dimanche 14 octobre 2007

De l'Oregon à la Californie

Dimanche 7 octobre (jour 137)

Après une nuit dans un bon lit, nous prenons le petit déjeuner au comptoir de la grande cuisine de la belle maison de David et Sandra. C’est grand : il y a quatre chambres (dont une avec salle de bain attenante), un grand salon, une salle à manger et une pièce bureau-télévision. Derrière la maison, un petit jardin avec un petit étang (mais profond de 1,50 m) où nagent des carpes. Celles-ci avaient été installées là par les anciens propriétaires.

Nous apprenons qu’Eugène est une ville un peu particulière, un peu granole avec une population hippie assez présente. C’est une ville aux valeurs assez libérales. L’été y est ensoleillé et tempéré, mais après, c’est une autre histoire. En automne et en hiver, même s’il ne fait pas froid, les nuages restent coincés au-dessus de la ville, ce qui rend les mois d’hiver un peu déprimants. Heureusement, il suffit de faire une heure de route pour sortir des nuages semble-t-il. Il y aussi beaucoup d’endroits proches pour faire du plein air et des pentes de ski dans les collines environnantes.

Colette et Sandra vont prendre une marche pendant que j’écris ce journal. Colette revient un peu essoufflée, car Sandra marche d’un bon pas. David va à l’église avec les deux plus jeunes (Sarah, 10 ans et Kieren, 6 ans), puis ils vont faire un tour de vélo. Pendant ce temps, Nous allons faire quelques commissions avec Sandra et Lauren, dans la Prius toute neuve qu'ils ont achetée ce printemps. Nous prenons un dîner santé dans un restaurant appelé Laughing Planet. Nous allons en ville avec la Toyota Prius : Sandra et David sont pas mal écolos : ils essaient de manger local et organique si possible.

Pour le souper nous mangeons du thon albacore cuit sur le barbecue, avec de la salade, du riz et du vin blanc : miam! Nous parlons encore de tout : ça fait du bien de reprendre contact avec du monde, de parler politique, écologie, école, éducation, etc.

Pendant que tout le monde va se coucher, je prends le temps de préparer la mise en ligne du blogue.

Lundi 8 octobre (jour 138)

Sandra va amener les enfants à l’école (ils fréquentent tous la même). Cette fois-ci, Colette décline l’invitation pour aller marcher, mais Françoise l’accepte. Pendant ce temps, Colette met des photos en ligne.

Nous quittons Eugene vers 11h00, en direction du sud. Nous nous arrêtons dans l’après-midi pour manger dans une halte routière. Je vois un monsieur qui promène son chien (un teckel). Au bout de quelques minutes, il ramène le chien dans son pick-up. Je le vois ensuite sortir un autre chien presque identique, puis le retourner dans le pick-up. Ben savez-vous quoi? Il en sort un troisième (toujours un teckel)! Je ne sais pas pourquoi il ne les sort pas en même temps : problèmes de laisses emmêlées peut-être? Colette appelle ses grands-parents, ce qui nous fait réaliser que nous sommes le lundi de l’Action de Grâces.

Ce qui est moins drôle dans cette halte routière, c’est qu’il y a deux personnes qui mendient : un gars qui dit être coincé là parce qu’il n’a plus d’argent pour acheter de l’essence et une femme handicapée en chaise roulante. Ça me met super mal à l’aise. Nous faisons le plein d’essence et constatons qu’en Oregon, une loi interdit le self-service dans les stations-services. Va falloir que j’essaie de trouver pourquoi.

Nos quittons l’autoroute pour prendre la route 199, vers la côte. Cette route devient sinueuse, traverse des collines et est bordée de très grands arbres, dont certains ont été rognés pour laisser passer les véhicules. Nous passons dans un tunnel : à l’entrée, il y a un dispositif qui permet au cycliste d’actionner un feu clignotant qui indiquent aux automobilistes qu’ils roulent dans le tunnel. Nous nous arrêtons au Simpson-Reed Grove : c’est là que nous réalisons que les gros arbres que nous avons vus sont des séquoias. Ceux qui sont ici sont très gros et ont de 250 à 1000 ans. Ces arbres, qui peuvent atteindre 360 pieds (100 m) de haut, ont des racines peu profondes, car l’eau est abondante en surface.

Nous arrivons à Crescent city, Californie, à 17h00 pile, juste avant que le bureau d’information du parc national de Redwood ne ferme. Nous roulons près de la côte : c’est très différent de la côte en Oregon, mais c’est très beau aussi. Les maisons qui ont vue sur la mer ont des façades très vitrées. Nous ne savons pas trop où aller camper, car nous n’avons pas d’information sur les campings privés. En sortant un peu de la ville, nous tombons par hasard sur un camping régional. C’est rustique et désert, mais pour 10 $ (auto-inscription), ça fait notre affaire.

Comme Colette est fatiguée d’avoir conduit de longues heures aujourd’hui, je prends le souper en main. Je fais la cuisine dehors, car il fait doux et on annonce de la pluie pour demain. Lorsque le plat de quinoa, oignons, champignons, piments, tofu et sauce au curry est prêt, il fait presque noir. Après ce bon souper, la fatigue aidant, nous hésitons toutes les deux à faire la vaisselle. L’idée de nous réveiller avec des assiettes sales nous fait nous prendre en main et 20 minutes plus tard, tout est propre, sec et serré.

Mardi 9 octobre (jour 139)

Ce matin, il fait 17ºC dans Westy et il n’y a pas de condensation : c’est bien agréable, mais comme il fait un peu sombre sous les grands arbres, nous quittons le camping pour aller déjeuner au bord de la mer. Il y a du vent, des vagues et des pélicans en vol. Nous prenons conscience de notre liberté d’action et apprécions pleinement ce moment privilégié.

Crescent City est une petite ville côtière endormie et même décrépite par endroit. Les maisons qui sont le long de la route qui borde l’océan font exception et sont probablement possédées par de riches personnes.






Nous nous rendons au Tolowa Dunes State park où nous faisons une randonnée jusqu’à la mer. Le sentier passe dans des dunes boisées, des dunes sans arbres, puis arrive sur une plage où la mer est déchaînée. Ça gronde et ça vente inlassablement sur ce rivage où reposent des troncs et du bois de marée. Il se met à pleuvoir sur le chemin du retour, mais nous sommes presque arrivées et nous avons de bons manteaux de pluie.

Je marche sur un autre sentier pour aller voir le marais du lac Earl : rien à signaler, car l’eau est basse et je ne vois aucun oiseau aquatique. Nous retournons en ville, puis nous installons dans un camping pour VR près de la mer. La connexion fixe à internet ne fonctionne pas, mais nous avons accès au réseau sans fil du Anchor Inn à côté. C’est fou le nombre de fois que nous avons pu nous brancher sur des réseaux sans fil non sécurisés alors que les gérants ou propriétaires du camping nous disaient ne pas offrir d’accès.

Il fait presque noir, il pleut et Colette déprime un peu. Le meilleur remède pour ça, c’est la musique. Colette sort le iPod, les hauts-parleurs et en avant Mes Aïeux! Après, ce sera Cabrel (Beaux dégâts). Nous nous couchons vers 21h30. Comme mes insomnies persistent, j’adopte la même stratégie qu’il y a un an et je prends un Ativan aux trois jours, ce qui me donne une bonne nuit sur trois.

Mercredi 10 octobre (jour 140)

La journée s’annonce grise. Nous déjeunons tranquillement. Colette a une brève conversation sur MSN avec sa mère et lui donne rendez-vous pour demain matin. Après avoir regardé les nombreux pélicans assemblés sur la plage, nous allons observer les quelques lions de mer qui ont élu domicile sur un ponton à Anchor Point, tout près du camping. Ils sont drôles à voir : certains aboient, d’autres se grattent avec leur nageoires, et d’autres ne bougent pas.

Nous roulons ensuite sur la Holland Hill road, une route de gravelle étroite, souvent juste assez large pour un seul véhicule, bordée par de très grands et gros séquoias. Par endroit, nous passons tout juste entre deux géants, c’est impressionnant et un peu magique. Nous nous arrêtons environ à mi-chemin et Colette me dépose vers midi pour que je puisse faire le sentier appelé Boy Scout Tree trail. Cette randonnée de 6 miles (10 km) aller-retour est assez facile, mais quel spectacle! Ce sentier pourrait s’appeler le sentier des Géants tant il y a de gros arbres. Il est tapissé des petites feuilles roussies de séquoias. Tout cela m’inspire beaucoup de respect et d’humilité. Ces arbres ont des centaines d’années et certains plus de mille ans! Plus magique et sacré que ça, c’est difficile.

Je me rends jusqu’au Boy Scout Tree, qui est énorme (si vous aggrandissez la photo, vous distinguerez les bâtons de marche), puis jusqu’aux chutes Fern (fougère, en anglais). Je prends le temps de manger et de méditer à cet endroit tranquille et verdoyant, puis je prends un sentier abrupt qui remonte le torrent. Il y a d’autres petites chutes plus haut et même une petite cuvette dans laquelle je marche après m’être déchaussée. Je pourrais peut-être me baigner… mais je n’ai pas de serviette et je crains de ne pas pouvoir me réchauffer si je me rhabille mouillée. Sur le chemin du retour, le soleil pointe quelques rayons et la lumière filtre à travers le feuillage des géants. Je rejoins Colette vers 16h00.

Colette :
Je mange au fast-food du coin, à Crescent City, puis je retourne sur la route du bord de mer où je m’installe. Je lis, j’écris une carte et je dessine. Je vais chercher Françoise vers 16h00.

Nous retournons à Crescent city. Colette m’amène à l’endroit où elle a passé l’après-midi, puis me montre ses dessins. Il fait presque beau, mais il y a encore beaucoup de vent. Nous décidons de passer la nuit au même camping qu’hier. Nous passons avant à l’épicerie où nous achetons notamment du bœuf haché biologique et du beaujolais français (8 $!). Je téléphone à Jessica pour prendre des nouvelles. Le beaujolais est très bon, et, après ma randonnée, le gros steak haché passe très bien : je finis même celui de Colette, qui n’a plus faim (c’est le monde à l’envers!).

Pendant que je fais la vaisselle, Colette met notre galerie de photos à jour et répond à quelques courriels. Je prends une bonne douche bien chaude, puis je rédige ce journal. Je regarde La Presse en ligne : les accommodements raisonnables sont à la une!

Note littéraire. Je viens de terminer une biographie qui m’a beaucoup inspirée : Rachel Carson – The gentle Subversive. Écrit par Mark Hamilton Lytle, cet ouvrage fascinant se penche sur la carrière de cette biologiste Américaine qui a mis ses talents exceptionnels d’écrivaine et de vulgarisatrice au service de la nature. Après avoir remporté de nombreux prix pour des ouvrages inspirés sur la mer et les créatures qui y vivent (Under the Sea-Wind et The Sea Around Us), elle a publié, en 1962, un livre dont le titre résonne encore aujourd’hui : Silent Spring. Première dénonciation publique des dangers d’un usage abusif des pesticides sur la nature, cet ouvrage a contribué à la naissance du mouvement écologiste.

Jeudi 11 octobre (jour 141)

Il fait 12ºC dans Westy ce matin. Le vent est tombé, la mer est plus calme, mais il fait gris. Colette prend une douche, puis entame une conversation en ligne avec sa mère, Francine, et son conjoint, Roch. Elle peut les voir, mais la webcam de notre ordinateur ne veut pas fonctionner. Alors, Francine et Roch signent (ils sont sourds) et Colette répond par écrit. C’est quand même beau la technologie! Je m’occupe du lavage pendant ce temps. Nous quittons le camping vers 11h00. Nous nous arrêtons à l’endroit où la rivière Klamath se jette dans l’Océan pacifique.

Je descends un sentier abrupt jusqu’à un belvédère. Je scanne l’océan avec mes jumelles et je vois des pélicans qui pêchent. C’est impressionnant, leur façon de plonger en piqué! Je vois aussi des pélicans à tête blanche. Ils sont plus gros que les pélicans gris que nous avons vus jusqu’à présent. En continuant de regarder la mer, je vois au loin le souffle de deux baleines qui ondulent à la surface de l’eau. Puis, elles plongent et l'une d’elles montre sa queue. Après ça, je ne les reverrai pas. Je remonte le sentier en mangeant des mûres et en en cueillant une poignée pour Colette.

Nous quittons l’autoroute pour prendre une route qui passe à travers le parc national Redwoods. Nous côtoyons à nouveau de gros sequoias. Nous nous arrêtons pour faire une randonnée qui longe le ruisseau Brown. Le sentier est bordé de fougères, qui prospèrent dans cet environnement humide. Il y a aussi des rhododendrons, mais c’est au printemps qu’ils fleurissent. Et toujours, la majesté des ces grands arbres, qu’ils soient debout ou couchés.

Colette revient par le même sentier (5 km aller-retour), tandis que je fais une boucle un peu plus longue qui grimpe, puis redescend à flanc de colline. Nous faisons ensuite un court arrêt pour admirer le plus vieil arbre du parc, un séquoia appelé Bid tree qui a 1 500 ans, mesure 94 m (308 pieds) de haut et a un diamètre de 6,9 m (22,5 pieds)! L’histoire ne dit pas s’il continue à grandir et à grossir à cet âge vénérable…

Toujours en roulant vers le sud, nous traversons une zone où l’on peut observer des wapitis sauvages du bord de la route. Bien qu’ils n’aient pas l’air très sauvages, une pancarte met en garde de ne pas les approcher. Je me tiens donc à distance (15 m, environ) et j’utilise le zoom. Nous sommes maintenant de nouveau au bord de la mer et le paysage est magnifique, car il y a aussi des lagons d’eau douce dans le coin de Humboldt Lagoons state park. Comme Colette conduit, je peux observer un peu et j’aperçois de beaux canards et des hérons blancs. Dommage que nous ne puissions nous attarder dans le coin…

La journée est grise et humide et le chauffage de Westy (la partie automobile, pas camping, heureusement) vient de nous lâcher définitivement, après des problèmes intermittents, que nous avions réussi à contourner. Colette a un peu froid et elle est fatiguée. Il est temps de s’arrêter pour la nuit.

Notre recherche d’un camping pour VR est un peu laborieuse. À notre premier arrêt, le bureau est fermé après 17h00 (il est 17h30) et comme ça prend une clé pour les toilettes, nous prenons la poudre d’escampette. Deuxième arrêt : le bureau est ouvert, mais il y a une panne électrique qui prive les lieux d’eau, ce qui rend les toilettes et les douches non fonctionnelles. La propriétaire nous réfère à un autre camping, 8 km plus loin, à Trinidad. Ce sera le bon arrêt pour ce soir : le bureau est ouvert et tout fonctionne, hourrah!

Seul problème : le terrain n’est pas tout à fait plat. Nous zigonons pendant 10 minutes pour arriver à quelque chose. Nous sommes fatiguées et bougonnes, mais après avoir mangé, ça va mieux. Nous nous endormons au son de la pluie.

Vendredi 12 octobre (jour 142)

Nous nous réveillons une fois de plus dans un Westy tout condensé. Cette humidité irrite un peu nos articulations, surtout nos épaules. Nous ne sommes pas encore arthritiques, mais même si notre lit est confortable, il n’est pas aussi « ergonomique » que notre lit à la maison. De plus, il y a eu cette nuit une infiltration d’eau par la porte arrière. Heureusement que Colette n’était pas trop collée sur la porte et qu’il y avait là une serviette de plage qui a absorbé la plupart de l’eau.

Nous quittons le camping vers 11h00, comme à notre habitude et faisons un arrêt à Trinidad, charmant village au bord de la mer. Nous achetons, dans une poissonnerie spécialisée, du thon blanc mis en boîte de façon artisanale et de l’esturgeon fumé. La dame qui nous sert prend le temps de nous expliquer que le fumage est fait de façon traditionnelle, sans aucun additif et que leur technique de mise en boîte et de cuisson du thon n’a rien à voir avec les procédés industriels. Bien sûr, le prix va avec, mais nous pensons que ça vaut la peine. On vous en reparle quand on va ouvrir l’esturgeon fumé…

Autre arrêt à Arcata, à la recherche d’un Centre d’information touristique mentionné sur l’autoroute, mais que nous ne trouverons pas. En revanche, dans la petite ville, des pancartes bleues indiquent où sont les diverses églises du coin (voir photo dans colonne de gauche). Heureusement, nous trouverons de l’information touristique sur la Californie un peu plus loin sur l’autoroute.

Juste avant d’arriver dans une ville appelée Eureka (!), nous admirons un marais immense qui est un sanctuaire protégé. Nous voyons encore des hérons blancs et des canards. À Euréka, nous faisons un arrêt dans une grande épicerie naturelle où nous achetons, entre autres choses, du vin biologique local. Nous reprenons la route vers 15h00.
Arrêt dans un magasin spécialisé en objets faits en bois où nous n’achetons rien, mais où Colette prend bien des photos. Nous nous installons au Redwood River Resort pour la nuit.

Nous allons faire un tour près de la rivière Eel, que nous avons longée une bonne partie de la journée. Le sentier est court (300 m), mais abrupt et la remontée nous fait suer un peu. Souper santé fait d’une grosse salade verte, avec tomates et soupçon de fromage féta, accompagnée d’une tranche de pain et d’une petite coupe de Beaujolais. Après la vaisselle, je m’installe pour mettre ce journal à jour. Dehors, les grenouilles chantent : un son que nous n’avions pas entendu depuis longtemps!

Samedi 13 octobre (jour 143)

Après avoir déjeuné, nous prenons la route qui mène à la côte, la 1. Elle est extrêmement sinueuse par endroits, avec des virages en épingles et de bonnes côtes. Colette a hâte de voir la mer, mais nous roulons si lentement que ça prend bien du temps; la vitesse est rarement à plus de 40km/h. La voici enfin dans toute sa splendeur de vagues et de falaises et, sous le soleil! La côte est très découpée et nous continuons à rouler lentement, car la route est étroite et continue à « sinuer ». Le spectacle est superbe et, malgré quelques passages nuageux, le temps est assez ensoleillé.

Nous nous arrêtons au MacKerricher state park. Nous dînons dans Westy, puis allons nous promener au bord de l’eau, grâce à une longue passerelle de bois qui protège les dunes et mène à deux belvédères d’où on peut observer la faune locale : phoques, oiseaux de toutes sortes, dont des pélicans et des huîtriers noirs. Ces derniers, de la taille d’une grosse corneille, ont un long bec rouge et des pattes de la même couleur (désolées, les photos ne sont pas bonnes). En lisant les panneaux d’information, nous apprenons qu’il y a déjà eu des quais de chargement de bois ici. Les forêts de séquoia étaient exploitées et fournissaient du bois de très bonne qualité. Le transport par bateaux a ensuite été remplacé par le train, puis les camions routiers.

Nous arrivons au charmant village côtier de Mendocino un peu avant 16h00 : jolies maisons, galeries d’art et bord mer. Dans une de ces galeries, nous goûtons du vin organique (nous sommes dans une région viticole, pas loin des vallées de Sonoma et Napa. Malheureusement, ces vins vieillis dans des fûts de chêne sont beaucoup trop boisés à notre goût. Nous reprenons la route et décidons de nous arrêter à un point de vue d’où nous pouvons admirer la mer.

Colette prépare le souper : pâtes fraîches, avec sauce rosée à la vodka (toute faite, vendue en pot à l’épicerie…) et saumon rouge en boîte. C’est délicieux. Nous nous arrêtons peu après au Manchester state park pour la nuit. C’est rustique, mais pour 10 $, ça fait notre affaire, surtout que c’est loin de la route et tout près des dunes. Nous nous couchons de bonne heure.

Dimanche 14 octobre (jour 144)

Nous nous réveillons vers 7h00 et allons nous promener dans les dunes. Nous croisons quelques chevreuils graciles et pas trop farouches. Bien qu’il fasse gris et frais, le paysage est superbe et porte à la contemplation. La plage est immense et les vagues y déversent leur écume avec persévérance.

Ce matin, une fois n’est pas coutume, c’est moi qui conduis. Juste avant, le village de Gualala, nous nous arrêtons pour déjeuner. Nous tombons très bien, car il y a de tout, y compris des œufs bénédictine pour Colette et des crêpes de sarrasin pour moi. Bien sûr, ces dernières sont servies à la mode américaine, c’est-à-dire qu’elles sont épaisses.

Comme c’est l’anniversaire de mon frère Jean (51 ans) et de mon père (75 ans), je prends le temps de leur téléphoner, même si ça fait drôle de les appeler avec neuf heures de décalage. Ils vont bien tous les deux et je suis bien contente d’entendre leur voix. Juste pour vous dire, en passant, comme tous les dimanches, avec sa blonde, mon père est allé faire une course à pied. Celle d’aujourd’hui était de 18 km… Je me sens un peu larguée avec mes presque 50 ans et mes petites randonnées de 10 à 15 km…

La route 1 continue à longer la côte qui est très nuageuse et brumeuse ce matin. Dans un petit village, je décide de suivre les indications pour un marché local. Ce que la pancarte ne dit pas, c’est qu’il faut se taper une côte de 18 % sur plusieurs kilomètres pour y arriver et, que ce matin là, il n’y a pas grand-chose au marché. Nous continuons sur la même route jusqu’à ce qu’elle rejoigne la 1. Bien que nous soyons montées dans la grisaille, en haut, c’est plein soleil pendant quelques kilomètres! Il grisaille à nouveau lorsque nous retrouvons la côte.. Nous écoutons Maxime le Forestier chanter : « Quand San Francisco s’embrume… ». Ce temps maussade n'empêche pas les surfeurs du dimanche de pratiquer leur sport, bien protégés par un wetsuit.
Nous hésitons : continuer à longer la côte jusqu’à San Francisco ou bifurquer vers les terres? Nous bifurquons vers les terres, en direction de Petaluma. En quelques kilomètres, le temps et le décor changent complètement : plein soleil et terre recouverte d’herbe sèche broutée par des moutons, des vaches et même des lamas. Il ya aussi beaucoup d’oiseaux de proie qui planent au-dessus de ces champs desséchés : les petites bêtes doivent se tenir à carreau pour rester en vie dans le coin.

Nous nous arrêtons vers 14h00 dans le camping Koa de Petaluma : tout le confort et les commodités, pour 50 $ (y compris internet sans fil). Je demande expressément un site au soleil, sans arbres, car depuis une semaine, au pays des séquoias géants, tous les campings (sauf hier à Manchester park) étaient très ombragés. À peines installées, nous sortons nos petites chaises bleues pour profiter du soleil, chose que nous n’avons pas faite depuis des lustres! Je note les dépenses des derniers jours et je mets ce journal à jour.

Lorsque le soleil commence à décliner, nous nous réfugions dans Westy pour lire. Après avoir lu deux policiers lesbiens en trois jour, je commence un roman lesbien (Beyond Pale, Elana Dykewomon) et Colette lit le journal pour y apporter corrections et ajouts. Nous mangeons le restant de pâtes au saumon avec un Red Zinfandel bio de la région de Mendocino : délicieux! Il fait nuit et je commence la mise à jour du blogue : vous aurez des nouvelles presqu’en direct!