jeudi 13 décembre 2007

Du Kentucky à l'état de New-York, en passant brièvement par la Pensylvanie

Lundi 10 décembre (jour 201)

Bowling Green (Kentucky) – La Grange (Kentucky) : 225 km (140 miles)

Colette n’a pas très bien dormi. Moi, pas pire, mais je me réveille toujours très tôt et ne me rendors pas profondément. Je prends une bonne douche. En déjeunant, nous parlons de la possibilité de faire « hiverniser » Westy ici, si nous pouvons avoir un rendez-vous aujourd’hui. Cette opération consiste à évacuer sous pression toute l’eau accumulée dans les tuyaux, vider les réservoirs et y mettre de l’antigel pour éviter que le gel endommage les canalisations et les réservoirs.

Nous obtenons un rendez-vous chez Camping World pour 13h00. Je profite du temps qu’il nous reste pour préparer une prochaine mise en ligne du blogue. Nous quittons le camping vers 12h00 et allons repérer les lieux. L’atelier de réparation et d’entretien de VR est immense et comprend un magasin d’accessoires. Il y a aussi, juste à côté, un magasin d’équipement de plein-air : camping, chasse, pêche, etc. Colette va y faire un tour pendant que j’écris le journal de voyage dans l’agréable salle d’attente de Camping World.

Après une heure et une facture de 90 $, Westy est prêt à affronter l’hiver québécois. Nous ne pouvons plus utiliser l’évier, mais le véhicule reste fonctionnel pour le reste : frigo, poêle et chauffage. L’employé qui a fait l’hivernisation s’appelle Frank et il a passé 18 ans au Canada, dans la région de Calgary où il était pasteur… Très sympathique. Des ennuis familiaux l’ont ramené aux États-Unis.

Nous reprenons la route vers 14h30 et roulons jusque vers 17h00. Juste avant d’arriver à La Grange, nous changeons d’heure, même si nous sommes encore au Kentucky. Nous sommes maintenant à la même heure que le Québec. La nuit tombe et nous commençons à chercher un hôtel. En prenant la sortie pour aller chez Best Western, Colette voit, devinez quoi : un Wal-Mart! Comme il fait doux et que nous sommes d’humeur un peu aventureuse (avec modération, quand même), nous décidons de tenter l’ultime expérience de camping urbain : le stationnement d’un Wal-Mart ouvert 24 heures.

Nous faisons un tour au magasin pour vérifier où sont les toilettes. Nous nous installons dans un coin du stationnement près de la rue. Nous sommes le seul VR ce soir. Je fais revenir des piments verts et je les gratine dans la poêle avec un peu de cheddar râpé. Pendant que Colette écrit sa visite à Graceland dans le journal, je vais faire la vaisselle dans les toilettes du Wal-Mart, puisque nous ne pouvons plus utiliser l’eau dans Westy.

Je ne pense pas que ce soit vraiment permis, alors je fais ça très discrètement dans les toilettes au fond du magasin, car elles sont moins fréquentées que celles à l’entrée. Je transporte la vaisselle, le savon et le linge à vaisselle dans un sac en papier à poignées. Je reviens, ni vue, ni connue avec de la vaisselle propre et une bouteille pleine d’eau pour installer notre toilette de secours. Le magasin est ouvert 24 heures, mais il est un peu loin pour un pipi de nuit et un peu gênant pour un pyjama loose!

Je vais ensuite m’installer au Subway situé dans le magasin pour écrire le journal, car j’y ai repéré une table avec une prise électrique proche. Colette fait le tour du magasin et je la rejoins vers 20h30 dans Westy après avoir fait une petite épicerie. Nous nous couchons vers 22h00. L’endroit n’est pas plus bruyant que de nombreux campings situés en bordure de route, ni plus éclairé que certains autres.

Note du jour

- Vous vous souvenez de la photo dans la colonne de gauche qui montrait le panneau d’entrée dans le petit village d’Orderville en Utah? Nous avons oublié de vous dire qu’il y avait à l’entrée et à la sortie, une voiture de shérif, illustrant bien qu’on ne plaisante pas avec les flics à cet endroit. Lorsque nous sommes repassées par ce village en revenant de Bryce Canyon, nous nous sommes rendu compte, que ces voitures de police étaient en fait occupées par des… mannequins! Humour local où truc pour faire ralentir les touristes qui passent dans le village?


Mardi 11 décembre (jour 202)

La Grange (Kentucky) – Mansfield (Ohio) : 450 km (280 miles)

Colette se réveille vers 3h00, moi vers 4h00. Nous essayons de nous rendormir, mais nous n’y arrivons pas. Nous décidons donc de nous lever et de partir, après avoir vidé notre toilette de secours dans un banc de gravelle. Il est 5h30 et c’est moi qui conduis pendant environ deux heures. Il fait noir et il pleut. Nous dépassons Cincinnati (Ohio) et nous arrêtons près d’un McDo. Colette va y chercher un petit déjeuner et je me fais des toasts dans Westy avec mon menu habituel : hummus et fromage avec coriandre fraîche.

Comme nous sommes toutes les deux fatiguées, nous nous déplaçons dans un coin tranquille du stationnement et nous couchons. Nous pensions sommeiller 30 minutes, mais finalement, nous dormons de 9h00 à 11h00! Après avoir pris une collation, nous reprenons la route vers midi en direction de Colombus un arrêt obligé, non pas parce que c’est la capitale de l’État, mais parce qu’il y a là un Trader Joe’s, le dernier dont nous pourrons profiter avant notre retour au Canada. Il fait plus doux et le temps est plus clair. Nous arrivons à 13h45 et repartons à 15h30 repas de sushis compris. J’achète plusieurs produits fins afin que nous les savourions de temps en temps, juste pour nous rappeler quelques souvenirs.

Je rachète, entre autres, du gigot mariné comme celui que nous avions dégusté à Santa Fe dans notre super suite. Il est emballé sous vide et peut attendre jusqu’au 26 décembre avant d’être mangé. Quant à ces grignotises faites de farine de riz glutineux et d’algue nori, j’adoooore! Je suis gaga de ce magasin et je pense même à organiser un voyage d’une fin de semaine avec mes amies gourmettes pour aller faire un tour dans le Trader Joe’s le plus proche de Montréal. À suivre.

De Colombus, nous prenons la direction de Cleveland, mais nous nous arrêtons avant, à Mansfield, vers 17h00. Colette choisit un hôtel à partir d’un livret de coupons de réduction. Lorsque nous arrivons au Mansfield Inn, ça ne paye pas de mine, mais comme nous sommes fatiguées et que la chambre offre tout ce dont nous avons besoin pour 41 $ taxes comprises, nous nous disons que ça ira pour une nuit.

Lorsque nous nous installons, nous remarquons cependant quelques problèmes importants. L’isolation est ridiculement inexistante, l’air froid entre par le bas de la porte, le chauffage bruyant et les fils électriques sont branchés sur des prises multiples… L’état général de la chambre est le pire que nous ayons eu du voyage. Colette chatte quelques minutes avec sa mère avant que nous soupions. Je roule une serviette au bas de la porte et nous vaquons à nos occupations habituelles : courriels, peaufinage du journal, mise en ligne du blogue et des photos. Nous nous couchons tard : 23h30. Maudite télévision…

Note du jour

- Autre oubli, attribuable à une petite gêne… Nous avons acheté des chapeaux en cuir à Chama (Nouveau Mexique) de marque Minnetonka Mocassin. Étant donné le bas prix de ces chapeaux, j’avais demandé au commerçant s’il savait où ils étaient fabriqués, car l’étiquette n’en faisait aucune mention. Il avait été vague sur le lieu exact, mais avait laissé entendre qu’ils étaient fabriqués aux États-Unis. Meilleure chance la prochaine fois avons-nous appris dans un commerce de Santa Fe qui tenait les mêmes chapeaux. La vendeuse a été plus franche et nous a dit que l’usine de production était en Chine depuis plusieurs années… Avec une réduction de 30 %, nous avons payés nos chapeaux environ 35 $ chacun. Chez O’Farrell à Santa Fe, où on fait les chapeaux sur place, le premier prix est à 275 $ et à 1000 $ pour un couvre-chef sur mesure.

Mercredi 12 décembre (jour 203)

Mansfield (Ohio) – Syracuse (New-York) : 650 km (400 miles)

Je me réveille vers 2h30. Je vérifie la température en regardant notre réveil : il fait 15ºC! Je mets le chauffage, puis je l’arrête vers 6h30. Colette, une chance, a bien dormi malgré la fraîcheur ambiante… Après avoir déjeuné, nous quittons sans regrets cet hôtel qui a grand besoin de rénovations. Je mentionne la possible non sécurité des fils électriques au gérant, mais j’oublie de lui parler de l’isolation déficiente.

Nous partons vers 10h00 et je prends le volant. Il fait beau et froid et la chaussée est sèche. Nous contournons Cleveland (Ohio). À partir de là, nous roulons sur l’autoroute 90 vers l’est en longeant le lac Erie. Nous nous arrêtons dans un McDo à Geneva (Ohio) pour dîner. Colette y mange des croquettes de poulet, je me prépare un sandwich au jambon, Vache-qui-rit et coriandre pour plus tard. Colette prend le volant. Nous arrivons en Pennsylvanie, où la 90 devient une autoroute à péage. Ici, il y a de la neige au sol. « Ça fait maison! s’exclame Colette avant d’ajouter : je ne pensais pas que je serais si contente de voir de la neige! »

Une centaine de kilomètres plus loin, nous arrivons dans l’état de New York. Ici, pas de neige au sol, juste de la belle herbe verte, du moins durant les premiers 30 kilomètres environ. Nous contournons la ville de Buffalo et roulons toujours vers l’est, mais nous sommes maintenant au sud du lac Ontario. Colette remarque quelque chose que nous n’avons pas vu depuis très longtemps : un camionneur québécois de la compagnie Robert Transport. « Je suis tout énervée, s’exclame-t-elle. Je pense que je lui donnerais un bec. Il doit s’appeler Jean-Claude. » Pour Colette, tous les camionneurs s’appellent Jean-Claude.

Autre chose qui attire notre attention : un restaurant Tim Hortons près duquel nous nous arrêtons pour faire le plein d’essence. Nous changeons à nouveau de chauffeur et je conduis les 130 km qui nous séparent de Syracuse (New York). Nous choisissons un autre hôtel dans notre livret de coupons, mais cette fois-ci nous sommes beaucoup mieux servies, pour seulement 9 $ de plus qu’hier soir. La chambre du Knights Inn est grande, propre, jolie et bien isolée : tout un contraste! En prime, la réceptionniste est très aimable.

Nous nous installons donc dans notre dernière chambre d’hôtel du voyage, puisque demain nous allons coucher chez Jessica à Ottawa. Colette commence à réaliser que le voyage achève. De mon côté, je n’y pense pas. Vendredi sera bien assez tôt pour y songer. Aujourd’hui, j’ai quand même commencé à faire une liste manuscrite de toutes sortes de choses : les moments forts du voyage (couple et individuels), les rencontres les plus sympas, les meilleurs campings, les plus beaux sentiers, les accessoires indispensables, ceux qui nous ont facilité la vie, etc. À venir!


Notes du jour

- Cette affiche était dans le lobby de l’hôtel Mansfield Inn. Ça dit en gros qu’en Ohio, on ignore certains des amendements (droits) enchâssés dans la constitution américaine en interdisant de fumer dans les endroits publics, mais qu’on utilise le premier amendement pour permettre à des pédophiles d’exercer certaines de leurs activités, comme le téléchargement de pornographie infantile. L’art de l’amalgame au service d’un esprit tordu…

- Le prix de l’essence aux États-Unis durant notre voyage a varié de 2,75 $ le gallon (72 ¢/L) à 3,75 $ le gallon (98 ¢/L). La consommation de Westy a varié de 16 L/100 km à 20 L /100 km.

- C’est dommage, mais tant au Canada qu’aux États-Unis, les touristes, les randonneurs du dimanche et les automobilistes jettent toutes sortes de déchets où on s’attendrait à un respect absolu de la beauté des lieux et de la fragilité de l’écologie animale, végétale et minérale.

mardi 11 décembre 2007

Memphis, Tennessee

Samedi 8 décembre (jour 199)

Memphis

Nous nous rendons compte d’un vice caché de l’hôtel vers minuit, lorsque nos voisins reviennent de leur soirée et se mettent à rire et à parler fort. Je les entends même à travers mes bouchons. Je vais frapper à leur porte pour leur dire que nous essayons de dormir à côté et ils baissent le ton. Je me rendors, mais pas Colette entendra leurs ébats amoureux peu de temps après et aussi, vers 7h00…

Je me lève vers 7h30 et je laisse Colette récupérer un peu de sommeil. Nous allons déjeuner vers 9h30. Le café est correct et il y a des différentes céréales Kellogg’s, du jus, du pain et même de quoi faire ses propres gaufres. Ça manque de yogourt ou de fromage, mais bon, c’est gratuit, alors je fais avec. Il y a sur la table un contenant de gras liquide qui ressemble à du beurre plus ou moins fondu et un contenant de sirop de maïs. Mieux vaut juste regarder…

Je demande si le son autour de la piscine peut être baissé. La réceptionniste me dit qu’elle va vérifier, car il a déjà été baissé. Quelques minutes plus tard, la musique est arrêtée, alléluia! Colette part pour Graceland vers 10h30. Elle y va seule pour plusieurs raisons, la principale étant que je risque de lui gâcher son plaisir et l’autre, que j’ai besoin de me poser et de prendre mon temps. Je m’installe donc pour écrire le journal, que j’ai négligé depuis quelques jours. Il fait chaud et humide à Memphis.

Deux heures plus tard, Colette revient, pour prendre une pause et pour manger un morceau. Je refais une super salade avocat-pamplemousse-vinaigrette au yogourt et nous complétons avec du poulet froid. Lorsque Colette repart, je sors avec Westy pour aller faire le lavage. Il y a une laverie à environ deux kilomètres de l’hôtel m’a dit la réceptionniste, mais je ne la trouve pas.

Une femme me donne des indications précises et je me retrouve dans la plus grande laverie que j’aie jamais vue. Je sélectionne une laveuse frontale à 2 $, puis je vais lire dehors assise sur le marchepied de Westy, parce c’est pas mal bruyant. Ça me coûte juste 1 $ pour le séchage, avec en prime, un spectacle inusité pour moi : une machine à laver qui essaye de se sauver au cours du cycle d’essorage en bousculant bruyamment ses semblables : quel vacarme!

Je vais ensuite faire le plein d’essence, puis une petite épicerie. Je suis toujours étonnée que les fruits et les légumes soient si chers aux États-Unis. Ça coûte le même prix ou plus cher qu’au Canada, malgré le fait que beaucoup soient produits ici. Et c’est d’autant plus surprenant dans le Sud des Etats-Unis. Les oranges, les melons, le raisin, les pamplemousses, les avocats, sont généralement plus chers qu’au Canada. Les produits laitiers, en revanche, sont moins chers.

Colette

Je me rends à pied aux guichets de Graceland qui sont tout près. En fait, de l’hôtel, nous voyons Graceland. La file n’est pas très longue. J’ai le choix pour le type de visite : «VIP», «Platinum», «Mansion tour». Le VIP permet de tout voir en évitant les files d’attente. Comme il n’y a pas grand monde, la visite Platinum s’avère mon choix pour 30 $. On me remet un casque d’écoute pour un tour auto-guidé audio de la maison avec choix de huit langues. Je débute en français, mais comme il y a des extraits de présentation par Elvis lui-même, je le remets en anglais pour entendre directement mon idole!

Elvis a acheté Graceland en 1957, à l'âge de 22 ans. Il y aura habité 20 ans. La maison est restée la même depuis 1977. La décoration, les meubles, etc. sont donc très années «1970» avec tapis sur les planchers, les murs et au plafond. C’est en effet «une grande maison» et non pas un château (Celebrities have castle, Elvis had a home). Toutes les pièces étaient utilisées, «habitées». Différent de ces châteaux où certaines pièces ne servent jamais. En ce 8 décembre, Graceland est décorée pour Noël. Les nombreuses draperies sont rouges plutôt que bleu royal, la rampe d’escalier est bordée de poinsettias.

Tout le long de la visite, j’entends des extraits de chanson d’Elvis et plusieurs écrans télé nous passent aussi des extraits de spectacles. Le terrain de la maison est très grand. Je n’y vois pas de cheval, mais, près des clôtures blanches, des panneaux nous avisent de ne pas perturber ces animaux. Il y a plusieurs bâtiments extérieurs et les espaces de garage. Je ne passerai pas en détails toute la visite. Juste la visite de la maison m’a pris deux heures! J’ai aimé les salles où étaient exposés les costumes d’Elvis et les innombrables disques platine ou or témoignant des millions de disques vendus.

Après ma pause de dîner, je me suis rendue au musée où sont conservées les automobiles d’Elvis et ses deux avions privés. Une autre salle comporte une cinquantaine de ses «jumpsuits» de spectacle et celle appelée «Elvis after dark» évoque sa vie nocturne, désordonnée et excessive.

À la fin de chacune de ces parties, il y a un «giftshop» bien sûr. Je me réserve les achats pour la fin. J’achète finalement le DVD de la visite de Graceland (disponible seulement à Graceland) qui contient en prime plusieurs extraits de spectacles. Avis aux intéressés qui ne veulent pas se payer le voyage, mais qui sont amateurs dans l’âme.

J’ai aimé faire la visite seule, prendre mon temps et observer tout ces gens qui étaient là, de tous les âges. J’avais 10 ans quand Elvis est mort. Je me rappelle que ce jour là je mangeais du spaghetti au souper… Jeune, j'écoutais mes «records en vinyl sur mon pickup», je faisais des «imitations» d’Elvis avec un micro sur pied en bois fait main par mon grand-père. Je me couchais tard pour regarder ses spectacles à la télé dans les années 70… que de bons souvenirs. Elvis repose à Memphis, dans le jardin de méditation adjacent à sa maison sur le terrain de Graceland.

Colette revient de Graceland vers 17h30, enchantée, avec une tasse, deux CD et un DVD. Nous profitons du four à micro-ondes et mangeons les plats congelés que j’ai achetés à l’épicerie. Nous nous couchons vers 21h30. Je prends un comprimé pour dormir.

Notes du jour

- Je vois souvent le slogan suivant sur les autoroutes : « DWI, you can’t afford it. »
Cela veut dire « L’ivresse (ou drogue) au volant (Driving While Intoxicated), ça coûte très cher». Aux États-Unis, il y a même des avocats spécialisés dans le domaine : http://www.dwi.com/

- Aux États-Unis, les côtés des routes et des autoroutes sont scarifiés. Lorsqu’on roule sur ces bandes, ça fait du bruit et ça vibre, ce qui prévient l’automobiliste distrait ou fatigué qu’il quitte la chaussée. Sur beaucoup de routes régionales, il y a aussi de petits réflecteurs fixés à intervalles réguliers sur les lignes jaunes, qui sont très utiles pour la conduite de nuit. Nous n’avons pas ça au Québec : est-ce à cause du gel et de la neige? Parlant de routes, celles des États-Unis sont beaucoup mieux entretenues que celles du Canada et du Québec en particulier.

Dimanche 9 décembre (jour 200)

Memphis (Tennessee) – Bowling Green (Kentucky) : 450 km (280 miles)

À 4h00 du matin, le réveil de la chambre voisine nous réveille, puis le téléphone. Colette a de la difficulté à se rendormir. De mon côté, je somnole. Nous nous levons vers 8h00 et entamons le processus de chargement de Westy. Nous allons déjeuner et cette fois-ci j’apporte mes ingrédients : pain, fromage, hummus, thé. Je prends quelques photos de Colette dans le lobby, un rituel pratiqué par tous les clients de cet hôtel.

Nous quittons les lieux vers 10h30 et prenons la direction nord-nord-est, vers Nashville. Cette portion de l’autoroute s’appelle l’Autoroute de la musique. Ici, presque tous les arbres ont perdu toutes leurs feuilles. Il fait encore humide et chaud ce matin. Nous nous arrêtons vers 13h15 pour manger. Nous complétons notre sandwich maison au jambon par une frite de chez McDonald. Je prends un peu de café, car je suis très amortie. Une chance que Colette est en forme, car je somnole sur le siège du passager. Nous contournons Nashville un peu plus loin par le nord-ouest, C’est une grosse agglomération.

Après plus de 450 km de route, nous décidons de nous arrêter à Bowling Green (Kentucky) et d’y camper, pour bénéficier d’une autre nuit qui s’annonce douce. Nous nous installons vers 16h00 dans un camping KOA qui nous coûte seulement 27 $, un record de bas prix. Nous relaxons. Pour souper, nous mangeons le restant de plat tofu-courgettes-curry-quinoa en l’adoucissant avec du yogourt nature et en y ajoutant le restant de poulet.

La pluie s’est mise à tomber dehors, parfois accompagnée d’éclairs au loin. Nous avions prévu le coup et placé Westy légèrement en pente vers l’avant pour que l’eau s’évacue adéquatement. Colette réalise qu’elle ferme nos petits rideaux peut-être pour la dernière fois et elle en a la larme à l’œil. Dernière nuit de camping? Peut-être que oui, peut-être que non, mais nous savons bien que la neige et le froid nous attendent à Montréal et peut-être avant.

Pendant que Colette fait la vaisselle, je mets le blogue en ligne. Colette fait ensuite une mise en ligne de photos et nous nous couchons vers 22h00. À cause de la pluie, j’ai installé notre toilette de secours (la chaudière) pour la nuit.

Citations du jour

- Colette, décrivant le grand nombre de camions parfois très proches les uns des autres sur l’autoroute : « Il y a des motons de vans ». Traduction pour les Français de France : « Il y a des grumeaux de camions ». Jolie image.

- Colette, couchée, et fatiguée par sa journée de conduite, essaye en vain de me dire quelque chose : « Je vais arrêter de parler, sinon, tu vas encore me citer! ». C’est sûr, hi, hi!

Note du jour

Vous pensiez que j’avais oublié? C’est parce que vous me connaissez mal! Je vais aujourd’hui tout vous dire au sujet de l’interdiction des stations d’essence self-service en Oregon. Et même plus, parce qu’en fait, un autre État américain interdit aux consommateurs de se servir eux-mêmes : le New Jersey!
Et c’est en vigueur depuis les années 1940, car à l’époque les autorités craignaient que les automobilistes manipulent les carburants de façon inadéquate. En Oregon, le Department of Environmental Quality voulait aussi éviter les débordements d’essence polluants causés par des clients inexpérimentés.
Les deux états continuent à appliquer ces règlements pour aussi éviter que les clients se sauvent sans payer. En Oregon, en 1982 et en 2003, deux projets de loi en faveur des stations self-service ont été rejetés.

lundi 10 décembre 2007

Du Texas au Tennessee

Jeudi 6 décembre (jour 197)

Caddo Mills (Texas) – Hot Springs (Arkansas) : 420 km (261 miles)

Camping Koa, Caddo Mills (Texas)

Il a fait froid cette nuit et il fait froid ce matin dans Westy : 12ºC. Heureusement que le chauffage, récemment réparé, fait rapidement monter la température. Comme mes nuits sont courtes depuis plusieurs jours, je me sens fatiguée, mais le moral est bon. Dehors, il fait beau, mais le vent est fort et froid. Après avoir déjeuné, nous faisons le plein de propane et quittons le camping vers 10h00.

Nous voici à nouveau dans une mer de gros camions. Je ne sais pas si les chauffeurs sont bien payés, mais il y a de la job en masse pour eux. Plusieurs camions affichent un numéro de téléphone pour ceux qui veulent proposer leurs services. D’autres affichent un petit texte affirmant que leurs chauffeurs sont à la maison toutes les fins de semaine. À voir circuler touts ces monstres qui engouffrent des centaines de litres de diesel tous les jours, je me sens moins coupable de l’impact écologique négatif de la consommation de Westy, quelque chose qui me turlupine depuis le début du voyage.

Nous nous arrêtons dans une très grosse station-service juste avant de quitter le Texas. Après avoir fait le plein et lavé le pare-brise (enfin un liquide qui contient un détergent efficace), nous mangeons dans Westy. Nous sommes stationnées près d’une pesée pour camions : celui-ci transportait un tank. Nous reprenons la route et arrivons en Arkansas. Les plaques de cet état affichent le slogan suivant : The Natural State.

Le premier campement de Blancs en Arkansas fut établi par les Français en 1686. Par la suite, le territoire fut sous autorité espagnole, puis à nouveau français, avant d’être racheté par les États-Unis en 1803. Cet état est un gros producteur de bauxite, un minerai essentiel à la fabrication de l’aluminium et compte la seule mine de diamants en territoire américain. Bill Clinton fut gouverneur de l’Arkansas, avant de devenir le 42e président des États-Unis.

Nous nous rendons dans une petite ville balnéaire appelée Hot Springs où, justement, Clinton a passé une partie de son enfance et adolescence. Il y a là des sources chaudes, très chaudes même (62ºC-143ºF). Près de 4 millions de litres d’eau émergent de 47 sources différentes. Cette eau provient d’une nappe phréatique qui n’a pas été localisée, mais on sait qu’elle est tombée sous forme de pluie il y a 4000 ans. L’eau s’enfonce graduellement dans la terre, ce qui fait augmenter sa température et la charge en minéraux (silice, calcium, magnésium, notamment) ; elle rejaillit par une faille. Sans goût et sans odeur, elle est très agréable à boire et sécuritaire telle quelle. Comme le statut de Réserve naturelle, conféré aux sources en 1832, empêche, entre autres choses, la vente commerciale de cette eau, plusieurs fontaines publiques permettent de remplir gratuitement petits et grands contenants.

La vente de l’eau n’est pas permise, certes, mais rien n’empêche de commercialiser des services connexes. L’eau chaude des sources est exploitée de façon très différente de celles que nous avons visitées jusqu’à présent. Au lieu d’avoir accès à un bassin public moyennant un droit d’entrée, la seule façon de prendre un bon bain très chaud consiste à aller dans une « Maison de bain » (bathhouse). Détail de la procédure demain.

Nous prenons le temps de repérer les lieux en nous rendant au Centre des visiteurs du parc, puis à celui de la municipalité. La rue principale, sur laquelle sont installés les hôtels et les spas, est superbe avec son charme suranné. Les bâtiments, qui datent du début des années 1900, ont une architecture qui rappelle un peu celle de Nice. Nous nous préparons à magasiner un hôtel un peu à l’extérieur, mais en prenant une rue pour rebrousser chemin, nous voyons un petit hôtel plutôt vieux. Je me renseigne à tout hasard et comme le prix est correct et qu’il y a un frigo et un four à micro-ondes, nous élisons domicile au motel Happy Hollow pour la nuit.

La chambre et le mobilier sont vieux, mais propres. Les deux appareils de chauffage d’appoint fonctionnent. Nous mangeons le plat de curry préparé à Austin par Colette, avec du quinoa blanc. C’est bon, mais plus épicé que prévu. Ça passe mieux avec un soda au gingembre de Whole Foods. La vie est bonne pour nous! De plus, nous avons pu sans aucun problème avoir accès à internet sans fil de notre chambre, mais je ne suis pas sûre que la propriétaire le sait et j’ai oublié de lui dire lorsque nous sommes parties.

Grâce à la collection de vidéos de la propriétaire, qui a l’air aussi vieux que son motel, nous regardons un film que nous avions bien aimé : Shall we dance? avec Richard Gere et Jennifer Lopez (2004). Il s’agit d’un « remake » très fidèle d’un sublime film japonais. Le réalisateur, Peter Chelsom, a eu la rare élégance de mettre, du moins dans la version vidéo, un extrait du début du film original (1996). Je vous conseille de regarder d’abord le film américain, puis de louer la version originale japonaise, plus sobre et en même temps plus éclatée (acteurs : Kôji Yakusho, Tamiyo Kusakari ; réalisateur :Masayuki Suo). Au Japon, la danse sociale avait mauvaise réputation avant la sortie de ce film. Elle se porte très bien depuis semble-t-il.

Notes du jour

- Les Amérindiens qui fréquentaient la région appelait le coin « La vallée des vapeurs ». Ils venaient profiter des propriétés médicinales de l’eau et s’y baignaient en paix, l’endroit ayant été décrété territoire neutre par les différentes tribus.

- Vu sur la route, un camion citerne plein de sirop de maïs (photo ci-contre)

- Vu en chemin une pancarte cool affichant le texte suivant
______________________
[Santa Claus is coming to town
[Please don’t hit him
[Don’t drink and drive.
[_____________________

- Et une autre affichant ceci : c’est fou comme je tombe des nues quelquefois!
_____________________________
[Microsurgical reversal vasectomy
[Money Back Guarantee1 713 REVERSE
[http://www.vasectomyreversal.com/
[____________________________

Vendredi 7 décembre (jour 198)

Hot Springs (Arkansas) – Memphis (Tennessee) : 305 km (190 miles)

Le café fourni dans ce petit motel est très bon, contrairement à celui de Studio 6, qui est un jus de chaussette infâme. Nous partons vers 10h00 et nous voilà à 10h15, enveloppées dans un drap à la façon romaine (voir photo plus bas), toutes nues en-dessous et prêtes pour l’expérience d’un Deluxe Bathing Package qui, pour 60 $ inclut bien des choses. Nous sommes à la Buckstaff Bathhouse, le seul établissement qui prend les clients sans rendez-vous. En été, la file d’attente s’étire dans la rue. En ce moment, c’est quasiment désert.

Ça commence par un bain très chaud d’environ 15 minutes dans une baignoire avec un tourbillon. Comme les installations sont vieilles, le tourbillon qui est à un bout de la baignoire, n’est pas vraiment bien placé, mais ce n’est pas très grave. Le 4 $ que nous avons payé pour le « gant Loofa » est une plaisanterie, car même si nous le gardons en partant, la personne qui nous accompagne, le passe très rapidement sur les jambes et le haut du dos. Curieux.

Mon accompagnatrice s’appelle Julie, une belle femme noire de 40 ans qui en paraît 35 à peine et qui travaille ici depuis 10 ans. Nous aurons un bel échange. Colette est accompagnée par Kathy, une femme noire aussi, âgée de 52 ans, employée depuis quatre ans. Après la baignoire, c’est le bain de siège durant 5 à 10 minutes, puis un bain de vapeur pas mal comique, car nous sommes assises dans une petite boîte avec la tête et le cou qui dépasse (vapor cabinet). Colette n’y reste pas longtemps, car elle trouve ça trop chaud.

Ensuite, on nous enveloppe les épaules dans des serviettes très chaudes, on nous met une serviette froide sur le front et on nous laisse reposer pendant 15-20 minutes. Prochaine étape : une douche fraîche (needle shower) avec plusieurs jets qui imitent la pluie. Ça fait du bien après toute cette chaleur. Enfin, toutes ramollies, nous voici prêtes pour les mains des massos. La mienne s’appelle Karen Love, celle de Colette, Rubben. Elles n’y vont pas de main morte, mais ça fait du bien, surtout qu’elles utilisent une huile chaude pour nous masser.

Karen est moitié Cherokee, moitié noire et notre échange sera très chaleureux. Elle fait ce boulot depuis 14 ans et me hugge à la fin du massage, qui a duré près de 30 minutes (en principe, c’est 20 minutes). Vous pensez que ça s’arrête là? Pas tout à fait. Le dernier traitement est un bain de paraffine hydratant pour les mains (cire chaude). Après avoir trempé les mains cinq fois dans de la paraffine, on laisse reposer le tout dans un emballage pendant 10 minutes et hop, on enlève le tout une fois refroidi, comme une deuxième peau. Colette me dit que ce type de soin est également dispensé au centre de réadaptation physique où elle travaille : appliquée sur différentes articulation, ce traitement contribue à soulager les symptômes de l’arthrite rhumatoïde.

Il est 12h15 lorsque je sors de là. Après avoir laissé des pourboires aux personnes concernées, nous allons dîner au restaurant Magnolia, juste en face : rôti de bœuf pour Colette et hamburger pour moi. J’ai bien aimé mon expérience, tant sur le plan physique qu’humain, Colette a apprécié, sans plus, car elle s'est senti un peu brassée de tous bords tous côtés. Imaginez ce que ça doit être l'été quand la foule envahit l'établissement! Nous n’avons malheureusement pas le temps de visiter le musée situé dans un ancien établissement de bain (Fordyce Bath House), ni d’aller explorer les sentiers du parc. Avant de quitter la ville, nous remplissons tous nos contenants d’eau. Colette est excitée, car notre prochaine étape est très importante pour elle : Memphis, la ville d’Elvis!!

En route vers cette ville mythique, nous rejoignons la 40, une autoroute qui traverse les États-Unis d’ouest en est. Il y a trois fois plus de camions que d’autos. Comme nous en avons pris l’habitude, nous changeons de chauffeur avant d’arriver à Memphis. Je laisse un camionneur en dépasser un autre et il me remercie en faisant clignoter ses veilleuses arrière : cool! Les couleurs de l’automne s’affichent ici beaucoup plus nettement qu’au Texas.Nous arrivons dans les environs de Memphis vers 17h00. Colette, le nez dans ses cartes et ses notes, sait exactement où nous allons : près de Graceland, où elle a repéré un camping pour VR, à deux pas de cet endroit mythique, où se trouvent la maison et le musée consacré à Elvis.

Finalement, nous nous arrêtons à l’hôtel Days Inn situé à côté de Graceland pour vérifier le prix d’une chambre. Sur un coup de tête, nous choisissons de réserver pour deux nuits, même si ça coûte 80 $ la nuit, taxes incluses. Au diable la dépense! Nous ne regrettons pas notre dépense et Colette est conquise, car la chambre est spacieuse et décorée de photos d’Elvis. On nous a de plus donné une chambre au bord la piscine en forme de guitare, mais cela vient avec un GROS inconvénient : les chansons d’Elvis jouent à pleine tête et on les entend un peu dans la chambre… J’appelle pour vérifier à quelle heure le « concert » achève : à 19h00, mais il reprend à 9h00 demain matin me dit-on.

Épuisée par mes courtes nuits, je me vois très bien me reposer dans cette chambre. Colette est en forme, car elle décide d’aller plutôt visiter un magasin juste à côté : Graceland Outlet Store. Elle n’y achètera rien, car c’est plutôt camelote. Je fais une délicieuse salade avocat pamplemousse avec huile d’olive, vinaigre et yogourt nature : miam! Je complète avec du pain et du fromage et Colette avec du poulet et des petits poids.

La télévision a tous les postes imaginables, plus deux consacrés exclusivement à des films dont l’acteur principal est bien sûr le King en personne. Nous regardons un peu de tout, dont une partie du film Cinderella Man. Je fais une bonne séance d’étirements avant de me coucher.

Notes du jour

- Nous avons franchi notre 30 millième kilomètre aujourd’hui!

- Voici une note que je veux écrire depuis longtemps. Les Nord-Américains sont familiers avec le système appelé Adopt a Highway, mais pas les Européens. Taraudée par la curiosité, je me suis renseignée en surfant sur le net. Il s’agit d’un programme de partenariat entre le ministère des transports et des citoyens afin de ramasser les déchets qui s’accumulent le long des routes.

Un groupe de citoyens, un commerce, une église, les employés d’une compagnie, peuvent adopter une portion de route (de 1 à 3 miles) pour une période variant de 2 à 5 ans. Soit ils assurent le ramassage eux-mêmes avec du matériel fourni par le ministère des transports, soit ils payent une organisation pour le faire. En échange, un panneau affiche le nom de la compagnie, du commerce, de l’église, de l’organisation (Sierra Club, Lions Club) ou même de la famille qui nettoie ou qui paye. J’ai pris comme exemple les panneaux du Colorado, car ils sont jolis.
Malheureusement, les programmes ne sont pas toujours efficaces ou pas assez fréquemment mis en application, car les bords de certaines routes affichant ces panneaux étaient jonchés de détritus.

Il existe une variante de ce programme au niveau municipal : Adopt a Street. Cette photo a été prise à Austin. Le sigle KAB signifie Keep Austin Beautiful. À Austin, les groupes adoptent au moins un demi-mile de rue durant au moins deux ans et nettoient au moins quatre fois par année.

dimanche 9 décembre 2007

Texas, suite et fin, en passant par Austin

Dimanche 2 décembre (jour 193)

(Camping de Goose Bay National Park, Texas)

Dernière matinée au bord de la mer. Il faut beau et chaud, au point où Colette enfile une camisole et moi des shorts. Nous quittons le camping vers 11h00 et nous allons saluer un très vieux résident du coin, appelé Big Tree. C’est un chêne majestueux de plus de 1000 ans. Circonférence de son tronc : 35 pieds (11 m)
Diamètre : 11 pieds (3,4 m)
Hauteur : 44 pieds (13 m)
Impressionnant! Nous prenons le temps de nous recueillir quelques minutes près de lui.

Notre prochaine étape est Austin, la capitale du Texas : 650 000 habitants, une université accueillant près de 50 000 étudiants et des tas de musiciens. Nous nous arrêtons en chemin pour manger une salade dans Westy. Autre arrêt chez McDo avant d’arriver à Austin, pour aller aux toilettes, manger une crème glacée molle (Colette) et changer de chauffeur.


C’est toujours beaucoup mieux quand Colette prend une carte en mains avant que nous abordions une agglomération importante. De fait, nous allons reconnaître les lieux de mon rendez-vous de demain avec Mark Blumenthal, puis, vers 15h30, nous arrivons sans encombre au Studio 6 situé en bordure de l’autoroute 35. Nous réservons le studio, car il n’est pas prêt, et nous allons faire quelques commissions en attendant que le ménage soit fait.

Comme je sais que Mark Blumenthal parle très vite et que je veux être détendue durant l’entrevue, je décide d’acheter une petite enregistreuse digitale. Chez Office Depot, je tombe sur un vendeur qui connaît son affaire et le tout se règle en 10 minutes, après un déboursé de 60 $ environ. Nous nous rendons ensuite chez Whole Foods, car nous voulons profiter de la cuisine du studio pour nous préparer des plats. Ce supermarché certifié bio est immense! Il y a là plusieurs comptoirs de nourriture à manger sur place ou à emporter : sushis, bar à salade, pâtes italiennes de luxe, soupes et plats asiatiques, que sais-je encore.

Il y a aussi une boulangerie, une poissonnerie, une boucherie, une charcuterie, etc. Il y a même un comptoir de crèmes glacées faites sur place, comme les pains et tous les plats préparés. J’en ai le vertige! Il y a une section de vêtements et de souliers écolos et même un studio de massage. Le bâtiment est écologique, les commentaires écrits des clients sont affichés et les réponses à leurs questions aussi. Dans plusieurs rayons du magasin, les prix sont affichés de façon digitale. En fait, nous apprendrons que Whole Foods a commencé ici à Austin, que c’est la plus grosse succursale aux États-Unis et qu’elle emploie 700 personnes! Je sors de là complètement subjuguée.

Nous sommes de retour à notre studio vers 18h30. Il est presque identique à celui que nous avons loué à San Antonio et coûte 10 $ de plus. Le frigo est particulièrement bruyant et pour une raison inconnue, la connexion internet ne fonctionne pas. Hum, moi qui voulais préparer mon entrevue avec Mark Blumenthal en allant faire un tour sur le site de l’American Botanical Council, me voilà mal partie. Heureusement que l’entrevue est seulement à 15h30 demain.

Le réceptionniste me dit de contacter leur service de dépannage internet pour obtenir une assistance téléphonique. Au bout du fil, après 10 minutes de zigonnage, le technicien finit par me dire que le problème est quelque part dans le réseau de l’hôtel et qu’il va faire un suivi, ce qui ne règle pas mon problème immédiat... Colette appelle ses grands-parents et j’appelle Jessica, qui aura 24 ans demain.

Note du jour

Texte affiché près de Big Tree, le vieux chêne dans le parc de Goose Island (Lamar, Texas).

Welcome to my home,
I am a live oak tree and I am very old. I have seen spring return more than a thousand times. I can remember hundreds of hurricanes, most I'd rather forget, but I withstood. There was a big fire once. I hate fires.
Around me are my offspring. We are an old-dune woodland community. We provide shelter and acorns for squirrels, jays, raccoons, bobwhite, deer, javelina, and most other members of our community.
For most of my life I belonged only to myself. Now I belong to you, or so I'm told. Humpf! Branch breakers and root tramplers the lot of you.
Some years ago someone came and patched my cracks, trimmed my dead branches, killed my pests and healed my fungus rots. Was that you? I'm feeling much better, thank you.
I am tired now. You may leave me in peace when you are ready to go. Please leave my home as you found it. I have important things to do. The seasons are changing again and I must get ready.


Lundi 3 décembre (jour 194)

Le temps s’est considérablement rafraîchi depuis hier et ça prend une petite laine ce matin et même un coupe-vent. Comme la connexion internet ne fonctionne toujours pas dans la chambre, je vais télécharger ce dont j’ai besoin en m’installant dans le studio modèle près de la réception. Bob essaye de nous trouver un autre studio, mais le ménage doit y être fait avant. Je prépare mon entrevue pendant que Colette cuisine, lit, et regarde la télévision. Vers 13h30, un studio est prêt et nous allons le visiter avant de nous y installer : le frigo est moins bruyant, mais internet n’y fonctionne pas plus… Le gérant est là et me dit qu’un de ses employés sur place connaît bien l’informatique et va voir ce qu’il peut faire.

Nous quittons l’hôtel vers 15h00 et arrivons en avance à notre rendez-vous. La réceptionniste nous reçoit chaleureusement et nous attendons que Mark se libère. Il arrive quelques minutes plus tard, me serre la main, me hugge et salue Colette. Ce Texan végétarien porte ses 61 ans avec grâce. C’est un charmeur et un blagueur, un travailleur infatigable, entièrement dévoué à la cause des plantes médicinales et une encyclopédie sur deux pattes. Je pensais faire une entrevue d’une heure avec lui, car je sais qu’il est très occupé, mais ça ne se passera pas du tout comme ça. Il me demande combien de temps Colette et moi avons et lorsque je lui dis que je ne veux pas prendre trop du sien, il me dit qu’il n’est pas si occupé que ça.

Il nous fait d’abord faire le tour du propriétaire en nous présentant son personnel avec gentillesse et respect et en faisant une blague toutes les trois phrases. Il y a de petits jardins d’herbes médicinales, de fines herbes, de légumes et même une serre, ainsi qu’un système de récupération de l’eau de pluie. Après une demi-heure, je commence à m’inquiéter du contenu de mon entrevue, qui ne porte pas sur les jardins ou le personnel de l’American Botanical Council (ABC), mais plutôt sur les impacts concrets de cet organisme sur les consommateurs de produits naturels. Mais Mark éprouve un plaisir non dissimulé à nous présenter son royaume et probablement aussi à me voir me demander si je vais pouvoir l’interviewer…

Nous finissons par entrer à l’intérieur et monter à l’étage de son bureau. Petite incursion dans le bureau de deux rédactrices. Mark nous présente, puis sort de sa poche un carton sur lequel sont dessinées cinq cartes à jouer, dont un valet de carreau. Après avoir retourné le carton, il faut placer un trombone sur l’endroit où se trouve le valet. Ça semble facile, mais à cause d’une illusion d’optique, tout le monde place le trombone au mauvais endroit. Mark s’amuse comme un petit fou… « Les apparences sont parfois trompeuses » dit-il d’un air docte, avec des étincelles dans ses yeux.

Nous nous installons dans son bureau vers 16h30 et il m’écoute (un peu) enfin. Dans l’heure qui suivra, j’arriverai à lui poser environ le tiers de mes questions, ce qui est un très bon score avec un tel personnage. Tout à coup, il nous demande ce que nous faisons ce soir. De fil en aiguille, il nous invite à souper au restaurant et appelle sa femme, Jacqueline, qui accepte de se joindre à nous. Entre 18h00 et 18h30, nous échangerons sur des sujets beaucoup plus personnels : avoir des enfants, les relations familiales, l’importance pour les pères d’assumer leur paternité, soutenir ses parents vieillissant, les accompagner dans leur transition.

Nous laissons Westy dans le stationnement de l’ABC et embarquons dans l’auto de Mark. Vers 19h00, nous arrivons au restaurant Shoreline (http://www.shorelinegrill.com/Site/index.htm) où un « valet » s’empresse d’aller stationner l’auto. Jacqueline, qui est déjà arrivée, nous attend dans l’entrée. Je suis un peu mal à l’aise, car nous sommes loin d’être habillées de façon chic, mais Mark nous dit de ne pas nous inquiéter, car nous sommes à Austin. Le reste de la soirée sera en effet très décontracté et très agréable. Jacqueline est psychologue. Elle travaille pour un organisme sans but lucratif et fait du coaching par téléphone. Elle vient de finir d’écrire un livre pour aider les médecins à humaniser leurs relations avec leurs patients.

Le souper, il va sans dire, est absolument délicieux : Colette prend le saumon et moi l’omble de l’arctique (arctic char). Mark a choisi avec soin un vin rouge espagnol : tempranillo. Il est excellent. Le service est impeccable. Mark fait du charme à tous les employés, leur demande leur nom, leur lance des blagues. La conversation saute d’un sujet à l’autre et la soirée s’écoule dans une grande simplicité. Pour le dessert, Jacqueline propose de partager le gâteau au chocolat. Je donne 20 $ pour le pourboire, mais Mark le paye sur sa carte (il laisse 30 $) et me dit qu’il va donner ce 20 $ à quelqu’un qui en a besoin.

Mark, en parfait gentleman, nous raccompagne à Westy, puis s’assure que nous sommes arrivées à l’hôtel en nous précédant sur la route. Nous rentrons dans notre studio vers 22h00. Comme la connexion internet fonctionne à nouveau, je prépare une partie du blogue, car il y a au moins une semaine à mettre en ligne.

Notes du jour

-Vu sur une affiche lumineuse devant un petit hôtel à Austin
_________
Motel
High Speed
Breakfast
HBO TV
________ Bref, ici, c'pas cher, mais tu te grouilles de déjeuner!

- Trouvé dans un livret de coupons rabais
de Rockport. Aux États-Unis, les églises et
la pub font bon ménage.
Bénédiction divine par auto-collant interposé.






Mardi 4 décembre (jour 195)

Ce matin, Colette a rendez-vous en ligne avec sa mère. Pendant qu’elle chatte, je prends mon petit-déjeuner en appréciant mes toasts. Puis, comme j’ai reçu les commentaires de Daniel Gagnon sur le texte de notre entrevue, je finalise le texte et je l’envoie à Claire la rédactrice en chef de PasseportSanté.net. Pendant ce temps, Colette fait la vaisselle et regarde la télévision. Avant de quitter l’hôtel vers 13h30, nous mangeons un morceau et déterminons ce que nous voulons faire de notre après-midi. Nous choisissons d’aller au parc Zilker, où il y a une piscine naturelle. Nous ne voyons pas d’indications pour la piscine et notre carte de la ville n’est pas assez précise.

Nous sommes un peu perdues et je perds patience, surtout au moment où je dois faire marche arrière sur une trentaine de mètres parce qu’il y a un portail fermé au bout de la rue ou je me suis engagée. Nous faisons demi-tour et trouvons finalement l’endroit que nous cherchions. Je vais voir comment fonctionne l’accès à la piscine et en vérifier la température. Bien qu’elle soit fraîche, elle n’est pas trop froide et je décide de m’essayer, surtout qu’il fait beau et que de novembre à mars, l’entrée est gratuite.

La piscine est alimentée par une source dont l’eau est à une température constante de 68ºF (19ºC) et mesure 275 mètres (900 pieds) de long. Le fond est naturel : gravier, rochers, plantes et l’eau est vert foncé. Quelques nageurs font des longueurs et quelques sauveteurs surveillent les lieux. Pendant que je me baigne avec grand plaisir, Colette marche autour de la piscine et prend des photos. Je constate qu’il y a un peu de courant et que la profondeur du bassin varie beaucoup. Je suis épatée de pouvoir nager un 4 décembre, dans une eau naturelle, entourée d’écureuils, d’oiseaux, d’arbres et sous un ciel tout bleu. Je finis par sortir au bout de 30 minutes, car j’ai froid.

Lorsque nous revenons à Westy, nous voyons deux hommes ramasser quelque chose. Je réalise que ce sont des pacanes et nous en ramassons quelques-unes aussi. Elles sont plus petites que les pacanes du commerce et leur couleur est très différente. Vers 15h30, nous nous rendons au centre-ville pour prendre des photographies du Capitole (qui fait supposément deux pieds de plus que celui de Washington) et pour nous promener dans le quartier historique. Les bâtiments, qui datent du début du XXe siècle, sont très beaux.

Comme je ne peux pas quitter Austin sans retourner chez Whole Foods, nous y allons et soupons là. Colette prend un steak coréen et je prends uns soupe asiatique. Les deux plats sont fins, délicieux et nous coûtent 22 $, bière comprise. Nous refaisons un tour de magasin où je remarque un gardien de sécurité armé, comme à San Antonio.

Nous sommes de retour à l’hôtel vers 20h00. J’avance la mise en ligne du blogue, pendant que Colette prépare un plat de courgettes, tofu et sauce au curry.

Mercredi 5 décembre (jour 196)

Austin - Greenville : 380 km (236 miles)

Nous nous levons vers 8h00. Colette met les photos en ligne pendant que je commence à rapatrier nos possessions dans Westy. Il fait beau et chaud aujourd’hui. Comme Westy a recommencé à faire du bruit lorsque nous passons sur des bosses, je regarde si je peux resserrer le boîtier des amortisseurs, mais je n’ai pas les outils nécessaires. Si ça empire trop avant Montréal, nous devrons trouver un garagiste en route.

Nous quittons l’hôtel vers 11h30 et prenons l’autoroute 35 Nord, en direction de Dallas. Nous sommes surprises par le grand nombre de camions lourds qui circulent. Nous n’en avions pas vu autant jusqu’à présent. C’est impressionnant de les voir se dépasser, mais ils se comportent de façon civilisée. Nous nous arrêtons dans une aire de repos pour manger. Lorsque nous nous installons sur la table à pique-nique, Colette est assaillie par des coccinelles, qui semblent apprécier son t-shirt blanc.

Le paysage est plus vert que dans les derniers jours et il y a plus de rivières et de lacs. C’est une région d’élevage et d’agriculture, avec des commerces de remorques pour transporter le bétail et de machinerie agricole. Il y a aussi plusieurs gros concessionnaires de véhicules récréatifs. Plus loin sur la route, nous apercevons une colonne de fumée et nous demandons bien de quelle industrie elle provient. Mais plus nous approchons, plus il devient évident qu’il s’agit d’un incendie. Lorsque nous passons à proximité, je vois de hautes flammes et je pense aux pompiers qui doivent essayer de maîtriser le brasier.

Nous traverserons ensuite la ville de Waco, un endroit qui s’est très tristement rendu célèbre en 1993. À environ 20 km de cette ville, une secte de Davidiens menée par un illuminé (David Koresh) a été assiégée durant 51 jours par les forces du FBI. Koresh avait mis sur pied une théologie basée sur une prochaine apocalypse à laquelle il faut se préparer en se retranchant dans des bunkers avec des armes et de la nourriture. Koresh préparait ses adeptes, mentalement et physiquement à la bataille finale contre les incroyants. Un incendie a éclaté dans les lieux lorsque le FBI a donné l’assaut final. Plus de 82 personnes ont perdu la vie…

À environ 100 km de Dallas, je prends le volant. Colette nous fait contourner la ville par le sud-est. Nous pensions coucher dans un hôtel à Greenville, une ville située à environ 50 km à l’est de Dallas, mais nous voyons un camping KOA juste avant (Cado Hills) et décidons d’y passer la nuit pour deux raisons : il fait doux et ça nous coûtera moins cher. Peut-être aussi que ce sera notre dernière nuit de camping!

Nous nous installons vers 17h00 et passons une soirée tranquille. Bien que ce soit la basse saison, il y a quand même pas mal de VR dans le camping. C’est le KOA le moins cher de notre voyage, jusqu'à présent soit 30 $, taxes et connexion sans fil incluses. C’est aussi celui dont les toilettes sont les plus mignonnes avec rideaux et plantes. On se sentirait presque à la maison! Il y a même un petit étang ensemencé avec des chalets d’où on peut pêcher du balcon! Le bruit de la circulation routière est cependant très présent.

Nous mangeons nos restants de toutes sortes de plats et c’est très bon. Pendant que je lis La Presse et Le Devoir en ligne, puis que j’écris le journal de voyage, Colette fait la vaisselle, puis utilise le plancher de Westy comme piste de danse en écoutant Elvis. Je suis assise à l’avant et je ne la vois pas, mais je sens Westy qui « swingue » avec Colette! Elle se prépare mentalement et physiquement pour la visite de Graceland à Memphis, où nous serons après-demain.

Notes du jour

- Les propriétaires de ce beau VR ont campé à côté de nous. J’apprendrai demain matin que ce véhicule, lorsqu’il traîne une auto, consomme 50 litres au 100 km (8 miles au gallon)!!!!!! Westy, qui consomme entre 16 et 20 litres au 100 km est, comparativement, un véhicule beaucoup plus économique.

- Au Texas, les aires de repos offrent une connexion internet gratuite. Dans les autres états que nous avons traversés, la connexion était rarement offerte et toujours payante.