jeudi 27 septembre 2007

De l'île de Vancouver au parc national Olympic

Vendredi 21 septembre (jour 121)

Colette me dépose à l’université de Victoria à 8h30. J’assiste toute la journée à une conférence portant sur les règles d’éthique en matière de recherches en santé auprès des peuples autochtones. Une journée intense, comme toutes les journées de conférence, mais aussi une expérience personnelle qui me donne un autre aperçu du travail immense qu’il reste à faire pour mieux partager ce monde avec les Amérindiens.

Colette :
Après avoir déposé Françoise à l’université, je fais un tour de char le long de la baie avec ses multiples parcs aménagés. Le temps est à la brume et je ne peux apprécier toute la beauté du paysage. Je me rends au centre-ville et stationne Westy pour la journée.

J’entreprends la visite des environs du port («inner harbour») avec une vue imprenable sur le parlement et l’hôtel Fairmont Empress, le circuit des galeries d’art (4), des diverses boutiques (dont MEC, et achat d’un CD des Carpenters, quels souvenirs !!! Je l’assume ; mes goûts musicaux peuvent paraître quétaines !). Je fais le tour autoguidé du chinatown de Victoria (via Market Place et les petits couloirs piétonniers). De retour dans Westy avec les pieds fatigués !

Je suis contente de ma journée. Françoise ne «trippe» pas ville alors j’y ai flâné à mon goût. Coup de cœur de la journée : une pièce d’art (sculpture) d’une valeur de 86 000$. Il s’agit d’un grand panneau de six pieds par huit pieds de haut, sculpté en bois des deux cotés par un jeune artiste local. Il s’est inspiré de l’art amérindien de Nouvelle-Guinée et de celui du Nord-Ouest Canadien. Les matériaux viennent de ces deux endroits. Elle est vendue (dommage j’aurais fait une offre !). Elle sera en exposition à plusieurs endroits avant de retourner aux propriétaires qui la lègue à leurs décès au musé d’anthropologie.

Colette vient me chercher vers 16h45 et nous nous installons dans un camping à quelques kilomètres du centre-ville de Victoria. Fort Victoria RV Park est un gros camping pour VR ouvert toute l’année. Il ya environ 350 sites pour les voyageurs et 200 sites pour les « résidents permanents ». De nombreuses personnes des Prairies se sauvent de leur hiver neigeux et froid en venant passer quelques semaines ici, semble-t-il.

Samedi 22 septembre (jour 122)

Il fait beau, mais un peu frais. Une bonne journée pour aller voir les fameux Butchart Gardens de Victoria. Ils ne sont pas vraiment en ville, mais plutôt à 20 km de là et la dernière section de route pour y accéder est passablement étroite. Nous arrivons vers 10h30 et nous stationnons dans l’immense parking, après avoir payé 50 $ pour deux, ce qui n’est pas donné!

Nous ne sommes pas toutes seules à vouloir visiter les jardins, surtout en ce beau samedi. Il y a vraiment beaucoup de monde, mais j’imagine que ce n’est rien à côté des foules qui se présentent durant les mois d’été. Au kiosque d’information, il y a des plans en au moins 15 langues. Comme tout le monde suit l’itinéraire indiqué sur ces plans et que nous sommes arrivées en même temps que deux autobus, il y a foule au début, mais après, ça se calme.

Les jardins, qui ont ouvert en 1904, ont été créés par Mme Butchart, avec l’argent de M. Butchart, qui était un riche homme d’affaire du coin, propriétaire d’une grosse cimenterie. Ce qui est remarquable, c’est que Mme Butchart a utilisé la carrière de calcaire épuisée par son mari pour installer la première partie des jardins. Les différents jardins (Sunken Garden, Japanese Garden, Rose garden, etc.) sont superbes et les grands arbres de la Côtes Ouest créent une atmosphère très différente de celle du Jardin botanique de Montréal. Au risque de paraître chauviniste, nous dirions toutes les deux que, pour le prix, nous préférons ce dernier.

Je dois cependant reconnaître que l’immense fontaine qui crée des motifs différents est remarquable et que le parfum de certaines roses est tout simplement divin. La différence avec Montréal aussi, c’est que les fleurs poussent plus haut, formant de spectaculaires buissons colorés. Pour en savoir plus :
http://www.butchartgardens.com/

Nous quittons Butchart Gardens vers 15h00 et nous rendons à Sooke où nous nous installons dans un petit camping où il y a aussi un motel et une marina. J’aperçois un phoque ou deux dont la tête émerge de temps en temps dans l’eau du petit port. Plus tard, Colette se rendra compte qu’en fait, une vingtaine de phoques se prélassent sur un vieux quai à quelques mètres de la rive. Elle essaye de prendre des photos, mais il fait trop sombre.


Dimanche 23 septembre 2007 (jour 123)

Aujourd’hui, ça fait exactement quatre mois que nous sommes parties de Montréal! Comme les phoques sont encore là ce matin, nous allons les voir et Colette prend des photos. La plupart sont immobiles au soleil et, de loin, ressemblent à des morceaux de bois échoués.

Après le petit déjeuner, nous nous rendons au East Sooke regional park où nous voulons faire de la randonnée. Colette me prête son gros sac à dos et ses bâtons de marche, car le sentier que je me propose de faire prend toute la journée (de six à huit heures). Après avoir marché ensemble jusqu’à la côte, nous nous séparons. Il fait très beau et la température est idéale pour marcher : pas de vent et environ 18ºC.

Le sentier que j’ai choisi longe la côte durant 10 km en suivant les contours de toutes les criques qui découpent le rivage. Sa caractéristique, c’est qu’il est loin d’être plat. Montées abruptes, escalades de rochers, falaises et descentes escarpées se succèdent, pour ma plus grande joie. La forêt est très dense par endroits et il y fait sombre, même si à d’autres endroits, le soleil plombe et que les aiguilles de pin exhalent une odeur de Provence. La vue sur la mer, les îles et les montagnes de l’autre côté du détroit est superbe.

Les presque sept heures que je passerai sur ce sentier seront un enchantement. Je fais aller ma voix par moments, car il y a beaucoup de crottes d’ours (voir colonne de gauche) et très peu de randonneurs : je n’en verrai que quatre durant les deux premiers tiers de mon parcours. Ma découverte de la journée sera l’arbousier, un arbre superbe qui pousse sur la côte Ouest et dans le bassin méditerranéen. L’écorce de cet arbre s’exfolie naturellement en été et les lambeaux, lorsqu’ils sèchent, s’enroulent sur eux-mêmes. On voit alors apparaître l’écorce nouvelle, vert pomme et toute douce, qui finira par virer au brun-rouge. Autre particularité de cet arbre, il ne perd pas ses feuilles en hiver (Colette en a pris au moins 25 photos et moi aussi!).
Les deux derniers kilomètres du sentier sont éprouvants : mes orteils songent à divorcer de mon corps, mes genoux menacent d’intenter une action en justice pour surchauffe excessive et intentionnelle et les muscles de mes mollets réclament un moratoire permanent sur les randonnées.

Pendant que je gambadais, Colette a fait un autre sentier, court, mais escarpé, qui lui a donné une vue superbe sur le détroit Juan de Fuca. De petits bateaux de plaisance agrémentent le paysage. Colette reste au moins 40 minutes à lézarder au soleil, méditer et observer les oiseaux. Elle retourne ensuite à Sooke pour faire l’épicerie, le plein d’essence et de propane et profiter de mon absence pour avaler un hamburger chez A&W.

Colette se rend ensuite à notre point de rencontre, à l’autre bout du parc. À cet endroit, il y a une superbe plage de sable blanc. Après que nous ayons communiqué par walkie-talkie, nous nous rencontrons vers la fin du sentier et nous passons un petit moment sur la plage. Malheureusement, l’eau est glaciale et je n’y mettrai que les pieds, ce qui fait beaucoup de bien à mes orteils.

Nous nous installons dans un superbe camping, au Goldstream provincial park, à environ 15 km de Victoria. Les sites sont grands et les arbres, impressionnants, mais le soir commence à tomber. Je prends une douche qui me fait beaucoup de bien même si elle n’est pas aussi chaude que je l’aurai voulue. Nous mangeons une soupe avec du pain et du fromage. Comme nous sommes toutes les deux fatiguées, nous ne faisons pas la vaisselle, un manquement rare à notre discipline habituelle. Je m’étire pour réduire les courbatures du lendemain et hop, au lit!

Lundi 24 septembre (jour 124)

Nous pensions peut-être nous rendre à Nanaïmo pour aller sur l’île Gabriola, mais finalement, nous choisissons d’explorer le parc où nous sommes. Au centre d’information, il y a une belle exposition de peintures, de sculptures et d’objets d’art en lien avec la nature. Nous allons voir les chutes qui sont près de là, puis nous retournons au camping pour aller voir d’autres chutes. Ce second sentier est plus long et il est superbe avec de très hauts arbres moussus et barbus Certains pins Douglas ont 300 ans d’âge! Il fait soleil, mais celui-ci perce à peine le feuillage.

Après cet agréable moment, nous allons au centre-ville de Victoria. Colette l’a déjà exploré, mais pas moi. Curieusement, alors que le soleil brille à 15 km de là, la ville est enveloppée de brume et de nuages. Nous nous baladons un peu, nous mangeons dans un petit restaurant thaïlandais et nous allons faire du lavage. Comme la laverie est équipée de laveuses frontales, nous en profitons pour laver nos sacs de couchage, qui en ont bien besoin, après quatre mois d’utilisation.
Pendant que je surveille les opérations en travaillant un peu sur mes textes de la conférence, Colette se rend à pied à l’endroit d’où partent les traversiers pour Port Angeles aux Etats-Unis (État de Washington). Nous allons devoir nous lever de bonne heure pour avoir une chance d’embarquer dans le ferry de 10h30, car ils ne prennent plus de réservations et les places ne sont pas garanties.

Nous nous installons de nouveau au Victoria Fort RV park et essayons de nous coucher de bonne heure, mais il est finalement 22h30 lorsque nous éteignons les lumières.

Mardi 25 septembre (jour 125)

Nous nous réveillons à 7h23. Colette avait réglé le réveil pour 7h00, mais n’avait pas activé la sonnerie. À 7h45 nous sommes en route pour attraper le ferry qui quitte Victoria à 10h30 pour les États-Unis (État de Washington). Une chance qu’il n’y a pas trop de circulation à Victoria, car nous devons être à 8h00 au quai.

Nous arrivons à 8h10 et on nous dit que les chances d’embarquement sont bonnes, mais pas garanties. Colette a confiance : « Think positive! » Nous achetons notre billet et nous mettons en ligne. En attendant la visite du douanier, nous déjeunons et je commence la mise à jour de ce journal. Lorsque le douanier de présente, il nous demande notre formulaire d’identification, mais nous ne l’avons pas remplir, car la personne qui m’a donné les billets ne m’a pas précisé qu’il y avait quelque chose à remplir.

Le douanier vérifie nos passeports et nous dit de remplir le papier en question. Comme il ne revient pas ensuite pour nous mettre un petit papier orange certifiant que nous avons bien passé la douane, Colette part à la recherche d’un officier qui pourrait compléter l’opération. Elle en trouve un sympathique qui lui demande de revenir avec nos passeports. Elle court jusqu’à Westy, retourne le voir et obtient le petit papier orange sur la foi de son beau sourire.

Finalement, après plus de deux heures d’attente, nous avançons vers le ferry. Le douanier qui a donné le papier orange à Colette, et qui ne m’a pas encore vue, me regarde et décide que j’ai une tête honnête. Nous embarquons donc avec les derniers véhicules, on nous « squeeze » dans un coin et vogue la galère!

Après une heure et demie de traversée, nous voilà en sol étatsunien. Nous repassons la douane, mais rapidement. Nous prenons des renseignements au bureau touristique et décidons d’aller aux sources chaudes situées dans le parc national Olympic (Sol Duc hot springs), situées à environ 60 km.

La route pour se rendre est superbe, bordée de grands arbres. Le grand lac Crescent, avec ses eaux vertes, enchante le regard : il fait 13 km de long, 200 mètres (624 pieds) de profondeur. Nous nous installons au camping du parc national, qui est magnifique : grands sites, grands arbres. Pendant que Colette fait un petit somme dans Westy, je mets ce journal à jour dans le bâtiment qui donne accès aux sources, car il n’y a pas de connexion électrique au camping. Finalement, pour toutes sortes de raisons, nous n’irons pas aux sources chaudes. Une des raisons : nous sommes pas mal poilues…

Nous préparons un bon souper composé de quinoa rouge, de piments rouges et verts, d’oignons et de côtelettes de porc. Le tout sera accompagné d’un vin rouge de Colombie-Britannique. Colette se couche et je continue de rédiger mon texte sur la conférence de Victoria. Tout est calme sous les énormes arbres qui veillent sur nous.