mardi 4 décembre 2007

Au bord de la mer au Texas

Mercredi 28 novembre (jour 189)

Camping de Mustang Island State Park (près de Corpus Christi, Texas)

Nous nous levons vers 8h00. Il fait plein soleil dehors et il fait chaud. Nous prenons le temps de déjeuner dehors, une chose que Colette n’a pas fait depuis longtemps! Nous allons nous stationner près de la plage, parce que je veux essayer de me baigner. Hou la la, c’est pas chaud cette mer là! Je prends tout mon temps pour apprivoiser l’eau, car la pente est très douce. Après 10 minutes, de l’eau jusqu’à la taille, je renonce à m’y jeter complètement. Je reviens vers le rivage et le soleil me réchauffe un peu.

J’ai un petit regret, alors je retourne dans l’eau en me disant que je ne sais pas quand je vais à nouveau pouvoir me baigner dans la mer. Je respire un bon coup et je me lance. Je reste un bon moment à m’amuser dans les vagues et je ne sors de l’eau que lorsque je commence à avoir vraiment froid. Une chance que le soleil me réchauffe lorsque je sors.

Le seul compromis que je fais, c’est de ne pas me mettre la tête dans l’eau. Il y a des douches extérieures pour se rincer et j’en profite car je suis pleine de sel et de sable. Les toilettes et les douches intérieures sont encore plus décrépites que celles du camping. Curieux. Les installations des state parks sont généralement assez simples, mais bien entretenues, ce qui n’est pas le cas ici. Nous nous demandons ce que le parc fait avec les droits d’entrée de 4 $ par personne par jour…

Pendant que je me baigne, Colette marche sur la longue plage, observe les oiseaux, les coquillages et une étoile de mer échouée. Elle se met ensuite les pieds à l’eau et à faire toutes sortes de gamineries sur la plage. Moment de détente pure…

Lorsque nous partons vers 14h00, le ciel s’est ennuagé. Nous roulons vers Rockport pour nous rapprocher du garage. Nous prenons notre temps pour faire les 50 km qui nous séparent de Rockport où se trouve le garage. Nous prenons un ferry gratuit qui traverse le Ship channel, un canal qui permet, entre autre aux bateaux de la Marine américaine, d’entrer et de sortir de la baie de Corpus Christi. Durant la traversée, qui dure trois ou quatre minutes, nous apercevons des dauphins.

Nous arrivons à Aransas Pass où nous achetons des crevettes pêchées localement. Nous arrêtons au centre des visiteurs (Chambre de commerce), en espérant trouver de l’information sur Rockport, mais ici chaque municipalité s’occupe de ses propres affaires. Nous nous rendons donc à Rockport. La personne qui nous renseigne est très gentille et nous pouvons même consulter nos courriels gratuitement. Nous lisons la documentation et décidons d’aller nous installer dans le camping que nous avons repéré en route, et qui est tout près de Action RV, le garage où nous devons aller demain matin.

Le Ancient Oaks RV Park compte 100 sites et tout le confort moderne : piscine chauffée, jacuzzi, internet, salle d’exercices, salle communautaire, laverie, etc. Il y a même un étang naturel, avec canards, tortues et grenouilles. C’est ce que nous explique le monsieur qui nous fait faire un petit tour de propriétaire en voiturette électrique. Nous nous installons dans le site numéro deux, près des toilettes et de la piscine.

Nous allons nous asseoir au bord de l’étang un peu avant le coucher du soleil en espérant y voir des canards siffleurs (whistling ducks) qui viennent y faire un tour le soir. Nous prenons le temps de nous recueillir dans cet endroit bucolique et serein, malgré la proximité de la route. Les canards ne viendront pas, mais nous verrons surgir de l’eau quelques têtes de tortue et observerons le canard résident : il a une aile cassée semble-t-il et habite ici à l’année. Il a une technique très particulière pour plonger dans l’eau : au lieu d’y aller tête première, il s’y enfonce verticalement, un peu comme un sous-marin!

De retour à notre site, je fais cuire les crevettes locales avec de l’ail et nous les savourons tièdes. Elles sont délicieuses. Nous complétons cette entrée de luxe (mais pas chère) en mangeant du fromage et du pain. Après la vaisselle, je réussi à convaincre Colette d’aller faire un tour dans le jacuzzi. Ça nous fait du bien, surtout à moi, car le dedans de mon corps était encore un peu refroidi de mon long bain de mer de ce matin. Colette va même faire un tour dans la piscine. Après une bonne douche, nous nous couchons vers 22h30. Le réveil est réglé pour sonner à 6h30 demain matin.

Note du jour

Les environs de Corpus Christi sont le royaume des campings pour VR : il y en a vraiment beaucoup. Apparemment, beaucoup de gens viennent passer l’hiver ici. Il y a aussi beaucoup d’endroits offrant des petits chalets (cottages, cabins). Le marché des campings pour VR en a créé un autre : celui des ateliers de réparation et d’entretien. Je me rends compte, en consultant les annonces et les cartes de visite affichées sur le babillard du camping, qu’il y a au moins six garages spécialisés dans le coin. Ils se vantent tous d’avoir des années d’expérience et plusieurs offrent un service mobile « à domicile ».
Le panneau rigolo (Ralentissez, Retraités au jeu) ci-contre est à l'entrée du Ancient Oaks RV Park.

Jeudi 29 novembre (jour 190)

Est-ce à cause du réveil qui va sonner? Je me suis réveillée souvent et Colette avait les deux yeux bien ouverts vers 4h00. Évidemment, nous dormions profondément lorsque le réveil a sonné… Nous traînons un peu au lit et expédions le déjeuner. Nous sommes au garage à 8h00 pile et expliquons nos ennuis de chauffage à un technicien, John Strand, qui a l’air de connaître son affaire. Durant la réparation, j’apprendrai qu’il travaille dans ce domaine depuis 35 ans et qu’il est capable de réparer n’importe quoi sur un VR.

John diagnostique un module électronique défectueux, qui coûte 140 $ et estime son temps de travail à une heure. Nous acceptons la réparation et le voici au boulot. Pour extirper le chauffage et l’amener dans l’atelier, il doit démonter la base du banc arrière : ça fait pas mal de vis à dévisser,
de fils
à désagraffer,
mais il fait ça les deux doigts dans le nez. Pendant qu’il remplace le module et le teste, je fais du ménage dans le compartiment sous le banc. Une vraie Madame Blancheville, mais ça valait la peine.

À 9h30, la réparation est terminée et nous a coûté 225 $, taxes incluses. Nous sommes contentes que ce soit fait et repartons le cœur léger, en route vers de nouvelles aventures, sans crainte de coup de froid dans Westy. D’ailleurs, il fait gris et frais aujourd’hui. Nous nous arrêtons dans une petite aire d’observation faunique et complétons notre déjeuner par un brunch de restants : tamales avec riz et légumes. Nous voyons des pélicans gris pêcher, des pélicans blancs installés paresseusement dans l’eau, des hérons et des canards.

Nous nous dirigeons vers le Goose Island State Park, situé à environ 20 km de là. En chemin, nous bifurquons dans Fulton pour aller rouler dans une petite communauté chic : Key Allegro. Beaucoup de belles et grosses maisons avec vue sur la mer ou sur une baie. Plusieurs ont même un débarcadère de bateau juste en arrière. Ça fait d’autant plus riche que certaines de ces maisons semblent être des résidences d’été…

En quittant Key Allegro, nous traversons un très long pont qui passe au dessus du goulot de la très grande baie de Copano. Nous arrivons au Goose Island State Park, et en faisons le tour avant de décider d’y passer la nuit. Le tarif est le même qu’au Mustang Island State Park (24 $), mais il y a des sites avec vue sur la baie et les toilettes et les douches sont en bon état. Nous nous installons donc vers 12h30 et admirons les lieux avec satisfaction. La nuit ayant été courte, nous faisons une bonne sieste.

Il fait beau et chaud lorsque nous nous réveillons vers 15h00 et nous voilà installées dehors sur nos petites chaises bleues : lecture pour Colette et écriture du journal pour moi, car j’ai pris du retard dans les derniers jours. Nos voisins de droite et de gauche installent plusieurs cannes à pêche. L’appât est une crevette, mais ils ne prendront rien cet après-midi. Ils continueront à pêcher tard ce soir, tous les deux équipés d’une lampe assez puissante, mais nous ne saurons pas si le poisson a mordu. Colette a pris plaisir à regarder de nombreux poissons sauter hors de l’eau, comme s’ils voulaient narguer les deux pêcheurs.

Nous mangeons le restant de pâtes au saumon que nous avions cuisiné à San Antonio (miam!) et faisons la vaisselle. Après avoir admiré un superbe coucher de soleil, nous nous installons chacune dans notre coin. Moi sur le siège du passager avec l’ordinateur, Colette sur la causeuse. Elle a commencé à lire un roman de Nancy Huston, Dolce Agonia. Elle trouve que ça rappelle beaucoup l’univers du film Le déclin de l’empire américain.

Le ciel est plein d’étoiles et il fait doux, mais en respirant cet air nocturne, nous prenons conscience d’un grondement lointain, mais assez fort, qui semble venir de l’autre côté de la baie. Qu’est-ce que ça peut bien être? Réponse demain.

Note du jour

Petit retour sur la Mike’s Hard Lemonade. Je vous avais dit que la Mike’s américaine est moins forte en alcool (5 %) que la canadienne (7 %) et qu’elle ne contient pas de vodka. Eh bien, imaginez-vous que je ne sais pas où, je me suis fait refiler de la Mike’s à 3,2 % d’alcool! Bizarre, non? En revanche, à San Antonio, à l’épicerie, nous avons trouvé des cocktails Mike’s à 8 % d’alcool : Mike-Arita. C’est pas mauvais, mais c’est fabriqué à partir de malt et il n’y a pas de bulles. Rien ne vaut une bonne Mike’s canadienne avec des bulles, de la vraie vodka et du vrai citron!

Vendredi 30 novembre (jour 191)

Nous nous levons vers 7h30. Un héron est là, tout près. Il a dans son bec une tête de poisson que notre voisin a du laisser traîner. Cette belle prise est néanmoins trop grosse pour son gorgoton et, pendant au moins 30 minutes il la secouera, la piquera et essaiera de la faire glisser dans sa gorge. Aucun signe d’impatience, mais tout à coup, il s’envole avec sa proie dans le bec. C’est un autre héron qui l’a chassé et qui vient voir s’il reste quelque chose à manger. Nous ne saurons jamais si cette grosse tête de poisson aura fini dans son estomac…

Nous échangeons quelques mots avec notre voisin de droite et il nous dit que le bruit que nous entendons vient d’un puits de forage situé de l’autre côté de la baie et qu’il est permanent. Nous quittons le camping vers 9h30 et nous rendons à nouveau au bureau d’information touristique pour prendre nos courriels et pour localiser certains endroits que nous voulons aller voir. Nous dînons ensuite chez Java Bay, un charmant restaurant qui, en plus d’une connexion internet sans fil, offre des repas beaux, bons, pas chers, une très belle surprise avec, en prime, un service rapide et très sympathique.

Je fais un tour dans une boutique où on trouve des souliers de marche un peu particuliers (Zcoil) munis d’un ressort. La dame est très gentille et je peux essayer un modèle en marchant sur le terrazeau du magasin voisin, mais je ne suis pas convaincue. La dame nous demande d’où nous venons et nous échangeons un peu. Au moment de partir, elle nous donne une chaleureuse accolade! Colette essaye ensuite de se faire couper les cheveux dans un salon sans rendez-vous, mais la coiffeuse est occupée en ce moment et lui propose demain midi. Colette laisse faire, car elle n’est pas sûre pour demain et la coiffeuse n’est pas son genre.

Prochain arrêt, un chiro qui offre un massage sur chaise gratuit de 15 minutes est-il écrit sur un coupon détaché d’un livret promotionnel. En fait, c’est la chaise (qui est en fait un fauteuil) qui donne le massage, pas un humain! Au début je suis dubitative, mais à force de pitonner sur la télécommande, je finis par trouver des fonctions intéressantes qui massent le long de la colonne vertébrale. Pas pire pour une machine, mais ça fait quand même toutes sortes de bruits et ça ne vaut pas un massothérapeute (clin d'oeil à Isabelle, notre masso de Montréal)!

Nous faisons une bonne épicerie chez HEB, car notre frigo est presque vide. J’y trouve du bon pain tranché neuf grains et même des olives. À l'entrée, il y a un gars en t-shirt avec un chapeau de Père Noël sur la tête, qui supervise la vente des sapins de Noël. Ça fait vraiment drôle de voir ça ici!
En chemin vers le camping de Goose Bay, nous achetons des crevettes locales. Elles sont plus grosses que celles que nous avons mangées avant-hier. Je les fais cuire dans la poêle avec des tranches fines de gingembre et un peu de jus de lime. Elles sont délicieuses, surtout avec une coupe de vin blanc biologique!

Nous faisons la vaisselle, nous regardons le superbe coucher de soleil, et, comme il est encore tôt, nous décidons de regarder un film sur le laptop. Nous choisissons Syriana, un film très complexe, qui met George Clooney en vedette. Espionnage, magouilles des compagnies pétrolières dans le Golfe persique, etc. C’est pas très joyeux, mais le film est bien fait et bien joué. Nous terminons notre soirée assises sur le marchepied de Westy, à écouter le clapotis des vagues et les poissons sauter hors de l’eau. Le grondement du puits de forage est beaucoup moins fort ce soir. Soit le vent porte le son dans une autre direction, soit les activités sont au ralenti.

Nous parlons du voyage qui achève et qui nous semble avoir été une succession de moments privilégiés. Nous voici au bord du Golfe du Mexique, le point le plus au sud de notre périple. Il y a quatre mois, nous étions au Cercle arctique! Voyage longuement préparé et longuement savouré. Colette a un petit pincement au cœur, car nous commencerons très bientôt notre retour vers le Nord. Nous sommes toutes les deux contentes de revenir chez nous, et nous espérons que la transition vers le froid et la ville se passera le mieux possible.

Nous échangeons à voix basse, habitées par la magie de cette douce soirée et nous prenons le temps de renouveler la protection énergétique qui nous a si bien entourées jusqu’à présent. Colette se retire dans Westy et je prends le temps de m’étirer sous les étoiles et de faire un peu de Qi Gong. Je vois une étoile filante et je fais un vœu.

Lorsque je rentre dans Westy, Colette, tapette à mouches en main, vient de trucider quatre moustiques! Mais il en reste d’autres et il faut ruser pour les tuer, car ils se cachent. Nous éteignons la lumière, ce qui les fait sortir. J’en écrapoutis cinq autres. Il est environ 22h00 lorsque nous nous couchons.

Samedi 1er décembre (jour 192)

Après avoir été réveillées vers 7h00 par un bruit de moteur de bateau, et avoir pris des photos du glorieux lever de soleil, nous nous rendormons jusqu’à 9h00. Nous déjeunons mollo, mollo. Nous lisons chacune de notre côté. Colette continue Dolce agonia et je commence un roman intitulé Mrs Mike, qui commence en Alberta au début du siècle. Ça fait environ un mois que je n’ai lu que des journaux ou des périodiques et je suis très heureuse de me replonger dans un livre. La matinée s’étire au son des vagues, un peu plus fortes aujourd’hui, qui viennent se casser sur la digue. Il n’y pas de plage pour se baigner ici, car le fond de l’eau est composé de débris de coquilles d’huîtres. L’eau n’est pas très invitante non plus, car elle est trouble.

Nous quittons le camping vers 13h30, et, près avoir fait le plein d’essence, nous nous dirigeons vers le Aransas National Wild Life Refuge. Nos n’avions cependant réalisé que son entrée est située à 45 km de là. Plus nous roulons, plus nous nous éloignons de la civilisation. J’ai l’impression de me rendre au bout du monde. Nous arrivons enfin au Centre d’information. Nous regardons une vidéo de 20 minutes sur le refuge, qui abrite 400 espèces d’oiseaux, des alligators, des sangliers sauvages, des coyotes.

Bill, un bénévole, nous fait faire le tour du centre d’information et, en catimini, va chercher quelque chose : il a sous sa veste, un tout jeune alligator, bien vivant, qui a été trouvé par un visiteur! Bill nous propose de le prendre dans nos mains, ce que j’accepte, mais que Colette décline. Le petit animal fait environ 10 pouces de long (25 cm) et ne semble pas trop intimidé. Bill nous dit qu’il est nourri avec de petits poissons.

Comme il ne reste qu’environ 2h30 avant le coucher du soleil (17h45), nous explorons les différents endroits situés le long d’une route qui longe la baie de San Antonio. Nous ne verrons ni alligators, ni sangliers, mais beaucoup de canards et de pélicans, ainsi que deux cerfs qui traverserons la route devant nos après que Colette se soit obligeamment arrêtée pour les les laisser passer. Il y a d’ailleurs des traces de cerfs partout dans le refuge. Et beaucoup d’excréments de toutes sortes sur les sentiers et les passerelles de bois.

Le refuge accueille chaque année des grues blanches, qui viennent du nord de l’Alberta. Ces grands oiseaux gracieux, ont frôlé l’extinction dans les années 1940, elles sont maintenant 200, ce qui constitue un net progrès, mais leur espèce reste très menacée. Elles sont le seul groupe de grues blanches migrantes au monde. Il y a une autre colonie, sédentaire, en Floride.

Je fais un des sentiers toute seule et je me retrouve face à la mer, sur une plage de sable. Si j’avais une serviette, je me baignerais. Je me contente de marcher dans l’eau, qui est nettement moins froide que celle du Golfe, puisqu’ici c’est la baie de San Antonio. J’hésite encore, en me disant que je pourrais me sécher avec mon t-shirt, mais je ne veux pas faire trop attendre Colette et je reprends le sentier qui fait un peut plus de deux kilomètres, aller-retour.

Je me mettrai à nouveau les pieds à l’eau près de la tour d’observation : un petit héron sera à peine dérangé par ma présence incongrue dans cette eau peu profonde. Nous admirons le vol d’un couple de grues qui a pris ses quartiers d’hiver dans le coin et nous les entendrons lancer leur cri caractéristique.

Avant de quitter le refuge vers 18h00, nous mangeons un sandwich au jambon dans Westy et nous arrivons à Rockport vers 19h00. Colette mange un burger décevant chez Whataburger, une chaîne de restauration rapide qu’elle voulait essayer. Elle savoure ensuite une crème glacée molle de chez Dairy Queen, pendant que je vérifie nos courriels. Nous hésitons entre retourner à Goose Island ou aller au camping privé Ancient Oaks où nous avons couché il y deux nuits. Nous allons finalement à Goose Island, même si c’est plus loin, parce que nous voulons passer une autre nuit au bord de la mer.

En arrivant, nous entendons des détonations au loin. Pas des coups de fusils heureusement, mais plutôt un feu d’artifice que nous admirerons de loin, mais avec grand plaisir. Moment magique. J’écris le journal de voyage, Colette lit et nous voilà à nouveau ensommeillées par le clapotis des vagues.

Citation du jour

« Je suis prête pour n’importe quelle aventure », lance Colette toute ragaillardie par sa douche! « Avec modération », ajoute-elle après une ou deux secondes...

lundi 3 décembre 2007

Texas : pas toujours comme on l'imagine.

Samedi 24 novembre (jour 185)

Nous quittons Ozona (Texas) vers 11h00 et continuons notre route vers le sud-est. La route est rectiligne, mais il y a beaucoup de vent et la voie de droite présente des ornières, ce qui rend la conduite plus exigeante. Westy n’est pas le seul à être sensible au vent : les bourrasques déportent aussi les camions et certaines autos. Colette voit plusieurs cerfs morts sur le bord de la route, ce qui la désole. La végétation change et il y a beaucoup plus d’arbres. L’herbe au sol est desséchée, mais le feuillage des arbres est bien vert.

Nous nous arrêtons à Kerrville et mangeons chez McDonald. Comme nous sommes à 120 km de San Antonio et que c’est une grosse ville, je prends le volant pour que Colette puisse nous guider. Dans le guide des Motels 6, Colette a repéré l’option Studios 6. Comme le nom l’indique, il s’agit de studios, habituellement loués à la semaine, mais qu’on peut aussi louer à la nuit. Grâce au talent de lectrice de carte Colette, nous arrivons à destination sans encombre vers 15h00 : pour 62 $, taxes comprises, ils offrent une chambre avec un coin cuisine très complet (vaisselle, casseroles, cafetière et grille-pain inclus) et une salle de bain complète. Il faut payer un supplément pour internet sans-fil. Nous hésitons, car nous sommes loin du centre-ville (15 miles-25 km).

Pour reconnaître les lieux et peut-être trouver un hôtel plus près de la ville, nous partons faire un tour au centre-ville de San Antonio. Encore une fois, grâce à Colette, nous nous rendons à bon port. Les environs de la ville sont assez hétéroclites et parfois décrépits, même tout près du centre-ville. San Antonio nous semble un peu anarchique, ce qui a son charme sous le soleil, mais paraît tristounet par temps pluvieux et froid comme aujourd’hui.
Nous trouvons un stationnement à 5 $. Comme il n’y as pas de préposé en ce frisquet samedi après-midi, je cherche comment payer « la machine ». Grâce à un passant qui me montre comment ça fonctionne, je vois qu’il n’y a pas de machine, mais un petit trou dans lequel il faut glisser un billet de 5 $ après l’avoir minutieusement roulé. Et il faut faire attention de glisser le billet dans le trou portant le numéro de l’espace de stationnement dans lequel on a place son véhicule.

Nous nous rendons au Centre d’information touristique où nous consultons la liste des hôtels et de leurs tarifs. Nous constatons que le prix des Studios 6 est très bon. Nous allons faire un petit tour à pied au bord de ce qu’on appelle ici la rivière, mais qui est plus un petit canal le long duquel on peut se promener et faire du lèche-vitrine ou manger au restaurant. Il y a aussi des bateaux qui embarquent les touristes. Colette trouve ça charmant, mais moi je trouve qu’il fait froid et j’ai de la difficulté à apprécier. Nous choisissons de retourner aux Studios 6 avant que la nuit tombe. En revenant au stationnement, nous voyons un couple qui s’apprête à rouler un billet de 5 $. Nous leur faisons signe et leur cédons gracieusement notre emplacement.

Avant d’arriver à l’hôtel, nous faisons une épicerie chez HEB (Howard E. Butt, le nom de son fondateur), une chaîne bien installée au Texas. Le magasin est gros, selon nos critères, mais la caissière nous dit qu’il s’agit d’une petite succursale. Je ne sais pas si c’est à cause du quartier, ou du Texas, ou encore si c’est la marque de commerce de HEB, mais il y a ici une quantité délirante de junk food, de plats préparés trop gras et trop salés. C’est assez déprimant. Il y a quand même un beau rayon de poissons et, bien sûr, la viande rouge est à l’honneur. Curieusement, il y a une allée nommée New Age! Aucune idée de ce qui peut être new-age dans cette allée, à part peut-être les boissons énergétiques.

Nous nous installons dans notre studio avec plaisir, car nous avons payé pour deux nuits. Pour souper, nous mangeons des tournedos de bœuf avec des légumes décongelés auxquels nous ajoutons une bonne quantité d’oignons et d’ail cuits dans un peu d’huile d’olive. Les légumes sont délicieux et la viande aussi, mais elle est très salée, à cause des tranches de bacon autour et de la marinade. Je donne une bonne partie de mon bacon à Colette. J’écris le journal de voyage, Colette lit les brochures touristiques sur San Antonio et nous regardons un peu la télévision.

Notes du jour

- Nous remarquons deux panneaux sur le bord de la route qui disent : Don’t Mess With Texas! ». C’est un jeu de mot qui veut dire de ne pas jeter de déchets le long de la route ou ailleurs, mais décidément, le ton est directif : il faut marcher droit ici...

- Autre curieux nom de village aperçu en route: Comfort.

- Ici, la coriandre fraîche n’est pas chère. Ça doit pousser comme du chiendent pour qu’il la vende 33 ¢ la botte chez HEB!

Dimanche 25 novembre (jour 186)

Petit matin tranquille. Nous faisons de tout, un peu dans le désordre : déjeuner, farniente, Colette chatte avec sa mère sur MSN, je lis un mensuel super-intéressant que j’ai trouvé dans la chambre de l’auberge de jeunesse à Santa Fe. Colette appelle ses grands-parents, qui ont bien hâte qu’elle revienne. Ensuite, nous nous séparons pour l’après-midi. Colette s’en va faire un tour à San Antonio, pendant que je reste au studio pour écrire le texte de l’entrevue que j’ai faite avec Daniel Gagnon à Santa Fe.

Mes notes sont assez claires et l’entrevue a été si riche qu’il s’agit juste de trouver une colonne vertébrale pour que le texte coule. Je prends quelques pauses pour faire le lavage et le séchage à la laverie de l’hôtel.

Colette
Je pars vers le centre ville et stationne au même endroit qu’hier. Le stationnement est presque vide. Il fait gris et froid en ce dimanche, et c’est bien tranquille dans les rues habituellement bondées de touristes. Je me rends sur Alamo Plaza près du monument «The Alamo». Ici, se trouvent les vestiges de la mission San Antonio de Valero. Plusieurs touristes débarquent au même moment pour la visiter et surtout la photographier. La mission, établie par des Franciscains, date des années 1700. Elle assurait la présence espagnole dans la région afin de limiter l’expansion française à partir de la Louisiane. C’est en effet un beau bâtiment historique.

Je suis le chemin des lumières et décorations de Noël qui mène vers le centre commercial «Rivercenter Mall». De grandes baies vitrées donnent sur un petit canal qui rejoint la rivière serpentant au centre-ville (Paseo Del Rio). Les décorations sont féériques. Je me retrouve derrière les deux complexes d’Hôtels Marriott. J’emprunte ensuite la promenade, surnommée la Venise du Texas, bordée de magasins, galeries d’art, restaurants, cafés et hôtels. Plusieurs embarcations pour touristes naviguent sur le Paseo Del Rio (voir photo à la fin de la journée).


Le secteur de la Villita attire mon attention. C‘est le centre historique de la ville, aux allures espagnoles. Il y a un petit amphithéâtre et de nombreuses boutiques d’art. Je devine qu’en été, des spectacles en plein air doivent y avoir lieu. Que ça doit être agréable! Au loin, se dresse la Tour des Amériques, construite à l’occasion de l’Expo universelle qui a eu lieu à San Antonio en 1968. Elle fait 228 mètres de haut (750 pieds) et comprend bien sûr un resto tournant tout en haut. Bref, ma promenade me plaît beaucou, mais il continue de faire gris et froid et il est temps de rentrer. Sur le chemin du retour, je m’arrête pour faire quelques achats.

Colette revient vers 17h30 après avoir fait quelques commissions. Elle rapporte entre autres choses la fameuse sauce rosée à la vodka (Bertolli) et des nouilles. Ajout d’oignons rôtis, d’olives noires tranchées et de saumon rouge et voilà un délicieux souper sur notre table. Durant la préparation et la dégustation, nous regardons un très bon film (mais très violent) de Martin Scorcese : The Departed, avec Leonardo Di Caprio et Matt Damon. Comme nous l’avons déjà vu, j’en profite pour faire une longue séance d’étirements en même temps.

Pas de rédaction du journal de voyage ce soir : j’ai passé assez de temps devant l’ordi pour aujourd’hui.

Lundi 26 novembre (jour 187)

Ouf! L’idée de tout remettre dans Westy aujourd’hui avant midi nous décourage un peu. Comme j’aimerais retourner voir San Antonio sous le soleil et que Colette est partante, nous décidons de rester une autre journée ici. Nous nous faisons un itinéraire : retrait au guichet d’une Bank of America, visite du magasin d’aliments naturels Whole Foods et marche au centre-ville.

Nous sommes très « slo-mo » et quittons le studio à 12h30. Comme San Antonio est une ville très étendue (1,7 millions) et que Colette ne voulait pas prendre l’autoroute, nous explorons la banlieue rapprochée pendant près de 45 minutes avant de nous rendre à la succursale bancaire que Colette avait repérée grâce à son logiciel. Nous arrivons affamées au supermarché d’aliments naturels Whole Foods. Nous mangeons de la salade et de la pizza à leur comptoir-restaurant. Délicieuse croûte de blé entier, mais les choix de Colette ne sont pas particulièrement santé, surtout la pointe au fromage et peperoni!

Après ça je suis prête pour être lâchée « loose » dans ce temple de la nourriture naturelle et biologique! Nous convenons de nous retrouver 45 minutes plus tard près des caisses. Je trippe juste à regarder la quantité de légumes bio empilés de façon très ordonnée dans le comptoir des produits frais. Le comptoir du vrac est assez impressionnant aussi : il y a même du sel aromatisé à toutes sortes de choses. Il y a du thé en vrac et ils ont aussi une marque de thé en sachet que je n’ai vu nulle part ailleurs aux États-Unis : Mighty Leaf.

Colette me retrouve dans une allée une heure plus tard et, le temps que je complète mon tour et les achats, il est 16h00. Nous avons toutes les deux remarqué le gardien armé à la sortie du magasin (il a même trois paires de menottes à sa ceinture), mais il y en a un autre qui patrouille le stationnement à bicyclette. Nous voulions aller en ville, mais nous sommes fatiguées et décidons de rentrer à l’hôtel.

Nous relaxons un peu, puis je mets le blogue en ligne et Colette s’occupe de la galerie de photo dans Picasa. Nous sommes devenues des expertes dans ces deux domaines, mais ça prend quand même du temps, surtout le blogue. Le temps de manger des « tamales » achetés chez Whole Foods et de faire quelques appels au Québec, il est l’heure de se coucher.

Note du jour

À San Antonio, comme ailleurs aux États-Unis, les noms de rue sont bien visibles. En prime, ils indiquent aussi à quelle adresse de la rue se trouve l'intersection. Pratique pour les voyageurs qui ne connaissent pas le coin! Et, oui, cette rue est bordée de centres médicaux,

Mardi 27 novembre (jour 188)

Après le petit déjeuner, j’appelle Nancy Moon, la secrétaire de Mark Blumenthal à Austin, pour prendre rendez-vous pour une entrevue la semaine prochaine si possible. Mark est le directeur du American Botanical Council, un organisme sans but lucratif consacré aux plantes médicinales, qui publie notamment la revue trimestrielle Herbalgram. Je l’ai déjà rencontré au Québec, mais une entrevue sur son lieu de travail devrait être intéressante. C’est un homme très occupé et qui voyage beaucoup, mais je suis chanceuse, car sa secrétaire me donne un rendez-vous lundi le 3 décembre à 15h30.

Je prends aussi rendez-vous à 8h00 jeudi matin pour faire réparer le chauffage de Westy dans un atelier spécialisé en véhicules récréatifs situé dans le coin où nous allons. Après avoir rechargé Westy, nous partons vers 11h45. En rapportant les clés à la réception, j’ai demandé si une clé d’auto avait été rapportée. Bingo, quelqu’un l’avait trouvée à la laverie, où je l’avais oubliée avec un sac en tissu! Nous roulons à nouveau vers le sud-sud-est. La route est droite, mais la nature est moins desséchée : le gazon est un peu plus vert, et plus nous avançons, plus il y a d’arbres.

Nous nous arrêtons vers 14h00 pour dîner dans une aire de repos. Il y a même une connexion sans fil gratuite ici! Nous arrivons dans la région de Corpus Christi vers 15h15. Le coin est très urbain et industriel pour un bord de mer que nous pensions touristique et il nous faut rouler longtemps pour sortir de cet alignement de raffineries puis de commerces. Nous passons devant trois Wal-Mart différents en moins de 15 km. Nous nous installons dans le premier State Park que nous avons repéré sur la carte : Mustang Island. Nous aurions dû y jeter un œil avant, parce ce n’est pas terrible! Nous avons un site avec électricité, mais les toilettes et les douches sont dans un état assez lamentable et nous ne voyons pas la mer. De plus, ça ne sent pas la mer, mais plutôt un peu le goudron, car de l’asphalte a été fait dans le camping.

Comme c’est pour une nuit seulement, nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur. Au lieu de prendre le chemin goudronné qui mène à la plage, je décide que ce sera plus court de couper directement vers les dunes. Colette n’est pas sûre, car les herbes sont hautes et elle craint d’y rencontrer des serpents.


Nous ne verrons pas de serpent, mais ce « raccourci » n’était pas une bonne idée, car les herbes hautes cachaient du relief et du sable mou. Une fois sur la plage, en revanche, le sable est solide et c’est facile de marcher dessus. Il y a même des sections du rivage où on peut rouler en automobile!

Nous sommes presque seules sur la plage. Je remonte mes pantalons, enlève mes souliers et je tâte l’eau, qui est froide, mais pas glaciale : c’est quand même le Golfe du Mexique ici. Nous observons de petits oiseaux de rivage qui picossent le sable lorsque la vague se retire et qui courent vite, vite, vite pour l’éviter lorsqu’elle revient. Il y a aussi des pélicans qui planent au ras de l’eau. Il fait plutôt frais et il vente, mais nous savons que le temps va s’améliorer demain. Mes pieds commencent à sérieusement se refroidir : je remets mes bas et mes souliers avec l’aide de Colette. Nous revenons à Westy par le chemin goudronné…

Après le souper et la vaisselle, Colette se lance dans la rédaction d’un quizz sur notre voyage, une idée qui nous trotte dans la tête depuis une semaine. Pour le plaisir de poser quelques questions faciles et difficiles à nos lectrices et lecteurs. Colette reprend même le calendrier quotidien dans lequel elle note où nous avons couché, ce qui lui permet de ressortir diverses statistiques et de concocté une question à partir de ces données.

Citation du jour

« C’est pas poétique, c’est plutôt commercial et capitaliste », dit Colette en contemplant les nombreux commerces de la région de Corpus Christi où elle s’attendait à un décor balnéaire
« cute ».

Notes du jour

- Dans le quotidien de Santa Fe de la fin de semaine, il y a un encart qui s’appelle Sunday. Il contient des articles intéressants provenant de divers journaux américains, mais aussi une section courrier du cœur intitulée Sexcetera, qui vient du Philadelphia Daily News. Particularité : deux chroniqueurs différents y répondent : Steve est dans la cinquantaine, marié depuis 20 ans avec sa seconde femme, tandis que Mia est dans la vingtaine, célibataire. Ça met du piquant dans les réponses!

- Autre perle, d’un tout autre ordre, lue dans le quotidien San Antonio Express News du dimanche 25 novembre. Il devait y avoir à Austin, Texas, une célébration interreligieuse de l’Action de Grâces le 15 novembre dernier. Problème : la Hyde Park Baptist Church qui possède le terrain où doit avoir lieu la fête décide de se retirer, parce que ses dirigeants ont appris que des musulmans seraient à la célébration. Ils disent ne « pas pouvoir fournir d’espace de prière à des non-chrétiens sur une propriété de leur église »… Mais attendez, la célébration a quand même eu lieu. Où? Je vous le donne en mille : la Congrégation juive Beth Israel a accepté que l’événement ait lieu dans sa synagogue! Faut le faire!