jeudi 25 octobre 2007

Yosemite

Samedi 20 octobre (jour 150)

Comme les muffins ne sont pas fournis ici, nous déjeunons avec nos provisions personnelles. Colette fait du café avec l’enveloppe fournie et la petite cafetière, mais ça donne du jus de chaussette.

Nous partons vers 9h30. Nous nous stationnons près du Fisherman’s Warf, car nous voulons acheter quelques souvenirs. Nous trouvons une place de stationnement gratuite dans la rue pour deux heures. Une chance, parce que les parcomètres sur la rue commerciale coûtent 25 ¢ pour six minutes, soit plus cher qu’au centre-ville de Vancouver. Faut bien que la ville finance ses transports en commun…

Nous allons ensuite manger une chaudrée de palourdes dans un bol en pain chez Boudin, une boulangerie française qui a ouvert ses portes en 1849. Modernité aidant, cette entreprise s’est diversifiée et offre maintenant un restaurant, une boutique de produits fins et de cadeaux et un service de traiteur. Nous faisons une petite épicerie de secours chez Trader’s Joe, une chaîne de magasins spécialisée dans la nourriture fraîche et bon marché. Le prix de leurs fromages est particulièrement avantageux. J’y achète même des poitrines de poulet bio à un prix très raisonnable.

Avec tout ça, il est 12h15 lorsque nous prenons la route vers le parc national de Yosemite. Nous quittons San Francisco attendries par notre coup de cœur. Je crois que nous y reviendrons. Nous traversons le pont Bay, qui fait 8 miles de long (13 km) et qui mène à Oakland. Nous traversons ensuite des paysages très variés : collines sèches, collines plus boisées, vergers (pommes, noix, amandes, fraises), quelques vignes. Nous nous arrêtons pour acheter des pommes et des noix avec leur coquille. Nous commençons ensuite à apercevoir les montagnes. Nous longeons le grand lac Don Pedro, bordé de rives ocre rouge et entouré de montagnes : magique!

La montée vers le par c de Yosemite est très sinueuse. C’est moi qui conduis et Colette prend des photos par la vitre de Westy, parfois sans regarder ce qu’elle prend, parce que c’est vertigineux. Le temps est ensoleillé, le ciel, d’un bleu automnal immaculé. Nous arrivons au camping vers 17h00, prenant soin de demander un site dégagé, car nous savons que la nuit sera fraîche. Je fais cuire dehors des oignons, du gingembre frais, des pois mange-tout et le poulet bio. Le tout sera accompagné d’un couscous à l’huile d’olive avec un soupçon de lime et une coupe de Pinot noir californien.

Pendant que Colette fait le tri dans les nombreuses photos prises à San Francisco, je m’occupe du lavage. Il fait complètement noir dès 18h30, ce qui incite à se coucher tôt. Le ciel est constellé d’étoile et un croissant de lune étincelle.


Dimanche 21 octobre (jour 151)

Nous nous levons vers 8h00. Tout est givré dehors, mais le soleil brille et plus rien ne paraît trois heures plus tard lorsque nous partons. Après environ une heure de route, nous entrons dans le parc. En route pour Yosemite village où se trouve le centre d’information pour les visiteurs, nous nous arrêtons au point de vue qui permet d’admirer de loin, le Half Dome, une formation rocheuse qui porte bien son nom et qui culmine à 8800 pieds (2682 m). Comme il est loin et légèrement embrumé, on ne le voit pas sur la photo, mais en vrai, la vue est époustouflante.

Ce premier contact avec le parc est magique, nous sentons une énergie particulière et nous installons pour méditer quelques minutes. Comme souvent lorsque nous prenons un peu de temps pour nous recueillir, le lieu reste tranquille le temps de notre méditation, puis lorsque nos avons fini, des gens arrivent. Nous nous arrêtons à deux ou trois endroits pour prendre des photos des falaises de granit caractéristiques de Yosemite.

Au centre des visiteurs, nous prenons quelques renseignements et regardons un film de 20 minutes sur le parc. Le premier parc a été créé en 1864, puis est devenu parc national en1890, grâce aux efforts de John Muir, le fondateur du Sierra Club. Il a été agrandi en 1906. En 1922, environ 100 000 visiteurs se sont rendus à Yosemite. Aujourd’hui, il attire chaque année entre 3,5 et 4 millions de personnes! À voir le nombre assez respectable de visiteurs en ce 21 octobre, nous sommes très heureuses de ne pas avoir eu à visiter le parc en plein été!

Nous nous rendons à Curry Village (du nom de la famille fondatrice) pour louer une cabine, car il n’y a pas de camping offrant un branchement électrique dans le parc et nous savons qu’il fera autour de 0ºC cette nuit, ce qui est limite pour la batterie auxiliaire qui alimente le ventilateur de notre chauffage au propane. Après que nous ayons payé 100 $, l’employée nous présente une feuille de papier indiquant toutes les précautions à prendre pour se prémunir contre les ours qui sont capables de tordre une porte d’auto pour aller y chercher de la nourriture. En gros, il ne faut laisser aucune nourriture dans son véhicule, rien, ni nourriture fraîche ni cannage ! Et ne pas faire à manger ! Nous pensions être exemptées de ça parce que nous avons un camion, mais l’employée nous dit que non.

Comme il n’y a pas de frigo dans la cabine et que l’idée de vider Westy de son contenu alimentaire ne nous tente pas, nous annulons notre réservation et l’employée nous donne une liste des endroits où nous pouvons coucher en dehors du parc. Elle appelle même un camping pour VR afin de réserver pour nous, mais ça ne répond pas. Très déçues de ne pas pouvoir coucher dans le parc, nous nous préparons à faire 30 minutes de route.

Après deux kilomètres, je me souviens que la documentation que j’avais lue sur le parc précisait en effet qu’il n’y avait pas de branchement électrique pour les VR dans les campings, mais ne disait pas qu’ils étaient interdits aux VR. De fait, lorsque nous allons au camping, on nous dit que dans le cas d’un VR, toute la nourriture peut rester dans le véhicule, à condition qu’elle soit dans les placards où le frigo.

Rien ne doit rester à la vue et chaque site est équipé d’un gros compartiment en métal avec ouverture à l’épreuve de l’intelligence des ours. Il y a des centaines d’incidents chaque année à Yosemite, qui cause des dizaines de milliers de dollars de dommages, mais les ours n’ont pas encore cherché à entrer dans un VR. Comme Colette est prête à tester une nuit à 0ºC sans branchement électrique, nous réservons pour cette nuit. À 20 $, c’est une bonne économie sur le 100 $ qu’aurait coûté la cabine.

Nous nous préparons donc pour une nuit froide. Nous économisons l’éclairage au maximum pour ménager la batterie auxiliaire, nous conservons la chaleur dans Westy en ouvrant peu les portes et nous nous habillons chaudement. Avant de nous coucher, nous mettons notre sac poubelle, nos thermos et nos bouteilles d’eau dans le compartiment à l’épreuve des ours. Nous sortons notre kit de camping d’hiver : couche supplémentaire en haut, combines chaudes en bas, bas de laine, tuque, couverture en polar sur le sac de couchage de Colette. J’écris un bout de journal de voyage avant de me coucher vers 21h30.

Note. Avec ses 800 miles (1280 km) de sentiers de randonnée, Yosemite est un paradis pour les marcheurs. Les amateurs d'escalade viennent du monde entier pour gravir ses falaises. On peut aussi y faire du ski de fond et de la raquette l’hiver.


Lundi 22 octobre (jour 152)

Nous avons bien dormi (moi grâce à un Ativan…) cette nuit, malgré la fraîcheur ambiante : il fait 11ºC dans Westy et comme nous sommes à l’ombre de grands arbres, on ne peut compter sur le soleil pour réchauffer l’atmosphère. Grâce au chauffage de Westy, nous montons la température à 16ºC et sortons du camping pour aller nous installer dans un endroit ensoleillé au bord de la route, avec vue sur les falaises. Il fait plus clair et plus chaud qu’au camping et nous prenons notre petit déjeuner au rythme habituel : bien mollo.

À 10h00, Colette me dépose au point de départ du sentier de randonnée qui mène à Glacier Point : 4,5 miles (7,5 km) et 3200 pieds (975 mètres) d’élévation. Trois heures de montée avec des sections en lacet qui offrent une vue de plus en plus imprenable sur la vallée et les falaises. Un vrai plaisir, légèrement tempéré par le fait que, curieusement, ce sentier a déjà été asphalté. La nature a repris ses droits un peu partout, mais certaines sections manquent un peu de « bucolisme ». Qu’importe, je monte, je monte et je monte encore, les yeux chaque fois émerveillés de découvrir le nouveau paysage au bout du prochain lacet. J’arrive en haut vers 13h30, après une pause en chemin pour manger.

Pendant que je grimpe, Colette se promène dans le minuscule village de Yosemite, mange des sushis et prend la route pour se rendre au même endroit que moi, soit une montée en lacets d’environ une heure. Nous nous rejoignons à 14h00 et admirons la vue sur la vallée ensemble, sous un soleil radieux et un ciel sans nuage. Il y a du monde en haut, mais c’est assez tranquille, contrairement à l’été 1996, où Colette avait dû jouer des coudes pour avoir accès à la vue… Les noms des formations granitiques sont évocateurs : El Capitan, Royal Arches, Hanging rock, Sentinel rock, Cathedral rock. Les Amérindiens qui vivaient ici appelaient l’endroit, Ahwahnee, ce qui signifie, en gros « Endroit où la mâchoîre nous tombe tellement le paysage est impressionnant ». On pense que les Amérindiens occupaient Yosemite il y a 6000 ans.

Nous redescendons dans la vallée vers 16h45 et choisissons de passer une deuxième nuit au camping de la vallée (Upper Pines). Colette prépare un délicieux plat de pâtes au thon avec pesto en sachet, tomates séchées en pot, huile d’olive et jus de lime fraîche. J’appelle Jessica pour prendre des nouvelles. Un de nos voisins proche utilise une génératrice assez bruyante. Une chance, ces engins doivent être arrêtés à 19h00, ici et un ranger fait une ronde pour s’assurer que la consigne est respectée.

Même rituel qu’hier soir : compartiment anti-ours (photo ci-contre), kit de camping d’hiver et hop, au lit vers 20h30, un record depuis notre départ!

Note. Des navettes gratuites circulent toute l’année dans la vallée de Yosemite, afin d’accommoder les visiteurs et de réduire la circulation. Ce sont des autobus hybrides. Il y a aussi un bus qui se rend à Glacier Point, ce qui permet aux marcheurs qui le désirent de faire le sentier dans un seul sens : en montant, ou en descendant. Moi, j’avais mon chauffeur privé aujourd’hui!


Mardi 23 octobre (jour 153)

Autre nuit frisquette, mais un peu moins qu’hier. Nous déjeunons au camping, puis allons voir la Lower Yosemite fall, qui n’est qu’un filet d’eau à l’automne. Au printemps, des trombes d’eau dégringolent d’une hauteur de 2425 pieds (739 m), en trois étapes. Nous nous rendons à la chute Bridalveil. Bien qu’elle soit aussi beaucoup plus puissante au printemps, elle continue de couler toute l’année.

Nous prenons la route Tioga pour traverser le parc vers l’est. Le col Tioga (Tioga Pass) est à 9900 pieds d’altitude (3000 m). Comme la route est sinueuse (vitesse maximum souvent à 50km/h) et que nous nous arrêtons à quelques reprises, nous parcourons les 80 km en plus de deux heures. Nous prenons notre dîner au bord du Siesta lake, un étang en train de devenir un marais. Un canard y atterrit gracieusement puis y prend son dîner lui aussi, car il ne cesse d’en sonder le fond, le derrière en l’air.

Nous longeons plusieurs lacs spectaculaires : lac Ellery, à 2900 m d’altitude et le plus magique, à la sortie du parc, le lac Mono. Ce lac salé, vieux de 1 à 3 millions d’années, est le souvenir d’une ancienne mer intérieure. Il nous apparaît soudainement au détour d’un virage et nous arrache un cri ébahi. Planté au milieu d’une très large plaine volcanique bordée par la Sierra Nevada, ses eaux bleu foncé sont remarquables. On y voit aussi des îles volcaniques, dont une a la forme d’un sombrero.

Des algues microscopiques se sont adaptées à ce milieu et nourrissent de petites crevettes et mouches, qui a leur tour sont mangées par les millions d’oiseaux migrateurs qui s’y arrêtent chaque année. Le lac Mono est également connu pour ses dépôts de minéraux en forme de tourelles (tufas), crées par la réaction chimique entre l’eau du lac et des sources souterraines très alcalines. Ces formations étaient sous l’eau jusqu’à ce que le pompage des rivières se jetant dans le lac commence en 1941 (aqueduc pour Los Angeles), ce qui a fait baisser le niveau du lac de 15 m en 50 ans. Depuis que le pompage a été réduit, le niveau du lac remonte progressivement. Nous ne verrons les tufas que de très loin, car nous choisissons de poursuivre notre route vers le sud.

Nous arrivons à la ville de Mammoth Lake (2300 m d’altitude), et nous installons dans un camping qui se révèle cher (50 $), mais nous n’avons pas l’énergie de chercher ailleurs, et il offre tout ce dont nous avons besoin, y compris la connexion internet. Curieusement, les toilettes et les douches sont rudimentaires pour un tel prix. Nous lisons nos courriels et je mets le blogue à jour en ce qui concerne notre séjour à San Francisco. Colette se couche vers 21h30 et je la rejoins vers 23h30. La nuit est fraîche, le ciel éclairé par une lune presque pleine et étincelante. Comme vous le lirez dans la prochaine livraison de ce blogue, ce fut la pire nuit de notre voyage…

mardi 23 octobre 2007

Coup de coeur absolu pour San Francisco!

Lundi 15 octobre (jour 145)

Le temps est gris et pleuviotant ce matin. Colette met notre galerie de photos à jour et, après une bonne douche, nous voici parties vers San Francisco. Après environ 50 km, nous arrivons en vue de cette grosse ville, qui compte, banlieues comprises, six millions d’habitants. Juste avant de traverser le Golden Gate bridge, nous bifurquons à droite, ce qui nous permet d’admirer le pont et la ville à partir de plusieurs belvédères aménagés. Le temps est nuageux, mais relativement clair, ce qui surprend Colette, qui s’imaginait cette ville constamment dans le brouillard.

Quelques faits au sujet de ce pont, mondialement connu. Il a été construit entre 1933 et 1937. Autres temps, les travaux ont été terminés avant la date prévue et… ont coûté moins cher que prévu! Les tours mesurent 746 pieds (227 m) de haut et la hauteur sous le pont est de 220 pieds (67 m), ce qui permet le passage de gros bateaux. La longueur du pont entre les deux tours est de 1,2 km (4 200 pieds), celle des câbles de soutien, de 2,3 km (7650 pieds). Ces câbles ont un diamètre de 91,5 cm (36 pouces). Le pont peut « bouger » de 8,5 m de chaque côté en cas de vent et de 3 m (10 pieds) en hauteur, en cas de surcharge ou de temps extrème. Le pont a été repeint en entier une seule fois depuis sa construction et cela a pris 27 ans! Depuis, on utilise la technique des « retouches » pour ralentir la corrosion.

Durant cette pause, le temps s’ennuage. Nous roulons sur le fameux pont et, à la sortie, nous devons payer 5 $ pour entrer dans la ville! Ça aide probablement à payer les frais de peinture. Colette, qui est déjà venue à San Francisco, sait exactement où nous allons, car elle a repéré un hôtel pas trop cher et bien situé. Reste à savoir si le stationnement est adéquat pour Westy, qui mesure près 2,60 m (8,5 pieds) de haut et ne rentre donc pas dans les stationnements couverts de la plupart des hôtels. Le stationnement dans les rues de San Francisco est limité en espace et en temps et les stationnements payants sont hors de prix : 25 $ et plus par jour, 12 $ et plus le soir ou la fin de semaine.

Bien que nous ne puissions obtenir le tarif promotionnel annoncé (64 $) dans un livre de coupons de réduction, nous prenons une chambre pour trois jours au Best Inn sur la rue Van Ness coin Lombard. Pour 109 $, nous avons une chambre avec un lit king, une salle de bain complète, un frigo, un four à micro-ondes, une cafetière et un petit-déjeuner dit « continental » (café, thé, muffins). En attendant que la chambre soit prête, nous allons manger en face de l’hôtel. Colette prend un sandwich qui est correct, mais le poulet teriyaki servi avec mon plat de riz est du poulet pressé immangeable.

Vers 15h30, après avoir pris possession de la chambre et transféré le contenu du frigo de Westy dans celui de la chambre, nous partons à pied jusqu’au Fisherman’s Wharf, destination touristique très courue. En passant près d’une petite plage de la baie, je vois un monsieur qui se baigne. Je n’arrive pas à distinguer s’il porte un wetsuit. Nous faisons du lèche-vitrine sur la rue Jefferson, mais les magasins sont de traditionnels commerces touristiques sans grand intérêt : t-shirts, casquettes, mille cossins et souvenirs, matériel électronique (appareils photos, caméras, iPod, etc).

Nous traversons pour aller au Pier 39. Là aussi, il y a d’autres magasins plus ou moins intéressants, mais le décor est plus agréable. Il y a notamment une colonie de lions de mer qui a élu domicile dans la marina après le tremblement de terre de 1989. Plus on s’approche d’eux, plus on entend leurs aboiement caractéristiques et plus on les sent. Ces gros animaux quelque peu puants, n’étaient qu’une trentaine au début, mais, en quelques mois, leur nombre a décuplé (et leur odeur aussi !).

Ils se sont passé le mot, car dans le coin il y a beaucoup de harengs et les eaux sont calmes. La plupart migrent vers le sud en été, mais quelques-uns trouvent l’endroit à leur goût et sont des résidents permanents. Ils constituent tout un spectacle : ils se chamaillent, aboient bruyamment et font de longues siestes collés les uns sur les autres, affichant leurs bourrelets sans aucune gêne.

Nous déambulons en cherchant un restaurant. Nous nous arrêtons dans la galerie d’un photographe de nature. Les photos sont superbes (http://www.theloughroad.com/). Nous mangeons un délicieux repas de poisson au Pier Market. Seul inconvénient, pour moi : une diarrhée se déclare environ 15 minutes après que nous ayons quitté le restaurant. Je ne fais pas le lien tout de suite, mais c’est sûrement ce repas qui a provoqué ça. Heureusement, mon intoxication alimentaire se limitera à ce seul incident et un léger mal de cœur passager.

En revenant vers l’hôtel, nous prenons une rue moins commerciale et achetons deux sacs en tissu à 2,99 $, vendus ailleurs jusqu’à 9,99 $. Colette s’achète un manteau. De retour à l’hôtel, nous constatons que le vitrage et les planchers sont très minces : le bruit de la rue et des autres occupants est assez présent. Je dormirai avec mes bouchons ce soir. Nous regardons la télévision, vérifions nos courriels et nous couchons tard.


Mardi 16 octobre (jour 146)

Nous prenons notre temps en ce matin gris et profitons du confort de la chambre d’hôtel. Le café fourni par l’hôtel est très correct, et les muffins sont mangeables. Nous avons quand même quelques provisions personnelles : pain, fromage et hummus. J’écris quelques cartes à des personnes qui me sont chères qui ne sont pas branchées. Colette fait des recherches pour organiser notre journée de touristes urbains.

Nous chattons un peu avec Renée et Jessica, puis quittons l’hôtel vers 13h15. Nous allons nous acheter une passe pour les transports en commun de la ville et essayons de prendre le funiculaire (cable car), mais, à cause d’une panne, il y a une longue file d’attente et Colette, la spécialiste des villes et des cartes, nous trouve un autre trajet pour aller au quartier chinois. En passant, nous photographions la TransAmerica Pyramid, un édifice de 48 étages qui fait 260 m de hauteur et où 15 000 personnes travaillent.

Le trolleybus qui nous amène au quartier chinois n’est pas de tout repos. Les arrêts et les départs sont brusques et une voix enregistrée ne cesse de rappeler aux usagers de se tenir après quelque chose (« Please hold on »). Un conseil nécessaire, car les côtes sont très nombreuses et raides à San Francisco, une ville bâtie sur 42 collines. Nous nous promenons dans le quartier chinois : ici, personne ne se bâdre avec une loi sur la langue d’affichage. Nous mangeons dans un boui-boui asiatique. C’est bon, mais il y a des trucs bizarres dans ma soupe et je les laisse dans le bol.

En Californie, au début du 20e siècle, la population asiatique était stigmatisée. Dans les années 1920, des pancartes interdisant l’accès aux chiens et aux Chinois ont été installées à l’entrée des parcs. Ces règlements racistes ont été assouplis dans les années 1940, mais c’est seulement en 1965 que la Californie a commencé à donner des droits aux immigrants asiatiques.

À certains endroits, on peut faire une dégustation gratuite de thé, mais comme il y a du monde, nous nous contentons d’écouter un peu et de regarder. Nous jetons aussi un œil intéressé à une série de théières en fonte, mais finalement, nous résistons à la tentation de l’achat, en partie parce que ces objets pèsent lourd et que notre journée n’est pas terminée. Nous poursuivons notre découverte de la ville par le quartier français. Il y a là une vieille église (Notre Dame des Victoires) et une école privée, le consulat de France et des cafés.

San Francisco est une ville superbe. Je n’arrête pas de prendre des photos des façades des maisons : couleurs, motifs sculptés, fleurs, tout est beau, surtout qu’il y a quelques rayons de soleil. En bonnes touristes, nous nous rendons au Alamo Square, un parc qui donne sur la rue Steiner. Sur cette rue, les maisons qui figurent sur les cartes postales de SF : «les Painted Ladies». Elles sont belles, en effet, mais pas plus que des dizaines d’autres en ville, selon moi. La vue sur la ville est belle en haut de cette colline.

Nous prenons un trolley pour retourner à l’hôtel. La plupart des arrêts indiquent quand le prochain bus ou trolley va passer, et, dans les véhicules, le nom du coin de rue du prochain arrêt s’affiche aussi, ce qui est pratique. Nous nous arrêtons dans un restaurant vietnamien pour apporter un plat et manger dans la chambre. Nous profitons de la TV et de la connexion internet. Dodo tard.

Mercredi 17 octobre (jour 147)

Encore une matinée tranquille. Colette chatte et parle avec Pascal, notre informaticien à distance, pour vérifier s’il peut nous aider avec certains «bog» et pour faire fonctionner la webcam de notre laptop. À partir de midi, le temps s’éclaircit et nous voilà prêtes pour une autre demi-journée en ville. En effet, nous devons être revenues pour 17h30, car nous avons un rendez-vous en massothérapie à 18h00 et 19h00, près de l’hôtel. J’avais repéré cet endroit hier et j’y suis retournée ce matin. Comme le tout à l’air sérieux et certifié, j’ai pris rendez-vous pour nous deux. Question de faire de la prévention.

Cette fois-ci nous pouvons embarquer sans problème dans le funiculaire (ligne Hyde-Powel, la plus fréquentée, à cause des vues qu’elle offre sur la baie). C’est vraiment cool de grimper ces rues en pente avec ce véhicule (cable car) qui fonctionne encore à l’ancienne, avec deux opérateurs, un en arrière et l'autre à l'intérieur qui manipule un levier pour faire avancer et arrêter le wagon. Ces wagons en bois vernis datent des années 1870. Lorsque la ville a voulu les mettre au rancart en 1947, les Sanfranciscains se sont mobilisés pour maintenir ce moyen de transport qui fonctionne avec un système de crémaillère unique au monde. Il reste aujourd’hui trois lignes sur les huit et 40 wagons, qui sont tractés à une vitesse de 15 km/h.

Nous nous rendons jusqu’au bout de la ligne, sur la rue Market, dans Union square. Là, une gentille dame s’approche de nous et nous propose son aide pour repérer l’arrêt de tramway (street car) que nous cherchons. Elle est rusée, car elle demande un tip après, mais c’est de bonne guerre et nous lui donnons 1 $. Le tramway nous transporte vers le quartier gai (Castro). Dans ce véhicule aussi, les bancs sont en bois verni. Nous nous arrêtons en chemin, car il y a un petit marché d’où nous voyons très bien le dôme de l’hôtel de ville. Nous achetons du raisin et des tomates cerises, puis rembarquons dans un tramway. Le quartier gai s’affiche avec des bannières arc-en-ciel.

Nous nous baladons un peu, puis prenons un repas léger à une terrasse, avec une bière. Colette est aux anges, car il fait beau et doux. Nous allons ensuite au Japan Center, un édifice qui ne paye pas de mine de l’extérieur, mais qui est charmant à l’intérieur. J’y achète du thé genmachai (thé sencha avec grains de riz rôti), mon préféré, après une intéressante conversation avec le vendeur. Je goûterai à ce thé en revenant à la maison, car il est emballé sous vide et que je veux le préparer de la bonne façon, ce qui n’est pas possible dans Westy.

Il est temps de revenir pour l’entretien préventif de notre musculature. Je passe la première et je suis très satisfaite de l’expertise de James. En plus de ses mains, il utilise des « pads » chauds qu’il place sur la partie du corps qu’il ne masse pas, histoire de faciliter et d’accélérer la détente des muscles. Pendant que Colette se fait masser, je m’arrête dans un restaurant thaïlandais et commande une salade de papaye verte que je déguste à l’hôtel. Colette revient vers 21h15, bien massée elle aussi, par le même massothérapeute.

Je mets ce journal à jour, nous regardons un peu la télévision et hop, au lit. Je lis un peu avec la lampe frontale, mais je ne tarde pas à m’endormir.

Jeudi 18 octobre (jour 148)

Nous quittons l’hôtel vers 11h30 et grimpons trois coins de rues de la rue Lombard, tout près : c’est raide en tipéché! Nous arrivons au coin de Hyde, l’endroit le plus connu de cette rue : huit virages sinueux, bordés par des maisons ornées de jardins fleuris. Nous poursuivons notre marche pour pouvoir admirer l’église italienne Saint Peter and Paul (pères salésiens de Jean de Bosco), sur la rue Filbert. Comme il y avait une messe en cours, nous n’avons pas osé prendre de photos. Si vous voulez voir l’intérieur de l’église : http://www.stspeterpaul.san-francisco.ca.us/church/church_interior.htm. Remarque : il y a trois messes par jour en semaine, et, le dimanche, il a des services en anglais, en italien, en chinois et en latin.

Construite en 1884 dans ce qui était alors le quartier italien, l’église a été détruite par le tremblement de terre de 1906. Reconstruite en en 1924, ses tours se dressent à 58 mètres de haut dans un quartier maintenant multi ethnique. Nous grimpons la rue Filbert, qui est encore plus à pic que la rue Lombard, pour nous rendre à la tour Coit située sur Telegraph Hill. La vue sur la ville est magnifique en cet après-midi ensoleillé. Pendant que Colette profite du soleil et de la vue en bas, je paye 4,50 $ pour prendre l’ascenseur qui mène en haut de la tour. Je prends quelques photos et je rejoins Colette. Savez-vous ce qu’on entend de là? Vous ne devinerez jamais… les résidents du Pier 39, les lions de mer!

Nous passons de l’autre côté de la colline en descendant les escaliers Filbert. Un pur enchantement! Ces escaliers sont bordés par des maisons et des jardins superbes. Je n’ai jamais pris autant de photos! Nous trouvions déjà San Francisco pas mal superbe, mais là, nous tombons en amour avec cette ville! Nous voyons une volée d’oiseaux s’envoler en piaillant et nous rendons compte quelques marches plus bas, qu’il s’agit de petits perroquets verts au bec rouge! Je prends 38 photos, minimum! Ils s’envolent en groupe toutes les cinq minutes environ, mais semblent toujours se poser dans un secteur très restreint. Pour en savoir plus sur ces perroquets sauvages : http://www.pbs.org/independentlens/wildparrots/index.html

Au pied de la Telegraph Hill, nous traversons le Levi’s Plaza Park, où se trouve le siège social de Levi’s. Les premiers jeans en denim bleu, ont été produits à San Francisco avec du « serge de Nîmes », d’où le nom du tissu. Nous prenons le tramway sur la rue Embarcadero pour retourner dans le quartier gai, un assez long trajet. C’est que Colette veut manger sur une terrasse et elle en a vu une hier dans ce coin. Nous nous installons donc au Café Flore et partageons, une salade, un hamburger et une bière : le bonheur!

Prochaine destination, le quartier latino (the Mission). Nous prenons un autobus articulé conduit par une chauffeuse pas mal colorée et ce n’est pas juste sa peau. Elle apostrophe les passagers qui veulent embarquer par la porte du milieu, ceux qui encombrent la porte du milieu et ceux qui veulent embarquer avant un usager en fauteuil roulant. On ne s’ennuie pas avec elle, mais il faut dire qu’elle a affaire à une clientèle cosmopolite et plutôt indisciplinée!

Nous nous baladons et nous nous sentons ailleurs. Contrairement au San Francisco propret et ordonné que nous avons vu jusqu’à présent, The Mission est un quartier coloré, chaotique et débraillé. Les diseuses de bonne aventure proposent leurs services en interpellant les clients sur le trottoir. Des femmes vendent de longs beignets torsadés que nous n’avons pas osé goûter. Les étals de fruits et de légumes débordent. On y trouve des feuilles de nopal, un cactus. Pour en savoir plus sur l’histoire du nopal : http://www.passeportsante.net/fr/Solutions/PlantesSupplements/Fiche.aspx?doc=nopal_ps#P43_1834. Il y a aussi des peintures murales (http://www.precitaeyes.org/murals.html).

Nous reprenons l’autobus et nous rendons au terminus du funiculaire (Powel et Market), mais il y a trop de monde. Nous sommes dans le coin des hôtels chics où les portiers sont vêtus de curieux habits et appellent les taxis avec des sifflets. Il y a aussi quelques cireurs de chaussures. Nous faisons un tour chez Borders, une chaîne américaine de librairies, puis prenons le trolleybus pour retourner à l’hôtel. Nous mangeons des tomates cerises et des nouilles en sachet. Encore une émission policière et une émission d’aménagement intérieur à la télévision et dodo.

Note. En appréciant la beauté de San Francisco aujourd’hui, je pensais à celle de Montréal, que je vois moins, parce que j’y habite.

Vendredi 19 octobre (jour 149)

Il a plu cette nuit et il y a eu une infiltration d’eau dans Westy. Colette éponge le tout et nous espérons que ça va sécher d’ici ce soir, car nous quittons le confort de l’hôtel aujourd’hui. Vers 10h45, après avoir remis notre nourriture dans le frigo du camion, nous prenons la route touristique ("scenic drive") pour découvrir d’autres coins de la ville avant de prendre la route vers le parc de Yosemite.

Nous nous arrêtons dans le quartier Marina, près de la baie. Nous nous baladons dans quelques rues. Le style des maisons est très hispanique et le quartier est visiblement riche. Les maisons sont plus grandes que celles que nous avons vues jusqu’à présent. Il fait très beau et le soleil nous chauffe suffisamment la peau pour que nous nous mettions en t-shirt. Un peu plus loin, le Palace of Fine Arts et l'Exploratorium offrent un superbe coup d'oeil.

Nous faisons un arrêt au Presidio national park. Du Inspiration point, nous avons une superbe vue sur la baie. Je prépare de délicieux grilled cheese garnis de fines tranches de pommes, que nous dégustons dans Westy. Le Presidio est une ancienne base militaire, crée en 1776 par des colons espagnols. Située sur une des nombreuses collines de la ville, cet endroit est devenu une base militaire américaine en 1850. Celle-ci a servi par la suite à loger et à former des dizaines de milliers de soldats se préparant à la fin des années 1898 à aller combattre les Espagnols aux Philippines. Il reste de nombreux bâtiments et un immense parc parsemé de sentiers pédestres.

Ces collines sans végétation ont été transformées par la plantation, par l’armée, de 400 000 arbres entre les années 1880 et 1900. Les eucalyptus, les pins et les cyprès ont prospéré et offrent un superbe coup d’œil. Nous faisons un tour au Centre d’information et en profitons, moi pour acheter des livres et Colette, un atlas historique. Il fait beau et chaud et nous voulons déménager à San Francisco!

Autre arrêt à la Warming Hut où Colette prend de nombreuses photos du pont Golden Gate. Il y a même des surfers qui guettent les vagues sous le pont et les chevauchent quand elles sont assez grosses. Nos sommes impressionnées par les aménagements de la ville et les promenades qui permettent d’avoir accès à l’eau. Nous roulons deux ou trois kilomètres et nous voici au Crissy field, où nous pouvons observer des échassiers au long bec. C’est un endroit très agréable. Nous prenons un café et un scone aux canneberges, tous les deux délicieux. Le temps s'ennuage, mais il continue à faire chaud.

La route touristique longe Baker Beach. La vue est magnifique et là encore, il y a des sentiers pédestres. Les pieds me démangent, mais la journée avance et nous poursuivons notre chemin. Autre arrêt pour admirer des surfers qui se font tracter par un immense cerf-volant. Nous les observons aux jumelles et apprécions leur force, leur agilité et leur maîtrise. Comme l’après-midi est bien entamée, nous réalisons que nous ne quitterons pas San Francisco aujourd’hui, car nous avons d’autres étapes prévues aujourd’hui. Nous sommes tellement sous le charme de la ville!

Nous roulons sur la route qui fait le tour du lac Merced et sur le boulevard Sunset. C’est un endroit superbe. Encore éblouies par la beauté des maisons qui bordent les rues adjacentes, nous nous arrêtons sur la 36ème avenue et photographions toutes les maisons entre les numéros 1500 et 1800 (entre Lawton et Kirkham). Nous faisons un tour dans le Golden Gate park, un immense parc rectangulaire de près de 5 km de long. Le Golden Gate park est à San Francisco ce qu’est le Central park pour New York. Plusieurs personnes s’affairent aux installations du Marathon qui aura lieu dimanche. Nous nous perdons un peu, mais grâce à Colette, nous retrouvons notre chemin.

Vers 17h30, nous traversons la ville d’ouest en est pour retourner dans le quartier où nous avons couché. J’avais repéré un hôtel un peu moins cher, mais voilà que parce que c’est vendredi soir, le prix est passé à plus de 200 $ la chambre! Nous retournons au Best Inn, mais, malheureusement, c’est complet. L’employé nous réfère à un Travel Lodge sur Lombard où il y des chambres disponibles, à un prix raisonnable (115 $) et à quelques rues de là. Nous nous installons. La chambre est un peu plus grande et jolie que celle du Best Inn.

Je vais à pied au restaurant thaïlandais Benjarong où je commande des plats pour emporter. Il pleuviote, mais il fait doux. Nous prenons un délicieux repas dans notre chambre d’hôtel, avec du vin rouge. C’est le bonheur. Nous sommes enchantées de notre journée. Nous pensions passer une ou deux heures en ville, puis partir, mais le charme à opéré à plein. Moi qui ne suis pas très ville, je n’en reviens pas d’être aussi gaga!