mardi 2 octobre 2007

Péninsule Olympic et Seattle

Mercredi 26 septembre (jour 126)

Colette me fait remarquer que j’ai arrêté de travailler il y a exactement cinq mois, le 26 avril (elle a arrêté le 27 avril). Nous ne nous rendons pas compte que ça fait si longtemps et pourtant c’est tout un morceau de temps!

Nous marchons jusqu’au chutes Sol Duc en empruntant un superbe sentier bien aménagé. Encore des arbres majestueux et, malgré le soleil qui brille au-dessus d’eux, une lumière diffuse et une certaine fraîcheur. Nous continuons le sentier au-delà des chutes. Là il devient plus « sauvage » en suivant la rivière : pour franchir les d’arbres couchés en travers, il faut soit escalader les troncs, les enjamber ou encore, passer en-dessous. À quelques endroits, le soleil perce et illumine le décor. L’atmosphère est mystérieuse. Nous méditons près de la rivière et c’est fascinant de sentir l’énergie de la nature qui nous enveloppe.

Nous revenons deux heures plus tard, repues de beauté. Nous pique-niquons dans le stationnement, en plein soleil automnal. Nous prenons la route et repassons au bord du lac Crescent, avant de repasser près de Sequim, une petite ville où on cultive de la lavande dans les alentours. Nous retraversons Port Angeles, puis nous arrêtons dans une petite ville au bord de la mer : Port Townsend.

Nous nous arrêtons au petit marché du coin et achetons un super bon pain bio au levain. Une épicerie fine appelée Aldrich’s nous attire. Bonne intuition : nous y trouvons non seulement du Morbier pour 10 $ la livre, mais aussi du fromage de chèvre frais pour 9 $ la livre. Miam!

Nous nous installons au camping Hudson Point Marina & RV Park, mais après quelques minutes, nous nous rendons compte que notre prise de 15 ampères n’est pas compatible avec les prises de 30 ampères du camping. Après discussion avec le gardien, qui a passé son seul adaptateur à un autre campeur, nous nous rendons à la quincaillerie du coin qui, une chance, vend ce type d’adaptateur. Nous pouvons enfin nous installer pour profiter du beau soleil, mais il commence à se faire tard et nous ne pouvons en profiter longtemps. La vue sur la mer est quand même superbe et apaisante.

Jeudi 27 septembre (jour 127)

Nous prenons chacune une douche dans les installations les plus propres et les plus récemment rénovées du voyage. Nous retournons à l’épicerie fine Aldrich’s, car il y a une connexion sans fil gratuite. C’est en effet le temps de mettre notre blogue et notre galerie de photos à jour, ce qui nous prend quelques heures. Nous en profitons aussi pour dîner sur place. En regardant les photos et les articles encadrés au mur, nous apprendrons que le bâtiment, qui datait des années 1920 du siècle, a brûlé en 2003. L’épicerie à rouvert ses portes en 2005, au même endroit. Pour en savoir plus : http://www.aldrichs.com/history.html

Nous quittons Port Townsend vers 16h30, afin de nous rapprocher de Seattle. Finalement, comme il y a peu d’attente pour le ferry de Kingston et que la traversée ne dure que 30 minutes, nous décidons de nous rendre à Seattle. Une fois de l’autre côté, nous cherchons un camping qui est indiqué dans notre documentation, mais nous ne le trouvons pas. Nous piquons donc vers le sud, pour aller camper de l’autre côté de la ville.

Nous n’avions cependant pas prévu que la distance serait si grande et nous nous retrouvons à traverser Seattle via une voie rapide à quatre voies et même cinq par endroits, sous la pluie et bien fatiguées. Nous nous disons qu’un motel ferait notre affaire. Nous prenons une sortie au hasard, mais nous tombons dans un quartier où il ne semble y avoir que des restaurants et des garages. Nous reprenons la voie rapide, découragées. Nous nous rendons à la sortie où se trouve le camping, mais un motel (Motel 6) s’annonce à 50 $ la nuit. C’est bien tentant, car il est tard et le camping est encore à cinq kilomètres de là.

Nous prenons la chambre de motel, même si elle coûte un peu plus cher : le prix affiché est pour une personne (avec les taxes, ça fait 62 $). Nous sommes fatiguées et nous avons envie de passer une nuit sans humidité. En effet, même si le chauffage de Westy fonctionne bien, nous le fermons pour la nuit, car il est bruyant. Depuis environ deux semaines, nous nous réveillons tous les matins avec des températures intérieures qui varient entre 10 et 14 ºC et les vitres pleines de condensation.

L’autre point fort du motel c’est la proximité et l’intimité de la salle de bain. Colette regarde cette pièce avec admiration et se demande même si elle ne devrait pas reprendre une douche, juste pour le fun… Nous pique-niquons dans la chambre, nous "zappons" et regardons deux épisodes d’une série policière américaine (Law and Order, Criminal Intent) et hop, dodo dans un lit avec des draps!

Observation : Sur la Côte Ouest, autant au Canada qu’aux États-Unis, les « chars » ne rouillent pas. Nous avons vu de vieilles Corolla des années 88-92 qui n’avaient aucune rouille!

Vendredi 28 septembre (jour 128)

Ce matin, Colette regarde encore la douche, puis décide de profiter de cette belle commodité moderne. Après un petit déjeuner sommaire dans notre chambre d’hôtel, nous arrivons au camping vers 11h00. Nous ne regrettons pas le prix de notre chambre d’hôtel, car ce camping de la chaîne KOA nous coûte quand même 49 $, un des plus chers de notre voyage. Cependant, comme nous voulons explorer Seattle, c’est un bon endroit pour passer la nuit.

J’hésite à aller à Seattle avec Colette, car je veux finir mon texte sur la conférence de Victoria, et parce que je ne trippe pas trop ville. Finalement, comme le temps s’est éclairci, je suis tentée et nous y allons ensemble. Pas question de prendre Westy pour aller explorer cette grande ville. Nous prenons un autobus articulé à proximité du camping, et, après 45 minutes de conduite sportive, nous sommes en plein centre-ville. Le billet coûte 1,25 $, aller-retour, ce qui est vraiment une aubaine pour la distance parcourue.

Nous passons un moment agréable au marché Pike Place, un endroit bien connu de Seattle qui occupe six étages près du «Waterfront». Les étalages de bouquets de fleurs sont remarquables par leur nombre et leur volume. On peut acheter ici un bouquet pour 10 $, qu’on paierait autour de 30 $ à Montréal. C’est que les fleurs sont cultivées localement dans des serres. Seattle est située dans l’État de Washington où on cultive beaucoup de fruits : poires, pêches, prunes, etc. C’est la fin de la saison, mais il y a encore quelques fruits locaux : nous achetons de délicieuses pêches.

Les étalages de poisson sont colorés et impressionnants, avec leurs crabes et leurs poissons entiers. Il se vend beaucoup de produits fins : nous achetons des pâtes artisanales semi-fraîche à l’encre de calmar. Des musiciens et chanteurs sont postés à différents endroits. Ce duo était particulièrement attrayant. Le chanteur avait une belle voix et les gens autour semblaient bien connaître la chanson qu’il chantait. Colette s’achète un tablier aux couleurs du marché. Le coin compte son lot de restaurants, dont certains sont français.

Nous prenons ensuite le Monorail (4 $ aller-retour), qui nous amène du WestLake Center à la Space Needle, une tour inaugurée en 1962, à l’occasion de l’Exposition universelle. Elle fait 200 mètres (605 pieds) de hauteur et on y monte en 45 secondes. Le voyage en monorail n’est vraiment pas long, mais c’est spécial d’être à cheval sur un rail à environ 10 mètres de hauteur. Nous sommes chanceuses, car le beau temps nous permet d’avoir une vue superbe sur la ville. Seattle est une ville aquatique avec un grand lac et le Puget Sound, un détroit qui rejoint le Pacifique 100 km au nord de la ville. Il y a un quartier avec des maisons flottantes, où fut tourné une partie du film «Sleepless in Seattle» avec Tom Hanks et Meg Ryan. C’est aussi une ville de collines.

Nous revenons au camping vers 20h00. C’est une femme qui conduit et le voyage est moins secouant que ce matin, ce dont je la remercie. Les arrêts d’autobus de Seattle sont munis d’une ampoule qui clignote près de l'abri lorsqu’elle est actionnée, ce qui permet aux usagers de signaler leur présence à l’arrêt lorsqu’il fait nuit. Le soir, on peut aussi demander au chauffeur de nous laisser entre deux arrêts.

Le camping KOA est cher, mais il offre des extras, comme une aire de jeu pour les enfants, une piscine extérieure chauffée et, rareté, un évier avec eau chaude et une cuisine extérieure. Il y aussi dans le bâtiment des toilettes et des douches, un bain pour bébé. Cool!


Samedi 29 septembre (129)

Il fait gris ce matin. À 8h30, Colette part en excursion dans un petit autobus (12 sièges) pour faire le tour des points d’intérêt de Seattle. Pendant ce temps, je finalise mon texte sur la conférence de Victoria.

Colette :
Le chauffeur s’appelle Joe. Il a de la jasette et, comme on dit, pourrait vendre un frigo aux Eskimos! La conduite est rapide, il connaît bien les raccourcis. Les rues sont plus tranquilles en ce samedi matin. Nous seront cinq touristes au total : un couple du Nouveau-Mexique, Judy et Morris de la Caroline du Nord (avec qui j’échange davantage) et moi. J’occupe le siège avant, tout à coté du chauffeur.

Nous aurons l’occasion d’avoir un point de vue sur le mont Rainier. Nous visitons le port des pêcheurs, l’écluse et le passage de saumons avec les vitrines pour les voir franchir les étapes. Joe nous dit qu’il y a un temps, les autorités ont commandé une étude sur la baisse de la population de saumons. Conclusion de l’étude, épaisse comme le bottin téléphonique de New York : les phoques sont gros et mangent trop de saumons ! Les autorités décident de déporter des phoques en Californie. Ils apprendront ensuite que les phoques nagent vite et communiquent aussi bien que les dauphins : ils seront de retour à Seattle 10 jours plus tard avec des copains! Alors la ville a autorisé le don de phoques à de nombreux aquariums en Amérique du nord.

Nous faisons un tour dans le quartier Queen Ann et les demeures cossues. Il y a des points de vue superbes sur la ville. J’apprends aussi que, pendant longtemps, Seattle recevait les vidanges de l’Alaska (qui ne pouvait les enfouir). Par manque d’espace, l’état de Washington renvoyait les vidanges en Orégon et facturait l’Alaska à fort prix. Aujourd’hui, l’Alaska les envoie directement en Oregon.

Nous passons devant la tour Space Needle puis le quartier des affaires. Nous nous rendons au marché avec seulement 20 minutes pour y flâner. Une chance que je m’y suis promenée hier avec Françoise. Pionner Square est un vieux quartier de Seattle aux bâtiments à l’architecture du style de Chicago. Nous y voyons un parc avec une cascade, l’emplacement où UPS a débuté (la compagnie de courrier aux couleurs brunes et or : United Parcel Service), passons du temps dans un musée qui relate l’époque de la ruée vers l’or. En effet Seattle a été un point de départ important pour un grand nombre d’Américains qui y sont allés. Enfin, un arrêt dans un atelier-boutique haut de gamme de verre soufflé.

Seattle est une ville jeune et assez «branchée». Elle compte plusieurs universités et son économie se porte bien. La compagnie Boeing emploie 32 000 personnes tandis que chez Microsoft, on compte 35 000 employés. J’aurai aimé voir le quartier «Capitol Hill». Joe me dit qu’il est constitué de rues étroites, de restos, de bars et d’endroits excentriques. Il semble que ce soit le quartier gay de la ville ; pas sur l’itinéraire des autobus de touristes.

Colette revient vers 13h30 et nous quittons le camping vers 14h00. Il pleut. Nous mangeons dans un restaurant asiatique (Noodle Bar) et prenons la route vers 15h30, en direction du Mont Rainier, un volcan dont le sommet trône à 4 392 mètres (env. 14000 pieds). Il fait partie de la ceinture volcanique du Pacifique. Il y tombe beaucoup de pluie et de neige chaque année. Durant l’année 1971-72, le versant sud a reçu plus de 28 mètres de neige (100 pieds)… et les années où il tombe 15 mètres par an ne sont pas rares.

Vers 18h00, nous nous installons dans un petit camping pour VR tout près de l’entrée du parc national du Mont Rainier. Hasard : Judy et Morris, les compagnons d’excursion de Colette sont là aussi et nous bavardons avec eux. Il fait frais et humide au pied de la montagne. Nous nous réchauffons en mangeant du spaghetti, accompagné de la sauce que nous avions congelée il y a environ trois semaines. C’est pratique d’avoir un congélateur, même s’il est petit.

Dimanche 30 septembre (jour 130)

Nous jasons encore avec Judy et Morris avant de quitter le camping vers 10h30. Vingt-cinq glaciers couvrent le Mont Rainier et, bien qu’il fasse gris, nous sommes estomaquées par la majesté des sommets enneigés qui nous semblent si proches. Il y a plusieurs chutes dans le parc, dont celles de Narada (photo ci-contre). Nous nous rendons au Centre d’information de Paradise. Il est tombé de la neige au cours des derniers jours. Il pleuviote lorsque nous arrivons et il fait froid : entre 5 et 7 ºC.

Le temps de visiter l’exposition et de demander des renseignements sur les sentiers de randonnée, voilà qu’il pleut beaucoup plus. Je laisse donc tomber mon projet de randonnée, mais avec beaucoup de regrets, car c’est un paradis pour les marcheurs ici (environ 400 km de sentiers!). L’hiver, en raquettes, ça doit être paradisiaque. Et c’est une bonne chose que cet endroit soit un parc national depuis si longtemps (1899), car aucune station de ski n’est venue gâcher le décor. Nous sommes à environ 2 500 mètres d’altitude (5 400 pieds) et nos matelas de camping sont gonflés à bloc, alors que d’habitude ils sont plutôt mous. Ils redeviendront plus mous dès que nous seront au niveau de la mer.

Nous quittons le Mont Rainier, pour prendre la direction du Mont St Helens, un autre volcan, plus au sud. Celui-ci est plus actif, car une violente éruption s’y est produite en mai 1980. Comme le temps est très pluvieux, nous nous arrêtons à Castle Rock pour la nuit. Nous verrons demain si ça vaut la peine de faire les 85 km qui nous séparent du Mont St Helens.

Nous mangeons le délicieux saumon en conserve que nous avait donné Connie, la massothérapeute de Prince George. Nous répondons à nos courriels et je mets ce journal à jour.