lundi 26 novembre 2007

De Tent Rocks (Nouveau-Mexique) au Texas, en passant par les cavernes de Carlsbad

Lundi 19 novembre (jour 180)
(Camping de Cochiti Lake, Nouveau-Mexique)

Nous avons bien dormi toutes les deux. Nous prenons notre temps sous le soleil, tout en restant dans Westy, car il souffle un petit vent froid. Nous arrivons à Tent Rocks, vers 11h30. Ici, à l’abri du vent, il fait chaud. Nous marchons sur le sentier (3 miles-5 km) aller-retour) qui pénètre dans un très étroit canyon sur les bords duquel sont perchées de curieuses « cheminées de fée » (hoodoos). Ces cônes sont le résultat d’éruptions volcaniques datant de 6 à 7 millions d’années. Les dépôts (ponce, tuf, roche magamatique) laissés par les éruptions sont devenus des canyons et des arroyos (cours d’eau temporaires) sous l’action du vent et de l’eau.

Le décor est exceptionnel. Nous rencontrons plusieurs autres visiteurs. Bien des gens prennent des vacances à l’occasion du congé de l’Action de Grâce, une fête très importante aux États-Unis. Le sentier se corse dans la dernière partie avec des marches et des lacets, mais plus nous nous élevons et plus la vue est belle. Le sentier est poudreux et nous soulevons de la poussière, même si nous marchons lentement. Arrivées en haut, nous prenons le temps de manger notre lunch et apprécions la chaleur du soleil et les formes fantaisistes des amalgames rocheux. Certaines cheminées de fée sont toutes petites et en forme de champignons.

Nous redescendons prudemment les marches et les lacets pour éviter les dérapages. Certaines sections du canyon sont dépourvues de végétation, mais d’autres comptent quelques arbres (pins) et, dans la partie hors du canyon il y des cactus, des genévriers et des manzanitas, des arbres qui ressemblent à des tout petits arbousiers. Nous rencontrons des étudiants de l’Université du Nouveau Mexique en sortie géologique. Cette université compte 25 000 étudiants. Nous reprenons la route et décidons d’aller coucher à l’hôtel à Albuquerque`ce soir, pour aller faire un tour dans cette ville demain. Un randonneur rencontré dans le canyon nous a en effet dit que la ville méritait le détour.

Nous roulons environ 50 miles (80 km) avant d’atteindre cette ville où habitent plus de 500 000 personnes. Il est 16h30 et nous dénichons rapidement un Motel 6 pas cher, grâce au talent de Colette en matière de lecture de carte. Lorsque nous entrons dans une ville, c’est moi qui conduis et c’est Colette qui commande! Nous mangeons le restant de notre délicieux plat de gigot et patates, réchauffé au four micro-ondes.

L’hôtel n’est pas cher (43 $), mais vient avec quelques inconvénients : l’autoroute 40 (!) passe à quelques mètres, une couple d’affaires brinquebalent, et le personnel se retrouve dans la laverie, située en face de notre chambre. Comme ils parlent fort et écoutent la radio encore plus fort, c’est assez bruyant. Heureusement, à 18h00, tout ce beau monde plie bagage et c’est plus calme. Nous regardons un peu la télévision, j’écris le journal de voyage et nous nous couchons vers 22h30. Au moment où j’éteins la lumière, quelqu’un frappe à la porte… Quelqu’un d’autre frappera à la porte vers minuit aussi. Il y a aussi du bruit en haut : du va-et-vient, des portes claquées. Colette dormira mal, mais comme j’ai mis mes bouchons, ma nuit sera reposante.

Note du jour. Panneau à l'entrée du camping de Cochiti lake. Une image vaut mille mots, mais pour les lecteurs et lectrices qui ne maîtrisent pas l'anglais. "Des serpents à sonnettes fréquentent cet endroit. Ils sont des membres importants de la communauté naturelle. Ils n'attaquentpas, mais s'ils sont dérangés ou coincés, ils se défendront. Donnez-leur de l'espace et respectez-les."

Mardi 20 novembre (jour 181)

Je me lève vers 7h30, et, pendant que Colette complète sa nuit, je finalise le journal de voyage et je le mets en ligne, car nous ne savons pas quand nous aurons accès à internet au cours des prochains jours. Colette, une fois levée et douchée, met les photos en ligne. Après ma douche, je prends le temps de faire une longue séance d’étirements, car j’ai quelques tensions. Pendant ce temps, Colette commence à rapatrier nos affaires dans Westy. Elle en profite pour échanger quelques mots avec un Ontarien qui a aussi un petit RV, mais plus vieux que le nôtre.

John est le compagnon de Georgina. Il est artiste, elle écrit des livres et ils passent l’hiver dans le sud-ouest de l’Arizona. J’ai une longue conversation avec Georgina, qui est un vrai moulin à parole : son troisième livre va être publié incessamment et continue à parler de la vie de sa mère et de la sienne. Georgina a une soixantaine d’année, les yeux bleus et est métis. Sa mère, violée à 12 ans par des Blancs, lui a donnée naissance au Nouveau-Brunswick. Le reste est une histoire d’horreur dont Georgina a mis longtemps à se sortir, mais l'écriture est une puissante médecine…

J’achète les deux livres qui sont déjà publiés et nous échangeons. Cette femme a une mémoire phénoménale, une excellente connaissance de la réalité des Amérindiens en Amérique du Nord. Son compagnon est très sympathique et plus réservé qu’elle, mais ils vont bien ensemble et forment un beau couple. Ils nous conseillent d’éviter la ville d’El Paso, de prendre le temps d’aller voir les cavernes de Carlsbad, les étranges lumières nocturnes de Marfa et d’aller aux sources chaudes de Toyah.

Nous partons vers 12h45 et choisissons de prendre la route vers l’est puis le sud, plutôt que de faire un tour de ville. Notre prochaine destination est le Carlsbad Caverns National Park, recommandé par Georgina et coté trois étoiles par le Guide Bleu. En route, nous remarquons que la lune est levée, dans un ciel tout bleu : il est 14h30! Nous croisons au loin un très long train dont les wagons transportent des containers superposés. Nous roulons plus de 200 km sans traverser aucun village, dans une plaine qui rappelle beaucoup la Saskatchewan, étangs et canards en moins. Nous pensions nous arrêter à Ramon, un petit point indiqué sur la carte, mais, il n’y a absolument rien à Ramon, à part une entrée de ranch et un petit bar abandonné depuis longtemps…

Aucun arbre, sol et végétation desséchés, entrées de ranchs, route rectiligne à deux voies de chaque côté : Westy a son baptême de vitesse, car rouler à 120 et même 130 km n’est pas un problème ici! Colette doit me rappeler à l’ordre par moments! Je lui dis que c’est parce que nous avons le vent dans le dos… Juste avant d’arriver à Roswell (61 000 habitants), il y a quelques arbres et nous voyons deux champs circulaires tout verts (irrigation) : des vaches dans l’un et des moutons dans l’autre. Roswell est une ville où, semble-t-il, a eu lieu ce qu’on appelle
« l’incident de 1947 » relatif aux extra-terrestres.

Résultat : un musée et « centre de recherche » sur les OVNIS… Les commerces font bien sûr du pouce sur le phénomène et proposent une panoplie de souvenirs sur ce thème. Mais il y a des choses plus sérieuses dans cette ville, dont le New Mexico Military Institute, 74 églises et des compagnies reliées à l’industrie aérospatiale. Le comté de Chavez, où se trouve la ville, compte également des dizaines de milliers de têtes de bétail (vaches laitières et moutons surtout) et produit des tonnes de foin et de lait. On y trouve aussi des vergers de pacanes.

Nous faisons une épicerie dans un magasin bien approvisionné : Albertson’s. Nous suivons les indications pour un camping pour VR et aboutissons dans un endroit pas cher (20 $), mais où il n’y a pas de toilettes et pas de gardien (auto-enregistrement). Comme il fait nuit et que nous n’avons pas le goût de chercher autre chose, nous improvisons un pot de chambre en mettant de l’eau avec un peu de savon à vaisselle dans notre chaudière (seau, pour les Français).

Colette se fait une salade au poulet (acheté tout rôti) et je passe le restant de pommes de terre à la poêle avec de l’ail et des morceaux de poulet. Les deux plats sont délicieux, surtout accompagnés d’un White Zinfandel du Nouveau-Mexique! Le White Zinfandel est en fait un vin rosé (le Red Zinfandel est un vin rouge). La température extérieure est assez douce. Nous avons perdu de l’altitude depuis ce matin, car nous sommes maintenant à environ 4000 pieds (1200 m).

Je prends congé d’écriture et d’ordinateur ce soir. C’est Colette qui écrit les points saillants de la journée. Je lis le journal de Sanfa Fe. Nous refaisons le point sur la suite de notre voyage, car les suggestions de Georgina et John modifient un peu notre itinéraire. Une fois de plus, le logiciel de Colette se révèle bien utile.

Notes du jour

- Selon la brochure touristique de Roswell (qui date de 2004), en collaboration avec McDonnell Douglas, la Eastern New-Mexico University offre un programme de simulation de vol utilisé par plusieurs compagnies, dont Bombardier.

- Toujours selon la même brochure, la valeur de la production de lait en 2001, dans le comté de Chavez à été de plus de 222 millions de dollars (plus de 1,5 milliard de livres de lait).

- Parmi les 74 églises de Roswell, il y a le Kingdom Hall of Jehovah’s witnesses, mais aussi la Spanish Cavalry Baptist Church, la Cavalry Baptist Church, la Church of Christ South-Main, la Church On The Move... J’imagine qu’il y a un lien avec la liberté de culte.

Mercredi 21 novembre (jour 182)

La chaudière s’est révélée bien utile cette nuit et ce matin et je l’ai discrètement vidée dans l’égout de notre site. Comme il fait froid et que nous sommes un peu lâches, nous décidons d’aller essayer le déjeuner chez IHOP (International House of Pancakes), une chaîne de restaurants ouverts 24h sur 24. Nous convenons toutes les deux que c’était une mauvaise idée…
Avant de quitter la ville, nous
faisons quelques petites commissions et réparons le loquet du garde-robe avec du tape gris, afin qu’il reste bien fermé. Je prends des photos du très beau bâtiment au centre-ville de Roswell. Je dois en faire le tour avant de voir qu’il s’agit du palais de justice du comté.

Nous roulons environ 70 miles (110 km) avant d’arriver à Carlsbad. Nous faisons le plein d’essence et dînons dans le stationnement du Wal-Mart local. Nous pensions aussi faire le plein de propane, mais nous n’avons pas vu de station qui en vendait. Nous nous rendons près du parc, en pensant en trouver, mais au camping pour VR, on nous dit qu’il faut retourner à Carlsbad, qui est à 35 km. Comme notre réservoir a vraiment besoin d’être rempli (nous espérons régler nos problèmes de chauffage), nous rebroussons chemin. Malheureusement, à 15h30, le seul endroit qui vend du propane à Carlsbad est déjà fermé, car c’est l’Action de Grâces demain).

Je téléphone au camping KOA qui est à environ 15 miles de là pour vérifier s’il a du propane à vendre. Il en a et nous y allons, mais ce plein nous aura coûté cher en temps et en essence : 100 km aller-retour! Petite consolation : nous voyons un petit groupe de géocoucous s’épivarder lorsque nous ressortons du camping (voir note du jour, plus bas, si vous ne savez pas ce qu’est un géocoucou). Trop loin pour une photo, mais c’est rigolo! Nous revenons au camping près de l’entrée du parc national vers 17h00.
Avant de nous installer pour la nuit, nous prenons nos courriels et consultons la météo : le temps de gâte sérieusement pour les prochains jours, avec des nuits à 0ºC et des possibilités de neige! Les températures vont aussi descendre sur la côte du Texas, où nous espérions trouver le soleil et la chaleur : le moral de Colette vient d’en prendre un coup!
En nous installant, nous réalisons que le camping, qui est géré par l’auberge du coin, est un peu à l’abandon, mais le nécessaire est là : un branchement électrique, de l’eau et une toilette. J’essaye de remonter le moral de Colette en lui disant que nous pouvons changer notre itinéraire. Nous regardons les cartes géographiques, rebrassons l’itinéraire et convenons de voir au jour le jour.

Rituel vespéral : souper, vaisselle, installation du rideau de romanichel (version améliorée) et un peu d’eau dans la chaudière (nouveau rituel), car la nuit s’annonce très frisquette.

Notes du jour
- J’ai enfin compris ce que KOA voulait dire aujourd’hui : Kamping Owners Association.

- Grand géocoucou est la traduction française de « roadrunner ».
Voici la définition de l’Office québécois de la langue française :
« Synonymes : géocoucou de Californie, coucou mexicain
Ordre : Cuculiformes; famille : Cuculidae.
Distribution : ouest des États-Unis, jusqu'en Louisiane et au Mexique. Habitat : semi-désert, chaparal, prairie, terres cultivées, parfois forêts humides. Taille : 51-61 cm (20-24 pouces).
Cet oiseau terrestre tient une place particulière dans l'imagerie populaire, un peu grâce à ses performances à la course - il peut courir à 20 km/h ou plus -, un peu grâce au fait qu'il tue et mange parfois de petits serpents à sonnettes. Il se contente normalement de proies moins dangereuses, comme les gauphres, souris, lézards, scorpions, tarentules et scolopendres, ainsi que gros insectes et divers fruits. » La photo ci-contre est celle que nous avons prise à Death Valley.

Jeudi 22 novembre (jour 183)

Nous avons entendu le grésil dans les fenêtres et sur le toit du Westy cette nuit et il en tombe encore. Je me lève de bonne heure parce que je m’inquiète pour le chauffage qui ne fonctionne toujours pas très bien malgré le remplissage du réservoir. Je me dis qu’en utilisant le chauffage ordinaire de Westy, la température monterait plus vite. Je démarre donc le moteur après avoir ouvert un peu le toit et une fenêtre de côté. Après environ 10 minutes, ma technique s’avère efficace. Pendant que l’avant et l’arrière du camion se réchauffent tranquillement, je retranscris mes notes manuscrites d’entrevue avec Daniel Gagnon, afin de commencer à préparer le texte pour PasseportSanté.net.

Pendant que nous déjeunons, il se met à neiger. Les flocons deviennent de plus en plus gros. C’est plutôt surréaliste, surtout qu’il y a environ 18h00, le ciel était bleu, le soleil brillait et il faisait environ 18ºC. Après le petit déjeuner, nous retournons dans le lobby de l’hôtel pour prendre nos courriels et pour nous réchauffer un peu.

J’appelle Gaël, qui pour ceux qui ne le savent pas est spéléologue, et je lui dis que nous sommes aux cavernes de Carlsbad. Dans ce parc national, une grande partie des 100 cavernes connues ne sont pas accessibles au public, notamment la caverne de Lechuguilla qui est visitée par seulement 100 spéléologues de haut calibre chaque année. Cette caverne fait plus de 120 miles (193 km) de long et est loin d’être complètement explorée. Elle recèle de grandes beautés et des formations uniques. Gaël pourrait bien aller y faire de la topographie un jour.

Nous nous rendons au Centre des visiteurs. Comme les installations sont en train d’être rénovées, les services sont offerts dans des locaux temporaires. Nous achetons nos billets pour la visite guidée de 14h00 dans le Palais du roi et, en attendant, commençons à explorer la caverne de Carlsbad par nous-mêmes, grâce à la location d’un audio-guide. Au lieu de prendre l’ascenseur qui descend à 750 pieds (230 m) en moins d’une minute, nous entrons dans la caverne en empruntant « l’entrée naturelle », un chemin asphalté qui descend en lacets parfois abrupts jusqu’à la « Grande salle ».

C’est Jim White, un jeune cow-boy de 16 ans, qui fut le premier à explorer la caverne en 1898, après avoir vu des chauves-souris en sortir par centaines de milliers. Cette colonie de chauves-souris habite la caverne depuis des milliers d’années et constitue une attraction touristique vraiment particulière : chaque soir, au coucher du soleil, de mai à octobre environ, elles émergent sous les yeux des touristes installés dans un amphithéâtre près de l’entrée de la caverne. Elles constituent l’« équipe de nuit » : elles dorment dans les profondeurs de la caverne le jour et migrent au Mexique à l’automne. Mais il y a aussi une « équipe de jour » : une colonie d’hirondelles nichent dans l’entrée de la caverne et vaque à ses occupations le jour. Elles aussi migrent vers le sud à l’automne. De 1903 à 1923, les excréments des chauves-souris ont été récoltés dans cette caverne pour servir d’engrais dans les vergers de Californie, une source de revenus appréciable pour la région.

La caverne est immense et les formations rocheuses qu’elle renferme sont vraiment spectaculaires : stalactites, stalagmites, hélictites, pailles, colonnes, draperies (regardez cette gueule de baleine!), perles. L’entrée de la caverne est si grande, qu’elle assure une circulation d’air parfaite jusque dans les profondeurs de la cavité. Cette caverne n’a pas été creusée par une rivière souterraine : elle résulte de la décomposition d’un plateau calcaire formé de sédiments marins. Les sédiments ont été dissous par des réactions chimiques entraînant la production d’acide sulfurique. Long processus « créateur » qui a duré en gros, 60 millions d’années

Après environ une heure de descente dans la pénombre, incluant de nombreux arrêts, nous arrivons à la Grande salle, qui porte bien son nom. Il y a même assez de place pour une boutique de souvenirs, une cafétéria et des toilettes. Nous mangeons une partie de notre lunch, puis repartons à la découverte. Nous ne nous lassons pas d’admirer les formes variées crées par l’eau, qui goutte à goutte se dépose, glisse et libère les minéraux qu’elle contient. Combien d’année pour cette colonne? On ne le sait pas, car cela dépend de la quantité d’eau qui s’infiltre dans le roc, mais cela se compte en millions de jours.

De nombreuses formations portent des noms particuliers : totem, théâtre chinois, "éléphant pas poli" (plus bas à gauche), iceberg. Pour ma part, je trouve que plusieurs d’entre elles ressemblent à des méduses. Nous terminons le tour de la grande salle vers 13h00 et mangeons à nouveau un morceau, en attendant la visite guidée de 14h00. Il fait environ 13ºC en permanence dans la caverne et le taux d’humidité y est très élevé. Bref, nous avons choisi la meilleure journée de l’année pour être à l’abri du 0ºC qu’il fait à l’air libre aujourd’hui!

Nous voilà dans le Palais du roi avec 73 autres personnes et deux rangers : l’un mène et parle, l’autre ferme la marche, car l’accès à ce site est restreint depuis 1993, afin d’éviter sa dégradation attribuable aux visites libres. Il y a même déjà eu des mariages et des soirées de danses dans cette salle! Le parc est visité par 500 000 personnes chaque année et certains jours, 4000 personnes sont dans la caverne. En apprenant ça, nous sommes encore plus heureuses d’être ici aujourd’hui, car il y a tout au plus 250 personnes en tout ici et nous étions seules lorsque nous sommes descendues par l’entrée naturelle ce matin.

J’imagine les deux avec dix fois plus de gens et je savoure le privilège d’entendre l’eau suinter et la tranquillité des lieux. Il nous est d’ailleurs demandé de chuchoter, car le sont voyage très bien et très loin ici. Ça crée une atmosphère spéciale, car lorsque nous rencontrons des rangers en patrouille, nous échangeons à voix basse. Après le palais du roi, nous traversons la salle du Papoose (enfant indien), puis, dans la Chambre de la reine, les rangers éteignent les lumières, et pendant quelques minutes, c’est le noir total. À ce propos, l’éclairage de la caverne est un compromis entre la sécurité des touristes et la préservation de l’atmosphère. C’est assez réussi et, bien sûr, toutes les lumières sont éteintes chaque soir.

Le ranger parlant en profite pour nous présenter les trois règles de trois en matière de sécurité lorsqu’on va explorer une caverne non surveillée : avertir trois personnes de l’endroit où on va et quand on pense revenir; être au moins un groupe de trois (si quelqu’un se blesse, une personne reste avec lui et l’autre va chercher du secours) et apporter trois sources indépendantes de lumière.

Pour remonter à la surface, nous prenons l’ascenseur. Nous avons passé cinq heures et demie extraordinaires sous terre, mais sommes bien contentes de retrouver l’air libre, bien qu’il soit froid, gris et brumeux. J’achète un CD Rom sur la caverne de Lechuguilla et nous sortons du parc pendant qu’il fait encore jour. Nous arrivons à Carlsbad vers 17h00 et prenons une chambre d’hôtel pour la nuit, car nous voulons être au chaud et au sec.

Nous nous préparons une petite assiette de fromages, pain, raisin et ouvrons un pinot noir de Californie qui s’avère correct sans plus. Nous regardons un bon film, mais plutôt déprimant, qui se passe en Russie, après un accident nucléaire (Pu-239). Nous revoyons une partie du film « La marche de l’empereur ». C’est Morgan Freeman qui fait la narration et le film est plus agréable ainsi qu’avec la voix française, grandiloquente, selon moi. J’écris le journal et nous nous couchons, au chaud et au sec.

Notes du jour

- L’Action de Grâces est une fête au moins aussi importante que Noël aux États-Unis. Commercialement parlant aussi, car le « boxing day » commence à 5h00 du matin chez Sears, Toys R’ Us, Best Buy et compagnie!

- Jim White, le jeune cow-boy qui a commencé à explorer la caverne en 1898 est tombé en amour avec elle. Il l’a exploré seul durant des années sans que personne ne prête attention à ses histoires. Lorsque la « mine » de guano a ouvert, il est devenu mineur de guano et a continué à en découvrir les nombreuses salles. Lorsque le site a été désigné parc national, il en est devenu le premier ranger. Ça s’appelle avoir de la suite sans les idées!

- Aujourd’hui, j’ai demandé à un ranger du parc de m’expliquer la différence entre un Monument national et un parc National aux États-Unis. C’pas compliqué : le président des États-Unis peut désigner un endroit monument national. C’est le Congrès, qui selon plusieurs critères, peut ensuite le décréter parc national. Par exemple, en 1923, les cavernes de Carlsbad sont devenues un monument national et, en 1930, elles furent désignées parc national. Quant aux Forêt nationales, elles sont gérées par le ministère des Forêts (U.S. Forest Service). Les parcs nationaux relèvent du ministère de l’Intérieur (Department of the Interior).

- Il y a aussi des National Recreation Area (NRA) : il s’agit d’endroits protégés, généralement près de grands réservoirs d’eau utilisés par le public (par exemple, le Lac Powell). Ils sont désignés par le Congrès et sont gérés par différents ministères : Department of the Interior, Department of Agriculture. Bureau of Land Management (Interior), U.S. Forest Service (Agriculture).

Vendredi 23 novembre (jour 184)

Ça fait exactement six mois que nous sommes parties! Nous mordons un peu sur l’heure du « check out » et quittons l’hôtel vers 11h15. Il fait froid, mais le temps est assez clair. Je repère un centre de recyclage et nous nous débarrassons de nos réserves de papier, carton, verre, plastique et métal. Nous prenons la route 285 vers le sud. Nous traversons un village qui s’appelle Loving et voyons une indication vers un village nommé Iraan. Ça m’intrigue ces noms, et j’aimerais bien connaître leur origine.

Nous arrivons au Texas, comme l’indique cette pancarte. Si vous agrandissez cette photo, vous verrez peut-être que les points blancs sur cette pancarte sont des traces de balles. Nous changeons d’heure (heure centrale) et n’avons plus qu’une heure de décalage avec Montréal. Le paysage est sec, plat, avec des mesas (collines au sommet plat) et la végétation est rare. Nous nous arrêtons à Pecos pour essayer d’obtenir de l’information sur les sources chaudes, mais on nous dit qu’il n’y en a pas près d’ici. Nous choisissons de ne pas insister et de continuer vers le sud, plutôt que de faire un détour incertain.

Nous traversons Orla, un village qui semble presque complètement abandonné. Peu avant Fort Stockton, nous remarquons ces quatre croix sur le bord de la route. Ce n’est pas la première fois que nous voyons une croix sur le bord d’une route, mais quatre, côte à côte, c’est particulier. Qu’est-il arrivé ici? Une série d’accidents de la route?

Nous nous arrêtons à Fort Stockton, dans le stationnement d’un McDonald. Nous mangeons dans Westy et prenons un café chez McDo. De retour sur la 285, les puits de pétrole commencent à surgir dans le paysage. Certains fonctionnent, d’autres sont immobiles. Nous voyons aussi pas mal d’éoliennes, ce qui nous surprend, mais un reportage sur les énergies alternatives nous apprend que 2,7 % des besoins énergétiques des Etats-Unis sont couverts par l’énergie éolienne, ce qui est pas mal. La route est rectiligne, en très bon état, et la limite de vitesse est très haute (80 miles/h ou 130 km/h). Ce qui est curieux, c’est que la limite de vitesse nocturne est plus basse.

Nous arrivons à Ozona vers 18h00 (heure du Texas) et magasinons un motel. Nous choisissons finalement le motel America’s Best Value Inn. Il n’y a pas de four à micro-ondes dans la chambre, mais il y en a un dans une salle communautaire tout près de notre chambre. En zappant à la télévision Colette tombe sur le film « La fièvre du samedi soir ». Mon Dieu que Travolta était mince! Colette se déchaîne et se déhanche à qui mieux mieux! Désolée, pas de photos… Nous rigolons. Nous nous couchons vers minuit, pas encore habituées à l’heure texane.

Notes du jour

- Nous avons quitté le Nouveau-Mexique avec un peu de tristesse. Cet État est la preuve que nos voisins du Sud sont loin d’être une seule entité. Le symbole apparaissant sur le drapeau du Nouveau-Mexique est le soleil des indiens Zia. Le chiffre quatre est sacré pour eux et les quatre rayons qui pointent dans les quatre directions ont la signification suivante : les quatre points cardinaux, les quatre saisons, les quatre moments du jour (matin, midi, soir et nuit) et les quatre âges de l’humain (enfance, jeunesse, âge adulte, vieillesse). Les indiens Zia croient également que l’humain a quatre obligations à remplir dans sa vie : un corps fort, un mental clair, un esprit pur et une contribution au bien-être des autres.


- Bienvenue au Texas! Cette affichette dans le lobby de l’hôtel en dit long sur la culture des armes… Ça fait vraiment drôle de lire que 40 fusils seront gracieusement remis comme prix de présence à cette fête locale.

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