lundi 3 décembre 2007

Texas : pas toujours comme on l'imagine.

Samedi 24 novembre (jour 185)

Nous quittons Ozona (Texas) vers 11h00 et continuons notre route vers le sud-est. La route est rectiligne, mais il y a beaucoup de vent et la voie de droite présente des ornières, ce qui rend la conduite plus exigeante. Westy n’est pas le seul à être sensible au vent : les bourrasques déportent aussi les camions et certaines autos. Colette voit plusieurs cerfs morts sur le bord de la route, ce qui la désole. La végétation change et il y a beaucoup plus d’arbres. L’herbe au sol est desséchée, mais le feuillage des arbres est bien vert.

Nous nous arrêtons à Kerrville et mangeons chez McDonald. Comme nous sommes à 120 km de San Antonio et que c’est une grosse ville, je prends le volant pour que Colette puisse nous guider. Dans le guide des Motels 6, Colette a repéré l’option Studios 6. Comme le nom l’indique, il s’agit de studios, habituellement loués à la semaine, mais qu’on peut aussi louer à la nuit. Grâce au talent de lectrice de carte Colette, nous arrivons à destination sans encombre vers 15h00 : pour 62 $, taxes comprises, ils offrent une chambre avec un coin cuisine très complet (vaisselle, casseroles, cafetière et grille-pain inclus) et une salle de bain complète. Il faut payer un supplément pour internet sans-fil. Nous hésitons, car nous sommes loin du centre-ville (15 miles-25 km).

Pour reconnaître les lieux et peut-être trouver un hôtel plus près de la ville, nous partons faire un tour au centre-ville de San Antonio. Encore une fois, grâce à Colette, nous nous rendons à bon port. Les environs de la ville sont assez hétéroclites et parfois décrépits, même tout près du centre-ville. San Antonio nous semble un peu anarchique, ce qui a son charme sous le soleil, mais paraît tristounet par temps pluvieux et froid comme aujourd’hui.
Nous trouvons un stationnement à 5 $. Comme il n’y as pas de préposé en ce frisquet samedi après-midi, je cherche comment payer « la machine ». Grâce à un passant qui me montre comment ça fonctionne, je vois qu’il n’y a pas de machine, mais un petit trou dans lequel il faut glisser un billet de 5 $ après l’avoir minutieusement roulé. Et il faut faire attention de glisser le billet dans le trou portant le numéro de l’espace de stationnement dans lequel on a place son véhicule.

Nous nous rendons au Centre d’information touristique où nous consultons la liste des hôtels et de leurs tarifs. Nous constatons que le prix des Studios 6 est très bon. Nous allons faire un petit tour à pied au bord de ce qu’on appelle ici la rivière, mais qui est plus un petit canal le long duquel on peut se promener et faire du lèche-vitrine ou manger au restaurant. Il y a aussi des bateaux qui embarquent les touristes. Colette trouve ça charmant, mais moi je trouve qu’il fait froid et j’ai de la difficulté à apprécier. Nous choisissons de retourner aux Studios 6 avant que la nuit tombe. En revenant au stationnement, nous voyons un couple qui s’apprête à rouler un billet de 5 $. Nous leur faisons signe et leur cédons gracieusement notre emplacement.

Avant d’arriver à l’hôtel, nous faisons une épicerie chez HEB (Howard E. Butt, le nom de son fondateur), une chaîne bien installée au Texas. Le magasin est gros, selon nos critères, mais la caissière nous dit qu’il s’agit d’une petite succursale. Je ne sais pas si c’est à cause du quartier, ou du Texas, ou encore si c’est la marque de commerce de HEB, mais il y a ici une quantité délirante de junk food, de plats préparés trop gras et trop salés. C’est assez déprimant. Il y a quand même un beau rayon de poissons et, bien sûr, la viande rouge est à l’honneur. Curieusement, il y a une allée nommée New Age! Aucune idée de ce qui peut être new-age dans cette allée, à part peut-être les boissons énergétiques.

Nous nous installons dans notre studio avec plaisir, car nous avons payé pour deux nuits. Pour souper, nous mangeons des tournedos de bœuf avec des légumes décongelés auxquels nous ajoutons une bonne quantité d’oignons et d’ail cuits dans un peu d’huile d’olive. Les légumes sont délicieux et la viande aussi, mais elle est très salée, à cause des tranches de bacon autour et de la marinade. Je donne une bonne partie de mon bacon à Colette. J’écris le journal de voyage, Colette lit les brochures touristiques sur San Antonio et nous regardons un peu la télévision.

Notes du jour

- Nous remarquons deux panneaux sur le bord de la route qui disent : Don’t Mess With Texas! ». C’est un jeu de mot qui veut dire de ne pas jeter de déchets le long de la route ou ailleurs, mais décidément, le ton est directif : il faut marcher droit ici...

- Autre curieux nom de village aperçu en route: Comfort.

- Ici, la coriandre fraîche n’est pas chère. Ça doit pousser comme du chiendent pour qu’il la vende 33 ¢ la botte chez HEB!

Dimanche 25 novembre (jour 186)

Petit matin tranquille. Nous faisons de tout, un peu dans le désordre : déjeuner, farniente, Colette chatte avec sa mère sur MSN, je lis un mensuel super-intéressant que j’ai trouvé dans la chambre de l’auberge de jeunesse à Santa Fe. Colette appelle ses grands-parents, qui ont bien hâte qu’elle revienne. Ensuite, nous nous séparons pour l’après-midi. Colette s’en va faire un tour à San Antonio, pendant que je reste au studio pour écrire le texte de l’entrevue que j’ai faite avec Daniel Gagnon à Santa Fe.

Mes notes sont assez claires et l’entrevue a été si riche qu’il s’agit juste de trouver une colonne vertébrale pour que le texte coule. Je prends quelques pauses pour faire le lavage et le séchage à la laverie de l’hôtel.

Colette
Je pars vers le centre ville et stationne au même endroit qu’hier. Le stationnement est presque vide. Il fait gris et froid en ce dimanche, et c’est bien tranquille dans les rues habituellement bondées de touristes. Je me rends sur Alamo Plaza près du monument «The Alamo». Ici, se trouvent les vestiges de la mission San Antonio de Valero. Plusieurs touristes débarquent au même moment pour la visiter et surtout la photographier. La mission, établie par des Franciscains, date des années 1700. Elle assurait la présence espagnole dans la région afin de limiter l’expansion française à partir de la Louisiane. C’est en effet un beau bâtiment historique.

Je suis le chemin des lumières et décorations de Noël qui mène vers le centre commercial «Rivercenter Mall». De grandes baies vitrées donnent sur un petit canal qui rejoint la rivière serpentant au centre-ville (Paseo Del Rio). Les décorations sont féériques. Je me retrouve derrière les deux complexes d’Hôtels Marriott. J’emprunte ensuite la promenade, surnommée la Venise du Texas, bordée de magasins, galeries d’art, restaurants, cafés et hôtels. Plusieurs embarcations pour touristes naviguent sur le Paseo Del Rio (voir photo à la fin de la journée).


Le secteur de la Villita attire mon attention. C‘est le centre historique de la ville, aux allures espagnoles. Il y a un petit amphithéâtre et de nombreuses boutiques d’art. Je devine qu’en été, des spectacles en plein air doivent y avoir lieu. Que ça doit être agréable! Au loin, se dresse la Tour des Amériques, construite à l’occasion de l’Expo universelle qui a eu lieu à San Antonio en 1968. Elle fait 228 mètres de haut (750 pieds) et comprend bien sûr un resto tournant tout en haut. Bref, ma promenade me plaît beaucou, mais il continue de faire gris et froid et il est temps de rentrer. Sur le chemin du retour, je m’arrête pour faire quelques achats.

Colette revient vers 17h30 après avoir fait quelques commissions. Elle rapporte entre autres choses la fameuse sauce rosée à la vodka (Bertolli) et des nouilles. Ajout d’oignons rôtis, d’olives noires tranchées et de saumon rouge et voilà un délicieux souper sur notre table. Durant la préparation et la dégustation, nous regardons un très bon film (mais très violent) de Martin Scorcese : The Departed, avec Leonardo Di Caprio et Matt Damon. Comme nous l’avons déjà vu, j’en profite pour faire une longue séance d’étirements en même temps.

Pas de rédaction du journal de voyage ce soir : j’ai passé assez de temps devant l’ordi pour aujourd’hui.

Lundi 26 novembre (jour 187)

Ouf! L’idée de tout remettre dans Westy aujourd’hui avant midi nous décourage un peu. Comme j’aimerais retourner voir San Antonio sous le soleil et que Colette est partante, nous décidons de rester une autre journée ici. Nous nous faisons un itinéraire : retrait au guichet d’une Bank of America, visite du magasin d’aliments naturels Whole Foods et marche au centre-ville.

Nous sommes très « slo-mo » et quittons le studio à 12h30. Comme San Antonio est une ville très étendue (1,7 millions) et que Colette ne voulait pas prendre l’autoroute, nous explorons la banlieue rapprochée pendant près de 45 minutes avant de nous rendre à la succursale bancaire que Colette avait repérée grâce à son logiciel. Nous arrivons affamées au supermarché d’aliments naturels Whole Foods. Nous mangeons de la salade et de la pizza à leur comptoir-restaurant. Délicieuse croûte de blé entier, mais les choix de Colette ne sont pas particulièrement santé, surtout la pointe au fromage et peperoni!

Après ça je suis prête pour être lâchée « loose » dans ce temple de la nourriture naturelle et biologique! Nous convenons de nous retrouver 45 minutes plus tard près des caisses. Je trippe juste à regarder la quantité de légumes bio empilés de façon très ordonnée dans le comptoir des produits frais. Le comptoir du vrac est assez impressionnant aussi : il y a même du sel aromatisé à toutes sortes de choses. Il y a du thé en vrac et ils ont aussi une marque de thé en sachet que je n’ai vu nulle part ailleurs aux États-Unis : Mighty Leaf.

Colette me retrouve dans une allée une heure plus tard et, le temps que je complète mon tour et les achats, il est 16h00. Nous avons toutes les deux remarqué le gardien armé à la sortie du magasin (il a même trois paires de menottes à sa ceinture), mais il y en a un autre qui patrouille le stationnement à bicyclette. Nous voulions aller en ville, mais nous sommes fatiguées et décidons de rentrer à l’hôtel.

Nous relaxons un peu, puis je mets le blogue en ligne et Colette s’occupe de la galerie de photo dans Picasa. Nous sommes devenues des expertes dans ces deux domaines, mais ça prend quand même du temps, surtout le blogue. Le temps de manger des « tamales » achetés chez Whole Foods et de faire quelques appels au Québec, il est l’heure de se coucher.

Note du jour

À San Antonio, comme ailleurs aux États-Unis, les noms de rue sont bien visibles. En prime, ils indiquent aussi à quelle adresse de la rue se trouve l'intersection. Pratique pour les voyageurs qui ne connaissent pas le coin! Et, oui, cette rue est bordée de centres médicaux,

Mardi 27 novembre (jour 188)

Après le petit déjeuner, j’appelle Nancy Moon, la secrétaire de Mark Blumenthal à Austin, pour prendre rendez-vous pour une entrevue la semaine prochaine si possible. Mark est le directeur du American Botanical Council, un organisme sans but lucratif consacré aux plantes médicinales, qui publie notamment la revue trimestrielle Herbalgram. Je l’ai déjà rencontré au Québec, mais une entrevue sur son lieu de travail devrait être intéressante. C’est un homme très occupé et qui voyage beaucoup, mais je suis chanceuse, car sa secrétaire me donne un rendez-vous lundi le 3 décembre à 15h30.

Je prends aussi rendez-vous à 8h00 jeudi matin pour faire réparer le chauffage de Westy dans un atelier spécialisé en véhicules récréatifs situé dans le coin où nous allons. Après avoir rechargé Westy, nous partons vers 11h45. En rapportant les clés à la réception, j’ai demandé si une clé d’auto avait été rapportée. Bingo, quelqu’un l’avait trouvée à la laverie, où je l’avais oubliée avec un sac en tissu! Nous roulons à nouveau vers le sud-sud-est. La route est droite, mais la nature est moins desséchée : le gazon est un peu plus vert, et plus nous avançons, plus il y a d’arbres.

Nous nous arrêtons vers 14h00 pour dîner dans une aire de repos. Il y a même une connexion sans fil gratuite ici! Nous arrivons dans la région de Corpus Christi vers 15h15. Le coin est très urbain et industriel pour un bord de mer que nous pensions touristique et il nous faut rouler longtemps pour sortir de cet alignement de raffineries puis de commerces. Nous passons devant trois Wal-Mart différents en moins de 15 km. Nous nous installons dans le premier State Park que nous avons repéré sur la carte : Mustang Island. Nous aurions dû y jeter un œil avant, parce ce n’est pas terrible! Nous avons un site avec électricité, mais les toilettes et les douches sont dans un état assez lamentable et nous ne voyons pas la mer. De plus, ça ne sent pas la mer, mais plutôt un peu le goudron, car de l’asphalte a été fait dans le camping.

Comme c’est pour une nuit seulement, nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur. Au lieu de prendre le chemin goudronné qui mène à la plage, je décide que ce sera plus court de couper directement vers les dunes. Colette n’est pas sûre, car les herbes sont hautes et elle craint d’y rencontrer des serpents.


Nous ne verrons pas de serpent, mais ce « raccourci » n’était pas une bonne idée, car les herbes hautes cachaient du relief et du sable mou. Une fois sur la plage, en revanche, le sable est solide et c’est facile de marcher dessus. Il y a même des sections du rivage où on peut rouler en automobile!

Nous sommes presque seules sur la plage. Je remonte mes pantalons, enlève mes souliers et je tâte l’eau, qui est froide, mais pas glaciale : c’est quand même le Golfe du Mexique ici. Nous observons de petits oiseaux de rivage qui picossent le sable lorsque la vague se retire et qui courent vite, vite, vite pour l’éviter lorsqu’elle revient. Il y a aussi des pélicans qui planent au ras de l’eau. Il fait plutôt frais et il vente, mais nous savons que le temps va s’améliorer demain. Mes pieds commencent à sérieusement se refroidir : je remets mes bas et mes souliers avec l’aide de Colette. Nous revenons à Westy par le chemin goudronné…

Après le souper et la vaisselle, Colette se lance dans la rédaction d’un quizz sur notre voyage, une idée qui nous trotte dans la tête depuis une semaine. Pour le plaisir de poser quelques questions faciles et difficiles à nos lectrices et lecteurs. Colette reprend même le calendrier quotidien dans lequel elle note où nous avons couché, ce qui lui permet de ressortir diverses statistiques et de concocté une question à partir de ces données.

Citation du jour

« C’est pas poétique, c’est plutôt commercial et capitaliste », dit Colette en contemplant les nombreux commerces de la région de Corpus Christi où elle s’attendait à un décor balnéaire
« cute ».

Notes du jour

- Dans le quotidien de Santa Fe de la fin de semaine, il y a un encart qui s’appelle Sunday. Il contient des articles intéressants provenant de divers journaux américains, mais aussi une section courrier du cœur intitulée Sexcetera, qui vient du Philadelphia Daily News. Particularité : deux chroniqueurs différents y répondent : Steve est dans la cinquantaine, marié depuis 20 ans avec sa seconde femme, tandis que Mia est dans la vingtaine, célibataire. Ça met du piquant dans les réponses!

- Autre perle, d’un tout autre ordre, lue dans le quotidien San Antonio Express News du dimanche 25 novembre. Il devait y avoir à Austin, Texas, une célébration interreligieuse de l’Action de Grâces le 15 novembre dernier. Problème : la Hyde Park Baptist Church qui possède le terrain où doit avoir lieu la fête décide de se retirer, parce que ses dirigeants ont appris que des musulmans seraient à la célébration. Ils disent ne « pas pouvoir fournir d’espace de prière à des non-chrétiens sur une propriété de leur église »… Mais attendez, la célébration a quand même eu lieu. Où? Je vous le donne en mille : la Congrégation juive Beth Israel a accepté que l’événement ait lieu dans sa synagogue! Faut le faire!

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