vendredi 16 novembre 2007

Monument Valley (Utah et Arizona) et Mesa Verde (Colorado)

Samedi 10 novembre (jour 171)

Le déjeuner inclus offert par l’hôtel Best Western de Kayenta est très bien. Il y a de tout et même un grille-pain! J’en profite pour manger un bagel et du pain toastés. Miam! Colette mange un yogourt et des galettes. Je « bumme » de petits contenant de fromage à la crème et une petite boîte de céréales : c’est pratique en voyage! Après avoir rempli nos thermos de thé et de café, nous quittons l’hôtel vers 10h30.

Nous faisons le plein d’essence et de propane et arrivons au site mythique de Monument Valley vers 12h00. Pendant que Colette va prendre des photos, je fais les comptes dans Westy, car j’ai pris du retard. Je rejoins Colette au belvédère pour admirer la vue.

Nous mangeons rapidement dans Westy et nous engageons sur la route de terre qui descend dans la vallée (boucle d’environ 16 miles (26 km) . Nous nous attendions au pire et c’est bien ça : c’est la route la plus maganée et impraticable que nous ayons pris dans notre voyage. Nous faisons environ deux km dessus, nous arrêtons pour prendre des photos et décidons que c’est assez. Le retour est aussi sportif que l’aller, même si nous roulons à 5 km/h. Westy ne bronche pas, mais n’en pense pas moins…

Quelques infos sur Monument Valley. Les couleurs ocre des roches en grès viennent de l'oxyde de fer et de manganèse. Le site est un plateau érodé où subsistent des buttes témoin. Beaucoup ont des noms qui évoquent leur forme, comme les « Mitaines » (gauche et droite). Plusieurs films connus ont été tournés à Monument Valley, notamment « La Chevauchée fantastique » de John Ford avec John Wayne. Des scènes des films suivants ont aussi été tournées ici : « My darling Clementine », « Il était une fois dans l'Ouest » de Sergio Leone, « 2001, l'odyssée de l'espace » de Stanley Kubrick, « Indiana Jones et la dernière Croisade » de Steven Spielberg, « Retour vers le futur III », « Forrest Gump ». Plusieurs publicités télévisées y ont été tournées et le décor du paquet des cigarettes Marlboro était celui de Monument Valley. Il ya aussi le film "Colette au Far-West" dont la vedette a accepté de prendre la pose pour nous!

Ce lieu exceptionnel est situé en territoire Navajo, Un droit d’accès de 5 $ par personne est perçu. Pour ceux qui ne désirent pas s’aventurer sur la route qui va dans la plaine des excursions guidées en Jeep ou en véhicules pouvant transporter des groupes sont offertes, mais ça ne nous tentait pas de payer pour ça. Nous quittons donc les lieux et continuons d’apprécier la vue de la route asphaltée.

Nous traversons le minuscule village de Mexican Hat où coule la rivière San Juan. La terre est rouge, les formations rocheuses, bien que très différentes de celle de Monument Vallée, n’en sont pas moins magnifiques. Nous voyons aussi une dizaine de petits puits de pétrole sur le bord de la route.

Nous faisons un petit détour pour aller voir le site appelé « Four Corners ». Comme c’est en territoire Navajo, il faut encore mettre la main au portefeuille : 3 $ par personne. Cet endroit s’appelle ainsi, car il identifie exactement la frontière entre quatre États américains : Utah, Colorado, Nouveau-Mexique et Arizona. Nous achetons une spécialité du coin : le frybread (pain frit). Le commerçant le sert tout chaud et j’adore ça. Colette, voyant mes yeux gourmands me laisse finir sa part, miam! Très peu de gens sont là par cette fin de journée de novembre, mais le commerçant me dit qu’en été jusqu’à 4000 personnes visitent le site chaque jour!

Nous reprenons la route vers Cortez au moment du coucher du soleil. Après une dizaine de minutes, le ciel en face de nous est bleu foncé avec des reflets violets. C’est vraiment particulier et les lueurs violettes resteront longtemps visibles, ce qui me rappelle une aurore boréale. Nous arrivons à Cortez vers 17h45 en espérant y trouver un camping pour VR. Il y en a un qui est ouvert, mais avant d’y arriver, par simple curiosité, nous nous arrêtons dans un petit motel pour savoir combien coûte une chambre pour la nuit : 39 $, taxes incluses, une offre que nous ne pouvons refuser!

Pour ce prix là, nous avons non seulement une très grande chambre (une suite en fait, avec un petit salon), mais aussi un frigo, un micro-ondes et une connexion internet sans fil haute vitesse. Il y a bien quelques taches sur le tapis et la chaise, le micro-ondes n’est pas très puissant, et les commandes du chauffage ne sont pas évidentes, mais le reste est propre et plus qu’acceptable. Après avoir réussi à faire partir le chauffage, nous allons au Safeway du coin pour acheter ce qu’il faut pour notre souper.

Comme nous avons un four à micro-ondes et que nous ne voulons pas cuisiner, nous passons dix minutes dans le rayon des plats congelés pour choisir notre souper. Des vraies gamines devant un plat de bonbons! Le choix comprend de nombreux plats de type mexicain. Un «chowmein» crevettes pour Colette et plat de légumes, poulet et kashi pour moi. De retour à l’hôtel, nous soupons devant la télévision, j’écris le journal de voyage et nous nous couchons vers 22h00.

Note du jour. Nous avons eu du pif avec notre motel, le Sand Canyon, car les autres sont tous plus chers (Econolodge 59 $ la nuit, taxes incluses), même un hôtel qui fait dur, affiche un tarif de 35,95 $ pour une personne. Quant au camping pour VR, il s’annonce 28 $, plus taxes, mais pas de salle de bain privée, pas de TV, ni de micro-ondes, inclus, hi, hi!

Dimanche 11 novembre (jour (172)

Avant de quitter l’hôtel vers 10h00, nous réservons la chambre pour une autre nuit, car nous avons l’intention de passer au moins une journée complète au parc national de Mesa Verde. L’entrée de celui-ci est à environ 15 km de Cortez, mais il faut rouler un autre 32 km pour se rendre au musée du parc, qui sert de Centre des visiteurs en automne et en hiver. La route grimpe avec quelques virages en épingle très serrés. Nous apercevons un coyote famélique sur le bord de la route.


Mesa Verde signifie « Table verte » en espagnol, une façon d’évoquer ce plateau qui culmine à 8500 pieds (2600 m). Ce site abrite de très nombreux habitats indiens ancestraux construits entre le VIe et XIIe siècle. On y a recensé plus de 4 000 sites : villages (pueblos) bâtis au sommet de la mesa et 600 habitations aménagées sur les falaises, construites en pierre et pouvant comporter plus de 100 pièces.

Le film que nous avons vu au Grand Canyon affirmait que les Anasazis, qui sont appelés ici les Anciens Pueblos, ont disparu vers les années 1300. Cependant, cette croyance est contredite par le fait que la tradition orale de 24 tribus du Sud-Ouest des États-Unis (Hopis, Zunis, Pueblos) a révélé des liens ancestraux avec les Anasazis. Ceci a été confirmé par des recherches archéologiques qui ont permis d’observer des similarités entre des objets, des traditions et des structures sociales anciennes et actuelles. Les Anciens Pueblos sont donc effectivement partis de Mesa Verde, mais ils ne se sont pas « évaporés ». Ils ont plutôt migré vers le sud, en Arizona et au Nouveau Mexique.

Pourquoi ont-ils quitté leurs habitations dans les falaises seulement 100 ans après les avoir construites, soit dans les années 1300? Le mystère demeure, mais des hypothèses ont été émises : longue sécheresse, épuisement des ressources locales, problèmes politiques et sociaux.

C’est Colette qui conduit, heureusement, car, après une nuit difficile, je cogne des clous, malgré la beauté du paysage. Lorsque nous arrivons au musée, je décide de faire un petit somme dans Westy, afin de mieux apprécier les lieux par la suite. Pendant ce temps, Colette prend des photos et explore le magasin de livres et de souvenirs. Plusieurs sites archéologiques sont fermés, mais il reste suffisamment de choses à voir et à faire pour nous contenter.

Nous marchons sur le sentier des Pétroglyphes (gravures sur roc), qui fait une boucle de 5 km. La première partie du sentier est escarpée : le sentier étroit et rocailleux monte et descend le long de formations rocheuses colorées et érodées de toutes sortes de façon. C’est un très beau sentier, mais il faut regarder où on met les pieds, car les marches taillées dans le roc sont parfois très hautes ou très inégales. Tout le long de la randonnée, nous voyons des crottes de coyotes, reconnaissables au fait qu’elles contiennent des baies de genévrier non digérées.

Les pétroglyphes n’en sont pas vraiment, puisqu’il s’agit de dessins et non pas de gravures, mais c’est spécial de voir qu’ils sont toujours là, après tant de temps, et malgré quelques « ajouts » récents. La brochure que nous avons en main donne des interprétations des dessins basées sur les explications données par des Hopis. Cette œuvre pourrait représenter l’histoire de deux clans se séparant d’autres peuples pour retourner à leur lieu d’origine.

Le sentier rejoint le haut de la Mesa et le retour se fait donc sur un terrain plat.
Lorsque nous revenons au musée, nous parlons avec Greg, un des rangers du parc.Je lui demande comment s’appelle cette plante (photo ci-contre).
C’est un yucca et c’est incroyable tout ce que les Anciens Pueblos faisaient avec : les fibres étaient tressées plus ou moins finement pour faire des sandales (cliquer sur lien ci-dessous pour une photo), des cordes, des tapis, des paniers, des ceintures, etc
http://www.nps.gov/meve/forteachers/artifactgallery_sandal.htm.
Les fruits peuvent être mangés crus, bouillis ou rôtis et les racines peuvent servir à faire du savon et du shampoing. Les Anciens Pueblos étaient aussi des potiers accomplis. Bien qu’ils aient vécu dans cet endroit isolé, ils avaient quand même des contacts avec d’autres peuples, car on a retrouvé de nombreux objets venant d’ailleurs (turquoises, par exemple).

Nous quittons le musée vers 16h45. Le coucher de soleil nous accompagne jusqu’à Cortez. Nous nous arrêtons au Safeway pour faire une grosse épicerie. Nous rentrons à l’hôtel vers 18h30. Après le souper, je prends le temps de peaufiner le journal de voyage et de le mettre en ligne. Colette s’occupe des photos. Nous nous couchons vers minuit. Je prends un demi Ativan afin de bien dormir.

Note du jour. Durant notre randonnée, j’ai remarqué que les souches de certains petits arbres étaient entaillées d’une curieuse façon (photo). Greg, le ranger, m’a expliqué que l’eau qui s’accumule dans ces entailles favorise une décomposition plus rapide de la souche. Il nous racontera le lendemain une anecdote plutôt cocasse. Le personnel du parc a essayé plusieurs stratagèmes pour déloger des corneilles qui avaient élu domicile en surplomb d’un site archéologique et dont les fientes peu « touristiquement correctes » endommageaient les lieux. Le faux hibou, les ballons, et une autre chose dont je ne me souviens plus n’ont pas fonctionné plus de 24 heures, les corneilles étant très rusées, mais elles ont finalement été délogées grâce à un « Slinky » placé sur le bord de la falaise! L’idée est venue de l’université de Pittsburgh!

Lundi 12 novembre (jour 173)

Après une bonne nuit de sommeil, nous nous levons tard et partons vers Mesa Verde à 11h30. Nous reprenons la route d’accès si sinueuse et nous arrêtons au Park Point, à 8500 pieds (2600 m) d’altitude (Cortez est à 7000 pieds-2100 m). De là, nous avons une vue spectaculaire sur les environs. Nous arrivons juste à temps pour joindre le groupe guidé qui va visiter la Spruce Tree House, près du musée. Tous les sites d’habitations dans les falaises ne sont accessibles que dans le cadre d’une visite avec un ranger, afin de les préserver. Le groupe est assez nombreux, mais le site est grand.

C’est impressionnant d’être près de ce groupe d’habitations construites à l’abri d’une avancée dans la falaise. Nous avons même la permission de descendre dans une « kiva », une pièce circulaire creusée dans le sol et qui auraient été utilisées pour des cérémonies religieuses. Ces pièces existent encore dans les pueblos actuels, mais les rites qui y sont célébrés sont très secrets.

La kiva est fraîche, sombre et l’armature de son plafond est en bois. Des éléments en ont été enlevés pour éviter que les touristes s’enfargent dedans : un déflecteur en pierre, un trou pour le feu, et un autre (sipapu), plus petit, pour le contact avec les énergies du monde souterrain. Colette et moi y sommes seules pendant deux ou trois minutes, puis un couple y entre. Comme ils parlent un peu fort, je leur fais signe de baisser le ton et nous profitons de quelques autres minutes de tranquillité relative. Nous préférons ne pas prendre de photos afin de manifester notre respect pour ce lieu sacré.

En revenant, nous jasons un peu avec les rangers de service aujourd’hui. Il y a Greg Westover, avec sa grosse voix et son charisme et Marna Bastian, la ranger avec qui nous avons fait la visite. Ils sont très sympathiques et sont très attachés à leur parc. Nous prenons un dîner rapide et tardif dans Westy, puis allons faire une boucle de 10 miles en auto, la Mesa Top. Plusieurs arrêts le long de ce trajet nous permettent de découvrir des sites d’anciens pueblos, construits à différentes époques sur la mesa, avant les habitations dans les falaises.

Nous sommes presque seules et nous sommes sensibles à ce qui se dégage de ces pierres, et à l’ingéniosité de ces habitations, qui ont évolué de simples cavités recouverte de toit de glaise et de paille à des habitations hors-terre plus sophistiquées et regroupées en villages (pueblos). Le dernier arrêt nous donne une vue superbe sur le plus grand site d’habitations dans les falaises : Cliff’s Palace. Nous arrivons un peu tard pour que le soleil couchant éclaire ce site de façon optimale, mais sa beauté et son ampleur sont largement suffisantes pour nous impressionner.

D’autres sites d’habitation dans les falaises et de pueblos existent dans la région, de même que des musées et des centres consacrés à la culture des Premières nations et aux attractions naturelles comme Monument Valley. Si on veut tous les visiter, on peut suivre un itinéraire appelé The Trail of The Ancients (Utah, Colorado et Arizona). Mesa Verde, Monument Valley et The Four Corners font partie de cet itinéraire. http://www.byways.org/explore/byways/2597/stories/63763
Encore une fois, nous quittons le parc de Mesa Verse au moment du coucher du soleil. Nous faisons un arrêt dans une pharmacie Walgreens (style Jean Coutu) avant de rentrer au motel.

Notes du jour. De retour au motel (notre 3e nuit) nous regardons un peu la télévision et tombons sur une télé-réalité qui nous fait tomber sur le c… Ça s’appelle « A shot at love ». Autour d’une femme qui se dit bisexuelle, on a réuni dix hommes et dix femmes. Cette femme élimine au fur et à mesure des concurrents, pour finir par en sélectionner un ou une seule, avec qui elle aura une relation amoureuse. Faut le voir pour le croire!!!!!! Colette et moi sommes d’accord pour dire que la vedette n’est même pas belle, notamment parce qu’elle à l’air d’une « bitch ». Mais attendez, ce n’est pas fini, il y a encore plus « weird » que ça! Une autre émission de télé-réalité qui met en vedette des « voyants ». Par exemple, on leur montre une photo d’un événement, ils se concentrent et ils disent ce qu’ils « voient ». Ils obtiennent un certains nombres de points pour chaque épreuve qui les qualifient ou non pour une éventuelle finale de « voyants ». Les mots me manquent…

Mardi 13 novembre (jour 174)

Après avoir pris notre petit déjeuner dans la chambre d’hôtel, nous entamons le processus de rapatriement de nos affaires dans Westy. Je prends ensuite mon courage à deux mains et j’accepte de couper les cheveux de Colette, qui ne supporte plus les petites mèches qu’elle a autour des oreilles. Faire un tour d’oreille avec des ciseaux tout usage, ce n’est pas évident, mais je m’en sors pas trop mal, même si je n’arrive à couper tout à fait de la même façon à droite et à gauche!

Nous quittons l’hôtel vers 10h45. Nous faisons le plein d’essence, allons au magasin de produits naturels, puis passons chez Wal-Mart pour acheter du liquide lave-glace et du lait. Nous ressortons de là avec une petite épicerie, et devinez quoi? De belles pantoufles rouge pétant pour Colette. Ce Wal-Mart est ouvert 24 heures sur 24 et la section épicerie est impressionnante. Leurs prix sont très bons. Par exemple, un camembert Président coûte 4,98 $ (227 g), alors qu’il est vendu 6,49 $ chez Safeway. C’est un penses-y bien!

Comme c’est devenu notre habitude, nous dînons rapidement dans le stationnement du Wal-Mart et quittons Cortez pour de bon à 12h30, vers l’est, après que j’aie rempli le réservoir de liquide lave-glace, ajouté un peu d’huile à moteur dans le gorgoton de Westy et vérifié la pression des pneus. Lorsque nous arrivons à Durango, le paysage change un peu. Le coin est plus agricole avec des bovins et des chevaux dans les champs, des ranchs et des commerces de machinerie agricole. Il y a même des boîtes aux lettres style Far-West! Nous traversons Pagosa Springs, charmante petite ville et bifurquons sur la 84, vers le sud. Environ 20 miles (32 km) plus loin, nous arrivons au Nouveau-Mexique.

Il y a plus de végétation dans le coin et plus de rivières que dans les régions que nous avons traversées au cours des deux ou trois dernières semaines. Nous nous arrêtons près d’un panneau indiquant précisément la ligne de partage des eaux (Continental Divide). Les précipitations qui tombent à l’est de cette ligne se retrouvent dans l’Atlantique, celles qui tombent à l’ouest, dans le Pacifique. Si on considère notre urine comme une précipitation, d’après notre calcul, elle devrait se retrouver dans l’Atlantique. Dans combien de temps? La pancarte ne le disait pas, hi, hi.

Nous arrivons à Chama (7864 pieds-2400 m d’altitude) vers 16h00. Après avoir pris de la documentation touristique sur le Nouveau Mexique au Centre des visiteurs, nous allons retirer de l’argent au guichet automatique de la Bank of America. Le guichet est bilingue, anglais-espagnol. Nous entrons dans un magasin à la façade attirante juste en face. Nous ne pouvons résister à la tentation de nous acheter un chapeau de cow-boy en cuir qui est à notre taille et dont le prix, réduit de 30 %, est abordable.

Lorsque nous sortons du magasin, la lueur rose du couchant imprègne l’horizon. Nous nous arrêtons dans un camping pour VR juste à la sortie de Chama (Little Creel Resort). Le bureau est fermé, mais un avis indique que nous pourrons payer demain matin. Nous nous installons, donc, très heureuses de pouvoir être branchées, car dès que le soleil se couche, la température dégringole. Notre chauffage donne des signes de faiblesse, mais nous sommes en mesure de contourner ses bizarreries : c’est fou ce que nous devenons ingénieuses et motivées lorsque notre confort de base est menacé! Nous ne savons pas quel est le problème, mais nous soupçonnons que notre dernier plein de propane a été fait avec du propane de mauvaise qualité. Une hypothèse comme une autre.

Je prépare une soupe en utilisant des nouilles japonaises et la base de soupe fournie avec : j’y ajoute des oignons, du poivron rouge et des champignons sautés, ainsi que du tofu. Avec de la coriandre fraîche, voilà une soupe-repas prête en moins de 30 minutes. Ça faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu de chronique de cuisine dans ce journal, mais la « cheffe » est de retour (back and kicking), hi, hi.

Citation du jour. Colette : « Ce que j’aime dans Westy, c’est que tout est à portée de la main. Quand nous sommes à l’hôtel, c’est plus confortable, mais on charrie bien du stock entre la chambre et Westy. C’est pas de tout repos, la vie d’hôtel! »

Note du jour. Nous avons vu bien des avis dans les toilettes et salles de bain des dizaines de camping dans lesquels nous avons séjourné : Ne jetez pas vos ordures dans la poubelle de la salle bain, Ne lavez pas votre vaisselle dans les lavabos, Ne teignez pas vos cheveux dans la douche, Défense de fumer (avec le numéro du règlement à côté), etc, etc, mais cette mise en garde est la plus menaçante que nous ayons vue! On ne plaisante pas à Little Creel Resort! (cliquez sur la photo pour l'agrandir).

Mercredi 14 novembre (jour 175)

Il fait 10ºC ce matin dans Westy. Lorsque je vais payer, le propriétaire, très sympa, contrairement à l’avis dans la salle de bain, me dit qu’il a fait -5ºC cette nuit. Je jase un peu avec lui en attendant qu’il essaye d’imprimer un reçu : c’est la saison de la chasse au wapiti dans le coin. Pour obtenir un permis, il faut s’inscrire à une loterie annuelle. Un des autres attraits touristiques de Chama est un trajet de train à vapeur qui monte jusqu’à 10 000 pieds (3000 m), mais la saison ferroviaire est terminée. La Cumbres and Toltec Scenic Railroad, est une portion d’un trajet qui, dans les années 1880, desservait les régions minières du sud du Colorado (Denver and Rio GrandeWestern Railroad).

Après le déjeuner, nous faisons la vidange du réservoir d’eau grise et remplissons notre réservoir d’eau potable. Nous quittons le camping vers 10h00. Comme à l’habitude, c’est Colette qui conduit. Nous traversons à nouveau de beaux paysages, qui nous rappellent Monument Valley et la Sierra Nevada. Nous nous arrêtons vers 11h30 dans une aire de pique-nique près d’un lac artificiel formé par la construction d’un barrage : le lac Abiquiu. Nous prenons le temps de nous préparer une bonne salade verte avec des tomates et des craquelins de seigle généreusement tartinés de fromage à la crème.

Avant d’arriver à Santa Fe, nous voyons deux ou trois kiosques sur le bord de la route : impossible de ne pas les remarquer avec leurs grosses grappes de piments rouges séchés! Comme le montre une des photos dans la colonne de gauche, le symbole de l’État est un piment. Quelques kilomètres avant la ville, nous voyons une indication pour l’Opéra de Santa Fe. Nous n’y allons pas, mais le Guide Bleu indique que l’opéra de Santa Fe est le deuxième des Etats-Unis après celui de New-York. La salle compte 2000 places et accueille chaque année les plus grands chefs d’orchestre et artistes lyriques.

Nous entrons dans la ville de Santa Fe vers 13h00. En tournant à droite sur la rue Cerrillos dans le but de trouver un hôtel ou un camping, je remarque qu’il y a une école pour les personnes sourdes. Sur un coup de tête, nous décidons d’y aller et de voir si Colette pourrait y rencontrer quelqu’un (pour ceux et celles qui ne le savent pas, la mère de Colette est sourde et Colette a travaillé pour un service d’aide à l’emploi pour les personnes sourdes et a été interprète en Langue des signes québécoise pendant 10 ans). La personne qui reçoit habituellement les visiteurs n’est pas à son bureau, mais quelqu’un nous donne ses coordonnées pour que Colette puisse l’appeler plus tard.

Santa Fe est la capitale de l’État et compte 70 000 habitants, principalement d’origine hispanique et navajo, mais Alburquerque est la ville la plus importante en population (650 000 habitants). Nous magasinons les hôtels, puis choisissons finalement de prendre deux nuits dans un camping pour VR (Trailer Ranch). Colette rappelle Keri-Lynn à l’école pour personnes sourdes et obtient un rendez-vous demain à 10h00. Nous prenons une collation, puis allons faire un tour dans le vieux Santa Fe pour reconnaître les lieux. Ce coin a beaucoup de cachet, avec on architecture traditionnelle et ses hôtels et boutiques haut de gramme.

Je résiste à la tentation d’acheter un superbe bracelet en argent à un artisan qui, comme plusieurs autres, présente ses œuvres sur la Plaza, simplement déposées sur une couverture à même le sol. Nous faisons un peu de lèche-vitrine : il y a beaucoup de galeries d’art ici et de très belles œuvres de toutes sortes (bijoux en argent et en pierres, tambours, flûtes, tapis tissés à la main, etc.), mais il faut avoir un portefeuille bien garni pour acheter. C’est quand même très agréable de pouvoir contempler toute cette beauté!

Le soleil se couche et il commence à faire froid. En retournant au camping, je demande à Colette d’arrêter à un magasin qui semble spécialisé en plantes médicinales. Difficile d’avoir plus de pif, parce que lorsque je pose des questions à l’employé au comptoir, celui-ci me dit que le propriétaire du magasin est justement un québécois! Il n’est pas au magasin en ce moment, mais il me donne ses coordonnées pour que je puisse l’appeler demain.

Nous retournons au camping et nous y installons pour la nuit. Après le souper, la vaisselle et la rédaction du journal, nous refaisons le point sur le reste du voyage, car il nous reste exactement un mois avant d’être de retour à Montréal. Grâce au logiciel de voyage de Colette, nous pouvons explorer différentes possibilités. Nous discutons et nous entendons pour rester quelques jours à Santa Fe, pour ensuite filer vers la côte du Texas où les températures sont plus clémentes. Nous prévoyons nous poser une semaine au bord de la mer avant de remonter vers le nord, avec un arrêt en Louisiane et un autre à Memphis, la ville d’Elvis Presley, l’idole de Colette.

Avant de nous coucher, nous essayons de fermer un peu l’arrière de Westy, pour que la chaleur reste du côté du lit plutôt que d’aller vers l’avant. Installés comme ça, nous avons l’air de vraies romanichelles!

Note du jour. Ce matin, en déjeunant, j’ai pris le temps de lire un des journaux mensuels gratuits du coin, The Chama Courier. Le contenu est très religieux et parfois extrémiste. Un éditorial défend la théorie du créationnisme, et dit que Darwin et son évolution sont dans le champ, un autre affirme que le réchauffement climatique actuel fait partie des cycles naturels qu’à connu la planète et qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

J’apprends dans une lettre soumise par un lecteur, que le shérif du comté de Maricopa, en Arizona, a eu la bonne idée de faire travailler les prisonniers au refuge pour les animaux. Résultat : des coûts moindres, car les prisonniers travaillent pour 0,28 $ de l’heure et des prisonniers heureux d’être en contact avec les animaux. Petit détail : le lecteur a adopté un chien provenant de ce refuge, ce qui lui a coûté 78 $, incluant les vaccins et une puce électronique implantée dans le pitou! Autre « bonne idée » du shérif : afficher sur les bus de la ville et les véhicules municipaux, un numéro permettant de dénoncer les illégaux, former 40 personnes pour faire appliquer la loi sur l’immigration et acheter quatre autobus pour ramener les délinquants à la frontière du Mexique. Il n’y en aura pas de facile!

dimanche 11 novembre 2007

Cinq jours au Grand Canyon

Lundi 5 novembre (jour 166)

Nous nous levons vers 8h00. Bien qu’il ait fait -5ºC cette nuit, il fait déjà assez chaud pour que je déjeune dehors vers 9h00. De petits oiseaux au plumage partiellement bleu (piňon jays) s’abreuvent dans les endroits où il y a un peu d’eau qui coule (robinets ou tuyaux qui fuient). Je vois même un petit oiseau et même une corneille picosser le dedans d’un robinet pointé vers le haut : c’est de l’adaptation ça! Ça pépie avec enthousiasme.

Nous nous rendons au Mather Point pour admirer la vue sur le Grand Canyon, puis nous allons faire un tour au Centre des visiteurs pour nous renseigner sur les randonnées. Un tour au Magasin général nous permet de voir que l’épicerie est très bien approvisionnée. Il y a aussi une partie magasin de sport. Colette essaye des bottes de randonnée pendant que j’examine les bâtons de marche en me demandant si je vais en acheter une paire, car nous prévoyons de faire un bout de sentier ensemble demain.

Les essayages de Colette ne sont pas fructueux, mais de mon côté, je pourrais louer des bâtons demain pour moins de 5 $, ce qui est très bien. Nous dînons dans Westy, dans le stationnement du Magasin général, puis nous nous rendons dans la section du parc appelée Hermit’s trail. Nous prenons la navette et débarquons à l’arrêt Maricopa point. Nous marchons sur le bord du canyon pendant quelques kilomètres, puis reprenons la navette à Mohave point. De cet endroit, nous pouvons voir le fleuve Colorado au fond du canyon.

Quelques informations sur ce fleuve :
- 1450 miles de long (2333 km).
- Prend sa source au Colorado et se jette dans le golfe de Californie au Mexique.
- 76 pieds (21 m) à 300 pieds (91 m) de large
- 35 pieds (11 m) de profondeur en moyenne, mais atteint 100 pieds (30 m) par endroits.
- 11 000 pieds (3350 m) de dénivellation entre sa source et son embouchure.
- Il parcourt 277 miles dans le Grand canyon, avec une dénivellation de 2200 pieds (671 m).

Nous marchons un autre 1,8 km et reprenons la navette jusqu’au Hermit’s point, afin de voir le coucher de soleil. Colette achète une barre Snickers et la mange avec grand plaisir : ça lui rappelle des souvenirs du collège. Nous partageons un chocolat chaud. Le ciel et les nuages s’embrasent et je prends des dizaines de photos. Nous revenons en navette : il fait noir comme chez le diable. Le Grand canyon est spectaculaire, mais ne se laisse pas facilement prendre en photo. Sa profondeur et son ampleur sont difficiles à saisir, même à l’œil nu.

Soirée tranquille. Souper, vaisselle, tri de photos, jasette. Colette se couche vers 21h30, moi vers 23h115, après avoir mis le journal à jour et avoir lu. Je lis un roman passionnant qui se passe durant et après la Deuxième guerre mondiale à Londres : The Night Watch, de Sarah Waters. Comme il fait relativement doux, je prends le temps de m’étirer dehors sous les étoiles en faisant des mouvements de Qi Gong.

Mardi 6 novembre (jour 167)

Nous nous levons à 7h00 et déjeunons tranquillement. Je prends le temps de m’étirer pendant au moins 30 minutes, en prévision de la randonnée d’aujourd’hui. Nous préparons notre lunch et notre équipement, puis allons louer des bâtons de marche pour moi. Nous nous stationnons dans une aire de pique-nique qui est à environ 15 minutes de marcher du début du sentier South Kaibab.

Nous entamons notre descente vers 11h15. Des mises en garde déconseillent de descendre dans le fond du canyon et de remonter dans la même journée. Bien des gens sur-estiment leurs capacités et sous-estiment la chaleur, qui augmente au fur et à mesure qu’on descend. Malheureusement, quelques-uns y ont laissé leur peau… Ce ne sera pas notre cas, car Colette a prévu de marcher jusqu’au Ooh Aah point (3 km aller-retour, 600 pieds-183 m de dénivellation). Pour ma part, je vise le Skeleton Point (10 km aller-retour, 2000 pieds-622 m de dénivellation), ce qui devrait prendre entre quatre et six heures de marche.

Le sentier commence par une série de lacets. Il est très sablonneux ou plutôt poudreux, ce qui soulève de la poussière. Surtout lorsqu’on croise un convoi de mules. Ce sentier a été tracé pour les besoins des mineurs, qui charriaient leur matériel avec des mules. La tradition est restée et nous croiserons plusieurs convois. Certains comptent des touristes, d’autres seulement des mules chargées.

Ce sont des mules costaudes, assez grandes et parfaitement adaptées à ce difficile sentier. Elles sont fournies par un éleveur qui garantit leur capacité à répondre aux besoins spécifiques des randonnées au Grand Canyon. Certaines ne sont utilisées que pour porter du matériel et de l’approvisionnement pour le Phantom Ranch, qui accueille les voyageurs qui descendent au fond du canyon. Les rangers qui les guident sont équipés comme de vrais cow-boys (bottes, éperons, sur-pantalon en cuir, chapeau) et prennent le temps de saluer courtoisement les randonneurs qu’ils croisent ou dépassent.

Les mules, selon un article dans une revue publicitaire sur le parc, sont beaucoup mieux adaptées aux délicats sentiers du Grand canyon que les chevaux. Alors qu’on pourrait convaincre un cheval de sauter dans un précipice, la mule est très centrée sur sa propre sécurité et ses besoins et refusera de le faire. Elle constitue donc une monture sécuritaire pour les touristes.

Mais ne croyez pas que ce type de déplacement est de tout repos : il faut être en forme (et peser moins de 90 kg (200 lbs)) pour passer quelques heures sur le dos d’une mule dans le Grand Canyon! Il ne faut pas non plus être incommodé par la poussière et les odeurs fortes, parce leurs excréments et surtout leur urine sentent assez fort! Dans le sentier, les mules ont la priorité : les randonneurs doivent impérativement se tenir immobiles sur le côté interne du sentier et les laisser passer.

En prenant notre temps dans la descente, nous arrivons au Ooh Aah point vers midi. Je poursuis la descente et Colette amorce la remontée après avoir pris une pause. Elle prend son temps et profite de la sensation spéciale que procure une randonnée dans le Grand canyon. Elle aime les sentiers dégagés qui offrent de beaux points de vue et permettent de voir venir un danger potentiel (ours, par exemple). Elle est très fière d’avoir fait cette randonnée sans s’épuiser. La remontée lui prend 1h15. Le temps de jaser un peu avec une autre touriste qu’elle rencontre (une dame d’Autriche), elle rejoint Westy vers 13h45.

De mon côté je prends une petite pause à Cedar Ridge, puis je continue jusqu’à Skeleton point. Je fais très attention, car le sentier est composé par endroits de marches délimitées par des rondins de bois et parfois je dérape un peu. Je mange mon lunch face au canyon, seule et sereine. J’entends des gens qui sont en train de monter vers l’endroit où je suis, mais je ne les vois pas, car le sentier est formé de lacets abrupts. D’ici, je vois un peu le Colorado et je l’entends couler, du moins ses rapides. Je devine aussi Phantom Ranch, grâce à la végétation qui l’entoure. Je suis très heureuse de voir le canyon d’où je suis : certaines formations rocheuses sont très proches et plus à ma mesure que lorsque je regarde l’immensité de ce site d’en haut.

Je commence à remonter vers 14h00. Les lacets se succèdent et ne se ressemblent pas, me permettant de redécouvrir le paysage sous un autre angle que durant la descente. Sable poudreux rouge ou jaune pâle, parois vertigineuses, ombre et soleil. J’ai chaud, mais c’est raisonnable, car je suis en short et en t-shirt et il doit faire à peu près 20ºC. J’ose à peine imaginer ce que doit être une randonnée en plein été. De plus, il y a une différence de température d’environ 8-10ºC entre le fond du canyon et sa bordure.

Ça fait bizarre de terminer une randonnée en montant à pic, mais c’est l’essence du Grand Canyon. J’arrive en haut vers 16h15. Je prends deux navettes pour revenir au Magasin général afin de rapporter les bâtons de marche, puis je marche jusqu’au camping. Nous avons essayé de rester en contact avec les walkie-talkies, mais la communication n’était pas bonne, probablement à cause des nombreux obstacles rocheux du canyon, mais aussi parce que mes piles commençaient à être faibles. Colette est en pleine préparation du souper, mais comme les douches ferment à 18h00 et ne sont pas sur place, nous casons les plats et allons prendre une douche bien méritée.

Nous mangeons avec appétit un délicieux souper de nouilles au thon, lime, pesto, tomates séchées, oignons et pois mange-tout. Ça descend bien avec une Mike’s! Nous faisons la vaisselle, lavons le plancher de façon sommaire, puis trions des photos. Je complète ma journée par des étirements pour prévenir les courbatures.

Colette est tellement enthousiaste, qu’elle parle de faire une autre randonnée dans le canyon demain. J’en suis baba! Pour ma part, je ne suis pas sûre que je serai assez reposée pour ça, mais nous laissons aller et choisissons de refaire le point demain matin.

Note du jour. Dans les provinces anglophones et aux États-Unis, les campings qui s’affichent sur des pancartes ou dans des guides touristiques, précisent qu’ils offrent des « hot showers ». Ça me fait sourire à chaque fois. Cold shower, anybody?

Mercredi 7 novembre (jour 168)

J’ai mal dormi et je suis un peu comateuse ce matin. Je propose à Colette de prendre une journée mollo : lavage, trouver une connexion internet. Elle accepte en proposant de sortir du parc pour aller voir un film Imax sur le canyon. Une grosse brassée de lavage et de séchage plus tard, nous voilà en route pour Tusayan, un petit village situé à la sortie sud du Canyon, à quelques kilomètres d’où nous campons. Il y a là le Centre d’information National Geographic, où un film Imax est projeté toutes les heures, et une connexion internet sans fil gratuite et rapide.


Nous dînons dans Westy avant d’aller voir le film, spectaculaire, comme tous les films Imax. Nous apprenons qu’il y a 4000 ans un peuple aujourd’hui disparu vivait dans le Canyon et construisait des abris en briques cuites : les Anasazis. On ne sait pas pourquoi ils se sont éteints : famine, sécheresse, décimation par un autre peuple (il y aura une version différente de cette histoire à Mesa Verde).

Les Espagnols furent les premiers Blanc à « découvrir » le canyon en 1540, mais furent incapables d’y descendre. En 1776, un Franciscain descendit un des affluents du Colorado et le baptisa « fleuve rouge ». La gorge fut explorée par des aventuriers, des chasseurs et des chercheurs d’or, mais le premier à descendre les nombreux et dangereux rapides du Colarado sur 1600 km dans le Canyon fut Wesley Powell, géographe et cartographe.

Le film Imax reconstitue une partie de son expédition de 1869 : fallait avoir le cœur bien accroché et un grain de folie pour se lancer dans cette folle aventure qui a duré 79 jours! Trois de ses hommes, effrayés par la dangerosité des rapides ont fini par le quitter en espérant sortir du canyon à pied. On ne les a jamais revus, mais Powell et le reste de la troupe sont sortis des gorges deux jours plus tard… Il y a bien des choses à dire sur l’histoire du Grand Canyon, mais je vais m’arrêter là.

Après le film, nous mettons en ligne le blogue et les photos de notre séjour au Lac Powell. Nous revenons au camping après avoir fait une épicerie au Magasin général. Souper, vaisselle, journal, photos et hop au lit vers 21h30.

Note du jour. Enfin un parc qui recycle le papier! Nous en avons donc profité, pendant que le linge séchait, pour nous débarrasser des journaux, dépliants de camping, brochures touristiques et cartons accumulés depuis deux mois. Nous avons aussi fait un deuxième tri dans les documents touristiques que nous avions choisi de garder depuis le début du voyage.

Le recyclage constitue un défi à bien des endroits. C’est en Alaska que ça a été le plus difficile et aussi dans les endroits où le recyclage est bien implanté dans les foyers, car il faut alors trouver le dépôt. Une fois trouvé, ce dépôt peut se révéler très « picky ». Par exemple. A Fairbanks (Alaska), on ne pouvait y déposer que les plastiques identifiées 1 et 2. Une mention très bien revient au Yukon, du moins à Whitehorse. Autre mention très bien : Safeway, qui recycle les sacs en plastique.

La plupart des parcs recyclent les canettes en aluminium. D’autres ajoutent à ça les bouteilles en plastique. Mais la récupération du verre et du papier sont loin d’être généralisées. Résultat de tout ça, nous nous retrouvions parfois avec beaucoup de stock à recycler. Colette me faisait parfois les gros yeux parce les sacs faisaient désordre dans les compartiments au dessus de la cabine et elle a même reçu une bouteille de plastique sur la tête lorsqu’un des sacs a glissé dans une côte! À l’occasion, fatiguée ou par manque de place, j’ai lâché prise et j’avoue avoir jeté quelques emballages recyclables, mais j’ai fait preuve de détermination et de persévérance durant tout le voyage. Je me donne une mention « très bien ».

Jeudi 8 novembre (jour 169)

Le jour où les Rangers ont failli partir à ma recherche…

Tout commence par une bonne nuit de sommeil. Nous nous préparons donc pour aller marcher dans un autre sentier de mule très connu au Grand Canyon : Bright Angel trail. Après les préparatifs, les étirements et la location des bâtons, nous commençons notre randonnée à 10h45, sous un beau soleil et une température d’environ 15ºC à l’ombre. Nous nous séparons tout de suite, car je veux avoir le temps de me rendre à Indian Garden et de revenir avant la nuit (15 km aller-retour, 3060 pieds – 933 m de dénivellation).

Colette. L’étape visée totalise 3 miles (4.8 km) aller-retour soit le «1,5 Mile Resthouse». Je laisse Françoise aller et m’arrête face à cinq chèvres de montagne bien installées en surplomb du sentier. On dirait des statues ! Je les prends en photo et poursuis ma route. Je descends lentement, quoique j’ai hâte de dépasser tous ces randonneurs du dimanche qui virent de bord après 30 minutes.

J’arrive à 12h10 à l’étape visée. La terre y est rouge et de la «Resthouse» j’ai une bonne vue d’Indian Garden et du sentier qui mène à Plateau Point. C’est calme. Les randonneurs que je croise sont plus équipés et plusieurs ont sans doute campé en bas du canyon. Je ne reste que 20 minutes, le temps de dîner. J’ai froid, je n’ai pratiquement pas de soleil sur la portion de sentier que je fais. J’entreprends la remontée.

À mon grand étonnement, je m’aperçois que je progresse très bien et sans grand effort ! Je suis de retour en haut à 14h00, incluant les innombrables pauses photos. Je suis très fière de moi ! Avoir su, je me serais rendue à l’étape du «3 Mile Resthouse» en me donnant tout l’après-midi pour remonter… Ce sera pour une autre fois! Je me dis que Françoise fera sa randonnée les deux doigts dans le nez aujourd’hui.

Une fois en haut, je m’occupe de notre hébergement pour ce soir. Les hôtels sont pleins, sauf un, mais à 150 $ la nuit, je préfère retourner au camping. Je me récompense avec des chips et une Mike’s. Je fais quelques préparatifs d’itinéraires pour les jours qui viennent et j’installe une nappe sur la table afin d’indiquer que le site est occupé. Je vais ensuite m’installer au stationnement de la Plaza vers 17h00 pour accueillir Françoise. J’en profite pour téléphoner au Québec. J’ai essayé plusieurs fois de contacter Françoise par walkie-talkie, mais sans succès.

Pendant ce temps…



Françoise. Je descends d’un bon pas (Colette a pris cette photo de moi et toutes les photos qui suivent), mais en faisant attention à mes genoux et à ne pas déraper. Le sentier est à l’ombre, ce qui est agréable. Il est principalement composé de lacets à flanc de paroi : la terre est rouge, jaune, beige et toujours aussi poussiéreuse. Je croise plusieurs personnes qui remontent du fond du canyon après y avoir campé ou logé au Phantom Ranch.

J’arrive à Indian Garden vers 13h30. C’est une petite oasis où coule le ruisseau Bright Angel. Il y a là un camping, des toilettes, de l’eau et des tables à pique-nique. Les toilettes sont des toilettes à compost : très propres et pas d’odeur, c’est extra! Je prends le temps de manger et je me demande si je continue ou pas. Comme mon amie Lucie Dumoulin m’a recommandé de me rendre jusqu’à Plateau point qui est seulement à 2,5 km de là et qu’une jeune femme me dit que c’est plat et que ça prend seulement 30 minutes, je choisis d’y aller. Je me rends effectivement en moins de 30 minutes : le sentier est en plein soleil, mais comme il ne fait pas très chaud, c’est confortable.

La vue sur le Colorado est superbe et apaisante. Ça donne envie de rester là ou d’aller le voir de plus près, mais ce sera pour une autre fois, car je dois rebrousser chemin si je veux rentrer avant la nuit. Zut! Après avoir marché plus d’un kilomètre, je me rends compte que j’ai oublié ma veste en polar à Plateau point! Ma veste, ce n’est pas grave, mais la carte d’assurance-maladie dans la poche intérieure, c’est plus embêtant… J’y retourne presque au pas de course, je récupère ma veste. Dernier coup d’œil au fleuve vert et hop, direction le haut du canyon.

Je prends quand même le temps de m’étirer quelques minutes à Indian Garden, d’où j’entame la montée vers 15h15. À 16h30, je suis à l’arrêt appelé « 3 Mile Resthouse ». Mon cardio va très bien, mais je fais une autre petite séance d’étirement pour donner une chance aux muscles de mes jambes. La lumière commence à changer et le décor est magnifique : les couleurs s’accentuent. Je dérange quelques touts petits oiseaux. À 17h30, je suis à l’arrêt « 1,5 mile Resthouse ». Le soleil est couché et la lumière baisse : c’est vraiment extra d’être dans le canyon à cette heure-ci presque seule. C’est à peine si j’entends deux où trois personnes plus haut, sur la crête.

Seule? Pas tout à fait. Dans le dernier kilomètre, je dépasse un jeune homme. Il me demande comment je vais. Je lui dis que tout va bien pour moi. Il me dit qu’il est fatigué, mais sa voix est bonne. Il fait presque noir et je ne vois pas son visage. Je le dépasse et poursuis mon chemin. Au bout de quelques minutes, je me rends cependant compte que je marche beaucoup plus vite que lui et ça m’inquiète. Je me dis qu’il est peut-être à bout de forces.

J’arrive au bout du sentier vers 18h15, après 7h30 et 22 km de marche. Je décide d’attendre le jeune homme fatigué afin de m’assurer qu’il se rend en haut. J’essaye de communiquer avec Colette par walkie-talkie pour la prévenir que je serai un peu en retard à notre rendez-vous de 18h30 au Magasin général, mais je n’arrive pas à lui parler, Il fait noir. J’attends, j’attends, j’attends. Après 10 minutes, n’y tenant plus, j’allume ma lampe de poche et je commence à redescendre. Après cinq minutes, je vois arriver le randonneur.

Nous faisons connaissance en attendant la navette. Il s’appelle Nick et il peut bien être fatigué : il est parti depuis ce matin 7h30 et il s’est rendu à Phantom Ranch! Il est lui aussi dans un « road trip », commencé fin août et retournera chez lui pour les Fêtes. Il voyage avec un Honda Element dans lequel il a un lit. Il vient de finir ses études en psychologie. Tout le long du trajet, je cherche à rejoindre Colette, mais je n’y arrive pas.

La navette nous ramène au Magasin général vers 18h50. Je retrouve Colette qui m’attend dehors, très inquiète. Si je n’avais pas été dans cette navette, elle aurait appelé les Rangers à ma rescousse. Ce n’est pas tant mon retard qui l’a inquiétée, mais le fait qu’il fasse complètement noir. Nous sommes soulagées toutes les deux de nous retrouver. Je retourne les bâtons de marche et nous nous installons au Trailer Village pour une cinquième nuit. Colette constate avec indignation que notre nappe a été volée, ainsi que les deux pinces qui servent à la fixer à la table.
Je prends une Mike’s canadienne pour souligner mon exploit. C’est ma plus longue randonnée à vie, mis à part une marche de 25 km sur le bord d’une route italienne quand j’avais 17 ans. Je prends encore le temps de m’étirer avant de me coucher. Colette est très heureuse de sa journée et moi aussi. Nous nous couchons vers 21h30.

Vendredi 9 novembre

Vers 1h00 du matin, quelque chose me réveille. J’entends des bruits bizarres, puis plus rien. Je vais aux toilettes et là, je vois deux hommes en train de travailler dans les toilettes : ménage et menues réparations. Je demande à l’un deux s’ils travaillent toujours la nuit. Il me dit que non, mais qu’il va y avoir une inspection bientôt. Colette se réveille lorsque je reviens me coucher. Elle me dit qu’elle a une petite faim. Je lui propose de partager un petit pot de tapioca et nous voilà en plein milieu de la nuit à manger du tapioca avec une seule petite cuillère. Un petit moment délicieux!

Nous dormirons mal le reste de la nuit. Je me lève vers 7h30, car je suis bien réveillée. Je rédige le journal de voyage pendant que Colette récupère un peu de sommeil. Vers 9h30, quelqu’un frappe sur la vitre de Westy : c’est notre voisin qui nous rapporte, devinez quoi? La nappe et les deux pinces! Il l’avait enlevée de la table en pensant que nous l’avions oubliée! Sympa de nous la rendre, surtout que la nappe en question, me fait remarquer Colette, « fitte » parfaitement avec les couleurs de son VR…

Nous quittons le camping vers 10h30 et allons à Tusayan pour profiter de la connexion internet. Je téléphone à Jessica et j’envoie deux courriels. Nous mangeons une salade dans Westy et nous faisons du café pour nous tenir réveillées sur la route.

Nous revenons sur nos pas dans le parc du Grand Canyon et nous rencontrons un coyote qui semble attendre les automobilistes pour quêter de la nourriture. Nous nous arrêtons au point de vue appelé Desert View. Il y a là une vue magnifique sur le canyon, mais aussi la Wachtower, construite en 1932, selon les plans de l’architecte Mary Jane Colther, qui a plusieurs bâtiments du parc à son actif, dont Phantom Ranch.

Nous refaisons un bout de chemin dans la réserve Navajo : je m’aperçois alors que la clôture de chaque côté de la route est en fil de fer barbelé, ce qui me déprime encore plus. Nous bifurquons vers le nord-est et nous arrêtons à Kayenta vers 17h00. Une fois n’est pas coutume, c’est moi qui ai conduit aujourd’hui. Nous sommes toutes les deux épuisées et choisissons de coucher à l’hôtel, car il n’y a pas de camping ici et nous ne voulons pas conduire le soir.

Pour 78 $, le Best Western nous procure une grande chambre avec tout le confort moderne et le fameux « déjeuner continental ». Je prépare une salade de laitue romaine avec tomates. Nous ouvrons une boîte de saumon fumé acheté en Alaska et une boîte d’asperge. Nous mangeons le tout en regardant un film à la télévision : Bourne Identity, avec Matt Damon. Je prends une longue douche et Colette fait de même. Je suis bien trop fatiguée pour écrire le journal.

Note du jour. Presque à chaque fois que nous faisons le plein d’essence, je lave le pare-brise. En six mois de voyage, je peux vous dire que je me suis fait les bras. D’une part, les « squeegees » fournis étaient souvent trop courts pour la hauteur du pare-brise de Westy ou encore trop usés pour frotter, et, d’autre part, les liquides fournis n’étaient pas très efficaces pour nettoyer quoique ce soit. En revanche sur le traversier de Fort-Providence (Territoires du Nord-Ouest), ils l’avaient l’affaire! Ils fournissaient une brosse à long manche très efficace. Faut dire que dans le coin, il y a des milliards de bibittes à pare-brise!