vendredi 21 septembre 2007

De Ten Mile Lake à l'île de Vancouver

Samedi 15 septembre (jour 115)

Le parc de Ten Mile Lake est grand : il y a une grande plage et beaucoup de tables à pique-nique, ainsi qu’un endroit pour mettre les bateaux à l’eau. Nous nous promenons un peu après avoir déjeuné, puis nous reprenons la route vers Whistler.

En sortant du parc, je veux tourner à droite, mais Colette me dit que c’est à gauche. Je suis sceptique, mais comme c’est elle qui est l’experte des cartes et des directions, je l’écoute. Je n’aurais pas du, parce que 25 km plus loin, nous nous rendons compte que nous ne sommes pas dans la bonne direction…Colette en est toute confondue. Faut dire qu’elle était fatiguée hier et que c'est moi qui conduisais.

Après avoir repris la bonne direction, nous nous arrêtons à Williams Lake pour une épicerie. Juste avant d’entrer dans cette ville, un panneau rigolo se lit ainsi : « All those who hate speeding tickets, raise your right foot » (Tous ceux qui haïssent les contraventions, levez le pied doit). Nous choisissons de camper à Lac la Hache. Nous arrivons au camping privé vers 15h30, ce qui nous laisse tout le temps de savourer la vue sur le lac, le beau temps et la chaleur. Plutôt que de prendre une douche, comme Colette, je choisis de me rafraîchir dans le lac : ah, que ça ravigote et que ça me fait plaisir! L’eau est fraîche, mais baignable et j’y nage pendant au moins dix minutes.

Après avoir fait l’inventaire de ce que nous avons dans le frigo, nous nous préparons un plat de légumes et tofu au curry (une sauce balti en conserve). Oignons, courgettes et champignons sont sautés dans la poêle avec de l’huile d’olive. J’ajoute ensuite le tofu soyeux et la sauce pour faire mijoter le tout. Nous dégustons le tout au soleil, avec de la coriandre fraîche et les derniers croissants de Nathalie : un régal!

Nous mettons notre blogue et notre galerie de photos à jour.

Dimanche 16 septembre (jour 116)

Il pleut ce matin et il y aura des averses toute la journée. Nous prenons la route vers Whistler qui est à 350 km de là. Le paysage est légèrement vallonné et émaillé de ranches jusqu’à Clinton. À partir de là, ça se corse, car nous prenons la route 99, qui traverse une région très montagneuse. Le paysage change radicalement : il devient aride, desséché, comme s’il n’avait pas plus depuis des lustres ici. À certains endroits, on se croirait dans les badlands de l’Alberta : la seule différence c’est que quelques arbres rabougris poussent sur les pentes rocailleuses.

Les pentes sont fortes sur la route : 11 %, 12 %, 13 %. En approchant d’un petit village appelé Lillooet, nous voyons une carrière de calcaire à même la montagne. Nous passons près d’un lac aux eaux bleu-vert : le lac Pavilion est peu profond et ses eaux abritent de la tromatolite, une roche qui se rapproche du corail et qui a suffisamment intrigué les scientifiques pour que la NASA vienne étudier ce phénomène afin d’en savoir plus sur les formes primitives de vie sur la Terre.

Certains virages en épingle doivent être négociés très lentement et la descente vers Lillooet est spectaculaire. Nous longeons de très haut le fleuve Fraser qui coule au fond d’un canyon vertigineux. Curieusement, dans ce paysage désolé, nous apercevons quelques surfaces très vertes qui sont irriguées : du ginseng est cultivé dans la région, car le climat est favorable pour cette plante semble-t-il. Nous observons les saumons qui remontent la rivière Cayoosh tout près de Lillooet et nous admirons le magnifique lac Seton. Nous traverserons plusieurs fois la belle rivière Cayoosh en roulant vers Whistler.

Le temps est partiellement nuageux et la pluie s’est arrêtée. Nous arrivons à Whistler vers 18h00. Il y a un seul camping à proximité. Nous n’avons donc pas le choix de payer 53 $ pour la nuit. Ça va avec le prix du terrain dans le coin j’imagine… Nous allons acheter une bouteille de rouge pour oublier combien le camping nous a coûté… Heu non! Pour accompagner le super-délicieux plat de curry qui est encore meilleur qu’hier, surtout avec un rouge brittano-colombien (Calona Wineyards, merlot 2005). Bien que je sois un peu « paffe », nous prenons notre courage à deux mains et faisons la vaisselle avant de nous glisser dans nos sacs de couchage.

Lundi 17 septembre (jour 117)

Après une bonne nuit de sommeil et un bon petit déjeuner, nous nous préparons pour aller marcher dans les pistes qui sont en haut des pentes de ski. Nous prenons la « Gondola », c’est-à-dire le téléphérique : pour 30 $, la montée dure environ 20 minutes et donne accès ensuite à un remonte-pente classique qui monte presque verticalement le dernier pan de la montagne. Déjà en haut du téléphérique, il fait plus frais qu’en bas. Le temps est ensoleillé, avec quelques passages nuageux.

Des adeptes de vélo de montagne prennent aussi le téléphérique : la plupart débarquent à un arrêt intermédiaire, mais certains le prennent jusqu’en haut pour ensuite dévaler les pentes. La plupart sont biens équipés : protections renforcées pour les épaules, les coudes, les genoux, les tibias et même pour le dos. Tous portent un casque de style moto. Tous ont aussi un petit grain de folie logé dans le cerveau, mais il faut bien que jeunesse se passe…

Nous mangeons une partie de notre lunch dans l’immense Roundhouse lodge et nous choisissons de ne pas prendre le remonte-pente, car il est déjà 13h30 et je ne pense pas avoir assez de temps pour faire une piste qui débute en haut (High Note Trail). Colette s’en va donc vers le point d’observation du glacier et, de mon côté, je choisis une piste plus longue.

Le sentier du glacier est rocailleux et vallonné. Il traverse un petit ruisseau. Colette trouve ses bâtons bien utiles pour traverser une plaque de neige glissante. Au retour, elle prend le sentier surnommé « T-bar trail ». Il est particulièrement abrupt et fait pomper son cœur, mais lui permet d’admirer de superbes vues sur les montagnes environnantes. Colette rejoint le sentier principal, rocailleux, qui descend vers la Roundhouse lodge. Pour se réchauffer, elle boit un bon chocolat chaud et lit le journal en m’attendant.

De mon côté, pendant ¾ d’heure je grimperai non pas un sentier, mais plutôt une route rocailleuse abrupte. C’est très décevant, car ça n’a rien de poétique ou de bucolique : pas d’arbres, et des sites de travaux en prévision des jeux olympiques d’hiver de 2010. Aussi, bien qu’on voie de belles montagnes au loin, je ne peux m’empêcher d’observer combien les pentes de ski défigure la montagne en face. De plus, je me trompe dans les indications et je me retrouve à 14h30 à l’endroit où le remonte-pente arrive!

Je sais que je n’ai pas le temps de faire la piste High Note avant que le dernier téléphérique parte, mais je choisis d’en faire une partie. Là on parle d’un vrai sentier de randonnée avec des paysages sauvages et sublimes. Je descends pendant environ une heure et je rebrousse chemin la mort dans l’âme, mais j’apprécie quand même le chemin du retour, très abrupt, mais bien tracé.

Le seul moment où j’en ai vraiment pour mon argent à Whistler, c’est quand j’embarque dans le remonte-pente pour rejoindre Colette au Roundhouse Lodge. Hou, là, là, quand je sens mon siège commencer à descendre et que je vois la pente presque verticale, le coeur me remonte jusqu’aux dents et je m’accroche à la barre avec l’énergie du désespoir!

Même si je reprends ma respiration par la suite, mon rythme cardiaque reste élevé et je continue à me tenir fermement. Je n’ose même pas déplacer mon sac à dos ou mon bâton, de peur de faire un faux mouvement. Comme j’ai mis, ma tuque, mes gants et un deuxième polar par-dessus mon coupe-vent, je n’ai pas trop froid, mais je peux vous dire que le fond de l’air est plus que frisquet. Il y avait là-haut des gens qui n’étaient pas bien couverts et qui « se les étaient gelées » en montant.

Je rejoins Colette et nous reprenons le téléphérique. Nous marchons un peu dans le village avant de prendre la route vers 18h00. Nous nous arrêtons à Squamish pour faire le plein d’essence. Lorsque nous voyons qu’il y a une épicerie de l’autre côté de la rue, Colette et moi avons la même idée, car nous avons faim : acheter un poulet rôti pour nous dépanner pour le souper. En fait, à peine arrivées dans Westy avec le poulet chaud, nous nous jetons dessus comme si nous n’avions pas mangé depuis trois jours! Ça creuse la marche en montagne.

À partir de Squamish, nous longeons la Sunshine Coast. Les paysages sont superbes avec des baies sur fond de montagnes. Il y a beaucoup de trvaux de réfection sur la 99 qui relie Whistler et Vancouver, en prévision des jeux olympiques de 2010.

Nous nous arrêtons pour camper dans le parc provincial de Porteau Cove. Les sites sont superbes et nous en trouvons un avec vue sur la baie. Comme les travaux sur la 99 se font la nuit, c’est assez bruyant, comme l’indique un panneau à l’entrée du camping. Il y a aussi la voie ferrée, qui passe à quelques mètres de là. Deux trains sont passés en soirée, mais la nuit a été tranquille de ce côté-là et le bruit des travaux, bien que perceptible à l’intérieur de Westy, n’était pas dérangeant selon Colette (j’avais mis mes bouchons).

Mardi 18 septembre 2007 (jour 118)

Au réveil, nous apprécions la beauté de notre site et du camping. La vue sur la baie est magnifique, même si le temps est so-so. Nous partons vers 9h45, sans avoir payé, car personne n’est venu nous demander quoique se soit. En Colombie-Britannique, les parcs provinciaux ne proposent pas l’auto-inscription, car ce sont des employés des parcs qui viennent voir chaque campeur pour faire payer le montant requis.

Nous arrivons à Vancouver vers 10h30. Nous nous stationnons au centre-ville, pour aller au bureau de tourisme : dans ce coin, les parcomètres réclament 25 ¢ pour trois minutes de stationnement, fait que t’es mieux de faire ça vite, tes petites commissions! Une employée charmante et compétente nous trouve l’adresse d’un garage (North Shore RV) qui fait l’entretien des véhicules récréatifs. Westy fait en effet de plus en plus de bruit sur la route et nous sommes bien décidées à faire trouver la cause du problème, car nous avons vraiment l’impression que quelque chose va bientôt se décrocher.

Le problème avec les spécialistes des VR, c’est qu’ils sont très occupés et qu’ils n’ont généralement pas de place avant une ou même deux semaines. Nous nous essayons quand même et je demande au mécano s’il a un peu de temps pour regarder ça. Il accepte de le faire et se glisse sous le camion avec une planche à roulette.

Il brasse toutes sorte de choses, mais rien ne bouge. Il demande alors à un des collègues de venir sauter sur le pare-choc arrière pendant qu’il est en-dessous. Le bruit se produit et il arrive à le localiser : un boîtier métallique qui recouvre les amortisseurs semble branler. Il revisse deux boulons sur le côté, et lorsque son collègue saute à nouveau sur le pare-choc, le bruit ne se fait pas entendre. Après avoir payé 20 $, j’ose à peine y croire, mais c’était bien la source du problème et Westy ne fait plus de bruit lorsque la route est en mauvais état, hourra! Ça fait quand même deux mois que ce bruit me tarabustait et empirait.

Nous nous rendons dans un centre commercial qui offre l’accès à internet sans fil, car j’attends des courriels au sujet d’une conférence à laquelle je pourrais peut-être assister à Victoria et au sujet d’une entrevue avec une spécialiste de l’éthique en matière de protection des droits des Amérindiens en matière de médecine traditionnelle. Pendant que je réponds à mes courriels à ce sujet, Colette en profite pour se faire couper les cheveux et aller faire un tour dans un des ses magasins préférés : Future Shop.

Nous nous installons ensuite au Capilano RV park. Tout est inclus ici : la piscine extérieure chauffée, le bain tourbillon, mais aussi les centaines de véhicules à la minute qui circulent sur les différents ponts routes avoisinants. Il pleut ce soir, et, après que j’aie profité du bain tourbillon et que nous ayons soupé, nous en profitions pour regarder un film sur le laptop. Le choix est plus ou moins bon, car le film Dune a plutôt mal vieilli. Nous nous couchons trop tard, soit environ 23h30. La photo ci-contre ne montre pas la cour d'un concessionnaire de VR, mais bien une allée du camping où nous sommes installées.

Mercredi 19 septembre (jour 119)

Il fait beau ce matin sur Vancouver. Nous retournons faire un tour au centre commercial, car je jongle avec l’idée d’acheter un micro pour enregistrer la conférence de vendredi à Victoria. Finalement, je ne trouve rien d’adéquat pour moi et je me dis que je prendrai des notes à la main.

Nous allons prendre une marche au Lynn Canyon Park, à Vancouver-Nord. Le pont suspendu fait 48 mètres de long et surplombe un étroit canyon au fond duquel coule un ruisseau. Le sentier asez escarpé, nous mène aux Twin falls, deux petites chutes qui forment des bassins d’eau verte où, malheureusement, quelques personnes ont perdu la vie dans les années 1990. Bien qu’il fasse très beau, le soleil perce à peine à travers les grands arbres du parc.

Après cette agréable excursion, nous faisons un saut au « liquor store » pour acheter du vin et de la Mike’s, car nous sommes à sec. Pour faire plaisir à Colette, j’achète de la Mike’s à la lime, plutôt qu’au citron. Nous allons ensuite sur la rue Broadway pour aller chez Mountain Equipement Coop, notre magasin de plein air préféré. Ils ne sont pas seuls dans le coin, car d’autres boutiques de plein air ont pignon sur rue ici aussi.

Après délibérations difficiles, nous décidons d’aller camper à Surrey plutôt que de retourner au Capilano RV park. Colette fait un deuil difficile d’une promenade à la Baie des Anglais et, vers 18h00, nous partons vers Surrey. En route, nous sommes bloquées dans un embouteillage à cause d’un accident grave : les deux autos que nous apercevons en passant sont complètement détruites et tordues!

Nous arrivons vers 19h30 au Peace Arch RV park et nous nous rendons compte que notre choix de camping plus bucolique est plutôt raté. En effet, bien que celui-ci soit en dehors de la ville (nous sommes à 40 km de Vancouver), il est très près de l’autoroute. Nous bougonnons toues les deux et nous sommes fatiguées. Nous ouvrons une Mike’s à la lime et voilà que nous nous apercevons qu’elle n’a que 5 % d’alcool, contrairement à celle au citron qui affiche 7 %. Colette aime bien, mais je préfère définitivement celle au citron.

Jeudi 20 septembre (jour 120)

Il pleut ce matin. S’il est vrai que le Peace Arch RV park est aussi bruyant que le camping de Vancouver, il est cependant plus boisé. Après un petit déjeuner rapide, je prends des nouvelles de Gaël au téléphone pendant que Colette vide le réservoir d’eau grise. Nous faisons ensuite quelques commissions à Surrey, notamment dans une vraie boulangerie, qui fait du vrai pain : ah que c’est bon! Ça doit faire presque deux mois que nous n’avons pas mangé du vrai pain frais cuit.

Nous partons vers 13h00 pour aller prendre le ferry de 15h00 qui part de Tsawwassen et se rend à Swartz bay sur l’île de Vancouver. Nous arrivons là vers 13h30 et apprenons avec plaisir qu’un ferry supplémentaire part à 14h00. Le temps de manger un peu et nous voilà à bord du Queen of Saanich. Je mets ce journal de voyage à jour durant la traversée d’une heure et demie.

En arrivant sur l'île, nous faisons un petit tour à Sydney, petite ville côtière et j’en profite pour acheter de la « vraie Mike’s » au citron. Nous nous installons ensuite dans un camping au bord de la mer, à peu près à 30 minutes de Victoria. La vue est superbe et nous savourons un souper de pain, fromages, pâté et vin rouge. Comme j’ai bu une bouteille de Mike’s avant, je suis pas mal « paffe » et Colette aussi. Nous allons prendre une marche sur la plage pour nous aérer l’esprit. Plusieurs voiliers d’oies sauvages survolent le camping. Où vont-elles? Colette leur dit que le sud, ce n’est pas par là, mais elles ne l’écoutent pas.
La nuit tombe et il fait frais. Nous rentrons nous mettre au chaud dans Westy et je mets ce journal à jour pendant que Colette écoute de la musique sur le iPod.