniel_gagnon.htm, en anglais). Je note les principales questions que je souhaite aborder. Colette lit le journal de voyage, car nous voulons le mettre en ligne ce soir : ainsi, elle peut corriger les fautes de frappe, les imprécisions ou les erreurs grâce à sa bonne mémoire ou encore faire des ajouts ou des commentaires. Bref, ce qui est en ligne est approuvé par Colette.

Pendant ce temps, je téléphone à Lajeunesse VR, à Saint-Jérôme afin de leur demande conseil au sujet de nos problèmes de chauffage. Diagnostic à distance : il s’agit probablement d’une pression insuffisante du gaz dans le réservoir; un interrupteur qui arrête le chauffage lorsque la température interne du moteur est trop élevée est peut-être défectueux. La première chose à faire consiste à faire vérifier la pression du gaz. Nous sommes rassurées, car dans les deux cas, le système de chauffage n’est pas menacé de mort prochaine. C’est juste une petit fatigue temporaire. J’appelle Gaël pour prendre de ses nouvelles : malgré le froid qui s’est installé à Montréal, elle continue d’aller au travail à bicyclette, avec des couches de vêtements et de couvre-chaussures qui lui évite de se geler les pieds.

Nous quittons le camping vers 11h45 et nous rendons au siège social de Herbs Etc, qui n’est pas loin du camping. Quelle belle rencontre! Le contact est facile, chaleureux. Daniel est passionné par son travail et passionnant! Il nous fait faire le tour de l’atelier-laboratoire de fabrication et nous explique chaque étape de transformation des plantes. Celles-ci sont achetées entières, fraîches ou séchées. Elles sont ensuite broyées (plantes fraîches) ou mises en poudre. Puis vient l’étape de l’extraction des principes actifs, grâce à un mélange d’alcool et d’eau dans lequel elles macèrent pendant deux semaines. Le liquide obtenu est ensuite mis sous pression pour en tirer la « substantifique moelle ». Cet extrait liquide concentré est ensuite versé dans des flacons ou encore, transformé en gélules.

Un texte plus détaillé sera publié dans PasseportSanté.net début 2008. Nous finissons l’entrevue dehors par une séance de photos et nous nous parlons de choses plus personnelles. Daniel fait une visite guidée de Westy, ce qui lui rappelle des souvenirs de son voyage en Nouvelle-Zélande, où il avait loué un VR. Nous nous quittons mutuellement enchantés de cette rencontre d’une heure, qui en a duré plus de deux!

Nous nous rendons ensuite à l’auberge de jeunesse. La dame à l’accueil nous fait faire le tour du propriétaire et nous donne les instructions d’usage : nous devons faire notre lit nous-mêmes, avec les draps qu’elle nous remet et, en partant, nous devrons passer l’aspirateur dans la chambre et nettoyer la salle de bain. En revanche, il y a toutes sortes de légumes, fromages, pains etc. dans les frigos de la très grande cuisine et nous pouvons y prendre tout ce que nous voulons, en autant qu’un nom n’est pas écrit dessus.

La chambre est cependant un peu déprimante : bien qu’elle soit grande, elle est sombre et rudimentaire. Colette bougonne un peu parce que ça aurait coûté le même prix au Motel 6 en étant plus agréable, sans tâches ménagères et avec une télévision. Elle n’a pas tort, mais nous choisissons de faire contre mauvaise fortune bon cœur et nous préparons un délicieux repas. Nous fournissons les crevettes, les courgettes, les champignons et l’ail, ainsi que la sauce au curry, mais nous pigeons dans les réserves de poivrons rouges, jaunes et vert-violet de l’auberge. C’est très agréable d’avoir beaucoup de place, ainsi que des poêles et des casseroles de toutes les tailles.

Pendant que tout ça mijote, je m’occupe du lavage. Les deux laveuses sont standard, mais la sécheuse est une pièce antique : au lieu de fonctionner avec des 25 ¢, elle prend une pièce de 10 ¢ à la fois et il faut revenir la nourrir pour qu’elle poursuive son travail. Une chance qu’elle est efficace et que je n’ai pas beaucoup de linge à sécher : trois dix sous suffiront. Nous mangeons notre plat avec un peu de quinoa noir : délicieux. Comme nous en avons fait une bonne quantité, nous avons de quoi faire deux autres repas.

En préparant ce repas, nous avons engagé la conversation avec un homme qui réside à l’auberge et qui boit du thé dans la cuisine. Lorsque nous lui parlons de nos prochaines étapes, il nous déconseille fortement de passer du temps à la Nouvelle-Orléans. En effet, même si la ville a été nettoyée, l’ampleur de la contamination du sol, de l’eau et de l’air a été telle que même deux ans plus tard, c’est loin d’être idéal. Toutes sortes de choses ont été emportées par Katrina et le « bouillon de culture » qui en a résulté contenait des animaux morts, des cadavres humains (cimetières, hôpitaux), des produits toxiques (déchets biologiques des hôpitaux, batteries et huiles automobiles, produits vendus dans les magasins, comme la peinture, les pesticides, etc.).

Ça nous secoue d’entendre ça et ça nous fait remettre en question notre séjour à la Nouvelle-Orléans. Colette, toujours aussi forte en géographie, évoque la possibilité de passer simplement plus de temps à Lafayette et Bâton-Rouge. À suivre. De retour dans la chambre je mets le blogue en ligne, puis Colette s’occupe des photos dans Picasa. C’est une grosse mise à jour et nous nous couchons tard, soit vers 23h00.

Note du jour. Les Amérindiens du Nouveau-Mexique n’ont jamais été déplacés par les colonisateurs. Les premiers à arriver ici ont été les Espagnols, puis les Mexicains et ensuite les Blancs. Certains pueblos (villages traditionnels) du Nouveau-Mexique sont habités de façon continue depuis les années 1200! Résultat : les Amérindiens (il y a 19 tribus différentes de Pueblos, qui descendent des Anasazis-Anciens Pueblos) sont en bien meilleure santé physique, psychologique, spirituelle et économique qu’ailleurs aux États-Unis ou au Canada.

Comme le dit un écriteau aperçu dans Santa Fe : « Un peuple qui oublie son passé n’a pas d’avenir. » Les missionnaires chrétiens ont quand même essayé de convertir les Amérindiens, mais comme il n’y a pas eu d’écoles résidentielles ici, les liens avec la culture n’ont pas été coupés. Une des activités qui permet aux Amérindiens de gagner leur croûte est l’art : il y a plus de 3000 artistes et artisans dans la région de Santa Fe. Ils gèrent aussi quelques casinos des golfs et de nombreux attraits touristiques naturels situés sur le territoire de leurs réserves.

Samedi 17 novembre (jour 178)

La nuit a été difficile, parce que je me suis réveillée vers 3h00. J’essaye de me rendormir, mais la lumière d’un puissant lampadaire allumé dans la cour arrive droit sur moi à travers les minces rideaux de l’auberge. J’essaye de placer une couverture sur la tringle, mais en faisant ça, patatras, la tringle dégringole! Hum! J’essaye de la remettre en place, mais je n’y arrive pas. Colette, réveillée par le bruit et mes jurons, m’aide à remettre la tringle en place.

Nous voilà bien réveillées! Comme Colette a un point douloureux dans le dos et que ma nuque me fait souffrir, nous nous massons mutuellement à l’aide d’huiles essentielles. Cela nous aide à nous rendormir, mais mon sommeil est peu profond. J’émerge à nouveau vers 7h30, juste avant que le réveil sonne. C’est que nous voulons aller au marché intérieur des samedis d’hiver.

Nous petit-déjeunons en appréciant le luxe de pouvoir nous faire des toasts, miam! En jasant avec Kathy et Brandon, qui souhaite aussi aller au marché, nous leur proposons d’y aller en faisant un tour dans Westy, ce qu’ils acceptent. Nous voilà donc au marché local à environ 11h00 et le coup de cœur continue. C’est coloré, c’est granole, c’est serein. Les commerçants aiment parler de leurs produits, de leurs passions. La communication est une seconde nature ici et nous coulons avec la rivière.

Liste de nos achats : un tablier bleu à l’effigie du marché pour Colette, des dattes chinoises séchées produites localement, du piment doux séché, des savons au lait de chèvre, de l’aragula, du vrai pain croûté, des fèves anasazis (à faire cuire trois heures). Nous croisons Daniel et sa compagne : il nous conseille d’aller à un endroit qui s’appelle Tent Rocks. Nous donnons un lift à Kathy jusqu’à la pharmacie Walgreens qui est tout près de notre prochaine étape : Trader’s Joe.

Comme nous avons réservé un bed and breakfast de luxe pour ce soir à l’occasion de notre neuvième anniversaire de rencontre et que la suite inclut une cuisine tout équipée, nous achetons de quoi nous faire un souper de reines : un petit gigot d’agneau désossé (de Nouvelle-Zélande, car ils n’ont pas d’agneau local ou du Québec ici, hi, hi), des petites patates nouvelles biologique et du champagne.

Pendant que Colette s’en va dans Westy pour serrer tout ce que nous avons acheté (la liste ci-dessous n’est pas exhaustive), je vais faire un tour dans le commerce juste à côté, qui s’appelle Pharmaca et qui est une « integrative pharmacy », c’est-à-dire une pharmacie qui offre des produits naturels et des médicaments de façon complémentaire. Je jase avec une phytothérapeute et je décide de lui proposer de faire un encadré sur cette pharmacie dans le texte sur Herbs etc, de Daniel Gagnon. Elle est enthousiaste à l’idée et me donne le numéro de téléphone du responsable des relations publiques de Pharmaca.

Nous nous rendons au bed and breakfast Casa del Toro, situé à cinq minutes de marche de la Place centrale de Santa Fe. Le processus est laborieux, parce que la personne qui est dans l’unité que nous avons réservée n’est pas encore partie et pensait y rester deux nuits de plus. Il y a eu un malentendu entre elle et le propriétaire, mais finalement les choses s’arrangent, et nos convenons de revenir plus tard pour nous installer, afin que le ménage puisse être fait.

Nous allons à pied à la Plaza et admirons le travail des artistes : bijoux et objets en argent et en cuivre, colliers de turquoise, poupées. L’atmosphère et détendue et les vendeurs nous invitent à essayer leur pièces. Nous sommes attirées par des bracelets en argent et Colette en trouve un qui fait parfaitement pour son petit poignet : la femme du créateur lui explique la signification des motifs traditionnels gravés : Soleil levant, du midi et soleil couchant.

Vira nous explique que les artistes et les artisans qui exposent leurs œuvres à cet endroit doivent, depuis une vingtaine d’année, respecter un certains nombre de règles pour attester de l’authenticité de leur travail : des inspecteurs se rendent chez eux pour assister à la fabrication d’une pièce de A à Z. La qualité de l’or et de l’argent utilisés est également vérifiée très régulièrement (sceaux). Autre particularité, les places étant limitées à 69 sur la place, il y a un tirage à 8h00 le matin. Vira, et son conjoint Wil, moins jasant, n’ont pas tiré le bon carton ce matin, mais ils se sont entendus avec une amie plus chanceuse qui fabrique des poupées pour partager son espace.

Je regarde un bracelet qui est semblable à celui de Colette, mais dont les motifs sont différents. Vira m’explique les motifs, qui comprennent, entre autres choses, des plantes médicinales… La pièce est très belle et je me laisse tenter.

Nous retournons à la Casa del Toro et nous nous installons dans notre suite : salon avec cheminée et télévision à écran mince, cuisine tout équipée, chambre avec lit king et salle de bain complète. En prime, architecture traditionnelle et chauffage radiant qui rend le plancher tiède. Bien sûr, Colette, la spécialiste de l’aménagement intérieur, organiserait le salon autrement, mais elle se retient…

J’allume un feu avec le bois fourni ainsi que le petit bois que nous avons dans Westy, qui vient d’un peu partout aux États-Unis et au Canada. Un rituel qui permet de « consumer » notre expérience de voyage et de nous préparer ainsi au retour et à la transition qui s’en vient pour nous. Je mets le gigot et de l’ail dans la marmite, Colette s’occupe des pommes de terre et de l’ambiance musicale. Pendant que ça cuit, nous faisons sauter le bouchon de la bouteille de champagne et grignotons un petit peu de fromage et de pain. Le souper est absolument délicieux, le champagne excellent, et la suite relève de notre complicité, de notre ouverture du cœur et de notre intimité.

Note du jour. Il y a dans le salon une télévision Panasonic grand format à écran mince, comme Colette rêve d’acheter pour revoir Shawshank Redemption et Gladiator avec tous les détails possibles. Vers 21h30, nous l’allumons par curiosité et en espérant tomber sur un film inspirant. Il y a deux manettes : une pour la TV et une pour la « soucoupe » (satellite dish). Nous zigonnons avec les manettes pendant un bon 15 minutes, au bout desquelles, nous le son mais pas d’image. Nous cherchons des boutons sur l’appareil de télévision, mais n’en trouvons pas. Après 20 minutes, nous laissons tomber en nous disant que c’est peut-être mieux comme ça. Ce n’est que demain matin que nous comprendrons où est le chaînon manquant…

Dimanche 18 novembre (jour 179)

Colette a dormi comme un bébé dans le lit king ultra confortable. De mon côté, les nuits sont courtes et je n’arrive pas à me rendormir profondément. Nous nous levons vers 8h00 et profitons de la douche avant d’aller prendre notre petit déjeuner. Celui-ci est à la hauteur du reste et ce n’est pas peu dire. Presque tout est frais et préparé par une cuisinière le matin même : quiches, pain au maïs, granola, bacon, j’en passe et des meilleurs. Le café est très bon, la cuisinière est sympathique, la salle à manger agréable à souhait, bref, c’est le nirvana!

De retour dans la chambre, nous commençons à réunir nos affaires pour les transférer dans Westy. Je fais la vaisselle laissée en plan hier soir, pendant que Colette fait quelques voyages de sacs. Comme il y en a peu, je n’utilise pas le petit lave-vaisselle fourni. En attendant que je finisse, Colette ré-essaye de faire marcher la télévision et trouve le chaînon manquant : il y a un bouton bien caché sur le coin gauche de l’écran, qui fait apparaître l’image! Nous regardons un extrait du film Hulk et je dois reconnaître que l’image est belle.
Comme il fait beau et chaud, nous retournons nous ballader à la Plaza. Nous allons dire bonjour à Vira et Wil et échangeons à nouveau sur la vie des Amérindiens au Canada et au Nouveau-Mexique. Vira nous explique que dans son village, le système est matriarcal : les femmes possèdent la terre, la maison, les véhicules, etc. Son père est le chaman du village. Le successeur d’un chaman est choisi par un comité de 12 Anciens du village, vers l’âge de 18 ans, en fonction de ses capacités globales. Elle nous raconte son mariage avec Wil, qui s’est déroulé à la manière traditionnelle, avec arrivée de la famille de Wil à cheval, échange de cadeaux, etc.

Vira nous parle aussi d’Amérindiens du Canada (tribu des Six Nations) qui viennent dans son village chaque année depuis quatre ou cinq ans pour reprendre contact avec les rituels sacrés et se reconnecter profondément à leur culture, qui est apparentée à celle des Navajos. Une tribu du nord de la Saskatchewan a commencé à venir l’année passée dans le même but. La pratique des rituels sacrés et les traditions spirituelles sont restées très fortes dans le village de Vira, qui est situé à environ 35 km à l’ouest d’Albuquerque. Particularité intéressante : les enfants passent tous les étés avec leurs grands-parents, ce qui permet la transmission du savoir.

Après ce chaleureux et enrichissant contact, nous nous dirigeons vers la cathédrale Saint-François d’Assise, le « cœur de Santa-Fe ». Une messe va avoir lieu bientôt (il est presque midi) et un monsieur à la porte indique aux touristes qu’ils n’ont que quelques minutes pour jeter un œil à la cathédrale, s’ils ne veulent pas assister à la messe. Nous nous asseyons quelques minutes, puis sortons.

Nous restons cependant dans le portique arrière de l’église, car je veux allumer un petit lampion pour notre couple. Nous nous asseyons sur un banc en bois et nous recueillons quelques minutes. Pendant ce temps, la messe commence, et grâce à un micro, nous l’entendons. Après l’introduction du prêtre (un Noir), une voix de femme s’élève et vient nous rejoindre droit au cœur, même si nous ne comprenons pas les paroles. L’émotion nous étreint toutes les deux. Le prêtre reprend la parole, puis un autre chant s’élève, un duo homme-femme cette fois-ci. C’est beau, c’est magique, c’est Santa Fe, une ville qui restera gravée dans notre mémoire.

Nous sortons de la cathédrale, nourries par ce moment unique. Nous repassons devant la boutique O’Farrel Hats of Santa Fe et admirons les chapeaux en vitrine. Nous achetons quelques cartes postales et aussi un étui à bandoulière pour notre fidèle appareil photo : nous aurions dû faire cet achat bien avant! Nous nous préparons à quitter Santa Fe, mais avant, nous nous arrêtons à un restaurant recommandé par Daniel Gagnon : Harry’s Road House. La magie de Santa Fe continue de se manifester dans ce restaurant, où la nourriture est d’excellente qualité et variée : un plat full viande pour Colette et un plat végétarien pour moi, le tout arrosé d’une bière locale.

Cette fois-ci c’est vrai, nous quittons la ville pour nous rendre à Tent Rocks (Kasha-Katuwe), un endroit aussi recommandé par Daniel Gagnon. Nous arrivons à la guérite d’accueil vers 15h30. On nous dit que nous avons le temps de faire le sentier qui permet de voir les formations rocheuses particulières de l’endroit, mais que nous devons être sorties pour 17h00. Comme nous préférons prendre notre temps pour découvrir ce site, nos décidons de revenir demain.

Nous cherchons un camping dans le coin, mais l’endroit indiqué dans le dépliant touristique est fermé pour l’hiver. Nous hésitons entre retourner à Santa Fe (50 km) ou aller au camping de Cochiti Lake, où il n’y a pas de branchements électriques. Ma préférence l’emporte et nous allons à Cochiti Lake, à environ 12 km de là. Nous traversons le minuscule village et ne voyons aucun camping. Le bougonnage n’est pas loin… Nous nous arrêtons au club de golf pour nous renseigner et revenons sur nos pas. Les indications sont faites comme si on voulait éviter que les gens trouvent le camping. C’est pourtant un très beau camping et, en prime, il offre des sites électriques pour seulement 12 $!

Nous arrivons juste avant le coucher du soleil. Colette se repose pendant que je rédige le journal de voyage. Nous mangeons notre délicieux plat de crevettes et légumes. Nous reparlons de la suite de notre voyage, car plusieurs possibilités s’offrent à nous. Nous remettons notre décision à demain et nous couchons. Je prends un comprimé pour dormir, car ça fait trois nuits que je dors très peu.

Notes du jour
- De la bière chez Jean Coutu? Ça pourrait arriver, si on ce fie au fait que dans la chaîne de pharmacie Wallgreens au Nouveau-Mexique, on peut acheter de la bière, du vin et des alcools forts : il y avait du rhum en spécial!

- Certains d’entre vous le savent peut-être déjà, mais ça vaut la peine d’être mentionné : les Américains ont utilisé la langue Navajo durant la seconde Guerre pour envoyer des messages codés. À cause de la complexité de cette langue, les Japonais n’ont jamais pu déchiffrer les messages en question. C’est Philip Johnston, le fils d’un missionnaire et vétéran de la première guerre qui a eu cette idée. Plusieurs batailles, notamment celle de Iwo Jima, ont été gagnées grâce aux soldats navajos qui codaient les communications américaines.
- La scupture ci-contre représente un guerrier Apache Chiricahua du sud de l'Arizona. Cette tribu fut une des dernières à se rendre en 1887 à l'armée américaine. L'oeuvre est de David Scott Rogers.