jeudi 6 septembre 2007

Seward, Alaska

Mardi 28 août (jour 97)

Nous nous levons tard. Après un petit déjeuner comme nous les aimons, c’est-à-dire mollo, mollo, nous allons nous promener près du port pour magasiner une excursion en mer pour le lendemain. Il fait très beau et nous décidons de nous rendre au glacier Exit, qui est situé à quelques kilomètres de Seward. Nous faisons une petite randonnée guidée pour nous rendre près du glacier. La « ranger » qui nous accompagne est intéressante et rigolote. On sent sa passion du métier, c’est inspirant.

Le glacier Exit, comme tous les glaciers a reculé avec les années. Des panneaux indiquent sur la route et sur le sentier où il était en quelle année. De l’endroit où la guide nous a amenées, nous continuons pour nous approcher du glacier. Le décor, une fois de plus est très beau. Nous pouvons nous approcher à environ dix mètres du glacier et sentir l’air froid qu’il génère. Comme tous les touristes qui sont là, nous prenons des photos.

Nous rentrons de bonne heure au camping, pour profiter de la soirée. Nous prenons un site électrique, nous avons du ménage de photos à faire et le journal de voyage à écrire. Un de nos voisins utilise une génératrice, mais elle fait moins de bruit que celle d’hier. Nous lisons. Avant de me coucher, j’admire les étoiles et la lune.

Mercredi 29 août (jour 98)

Le réveil sonne à 6h45. Nous traînons un peu au lit et déjeunons rapidement afin d’être au quai d’embarquement vers 8h30. Nous avons choisi l’excursion qui va à la Northwestern bay et qui dure environ neuf heures. Le bateau est loin d’être plein, car la saison arrive à son terme, mais nous sommes quand même une cinquantaine de passagers à bord.

Peu de temps après avoir quitté le port, le capitaine ralentit pour nous permettre d’observer et de photographier une loutre de mer qui flotte sur le dos. Elle agite ses pattes comme si elle nous saluait. Nous continuons notre route et, à peine vingt minutes plus tard, le capitaine repère un groupe d’orques. C’est fascinant d’observer ces mammifères marins, mais c’est impossible de faire une bonne photo, à moins d’avoir un zoom très puissant et d’être toujours prêt. Comme c’est Colette qui a l’appareil photo et moi les jumelles, je relaxe pendant qu’elle essaye… Le capitaine met un micro à l’eau et nous passe l’enregistrement par la suite.

On nous sert un semblant de petit déjeuner. Une chance qu.au moment de la réservation, on nous a conseillé de déjeuner avant de partir, parce que c’est un peu chenu. Nous quittons la Resurrection Bay et nous nous trouvons en pleine mer pour un petit moment. Il faut beau et il n’y a pas de vent, mais il y a quand même de la houle, Un certain nombre de passagers changent de couleur et ont recours au petit sac blanc. Colette et moi sommes tout juste ok. Pas vraiment de mal de mer, mais nous suivons les conseils de l’équipage : regarder l’horizon et prendre un peu d’air. Bien sûr, j’ai aussi apporté des granules homéopathiques, des capsules de gingembre et du gingembre confit pur stabiliser notre estomac.

Nous observons des oiseaux de mer : macareux, cormorans et autres dont je ne connais pas les noms en français. Les paysages sont sublimes, avec ces îles qui se découpent sur l’horizon et qui laissent émerger derrière elles, montagnes et glaciers. Le capitaine repère les souffles de baleines à bosse et nous pouvons les observer assez bien. Nous continuons notre route et atteignons notre destination finale après un dîner aussi chenu que le petit déjeuner. Heureusement que nous avions apporté des provisions supplémentaires. En route, nous avons pu voir des phoques qui prenaient le soleil sur des rochers.

Il y a plusieurs glaciers dans la baie ou nous sommes et le spectacle est impressionnant. Je ne sais pas si les photos peuvent rendre justice à ce que nous voyons. La couleur de l’eau a changé : elle est passée de vert émeraude à vert pâle à cause de la décharge des glaciers. Le capitaine arrête le bateau à environ 400 mètres du glacier Northwestern. L’air s’est rafraîchi, bien que le soleil brille encore. Nous entendons le glacier craquer et gronder. Parfois, nous voyons de petits blocs s’en détacher. Nous nous arrêtons près d’un autre glacier dont les formations ressemblent à des tours de châteaux en ruine.


Sur le chemin du retour, nous recroisons d’autres baleines à bosse et l’une d’elle nous fait la joie de nous saluer jusqu’au bout de sa grosse queue qui surgit de l’eau. Nous passons près d’îles ou se prélassent des morses et où nichent des oiseaux de mer. Nous pouvons voir de nombreux macareux, tous plus beaux les uns que les autres. Nous voyons aussi brièvement des marsouins, qui se déplacent très rapidement. Le capitaine immobilise le bateau à à peine quelques mètres d’une très haute paroi rocheuse d’où dégringolent plusieurs cascades. Il dit qu’en Californie, ils ont le parc Yosemite avec les falaises… mais que rien ne se compare à ces chutes de 1200 pieds d’eau fraîche qui tombent directement dans la mer !

En revenant au port, nous apprenons qu’un tremblement de terre a touché la région en mars 1964 : 9,2 sur l’échelle de Richter. Toute la partie portuaire de la ville a été détruite par ce tremblement de terre et le tsunami qui est arrivé trente minutes plus tard, avec des vagues de neuf mètres.

Nous revenons sur le plancher des vaches vers 18h30, les yeux pleins de soleil, de mer et de lumière. Le sol tanguera sous mes pieds jusqu’à ce que je me couche, mais pas sous ceux de Colette. Nous allons à l’épicerie avant de retourner nous installer au camping.

Jeudi 30 août 2007 (jour 99)

Lorsque je me suis levée ce matin, vers 5h30, la lune était encore levée, le jour commençait à peine à vouloir essayer de se lever. Personne à l’horizon, un petit pipi en arrière de Westy et hop, de retour au chaud dans mon sac de couchage.

Nous nous lèverons finalement vers 9h30, avec la ferme intention de prendre une journée de congé aujourd’hui. Pas de tourisme, juste du farniente, ou presque. Après le petit déjeuner qui commence par un délicieux melon, Colette va prendre une douche. Je prends tout mon temps pour faire des exercices, bien installée sur l’herbe en plein soleil.

Nous observons une loutre avec les jumelles : elle se roule dans l’eau et entretient sa fourrure. C’est toujours comique à regarder. Nous voyons passer les bateaux qui font des excursions dans la baie. Il y a aussi plusieurs petits bateaux de pêche qui sont arrêtés juste en face de nous, complètement de l’autre côté de la baie.

Vers deux heures, nous décidons d’aller manger en ville dans un petit café qui offre internet sans fil gratuitement à ses clients. Lorsque nous arrivons, l’endroit est désert. Nous vérifions nos messages, mangeons un sandwich grillé et je me mets à la mise à jour du blogue. Cette fois-ci j’ai préparé toutes mes photos d’avance et je tâtonne moins que d’habitude. Nous prenons un bon « smoothie » aux fraises, bananes et jus d’orange. Colette met à jour notre galerie de photos.

Nous voilà de retour au camping, presqu’à la même place qu’hier, face à la mer. Colette lit, assise sur le siège du passager lorsqu’elle aperçoit un aigle à tête blanche qui passe à quelques mètres de nous. J’ai aussi le temps de l’apercevoir avant qu’il disparaisse. « C’est le premier aigle à tête blanche que je vois de ma vie » s’exclame Colette, ravie et impressionnée. Il reviendra deux autres fois, dont une fois très près.

Colette continue de lire pendant que je soupe : salade de chou et soupe, avec un bon morceau de pain rôti dans la poêle. Miam. Nous changeons ensuite de siège pour que je puisse écrire le journal de voyage. Colette se fait une «salade verte estivale» avec lanières de porc (restant d’avant-hier), morceaux d’orange et vinaigrette à la poire et miel.

Voilà, j’ai fini pour aujourd’hui. Quel plaisir d’écrire confortablement installée face à la mer, avec les bateaux qui passent, les montagnes en face et cet aigle qui vient nous saluer. Nous sommes très conscientes de notre situation privilégiée, Colette et moi et nous en parlons souvent. Mais c’est vrai que nous perdons parfois contact avec ce bonheur. Nous essayons de nous rappeler que l’instant qui passe est un instant d’éternité, quel qu’il soit.

Vendredi 31 août (jour 100)

Beau temps sur Seward aujourd’hui. Après le petit déjeuner, je prépare mon sac à dos pour ma randonnée au champ de glace Hardfield. C’est un sentier de 6,5 km (aller) avec un dénivelé de 1000 mètres, soit entre six et huit heures de marche selon les indications. Je suis un peu nerveuse, parce que je crains de ne pas y arriver, mais je me dis que rien ne me force à aller jusqu’au bout si je suis trop fatiguée. Je pars vers 10h00 et Colette fait un petit bout de sentier avec moi.

Cette fois-ci, j’ai emprunté les deux bâtons de marche Colette et je monte lentement, sans forcer mon rythme. D’ailleurs, ça grimpe tellement, qu’à moins d’être top shape, ce n’est pas possible d’aller très vite dans ce sentier. L’avantage, c’est qu’on surplombe la vallée assez rapidement et que la vue est superbe. Bientôt, je surplombe le glacier Exit que nous avons vu d’en bas hier. Le sentier s’élève au-dessus de la ligne des arbres et déjà on voit le champ de glace apparaître. Avec le temps superbe qu’il fait, c’est magique. Dans cette section du sentier, j’entend gronder les torrents qui dégringolent des parois à pic de l’autre côté du glacier.

A ma droite, bien au-dessus de moi, j’observe un petit groupe de chèvres de montagne toutes blanches. Je traverse des ruisseaux qui dévalent de la montagne et le sentier continue à grimper vers le champ de glace. Je m’arrête deux fois en chemin pour boire un smoothie qui me donne de l’énergie. C’est la première fois que je fais une randonnée avec deux bâtons de marche et je sens que ça réduit considérablement les tensions dans mes jambes. À tel point que lorsque j’arrive au bout du sentier après trois heures et quart, je suis tout étonnée : je n’ai vraiment pas vu le temps passer et je ne suis pas trop fatiguée.


La vue est… je manque de mots pour décrire ça, alors voici deux photos. Des randonneurs arrivés avant moi me pointent quelque chose sur le champ de glace. C’est un ours noir qui descend vers la plaine. Il est loin, mais on le voit très bien déambuler sur le glacier. Il est agile et franchit d’un bond puissant les crevasses sur son chemin. Je l’observe longuement : il est toujours en mouvement, ayant l’air de savoir où il s’en va. Je mange et je fais la sieste, en plein soleil, face au champ de glace.


Je prends le chemin du retour après une pause de près d’une heure et demie. Les bâtons me sont à nouveau très utiles pour descendre ce sentier escarpé. Je profite des paysages sous un autre angle. Je ne revois pas les chèvres de montagne, mais, vers la fin de la randonnée, je vois,une marmotte qui se chauffe au soleil sur un rocher. La dernière heure et demie du sentier est la plus difficile : je commence à sentir la fatigue et il y a beaucoup de passages très à pic, avec des rochers.

Colette m’attend dans le stationnement et je la rejoins vers 17h30. Je suis très contente et fière d’avoir fait cette randonnée. Pour fêter ça, nous allons manger au retaurant. Je mange un délicieux filet de halibut et Colette un délicieux filet mignon.

Je prends une bonne douche au camping. Nous sommes encore installées face à la mer, avec cette vue dont je ne me lasse pas.

Samedi 1er septembre (jour 101)

Il fait gris ce matin à Seward. Ça tombe bien, car nous avions prévu d’aller visiter le Alaska Sealife Center. Après avoir pris le temps de déjeuner, d’admirer une dernière fois la baie et de faire la vidange de l’eau grise, nous allons donc nous documenter sur la vie marine. Il y a plusieurs aquariums dans ce centre, dont un avec des phoques et l’autre avec des lions de mer. C’est impressionnant de près un lion de mer… et si gracieux dans l’eau.

Le clou du centre, c’est cependant cette salle où vivent plusieurs oiseaux de mer, dont les macareux, les guillemots et autres. Nous pouvons enfin les voir de près et Colette prend des dizaines de photos. Nous en avons vu durant notre excursion en mer, mais jamais d’aussi près et nos photos étaient mauvaises. Nous pouvons aussi les observer sous l’eau : ces oiseaux sont des nageurs extraordinaires, fendant l’eau de leurs ailes déployées.

Nous mangeons une bonne salade au saumon fumé dans Westy et nous prenons la route vers Anchorage (210 km environ). Le temps s’est dégagé, ce qui nous permet d’apprécier les paysages que nous avions manqués à l’aller. Les rivières, les montagnes et les glaciers se succèdent. La portion plus spectaculaire de la route commence environ 30 km avant Anchorage, lorsque nous commençons à longer le Turnagain arm. La marée est basse, le soleil perce un peu les nuages et cette étendue d’eau est fascinante.

Nous arrivons à Anchorage vers 18h45, juste à temps pour aller voir le dernier Harry Potter au cinéma (L’ordre du phoenix). C’est distrayant, bien que l’histoire soit prévisible et jouée de façon un peu trop conventionnelle à mon goût. Les effets spéciaux sont bien faits et Colette me dit que ça respecte le livre dans les grandes lignes.

Il est 21h30 lorsque nous sortons du cinéma. Nous nous rendons au camping Golden nugget où nous nous étions installées lors de notre précédent séjour à Anchorage. Le bureau est fermé pour la fin de semaine. Nous vérifions nos courriels et nous allons nous coucher en nous disant que si nous nous réveillons de bonne heure, nous pourrions partir dans payer, ni vu ni connu. Nous mettons donc le réveil à sonner à 5h50.