lundi 10 décembre 2007

Du Texas au Tennessee

Jeudi 6 décembre (jour 197)

Caddo Mills (Texas) – Hot Springs (Arkansas) : 420 km (261 miles)

Camping Koa, Caddo Mills (Texas)

Il a fait froid cette nuit et il fait froid ce matin dans Westy : 12ºC. Heureusement que le chauffage, récemment réparé, fait rapidement monter la température. Comme mes nuits sont courtes depuis plusieurs jours, je me sens fatiguée, mais le moral est bon. Dehors, il fait beau, mais le vent est fort et froid. Après avoir déjeuné, nous faisons le plein de propane et quittons le camping vers 10h00.

Nous voici à nouveau dans une mer de gros camions. Je ne sais pas si les chauffeurs sont bien payés, mais il y a de la job en masse pour eux. Plusieurs camions affichent un numéro de téléphone pour ceux qui veulent proposer leurs services. D’autres affichent un petit texte affirmant que leurs chauffeurs sont à la maison toutes les fins de semaine. À voir circuler touts ces monstres qui engouffrent des centaines de litres de diesel tous les jours, je me sens moins coupable de l’impact écologique négatif de la consommation de Westy, quelque chose qui me turlupine depuis le début du voyage.

Nous nous arrêtons dans une très grosse station-service juste avant de quitter le Texas. Après avoir fait le plein et lavé le pare-brise (enfin un liquide qui contient un détergent efficace), nous mangeons dans Westy. Nous sommes stationnées près d’une pesée pour camions : celui-ci transportait un tank. Nous reprenons la route et arrivons en Arkansas. Les plaques de cet état affichent le slogan suivant : The Natural State.

Le premier campement de Blancs en Arkansas fut établi par les Français en 1686. Par la suite, le territoire fut sous autorité espagnole, puis à nouveau français, avant d’être racheté par les États-Unis en 1803. Cet état est un gros producteur de bauxite, un minerai essentiel à la fabrication de l’aluminium et compte la seule mine de diamants en territoire américain. Bill Clinton fut gouverneur de l’Arkansas, avant de devenir le 42e président des États-Unis.

Nous nous rendons dans une petite ville balnéaire appelée Hot Springs où, justement, Clinton a passé une partie de son enfance et adolescence. Il y a là des sources chaudes, très chaudes même (62ºC-143ºF). Près de 4 millions de litres d’eau émergent de 47 sources différentes. Cette eau provient d’une nappe phréatique qui n’a pas été localisée, mais on sait qu’elle est tombée sous forme de pluie il y a 4000 ans. L’eau s’enfonce graduellement dans la terre, ce qui fait augmenter sa température et la charge en minéraux (silice, calcium, magnésium, notamment) ; elle rejaillit par une faille. Sans goût et sans odeur, elle est très agréable à boire et sécuritaire telle quelle. Comme le statut de Réserve naturelle, conféré aux sources en 1832, empêche, entre autres choses, la vente commerciale de cette eau, plusieurs fontaines publiques permettent de remplir gratuitement petits et grands contenants.

La vente de l’eau n’est pas permise, certes, mais rien n’empêche de commercialiser des services connexes. L’eau chaude des sources est exploitée de façon très différente de celles que nous avons visitées jusqu’à présent. Au lieu d’avoir accès à un bassin public moyennant un droit d’entrée, la seule façon de prendre un bon bain très chaud consiste à aller dans une « Maison de bain » (bathhouse). Détail de la procédure demain.

Nous prenons le temps de repérer les lieux en nous rendant au Centre des visiteurs du parc, puis à celui de la municipalité. La rue principale, sur laquelle sont installés les hôtels et les spas, est superbe avec son charme suranné. Les bâtiments, qui datent du début des années 1900, ont une architecture qui rappelle un peu celle de Nice. Nous nous préparons à magasiner un hôtel un peu à l’extérieur, mais en prenant une rue pour rebrousser chemin, nous voyons un petit hôtel plutôt vieux. Je me renseigne à tout hasard et comme le prix est correct et qu’il y a un frigo et un four à micro-ondes, nous élisons domicile au motel Happy Hollow pour la nuit.

La chambre et le mobilier sont vieux, mais propres. Les deux appareils de chauffage d’appoint fonctionnent. Nous mangeons le plat de curry préparé à Austin par Colette, avec du quinoa blanc. C’est bon, mais plus épicé que prévu. Ça passe mieux avec un soda au gingembre de Whole Foods. La vie est bonne pour nous! De plus, nous avons pu sans aucun problème avoir accès à internet sans fil de notre chambre, mais je ne suis pas sûre que la propriétaire le sait et j’ai oublié de lui dire lorsque nous sommes parties.

Grâce à la collection de vidéos de la propriétaire, qui a l’air aussi vieux que son motel, nous regardons un film que nous avions bien aimé : Shall we dance? avec Richard Gere et Jennifer Lopez (2004). Il s’agit d’un « remake » très fidèle d’un sublime film japonais. Le réalisateur, Peter Chelsom, a eu la rare élégance de mettre, du moins dans la version vidéo, un extrait du début du film original (1996). Je vous conseille de regarder d’abord le film américain, puis de louer la version originale japonaise, plus sobre et en même temps plus éclatée (acteurs : Kôji Yakusho, Tamiyo Kusakari ; réalisateur :Masayuki Suo). Au Japon, la danse sociale avait mauvaise réputation avant la sortie de ce film. Elle se porte très bien depuis semble-t-il.

Notes du jour

- Les Amérindiens qui fréquentaient la région appelait le coin « La vallée des vapeurs ». Ils venaient profiter des propriétés médicinales de l’eau et s’y baignaient en paix, l’endroit ayant été décrété territoire neutre par les différentes tribus.

- Vu sur la route, un camion citerne plein de sirop de maïs (photo ci-contre)

- Vu en chemin une pancarte cool affichant le texte suivant
______________________
[Santa Claus is coming to town
[Please don’t hit him
[Don’t drink and drive.
[_____________________

- Et une autre affichant ceci : c’est fou comme je tombe des nues quelquefois!
_____________________________
[Microsurgical reversal vasectomy
[Money Back Guarantee1 713 REVERSE
[http://www.vasectomyreversal.com/
[____________________________

Vendredi 7 décembre (jour 198)

Hot Springs (Arkansas) – Memphis (Tennessee) : 305 km (190 miles)

Le café fourni dans ce petit motel est très bon, contrairement à celui de Studio 6, qui est un jus de chaussette infâme. Nous partons vers 10h00 et nous voilà à 10h15, enveloppées dans un drap à la façon romaine (voir photo plus bas), toutes nues en-dessous et prêtes pour l’expérience d’un Deluxe Bathing Package qui, pour 60 $ inclut bien des choses. Nous sommes à la Buckstaff Bathhouse, le seul établissement qui prend les clients sans rendez-vous. En été, la file d’attente s’étire dans la rue. En ce moment, c’est quasiment désert.

Ça commence par un bain très chaud d’environ 15 minutes dans une baignoire avec un tourbillon. Comme les installations sont vieilles, le tourbillon qui est à un bout de la baignoire, n’est pas vraiment bien placé, mais ce n’est pas très grave. Le 4 $ que nous avons payé pour le « gant Loofa » est une plaisanterie, car même si nous le gardons en partant, la personne qui nous accompagne, le passe très rapidement sur les jambes et le haut du dos. Curieux.

Mon accompagnatrice s’appelle Julie, une belle femme noire de 40 ans qui en paraît 35 à peine et qui travaille ici depuis 10 ans. Nous aurons un bel échange. Colette est accompagnée par Kathy, une femme noire aussi, âgée de 52 ans, employée depuis quatre ans. Après la baignoire, c’est le bain de siège durant 5 à 10 minutes, puis un bain de vapeur pas mal comique, car nous sommes assises dans une petite boîte avec la tête et le cou qui dépasse (vapor cabinet). Colette n’y reste pas longtemps, car elle trouve ça trop chaud.

Ensuite, on nous enveloppe les épaules dans des serviettes très chaudes, on nous met une serviette froide sur le front et on nous laisse reposer pendant 15-20 minutes. Prochaine étape : une douche fraîche (needle shower) avec plusieurs jets qui imitent la pluie. Ça fait du bien après toute cette chaleur. Enfin, toutes ramollies, nous voici prêtes pour les mains des massos. La mienne s’appelle Karen Love, celle de Colette, Rubben. Elles n’y vont pas de main morte, mais ça fait du bien, surtout qu’elles utilisent une huile chaude pour nous masser.

Karen est moitié Cherokee, moitié noire et notre échange sera très chaleureux. Elle fait ce boulot depuis 14 ans et me hugge à la fin du massage, qui a duré près de 30 minutes (en principe, c’est 20 minutes). Vous pensez que ça s’arrête là? Pas tout à fait. Le dernier traitement est un bain de paraffine hydratant pour les mains (cire chaude). Après avoir trempé les mains cinq fois dans de la paraffine, on laisse reposer le tout dans un emballage pendant 10 minutes et hop, on enlève le tout une fois refroidi, comme une deuxième peau. Colette me dit que ce type de soin est également dispensé au centre de réadaptation physique où elle travaille : appliquée sur différentes articulation, ce traitement contribue à soulager les symptômes de l’arthrite rhumatoïde.

Il est 12h15 lorsque je sors de là. Après avoir laissé des pourboires aux personnes concernées, nous allons dîner au restaurant Magnolia, juste en face : rôti de bœuf pour Colette et hamburger pour moi. J’ai bien aimé mon expérience, tant sur le plan physique qu’humain, Colette a apprécié, sans plus, car elle s'est senti un peu brassée de tous bords tous côtés. Imaginez ce que ça doit être l'été quand la foule envahit l'établissement! Nous n’avons malheureusement pas le temps de visiter le musée situé dans un ancien établissement de bain (Fordyce Bath House), ni d’aller explorer les sentiers du parc. Avant de quitter la ville, nous remplissons tous nos contenants d’eau. Colette est excitée, car notre prochaine étape est très importante pour elle : Memphis, la ville d’Elvis!!

En route vers cette ville mythique, nous rejoignons la 40, une autoroute qui traverse les États-Unis d’ouest en est. Il y a trois fois plus de camions que d’autos. Comme nous en avons pris l’habitude, nous changeons de chauffeur avant d’arriver à Memphis. Je laisse un camionneur en dépasser un autre et il me remercie en faisant clignoter ses veilleuses arrière : cool! Les couleurs de l’automne s’affichent ici beaucoup plus nettement qu’au Texas.Nous arrivons dans les environs de Memphis vers 17h00. Colette, le nez dans ses cartes et ses notes, sait exactement où nous allons : près de Graceland, où elle a repéré un camping pour VR, à deux pas de cet endroit mythique, où se trouvent la maison et le musée consacré à Elvis.

Finalement, nous nous arrêtons à l’hôtel Days Inn situé à côté de Graceland pour vérifier le prix d’une chambre. Sur un coup de tête, nous choisissons de réserver pour deux nuits, même si ça coûte 80 $ la nuit, taxes incluses. Au diable la dépense! Nous ne regrettons pas notre dépense et Colette est conquise, car la chambre est spacieuse et décorée de photos d’Elvis. On nous a de plus donné une chambre au bord la piscine en forme de guitare, mais cela vient avec un GROS inconvénient : les chansons d’Elvis jouent à pleine tête et on les entend un peu dans la chambre… J’appelle pour vérifier à quelle heure le « concert » achève : à 19h00, mais il reprend à 9h00 demain matin me dit-on.

Épuisée par mes courtes nuits, je me vois très bien me reposer dans cette chambre. Colette est en forme, car elle décide d’aller plutôt visiter un magasin juste à côté : Graceland Outlet Store. Elle n’y achètera rien, car c’est plutôt camelote. Je fais une délicieuse salade avocat pamplemousse avec huile d’olive, vinaigre et yogourt nature : miam! Je complète avec du pain et du fromage et Colette avec du poulet et des petits poids.

La télévision a tous les postes imaginables, plus deux consacrés exclusivement à des films dont l’acteur principal est bien sûr le King en personne. Nous regardons un peu de tout, dont une partie du film Cinderella Man. Je fais une bonne séance d’étirements avant de me coucher.

Notes du jour

- Nous avons franchi notre 30 millième kilomètre aujourd’hui!

- Voici une note que je veux écrire depuis longtemps. Les Nord-Américains sont familiers avec le système appelé Adopt a Highway, mais pas les Européens. Taraudée par la curiosité, je me suis renseignée en surfant sur le net. Il s’agit d’un programme de partenariat entre le ministère des transports et des citoyens afin de ramasser les déchets qui s’accumulent le long des routes.

Un groupe de citoyens, un commerce, une église, les employés d’une compagnie, peuvent adopter une portion de route (de 1 à 3 miles) pour une période variant de 2 à 5 ans. Soit ils assurent le ramassage eux-mêmes avec du matériel fourni par le ministère des transports, soit ils payent une organisation pour le faire. En échange, un panneau affiche le nom de la compagnie, du commerce, de l’église, de l’organisation (Sierra Club, Lions Club) ou même de la famille qui nettoie ou qui paye. J’ai pris comme exemple les panneaux du Colorado, car ils sont jolis.
Malheureusement, les programmes ne sont pas toujours efficaces ou pas assez fréquemment mis en application, car les bords de certaines routes affichant ces panneaux étaient jonchés de détritus.

Il existe une variante de ce programme au niveau municipal : Adopt a Street. Cette photo a été prise à Austin. Le sigle KAB signifie Keep Austin Beautiful. À Austin, les groupes adoptent au moins un demi-mile de rue durant au moins deux ans et nettoient au moins quatre fois par année.

Aucun commentaire: