Whitehorse

La Yukon Conservation Society propose des randonnées gratuites avec guide dans les environs de Whitehorse. Je me joins à un groupe qui se rend au sommet de Grey Mountain. Nous partons vers 10h30 et arrivons au début du sentier vers 10h45. Le dépliant précisait qu’il s’agissait d’une marche assez sportive et je ne suis pas déçue! Nous commençons notre ascension par un sentier très raide qui grimpe presque directement au sommet. Heureusement que nous prenons notre temps et faisons quelques arrêts, notamment près de deux cavités naturelles au flanc de la montagne.

Plus nous nous élevons, plus la vue est spectaculaire et plus il y a de fleurs multicolores. Whitehorse est nichée au bord du fleuve Yukon, avec des collines de chaque côté, des montagnes au loin et plusieurs lacs vert foncé de différentes formes. Et tout ça est à 30 minutes ou moins du cœur de la ville : un paradis pour les amateurs de plein-air! Au cours de la randonnée, j’ai l’occasion d’échanger un peu avec plusieurs personnes : un médecin d’Ottawa, une jeune femme de Vancouver, deux Québécois qui travaillent à Whitehorse pour l’été, un Suisse, une Allemande, une jeune femme de Saint-John’s, Terre-Neuve, sur la route depuis deux ans.
Il y a aussi Mary, environ 60 ans, une résidente de longue date de Whitehorse qui connaît très bien le coin, la géologie, les plantes et les oiseaux. Bref, c’est autant une occasion de se délier les muscles que de socialiser avec des gens qui ont tous un petit quelque chose de spécial et qui s’intéressent beaucoup aux autres.

Colette vient me prendre à l’arrivée vers 16h00 et nous allons souper au camping. Dans la journée, Colette a fait un «tour de char» en ville et de l’autre coté de la rivière jusqu’au point de vue de Riverdale sur la ville et la rivière. Elle a visité des boutiques d’art, acheté les billets pour un spectacle en soirée et marché le long de la rivière sur la piste aménagée.
Le spectacle des Frantic Follies est très divertissant : chanteurs, musiciens, French Cancan, conteurs. Le Grand Nord regorge d’histoires de toutes sortes et de nombreux aventuriers et rebelles y ont laissé leur trace. Au Yukon, Robert Service (1874-1958) a écrit des centaines de poèmes et a été surnommé Le barde du Yukon (pour en savoir plus :
http://www.geocities.com/marissa2/robert_service.html).
Jeudi 26 juillet (jour 64) Whitehorse

J’ai rendez-vous à 11h00 pour en entrevue avec Regina Wright, qui travaille au magasin Aroma Borealis. Une fois par semaine, elle guide une petite randonnée consacrée aux plantes médicinales sauvages qui poussent dans le coin. Je ne sais pas encore si Passeportsanté.net prendra mon texte, mais ça me donne l’occasion de vous dire que le texte de mon entrevue avec le guérisseur traditionnel de Manitoulin devrait être publié fin août dans le site. L’heure que je passe avec Régina est très agréable et instructive. Le magasin appartient à Bev Gray et emploie trois personnes à temps plein : des dizaines de baumes et de mélanges y sont fabriqués sur place, dont plusieurs avec des plantes médicinales locales. Voici le lien vers le texte de l'entrevue publiée dans PasseportSanté.net :
http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Nouvelles/Fiche.aspx?doc=2007082868
Nous mangeons un excellent repas au Klondike Salmon and Rib Grill, pour un prix raisonnable : le
fish chowder est délicieux et le saumon à la crème cuit au four aussi. Colette prend une tarte aux petits fruits avec un café et ses yeux brillent en la mangeant.
Pour digérer le tout, nous allons ensuite louer des vélos pour nous rendre au Canyon Miles sur le fleuve Yukon et faire un tour dans Whitehorse. Cette ville a été ainsi nommée à cause des rapides très tumultueux du Yukon : comme ils étaient dangereux, un barrage a été construit en 1959, ce qui a fait monter de 15 mètres le niveau de l’eau.

Après ça, la rivière est plus calme, mais le courant est quand même très fort.
Après avoir roulé vers ce barrage, Colette est moi nous séparons. Je veux me rendre jusqu’au canyon Miles, 5 km plus loin, mais je n’y arriverai pas. Je pensais que la route serait plate le long de la rivière, mais pas du tout : les côtes et les descentes vertigineuses (à vélo en tout cas) se succèdent et je déclare forfait après la deuxième. En revenant vers Whitehorse, je reprends le pont près du barrage et, comme Colette l’a fait avant moi, je roule de l’autre coté de la rivière dont le tracé un peu sinueux et la couleur verte sont un régal pour les yeux.

Nous nous rejoignons vers 18h00 et allons faire un tour au petit marché de Whitehorse que Colette a repéré en se baladant à vélo et où se vendent quelques produits locaux : miel, légumes, pain, bijoux, sculptures, etc. Nous y achetons un omble de l’arctique ou omble chevalier (arctic char) pêché le jour même. Ce poisson, qui pèse presque deux livres (900 g), nous coûte 15 $ et se révèle un très bon achat. Je mets en effet ma débrouillardise à profit et je commence par y découper des filets que je fais revenir dans la poêle avec un peu de coriandre en poudre et du sel : un délice!

Je donne ici des détails culinaires, car trois personnes nous on dit apprécier ce genre de chose dans notre blogue. Vous pouvez passer ce paragraphe et les deux prochains si la cuisine ne vous intéresse pas. Comme il reste pas mal de chair sur la carcasse du poisson, je la fais aussi revenir à la poêle.

Une fois le tout bien cuit, Colette le dépiaute et il y a assez de chair pour accompagner une salade.

Mais ce n’est pas tout : je décide de me lancer dans une soupe de poisson improvisée : je fais revenir des oignons, de l’ail, du gingembre frais. J’ajoute de l’eau, du curry, du curcuma, de la cardamone, de la coriandre en poudre, des carottes en dés. Lorsque le tout bout, j’y ajoute les restants du poisson : tête, queue, nageoires, peau. Après environ 30 minutes, j’y ajoute du riz pour en faire une soupe repas. Lorsque le tout est cuit, je retire la tête, la queue et je récupère encore des petits morceaux de chair que je remets dans la soupe. Ça sent bon, mais nous ne saurons que demain si nous allons aimer ça.
Détail très important au sujet de notre séjour à Whitehorse : il n’y a pas d’insectes piqueurs ici et très peu d’insectes en général. En revanche, Colette ronchonne un peu au sujet des douches du camping, parce que l’espace pour se déshabiller et se rhabiller est commun pour les deux douches. « C’est pas trop trop intime ». Elle dit que ça fait «car wash» Mais finalement, nous avons pris une douche dans l’après-midi et personne ne nous a vues toutes nues, hi,hi!
Vendredi 27 juillet (jour 65)

Petite matinée tranquille. J’écris le journal de voyage, je réponds à quelques courriels et j’essaye encore, sans succès, de placer d’autres photos dans le blogue. Après le dîner, Colette me laisse à Miles Canyon, à 5 km de Whitehorse, pour une randonnée, avant d’aller faire un tour de bateau sur le Yukon. Deux guides nous accompagnent au long de ce sentier facile qui fait environ 4 km. Ces deux jeune femmes sont toutes les deux de Whitehorse et poursuivent leurs études universitaires à Saskatoon et en Nouvelle-Écosse.
Nous longeons le canyon Miles, dont les parois sont des dépôts de lave en forme de colonnes.

Avant qu’un barrage soit construit en 1959, il y avait là des rapides très dangereux qui ont donné leur nom à la ville de Whitehorse. Au moment de la Ruée vers l’or, au tournant du 20e siècle, bien des gens y ont laissé leur vie. Sam Steele, un membre de la North West Mounted Police, a édicté des règles qui permettaient un passage plus sécuritaire : femmes et enfants devaient débarquer des embarcations et marcher ou prendre le tramway tiré par des chevaux pour se rendre de l’autre côté des rapides. Les hommes qui voulaient rester dans leur embarcation devaient louer les services d’un pilote expérimenté pour passer à travers les rapides. La construction du barrage a fait monter le niveau de l’eau de 15 mètres et a fait disparaître les rapides, mais le courant reste très fort à cet endroit. Le barrage a aussi crée le lac Schwakta, juste avant la ville de Whitehorse.
La randonnée est très agréable et il fait très beau. Le Yukon est un fleuve magnifique qui fait plus de 3 500 km de long et se jette dans la mer de Béring.

Sa couleur verte, causée par la silice qu’il charrie est magnifique. J’échange avec un couple de Toronto au sujet des endroits à visiter en Alaska, d’où ils reviennent.
Au cours de la randonnée, j’ai vu deux personnes se baigner dans le Yukon et j’espère bien pouvoir faire trempette moi aussi.
Lorsque Colette me rejoint au stationnement du canyon, elle me dit qu’elle a manqué le bateau et n’a pas pu faire la croisière dans le canyon.

Elle est retournée au camping très déçue et elle souhaite se promener le long du canyon. Je retourne donc admirer à nouveau le Yukon. J’amène mon maillot de bain et à un endroit où la rivière est plus calme, je trempe mon pied pour vérifier si c’est baignable : ça l’est, selon

mes critères, mais je ne reste pas longtemps dans l’eau. Bien qu’elle ne soit pas glaciale, elle est froide!
La légende dit aussi que lorsqu’on s’est plongé dans les eaux vertes du Yukon, on revient s’installer ici, car le charme du Nord nous a conquis…

Lorsque nous revenons vers le stationnement nous tombons sur des mariés qui se font prendre en photo près de canyon. Ils sont accompagnés de deux chiens qui ont l’air de faire partie de la famille puisque l’un porte un nœud papillon et l’autre, un collier de fleurs blanches. Cute.
Nous retournons au camping et nous savourons la délicieuse soupe de poisson concoctée la veille. Colette la trouve un peu trop épicée. C’est vrai que j’ai peut-être eu la main un peu lourde sur les épices, mais le résultat final est digne d’un souper entre amis.

Comme il est encore tôt, nous décidons d’aller aux Takhini Hotsprings qui sont à environ 25 km de Whitehorse. C’est toujours agréable de se détendre dans l’eau chaude. Ici, c’est une piscine en plein air avec deux bassins, dont l’un est plus chaud. Il n’y a malheureusement pas de bassin froid ni même de douche froide pour se rafraîchir. Nous échangeons un avec des Québécois en visite chez un de leur ami qui habite Whitehorse, puis Colette engage la conversation avec un « Canadian errant ». Cet homme d’environ 40 ans se cherche un endroit où s’installer et s’est promené au Manitoba, en Saskatchewan et au Yukon depuis deux ans. Il connaît beaucoup d’endroits et je le trouve un peu étrange. Il nous dit avoir vendu sa maison et vivre sur cet argent, mais nous ne saurons pas dans quel domaine il a travaillé avant, pour être aussi aventureux et « indépendant de fortune ».
Nous nous couchons sans trop savoir ce que nous ferons demain. J’aimerais faire une autre randonnée plus longue, Colette souhaite que nous poursuivions notre chemin : ça fait six jours que nous sommes à Whitehorse et nous commençons à nous encroûter selon elle…
Samedi 28 juillet (jour 66) Whitehorse – Carmacks
Finalement, comme je n’ai pas le goût de me presser et que je suis un peu lâche aujourd’hui, je laisse tomber la randonnée. Nous allons déjeuner en ville chez Doc’s. C’est cher pour un déjeuner, mais les ingrédients sont très bons et l’endroit sympathique. Nous faisons un tour dans quelques boutiques de souvenir et faisons quelques achats. On trouve dans le coin et ailleurs dans le nord des objets sculptés dans de l’ivoire de mammouth : certains sont très beaux, mais pas à la portée de ma bourse. Il y a aussi, bien sûr, des bijoux fabriqués à partir de pépites d’or (or natif) et de nombreuses reproductions d’œuvres d’artistes locaux. A ce chapitre, juste avant de quitter le camping ce matin, Colette a appelé Nathalie Parenteau, artiste installée dans le coin depuis 25 ans, car elle aime beaucoup ses œuvres. Elle pensait tomber sur le répondeur, mais l’artiste en personne lui a répondu. Une conversation sympathique s’en est suivie.

Nous faisons une grosse épicerie chez SuperStore (équivalent de Loblaws, car on y trouve tous les produits Le choix du Président). Je me refais une provision d’olives, Colette achète des bleuets et des fraises et fait des miracles pour placer le tout dans le frigo : Elle est vraiment extraordinaire!
Nous prenons la route vers le nord-ouest en direction de Dawson City. Comme il est déjà 15h00, nous savons que nous ne ferons qu’environ 175 km aujourd’hui, La route est belle, il fait beau et nous nous arrêtons à Carmaks. Je complète ce journal assise tout au bord du Yukon, sans moustiques ou presque : il est 22h15, il fait jour et beau et la vie est douce et belle, bien que j’aie trouvé un peu difficile de quitter Whitehorse, un coup de cœur pour moi.
Note. Un groupe d’Allemands est au camping et d’autres arrivent un peu plus tard par canot. Il y a beaucoup d’Allemands au Yukon, parce qu’ils aiment les grands espaces et ont de l’argent pour voyager, mais aussi parce que chaque été, il y a des vols directs Francfort-Whitehorse!