lundi 4 juin 2007

De Tobermory au Géant endormi

Dimanche 27 mai 2007 (jour 5)

Tobermory, Ontario

Nous nous sommes levées vers 10h15 (!). Faut dire, à notre décharge, qu’une petite pluie a tambouriné sur le VR une partie de la nuit et que le chauffage m’a réveillée à plusieurs reprises. La nuit a cependant été moins froide qu’hier. Colette avait réglé le chauffage à 15 degrés de façon préventive.

Nous défaisons le lit pour monter la table à l’arrière. Je prépare le thé, le café et les toasts dehors et nous déjeunons à l’intérieur. Je continue mon roman policier et Colette consulte des cartes et des documents touristiques. Bref, nous savourons toutes les deux une de nos activités préférée.

Vers 13h00, je pars faire le tour du lac Cyprus, soit une randonnée d’environ 5 km. Nous en profitons pour tester les walkie-talkies : ils fonctionnent bien et c’est rassurant de pouvoir être en contact à distance. Parlant d’être rassurée, au cours de ma randonnée, je sifflotais pour ne pas surprendre les animaux sauvages, car il semble qu’il y ait des ours dans le coin et des coyotes. À un moment donné j’ai entendu un gros bruit sourd, comme un gros animal qui s’enfuyait brusquement, mais je n’ai rien vu. Sous l’effet de la surprise, j’ai pensé à un ours et j’ai eu peur. J’ai continué mon chemin en me disant que j’étais bien seule au bout de ce lac… Une petite mousse bordait les rives par endroit et s’était même déposée dans le bois, comme si les elfes et les lutins avaient fait leur lavage ce jour-là. Cette mousse est en fait la conséquence du bris du mince film qui recouvre l’eau du lac.

Pendant que je gambadais autour de ce beau lac sablonneux dont les bords sont jonchés de belles roches calcaires plates, Colette explorait les autres sites de camping et en repérait un ou deux plus intéressants que le nôtre parce que plus proches de l’eau, mais finalement nous sommes restées au même endroit.

Nous sommes allées à Tobermory vers 16h00. Le centre d’accueil du parc marin venait de fermer. Nous sommes donc allées dans un petit café-resto très sympathique et nouvellement ouvert au village. Délicieuse soupe au poulet et surtout, internet sans-fil gratuit. Nous en avons profité pour alimenter notre blogue. Le texte a bien été publié, mais pas les photos. C’est peut-être le pare-feu du café-resto qui empêchait le transfert des photos.

Nous allons prendre le ferry vers l’île Manitoulin demain ou après-demain.

Lundi 28 mai (jour 6)

Tobermory – île Manitoulin

Nous sommes à bord du traversier qui nous amène à l’île Manitoulin. Ce matin, nous nous sommes réveillées tôt et nous étions dans les sentiers de randonnée dès 9h30. Nous nous sommes rendues ensemble jusqu’au point d’observation de la Grotte qui donnait un coup d’œil magnifique sur ce coin de la baie georgienne avec son eau turquoise près de la côte et vert bouteille lorsque c’est plus profond.

Le sentier est accidenté et très varié, passant sur des plages de grosses roches sur lesquelles il n’est pas toujours facile de marcher, dans le bois où en haut de falaises qui surplombent la baie. Il y a pas mal de couleuvres ici dans le parc. Nous les surprenons parfois alors qu’elles se chauffent au soleil. Elles se déplacent très vite. Vers 11h00, nous nous séparons. Colette retourne vers le stationnement et je continue. Le sentier devient encore plus accidenté dans la portion plus boisée.

C’est magnifique ce sentier qui pique à droite, à gauche, en bas, en haut et qui débouche tout à coup sur une baie de roches plates et d’eau turquoise. Je dérange des huards, ou du moins de gros oiseaux qui ressemblent à des huards. Nous expérimentons encore avec les walkies-talkies, mais, juste avant que je rebrousse chemin le contact ne se fait pas : le pic rocheux que je viens de contourner fait probablement obstacle.

Je rejoins Colette vers 12h15 et nous partons pour Tobermory prendre le ferry. Le passage nous coûte 59 $ et ça nous évite 400 km de route, ce qui, considérant notre consommation d’essence, est une aubaine! Comme la saison est encore jeune, il n’y a pas beaucoup de monde, mais en plein été j’imagine que le ferry est plein à craquer. Il y a tout de même quelques VR, dont un immatriculé en Colombie-Britannique. La traversée prend 1h30, mais il faut arriver au moins 30 minutes à l’avance et j’imagine que le débarquement prend au moins 30 minutes lorsque le ferry est plein. Donc, en tout, il faut compter 2h30.

Je suis à l’avant du bateau en ce moment, confortablement installée avec le laptop sur les genoux et droit devant, je ne vois que de l’eau! C’est comme une mer intérieure! Le ferry peut accueillir 618 passagers et 143 autos de taille standard. Il compte 42 membres d’équipage.

Arrivées à South Bay vers 15h30, le débarquement ne prend que quelques minutes. Nous avons repéré un camping privé sur un lac AVEC douches et nous nous y rendons. L’île Manitoulin semble très rurale, du moins dans la portion est où nous sommes : des champs, quelques vaches et très peu d’habitations. Le camping Uncle Steve’s est à la hauteur de nos attentes : nous sommes installées au bord du lac Manitou, sur une pointe et c’est la grande tranquillité, avec un beau lilas en prime sur le terrain. C’est un terrain gazonné fraîchement tondu et ça sent un peu le foin d’odeur. Huards, goélands, bernaches, pics et autres oiseaux viennent chacun faire un tour tout près de nous. Il fait très beau en cette fin d’après-midi.

Ahhhh ! Première douche depuis six jours. Nous relaxons en pensant (un tout petit peu) à la journée de demain. Il y a en effet pas mal de choses à faire sur l’île : sentiers de randonnée, chutes, réserve indienne. Il y a sur l’île la seule réserve « non cédée du Canada » : Wikwemikong (la baie du castor). Les indiens Odawa n’ont pas signé en 1862 le traité qui cédait tous les territoires amérindiens au gouvernement canadien en retour de 100 acres de terre par famille et de la création d’un fonds dans lequel le surplus de la vente des autres terres de l’île serait déposé. L’île est habitée par des descendants des Odawa, des Ojibwe et des Potawoni.

Mardi 29 mai (jour 7)

Île Manitoulin

Colette me fait remarquer que ça fait maintenant un mois que nous sommes en congé. Un mois! Quel privilège! J’ai pensé plusieurs fois à mes collègues de travail depuis le début de la semaine, Colette également.

Nous quittons le camping d’Uncle Steve pour nous rendre à un sentier de randonnée nommé, je n’ai pas su pourquoi, Cup and Saucer. Ce sentier longe des falaises vertigineuses, hautes de 300 mètres et plus. Il est très accidenté sur quelques courtes distances, mais en gros, il longe la crête de ces falaises. Moi qui n’ai habituellement pas le vertige, j’ai été saisie d’une très étrange sensation en m’approchant d’un surplomb dégagé : une impression que j’allais être aspirée par le vide à mes pieds. Je suis prudemment restée à au moins 1,50 m (5 pieds) du bord pour prendre quelques photos qui ne rendent en rien justice à ce que j’ai vu. Ces falaises surplombent des forêts de feuillus et au loin on voyait plusieurs lacs, dont le lac Manitou au bord duquel nous avons campé hier.

Au retour, j’ai hésité un peu, mais je me suis finalement engagée dans ce qui est annoncé comme « Adventure trail, very steep, at your own risk ». Je me suis essayée parce que cette portion du sentier ne fait que 0,5 km. Et j’ai adoré ça. C’est vrai que certains endroits sont très abrupts, mais le sentier est très bien aménagé et sécuritaire pour quelqu’un en forme. J’ai quand même sué pendant au moins 20 minutes pour parcourir ce demi-kilomètre qui longe le bas d’une paroi rocheuse : échelles de bois, passages rocheux s’approchant un peu de l’escalade, passages étroits. J’ai retrouvé Colette presque deux heures plus tard, le corps plein de sensations et le sourire fendu jusqu’aux oreilles : j’avais eu du fun!

Et la journée n’était pas terminée puisque nous avons fait un arrêt à la chute Bridal Weil. J’ai tâté l’eau et décidé qu’elle était baignable. Après ma suée sur le sentier, je me suis rafraîchie jusqu’en dessous de la peau! J’ai essayé de me rapprocher le plus possible du rideau de la chute, mais trop près l’air était trop saturé d’eau pour que je puisse respirer. Quel plaisir!

Pour finir la journée en beauté, nous avons mangé du poisson local dans un restaurant de Little Current, un petit village à la sortie de l’île Manitoulin. J’ai pris du white fish et Colette du pickerel (walleye). Un vrai délice!

Nous restons sur l’Île Manitoulin, car je souhaite aller au Centre de santé de Wikwemikong. Il semble en effet qu’il s’y pratique de la médecine traditionnelle, en complément à la médecine moderne. Nous trouvons un camping au bord d’un lac, admirons le coucher de soleil, puis nous mettons le blogue à jour après quelques tatônnements. La mise en ligne de photos prend beaucoup de temps, que ce soit dans le blogue ou dans notre album photo Picasa.

Nous sommes toujours aussi enchantées du confort que nous procure Westy et de la rapidité avec laquelle nous nous installons et nous repartons d’un camping. Colette l’aime tellement qu’elle le photographie sous toutes ses coutures. Elle aime aussi les animaux, ce qui fait que nous avons au moins cinq photos d’un couple de bernaches avec leurs petits. Je dois insister un peu pour qu’une seule soit mise en ligne dans Picasa…

Mercredi 30 mai (jour 8)

Île Manitoulin - Parc provincial Chutes

Je me lève vers 7h00. Il a fait doux cette nuit : nous n’avons pas utilisé le chauffage. Je fais mes exercices d’assouplissement et d’étirement pendant près d’une heure dehors au son du clapotis du lac et des cris des bernaches qui entraînent leurs petits à avancer en file indienne. Les goélands sont de la partie aussi. C’est le bonheur de pourvoir ainsi prendre le temps dans des conditions idéales.

Vers 8h15 je téléphone au Centre de santé de Wikwemikong, je parle à un guérisseur traditionnel qui n’a pas l’air sûr de vouloir me rencontrer, mais qui m’accorde finalement un rendez-vous à 13h00, ce qui me convient parfaitement. Nous déjeunons tranquillement et méditons ensemble au bord de l’eau. Le temps de parcourir la trentaine de kilomètres qui nous séparent de la réserve, de préparer quelques questions et de prendre des photos de l’extérieur du bâtiment en forme d’aigle en vol, me voici, un peu nerveuse quelques minutes avant de rencontrer Ronald Wakegijg, traditional medical program coordinator.
La photo ci-contre est une vue extérieure du local du guérisseur. Les 13 poteaux en cèdre qui l'entourent symbolysent l'année lunaire

Voici le lien vers l’entrevue qui a été publiée dans PasseportSanté.net
http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Nouvelles/Fiche.aspx?doc=2007081499

Je me rends compte que je suis restée un peu tendue tout le long de cette entrevue et j’en suis un peu déçue. Je pense que j’étais partagée entre Françoise la journaliste et Françoise qui aurait voulu simplement vivre une rencontre personnelle.

Nous quittons l’île Manitoulin en passant par Little Current. Nous mettons de l’essence et faisons une épicerie à Espanola.

Ce matin, Colette a rempli notre réservoir d’eau propre et nous profitons d’un terrain vague en arrière de la station d’essence pour vider notre eau grise. Ça prend évidemment deux tuyaux différents : le vert pour l’eau grise et le blanc pour l’eau propre. Colette exécute l’opération avec ses gants de travail et se trouve très sharp! Nous avons maintenant exécuté toutes les manœuvres relatives à notre VR. Nous savons comment faire fonctionner le frigo au gaz, à l’électricité ou alimenté par la batterie auxiliaire, nous savons utiliser le convertisseur, la pompe à eau. En fait, je dis « on », mais c’est surtout Colette qui a bien écouté les instructions lorsqu’on nous les a données. C’est Colette l’homme de la maison sur ces points. Moi, j’apprends lentement chaque affaire, avec parfois, je l’avoue un peu de réticence, parce que trouve que c’est un peu compliqué tout ça…

Nous campons près de Massey, au parc provincial Chutes, qui comme son nom l’indique, abrite des chutes. Moins spectaculaire que la chute Bridal Weil, la principale chute n’en est pas moins agréable, car sa base la rivière se prélasse et on peut s’y baigner. Un groupe de jeunes en profite d’ailleurs. Le camping est presque désert. En revenant d’une petite promenade, je cueille de jeunes feuilles de pissenlit que je mange en salade quelques minutes plus tard. Nous savourons des côtelettes d’agneau avec un peu de vin. Comme nous avons aussi pris une Mike’s Hard Lemonade, nous sommes un peu « paffes ». Il fait chaud.

Nous nous endormons au son de la chute.

Jeudi 31 mai 2007 (jour 9)

Massey (Chutes) – Sault Ste-Marie : 256 km

Je me lève de bonne heure et je vais me baigner dans un méandre de la rivière non loin de la chute. L’eau est moins froide que celle de Bridal Weil. J’observe les oiseaux matinaux qui vaquent à leurs occupations et qui volent au ras de l’eau. Il y en a un qui passe et repasse en lançant son cri. Je n’ai pas les jumelles, alors je me laisse juste habiter par son vol et son cri.

Colette est allée prendre une douche et donne 9 sur 10 aux installations sanitaires du parc. Après le déjeuner, nous faisons une petite randonnée dans le sentier des chutes. Il y en a sept dans le parc. Nous longeons la rivière qui dévoile des endroits magnifiques : lys des bois à profusion, méandres paresseux, rochers qui ressemblent à du bois séché, sentier tapissé d’aiguilles de pins. Nous méditons près d’une des chutes.

Nous partons vers 11h00, en direction de Sault-Sainte-Marie. La route est belle, car nous longeons le North Channel. Partout de petites baies sablonneuses ou recouvertes de petits galets. On s’arrêterait toutes les 10 minutes pour admirer et se prélasser au soleil! Il y a de fait, sur les routes de l’Ontario, de nombreux espaces aménagés pour une halte agréable : tables à pique-nique et toilettes bien entretenues.

Colette a préparé le souper avec un truc appelé Hamburger Helper, formellement interdit par ma religion. Vous savez, une préparation toute faite qu’on ajoute à du bœuf haché. Celui-ci s’appelle bœuf Stroganoff et même les pâtes sont fournies. Il faut aussi ajouter du lait. Comme le brûleur au propane que nous utilisons dehors n’a pas de réglage pour le mijotage, ce que réclame ce truc Stroga-machin, il faut le surveiller pour pas que ça brûle. À peu près 12 grosses mouches vertes se portent volontaires…

Je fais une grosse entorse à ma religion et je dévore mon assiette. C’est très salé, mais ça se mange, surtout que j’y ai ajouté un reste de piments verts cuits. Colette s’en tient à la version pas de légumes. Avec tout ça, nous nous couchons passé 23h00, ce qui est une mauvaise idée, parce que le lendemain matin, le train sifflera bien plus que trois fois vers 5h30 et suffisamment fort pour nous réveiller.

Vendredi 1er juin (jour 10)

Sault Ste-Marie – Parc Lac Supérieur : 141 km

Nous sommes un peu au ralenti après notre courte nuit. Il fait très chaud. Nous quittons le camping vers 10h30. À Sault-Sainte-Marie, de l’autre côté du pont qui enjambe la rivière Sainte-Marie, eh bien c’est Sault-Sainte-Marie, Michigan, USA. Curieux non, que les deux villes portent exactement le même nom francophone?

Nous allons à la galerie d’art Algoma annoncée à grands renforts de qualificatifs dithyrambiques dans la brochure de la ville. Il y a là deux expositions. Roberta Bondar, la première astronaute canadienne est originaire de Sault-Sainte-Marie est maintenant photographe. Ses œuvres sont magnifiques : http://www.artgalleryofalgoma.ca/pt3Exhibits.aspx?l=,1,230,643,712

Il y a aussi une exposition d'une série de petites peintures faites en 2003 et en 2005 au Yukon par Nicole Bauberger et intitulée Listening to the Mountain . Elle a croqué les saisons qui changent et écrit ses réflexions au cours de plusieurs mois de camping dans ce lieu montagneux reculé. J’aime beaucoup et Colette aussi http://www.artgalleryofalgoma.ca/pt3Exhibits.aspx?l=,1,230,643,711

Nous repartons cependant déçues par le fait que la collection permanente annoncée de 4000 œuvres n’est pas là! Nous avons la vague impression de nous être fait avoir. Je relis la brochure touristique en me disant que j’ai dû mal comprendre, mais non : c’est soit de la pub mensongère, soit une collection permanente non mise en valeur.

La beauté des paysages que nous traversons en direction du nord nous fait vite oublier cette mini-mésaventure. Nous longeons la Batchawana Bay, puis le Lac supérieur. C’est à couper le souffle. On se croirait au bord de la mer : il ne manque que l’odeur… Nous prenons de l’altitude et traversons des poches de brume. Il devait faire 28 degrés à Sault-Sainte-Marie, mais il n’en fait plus que 18 ou 20 ici.

Nous nous arrêtons au Superior Lake provincial park. C’est là que j’écris le journal de voyage des trois derniers jours, bien installée dans Westy avec le laptop sur mes genoux. Nous avons mangé une salade accompagnée d’une généreuse portion de truite fumée achetée en chemin pour une bouchée de pain. Le lac était tout embrumé lorsque nous sommes arrivées vers 16h30, mais là il est 21h15 et une partie de la brume s’est levée. La plage est magnifique et nous avons une vue unique dessus. Le soleil se couche dans une barre de nuages, nous avons fait un feu, Colette a arraché quelques bons morceaux de bois à un arbre sec : une vrai femme des bois avec sa hache. Mais comme elle n’a pas mis ses gants de travail qui lui donnent une allure sharp, elle a un début d’ampoule!

Colette étudie les fonctions de l’appareil photo. Nous aurons certainement à choisir parmi une cinquantaine de prises de vue du coucher du soleil sur le Lac supérieur. Ce lac est le plus grand des grands lacs, le plus grand lac d’eau douce au monde et la température maximale de son eau de surface atteint 14,5 degrés en août (c’pas chaud!). Sa profondeur atteint 400 mètres (1300 pieds), sa largeur 257 km, sa longueur 616 km et sa superficie est de plus de 84 000 km2. Bref, le plus grand, le plus profond et le plus frette.

Notre site est magnifique, mais le camping est situé tout près de la transcanadienne. Avec le refroidissement de température, nous dormirons les fenêtres fermées, ce qui atténue le bruit des véhicules.

Samedi 2 juin (jour 11)

Parc Prov. Lac Supérieur – Parc Prov. Rainbow falls: 385 km

Ce matin, Colette a entendu un bruit. C’était un peu sourd et régulier, comme un ballon qui rebondit au loin sur une surface dure. Après quelques minutes, je regarde dehors en pensant voir un enfant, mais non! Un gros pic-bois est perché sur un tronc d’arbre couché à moins de deux mètres de notre fenêtre. Il a la tête toute rouge et redresse ses plumes pour faire le coq de temps en temps. Nous le regardons attaquer le bois avec beaucoup de force.

Il doit avoir le cerveau bien accroché pour éviter les commotions cérébrales! Je le soupçonne aussi de faire des exercices de cou tous les matins et tous les soirs, vu qu’il n’y a ni ostéos ni chiros dans les parages… Nous l’aurions bien regardé très longtemps je pense, mais après cinq minutes, ce gros oiseau (pileated woodpecker) se fait chasser par un petit écureuil très territorial.

En regardant le lac nous découvrons une île en face de nous (île Montreal). La brume d’hier soir la masquait complètement. Le lac est très calme, pas un souffle de vent. Il fait beau. Je fais un petit feu pour nos toasts. Je vais me tremper les pieds dans le lac, juste pour voir : impossible de rester plus d’une minute sans y laisser un orteil ou deux.

Nous passons un peu de temps au pavillon d’accueil qui abrite une exposition très bien faite sur les attraits du parc. Nos faisons quelques kilomètres sur la route afin de nous rendre à un sentier de randonnée appelé Pictographs. C’est un court sentier magnifique et escarpé qui aboutit dans une baie du Lac supérieur, au pied d’une falaise sur laquelle les indiens Odjiwés ont peint des animaux, des canots. Le Lac supérieur (Gi chi gamiing – grand lac) était un territoire habité par les Obdjiwés au moins 2000 ans avant que les colons arrivent avec leurs gros sabots. Des archéologues ont même daté des morceaux d’objets à 8000 ans avant JC!

Nous méditons sur les rochers face au lac et j’essaie de me laisser pénétrer par 10 000 ans d’histoire amérindienne. L’eau est claire et nous voyons les rochers au fond près de la falaise : c’est particulièrement beau avec ce soleil qui brille. En remontant vers le stationnement, nous passons par une faille profonde dans laquelle il fait frais. Colette, conquise, donne 11/10 au sentier.

Nous prenons la route et roulons durant 385 km. C’est moi qui conduit les 300 premiers kilomètres. La route est magnifique, bordée de rochers roses, ocres, de lacs, de baies majestueuses, de rivières, de ruisseaux. Ça rappelle un peu, par moments, le Cap Breton. Nous apercevons trois orignaux, dont un qui traverse la route environ 20 mètres devant nous. Nous faisons un arrêt au Canadian Tire de Marathon car nous avons constaté que nos phares de jours restent allumés même lorsque le moteur est coupé. Deux meccanos examinent le moteur, à la recherche du module défectueux. Ils le trouvent et le débranchent. En attendant d’aller chez le concessionnaire Dodge de Thunder Bay, il nous suffira d’allumer les phares pour être en règle.

Nous nous installons au Parc provincial Rainbow falls. Je pense enfin à poser la fameuse question concernant l’interdiction d’alcool et la fête de la Reine Victoria. J’ai un début d’explication qui ne me satisfait pas totalement, mais qui soulève un bon coin du voile. Cette règle a été mise en vigueur dans 28 pars provinciaux du sud de l’Ontario il y a environ cinq ans, après que des jeunes aient profité du long week-end pour camper dans les parcs, boire à profusion et devenir très dérangeants (rowdy).

Nous soupons dans le VR, because beaucoup de petites mouches. Maudit que c’est pratique cet espace confortable où nous pouvons lire, manger, écrire sur le portable, faire la vaisselle. Une petite pluie se met à tomber. Il est temps de penser à dormir, car il est 22h30.

Dimanche 3 juin (jour 12)

Parc Prov. Rainbow falls – Parc Prov. Sleeping Giant: 226 km

Colette

Il a plu toute la nuit dernière. Au matin c’était gris et une pluie fine tombait de façon intermittente. C’est moi (Colette) qui prends la plume pour écrire cette journée. Après le déjeuner dans Westy, nous enfilons nos habits de pluie et allons faire le sentier des chutes. Très bien aménagé. Beaux points de vue et passerelle de bois au dessus de la chute en prime. Je reviens vers Westy pendant que Françoise pousse un peu plus loin cette marche.

Premier matin de conduite sous la pluie. À Nipigon, la pluie cesse. Nous nous arrêtons au Centre d’information touristique. Françoise m’offre de prend un petit moment pour «arranger» L’essuie-glace côté chauffeur. Plus capable de le remettre en place… elle a brisé la «pinouche». Bon. Retourne à l’information pour l'adresse de notre ami fidèle : Canadian Tire. Nous sommes chanceuses, c’est dimanche et celui de Nipigon est ouvert. On y est. On achète un wiper de 19 pouces. Françoise tatônne un peu, je regarde les instructions et lui indique la façon de le poser. Ça va… mais après essai, il semble un peu court.

Françoise retourne au magasin pour l’échanger pour un 20 pouces. La file à la caisse, le remboursement de l’un puis l’achat de l’autre. Elle revient, déballe le truc puis dans son empressement à le poser fait revoler la pince dans les airs…. Sait pu comment reposer la pince… retourne pour voir le vendeur… revient avec la pince en place… repose le «wiper», essai final… ça va ! Très chanceuses dans nos petits pépins… et je suis restée Zen.


En chemin nous nous arrêtons au Canyon Ouimet. Le sentier mène à deux belvédères nous donnant une vue magnifique sur un canyon profond à donner un brin de vertige. On y voit une formation rocheuse ayant la forme d’une tête d’indien. De la route, le chemin sinueux menant au canyon fait 11 km. À certains endroits c’est très à pic. C’est sur la route du retour de ce sentier que nous voyons notre premier ours. Un bébé ours noir, en fait, sur le bord de la route. Contente de le voir quand je suis bien à l’abri…

Nous prenons le chemin pour le parc provincial Sleeping Giant (à environ 40 km à l’est de Thunder Bay). Sur le chemin du camping nous voyons plusieurs cerfs. Nous nous apercevrons plus tard qu’il y en a plein au camping… ils sont curieux et s’approchent de nous… pas besoin de passer la tondeuse sur les sites 148 à 160… ils y broutent l’herbe entre les départs et arrivées des campeurs. Ça a son charme de les voir si près avec leurs grandes oreilles et leur queue blanche, certains ont de petits bois de velours.

Notre site donne sur le lac Marie-Louise. Chaque site donnant sur le lac possède ses escaliers de bois bien aménagés pour nous faire descendre sur la grève. C’est réellement un très bel endroit ! Nous passons un bout de soirée à regarder les couples de canards et de huards sur le lac devant nous.

Le temps s’est éclairci… il fera beau demain.