dimanche 16 décembre 2007

Six mois et trois semaines plus tard : deux voyageuses comblées.

Jeudi 13 décembre (jour 204)

Syracuse – Ottawa : 300 km

Hôtel Knights Inn, Syracuse

Je me lève vers 7h30 pour mettre le blogue en ligne, mais le site Blogger.com a des ennuis techniques qui m’en empêchent. Colette, qui a mal dormi, émerge vers 9h00 et nous allons prendre le petit déjeuner continental offert par l’hôtel. Une chance qu’il y du pain de blé entier et du fromage à la crème, parce que le reste de la nourriture solide n’est pas santé du tout. Je sais que je suis exigeante, mais il reste que nous avons eu mieux ailleurs, mais aussi, disons-le, pire. Que voulez-vous, le petit déjeuner est pour moi le repas le plus sacré de la journée.

Lorsque nous prenons la route vers Ottawa, la neige a déjà commencé à tomber et les conditions de conduite sont mauvaises. Westy a de bons pneus quatre saisons, mais il n’est pas conçu pour la conduite hivernale. Nous qui pensions arriver à Ottawa vers 14h00 et flâner en ville avant d’aller passer la soirée avec Jessica, nous voilà en train de rouler à 70 km/h sur l’autoroute, parfois moins, lorsque nous sommes coincées derrière un chasse-neige. Nous n’avons pas eu d’accident jusqu’à présent et nous avons tout notre temps, alors je prends ça mollo et nous en profitons pour discuter de toutes sortes de choses : notre joie de revenir chez nous, notre bonheur d’avoir pu faire ce voyage, notre émotion qu’il se termine, notre couple solide…

La neige glacée s’accumule sur les essuie-glaces, le dégivreur fait bien son boulot, mais le niveau maximal de ventilation est très bruyant. Nous nous arrêtons à Watertown pour changer les essuie-glaces de Westy, car l’un deux est usé et l’autre n’est pas équipé pour l’hiver. Le processus est ardu, parce qu’il faut trouver un endroit qui vend ces essuie-glaces, puis les installer. Nos finissons par trouver un Wal-Mart où je me procure des essuie-glaces flambants neufs. Je sacre comme un charretier pendant cinq minutes sous la neige et dans le froid, mais, après avoir lu les instructions, d’une clarté moyenne, je finis par y arriver.

Nous voilà donc reparties avec des essuie-glaces très efficaces, mais aussi assez bruyants. Ils appuient si fort sur le pare-brise, qu’on jurerait qu’ils veulent l’aplatir! Je jongle trois secondes avec l’idée de les rapporter, mais les inconvénients de cette démarche par un temps de chien, pèsent beaucoup plus lourd que l’irritant d’un pare-brise en voie d’aplatissement… Va falloir être zen entre la ventilation qui ressemble à une soufflerie de réacteur nucléaire et le « squeak » retentissant des essuie-glaces.

Tout ce processus a pris bien du temps et comme il est déjà 13h30, nous sommes affamées. S’il y a une chose que le voyage nous a appris, c’est l’importance de ne pas rester longtemps affamées, car ça donne des résultats très désagréables et surprenants sur la suite des choses. Un restaurant Red Lobster tout près du Wal Mart nous semble un bon choix. Service sympathique, repas santé assez réussi et hop nous voilà de nouveau prêtes à reprendre la route 81 vers le nord. Malgré les petites inquiétudes de Colette, nous passons la douane canadienne comme une lettre à la poste. Le jeune douanier n’est pas particulièrement chaleureux, mais il nous pose les questions d’usage et nous croit sur parole.

Les conditions routières sont toujours difficiles et nous arrivons chez Jessica à 18h15. Il nous aura fallu plus de cinq heures de route pour franchir 300 km. Les retrouvailles avec ma cadette sont douillettes et simples. Nous nous sommes souvent parlé au téléphone, elle nous a suivies sur notre blogue et les derniers six mois ont passé très vite pour elle, car elle a vécu beaucoup de changements dans sa vie. C’est comme si nous n’étions pas parties depuis si longtemps. Elle nous a concocté un petit souper simple et santé (c’est ma fille quand même) que nous mangeons en buvant une bouteille de vin rouge et en jasant tout plein.

L’appartement, qu’elle partage avec une autre étudiante, est assez grand et je suis contente d’avoir une impression précise de l’endroit où elle va vivre pour les prochains 18 mois. Nous nous couchons vers 22h00 sur le sofa du salon.

Notes du jour

- L’hôtel où nous avons couché participe au programme de recyclage local, une première dans notre voyage. Un très bon point! En outre, lorsque j’ai dit à la réceptionniste que je voulais déposer notre recyclage dans leur grand contenant, parce que nous en avions beaucoup, elle m’a plutôt amené dans la chambre, deux autres petits bacs. Cool! Dommage cependant que la vaisselle du petit déjeuner soit jetable. Ce sont les principaux commentaires que j’ai faits dans le formulaire fourni par l’hôtel. Chaque fois qu’un tel formulaire était disponible dans les hôtels, je l’ai rempli avec beaucoup de soin.

- Les douches
Colette, a instauré un système de cotation pour les douches de camping. Pour avoir la note de passage, une douche doit être propre, dispenser une eau suffisamment chaude, et être munie des accessoires suivants :

- un banc fixe ou amovible pour pouvoir s’essuyer les pieds sans faire de la danse en ligne
- au moins deux crochets pour les vêtements
- une petite tablette pour déposer ses lunettes
- un savonnier.



- Autre point très important pour Colette : le jet doit être fourni sans être agressif et bien dirigé. S’il n’est pas bien dirigé et qu’on ne peut modifier sa trajectoire (trop haut ou fixe), la note de passage n’est pas accordée.




Une douche peut obtenir des points supplémentaires si elle est spacieuse, si le plancher de l’espace d’habillage reste sec, si elle est entièrement privée. Si la douche est payante, ça lui enlève des points, surtout si elle est limitée à cinq minutes, car c’est un peu juste quand ça fait trois où quatre jours que t’es sale. Six minutes ou plus, c’est parfait. La plus chère que nous ayons utilisée coûtait 3 $ et était entièrement privée (Dawson).
La plupart des douches que nous avons utilisées n’ont pas obtenu la note de passage. Les crochets et le savonnier étaient souvent inexistants… « Ça n’a l’air de rien comme ça dans le confort de sa maison, mais dans un voyage comme celui-ci, le confort et le côté pratique d’une douche, c’est un sujet de conversation… ».
Voici les cotes accordées par Colette à certaines installations exceptionnelles :
- Parc provincial Chutes, Ontario: 9/10.
- Caribou RV Park, (Yukon, juste avant Whitehorse) : 10/10. Petites salles de bain privées.
- Goldrush campground, Dawson, (Yukon): 9,5/10 (coût: 3 $). Petite salle de bain privée.
- Fairbanks, Alaska (River Edge): 9/10.
- Port Townsend, Hudson Point Marina & RV Park (état de Washington): 9,5/10.

Françoise

Je me suis mieux accommodée que Colette des installations mal foutues, mais je donne un gros zéro aux douches du camping Mammoth Mountain RV Park (Mammoth Lakes, Californie). Non seulement le camping était cher (50 $ ), mais il n’y avait pas d’espace privé de déshabillage dans les douches. Personne n’est entré pendant que je me déshabillais et m’habillais parce qu’il n’y avait pas grand monde dans le camping et dans le fond, je m’en foutais. Colette n’a pas pris de douche à cet endroit : elle est un peu plus gênée.

Autre exemple, au camping Robert Service à Whitehorse (Yukon), Colette a ronchonné au sujet des douches, parce que l’espace pour se déshabiller et se rhabiller est commun pour les deux douches. « C’est pas trop trop intime, dit-elle. Ça fait «semi car wash».

La douche extérieure montrée ci-dessus se trouve au Mustang Island State Park, au Texas. Je l'ai utilisée après m'être baignée dans le Golfe du Mexique, il y a moins d'un mois (28 novembre).

Vendredi 14 décembre (jour 205)

Ottawa - Montréal: 200 km

Nous nous nous levons vers 7h15, et déjeunons avec Jessica qui va faire une présentation dans une école primaire ce matin. Colette appelle ses grands-parents et nous partons à 9h00. Le temps est clair. Malgré le vent, la conduite est plus facile qu’hier, car il ne neige plus. Nous prenons la 417 pour rentrer à Montréal et arrivons devant la maison à 11h15! Nous entrons dans notre appartement : des ballons, des décorations de Noël et une petite musique du temps des fêtes nous accueillent. Il y a aussi une carte signée par mes deux filles dans laquelle elles nous disent que nous leur avons manqué et qu’elles nous aiment.

Nous prenons le temps de faire le tour de l’appartement, mais en ce qui me concerne, j’ai encore l’étrange impression, en me retrouvant dans cet endroit que nous aimons beaucoup, de n’être jamais partie… Colette, de son côté, trouve que c’est comme si nous étions parties depuis seulement une semaine. Nous commençons à vider Westy, une opération qui nous prend le reste de la journée avec quelques pauses, car il y a quelques marches d’escalier à grimper à chaque voyage.

Pourquoi ne pas attendre? Pour deux raisons. Premièrement, la météo : il ne fait pas très froid aujourd’hui, la température va tomber demain et on annonce une tempête pour après-demain. Deuxio : nous avons hâte de sortir tous les achats que nous avons faits durant le voyage. Certains sont bien cachés dans les profondeurs de Westy depuis plusieurs mois ou semaines. Je redécouvre les livres que j’ai lus, ceux que je n’ai pas encore lus. Nous nous émerveillons en voyant les belles cartes que nous avons accumulées : l’art amérindien prédomine, avec ses couleurs vives et sa puissante symbolique reliée à la nature.

Vers 19h30, nous allons chercher l’auto de Colette. La Mazda est stationnée depuis une semaine chez une amie de Colette. Durant notre absence, c’est Jessica qui s’en est servi. Nous faisons une petite épicerie chez notre épicier favori : Adonis. Gaël, qui habite ici durant la semaine, a laissé le frigo plein et même des plats cuisinés, mais nous avons besoin de quelques compléments : pain, lait, olives, menthe fraîche.



Nous nous couchons vers minuit, dans notre lit, après presque sept mois de voyage (29 semaines) et 33 000 km de route. Nous sommes rassasiées.