vendredi 2 novembre 2007

Zion et Bryce : la magie des couleurs et de l'érosion

Lundi 29 octobre (jour 159)

Colette essaye de mettre des photos en ligne, mais la connexion internet est trop lente et peu fiable. Nous quittons le camping vers midi, comme d’habitude. Le paysage change dès que la route se met à monter, à quelques kilomètres de là. La terre et les montagnes sont rouges et la végétation est plus abondante.

Nous longeons la rivière Virgin, qui serpente dans la vallée. Nous sommes charmées par le joli et propret village de Springdale, juste avant l’entrée du parc national de Zion, où nous arrivons vers 13h30. Nous passons un moment dans le Centre des visiteurs, puis allons réserver un site au camping. Comme en Oregon, ce camping de parc national offre des sites avec électricité, ce qui fait notre affaire, car nous avons plusieurs choses à faire sur l’ordinateur (journal, itinéraire des prochains jours et projection jusqu’à notre retour à Montréal).

Nous dînons d’une salade laitue, tomates accompagnée d’esturgeon fumé, puis nous allons marcher sur le sentier qui mène aux « Emerald Pools ». Les couleurs de l’automne se marient ou contrastent à celle de la roche du canyon et donnent au décor une luminosité particulière. Le sentier est sablonneux par endroits et rocailleux à d’autres. Nous nous élevons un peu et pouvons admirer la base du canyon. Les petits bassins d’eau (il y a en à trois) sont verts à cause des algues qui y vivent.

Lorsque nous arrivons au troisième bassin (upper pool, le plus gros), une quinzaine de personnes sont là et plusieurs jettent de grosses roches dans l’eau. C’est bruyant et déconcertant! Un jeune adulte commence à se déshabiller et semble vouloir aller dans l’eau. Je vérifie ses intentions et lui dit que c’est interdit, comme des panneaux l’indiquent à l’entrée du sentier et aussi juste avant d’arriver au bassin. Question de protéger la fragile végétation du bassin. Il prétend qu’il ne le savait pas, mais il ne se baignera pas finalement. Après dix minutes, tout le monde est parti et nous retrouvons seules. Nous prenons le temps de méditer quelques minutes et retournons au camping après avoir marché environ 4 km.

Pendant que je rédige le journal, Colette prépare le souper : ce soir, ce sera un plat déshydraté de pâtes et crevettes auxquelles elle rajoute du brocoli cuit à la vapeur. Après le souper Colette utilise son super-logiciel de planification de voyage (Streets and Trips), pour que nous puissions organiser le reste de notre voyage en fonction du temps qu’il nous reste, des endroits où nous voulons nous arrêter et des distances à parcourir.

Note. Le canyon de Zion est constitué de grès, de clacaire et de schiste. Les parois abruptes, les dômes rocheux et les monolithes qui se dressent dans le canyon ont été creusés par la rivière Virgin dans des temps ou elle était plus impétueuse. C'est la présence d'oxyde de fer qui donne à la roche ses teintes de rouge dont les nuances varient selon le moment de la journée.


Mardi 30 octobre (jour 160)

La nuit a été douce, car il fait 17ºC ce matin. Après avoir préparé le petit déjeuner de Colette, je prends le mien au soleil sur la table. Le ciel est partiellement nuageux. Je prépare mon lunch et mon équipement, car je vais faire une randonnée de cinq heures aujourd’hui. Colette me dépose à 12h15 au début du sentier appelé Observation Point (13 km, 655 m d’élévation). Le ciel est maintenant presque complètement dégagé, mais la base du sentier est dans l’ombre. Comme ça grimpe pas mal, j’ai chaud assez rapidement et je me mets en short et en t-shirt pour le restant de la randonnée.

Le sentier monte à flanc de montagne grâce à des lacets qui permettent un gain d’élévation rapide et impressionnant. Puis, dans un détour, je me retrouve sans avertissement dans un canyon secondaire et le sentier s’aplanit. C’est magique, c’est génial, c’est extraordinaire. Je dérange quelques petits lézards qui prennent le soleil, j’admire les arbres qui poussent à cet endroit et je me penche prudemment pour essayer de voir le fond de ce canyon qui devient extrêmement étroit à sa base : comme c’est dans l’ombre, je ne distingue pas grand-chose, à part peut-être un peu d’eau.

Je continue mon ascension dans une autre série de lacets à flanc de montagne : d’un côté le roc coloré, de l’autre, le précipice. Partout où je regarde, c’est la puissance de la nature qui me fascine. Sur la crête finale, des conifères, de la sauge, un sol ocre et le soleil qui plombe : ça sent la pinède méditerranéenne! En haut, à 2000 mètres, je mange assise face au canyon dans toute sa splendeur et sa hauteur et sous l’œil très intéressé d’un tamia qui vient renifler mon sac à dos. Le regard porte très loin en cette journée claire.




J’entame la descente et, comme d’habitude je prends mon temps. Je prends d’autres photos et j’expérimente le retardateur pour prendre des photos de moi. Colette me contacte vers 16h30 avec le walkie-talkie. Nous convenons de nous retrouver en bas vers 17h30. J’arriverai finalement vers 18h15, soit six heures après avoir commencé ma randonnée. En descendant, je me fais doubler par un monsieur d’environ 65 ans, qui descend en courant! Il a du mettre deux fois moins de temps que moi à faire ce sentier! Il me rappelle mon père.

Pendant ma randonnée, Colette est retournée au camping. Un peu de farniente, mise en ligne de photos grâce à une connexion inattendue, téléphone à ses grands parents et randonnée d’une heure avant de venir m’attendre. Elle sort ses crayons de couleur et fait un croquis du paysage autour. Lorsque nous retournons au camping, je rattrape mon retard dans la rédaction du journal pendant que Colette prépare le souper : riz, oignons, piments rouges, goberge. Miam! Nous finissons la bouteille de vin entamée hier. Le ciel est complètement dégagé et la voie lactée est superbe. Il fait plus frais qu’hier à la même heure.

Mercredi 31 octobre (jour 161)

La nuit a été fraiche, avec une température probablement près de 0ºC. Il fait 11ºC dans Westy. Comme le village de Springdale est très proche (2 km max) et que nous sommes un peu lâches ce matin, nous choisissons d’aller déjeuner au restaurant. Nous faisons ensuite un peu de shopping dans les boutiques et au Centre des visiteurs. Pour quitter le parc, nous prenons la route Zion-Mount Carmel (la 9) et passons à travers un tunnel de 1,6 km de long, construit en 1930. Impressionnant, car il n’y a pas de système d’éclairage, ce qui le rend très sombre, sauf à deux ou trois endroits où des ouvertures laissent entrer la lumière du jour.

Pour emprunter ce tunnel, les véhicules qui font plus de 7 pieds 10 pouces de large (2,48 m, rétroviseurs inclus) ou plus de 3,5 m de haut doivent être escortés, car ils doivent rouler au milieu du tunnel. Le service d’escorte coûte 15 $. Des rangers postés à l’entrée et à la sortie du tunnel et équipés de walkie-talkie s’assurent que ces règles de sécurité sont respectées.

De l’autre côté du tunnel, nous prenons le temps de faire le sentier du « Lower canyon overlook ». Une autre heure d’émerveillement sous un soleil éclatant. Nous nous arrêtons pour faire une petite épicerie à Panguitch, puis nous nous arrêtons dans un camping privé tout près de Bryce Canyon, notre prochaine étape. Le camping s’appelle Ruby’s Inn (!) Campground et c’est la dernière journée avant la fin de la saison.

Le nom vient du surnom de Reuben C. Syrett, qui s’est installé ici en 1916. Après avoir visité le canyon, Ruby a commencé à en parler à ses amis, puis a installé des tentes et un service de repas pour les touristes. Lorsque le monument national (1923), puis le parc national ont été créés, Ruby a installé son « Tourist Rest » près de son ranch et l’a agrandi. Aujourd’hui, l’hôtel (Best Western- Ruby’s Inn) compte 266 chambres réparties dans sept bâtiments.

Nous préparons un souper de côtes de porc avec oignons sautés et pommes de terre et fèves en conserve. Colette fait la vaisselle pendant que je commence la mise à jour du blogue.

Note. Durant la haute saison touristique, la route qui entre dans la partie la plus visitée du canyon est interdite au véhicules privés ou commerciaux. Un service de navette gratuite permet de circuler dans le parc, ce qui réduit de beaucoup la congestion et la pollution. Lorsque nous sommes arrivées à Zion, lundi, c’était le premier jour où la route était ouverte aux autos privées. Les navettes étaient au repos pour l’hiver, près du camping Watchman.

Jeudi 1er novembre (jour 162)

Mes insomnies se poursuivent et Colette n’a pas très bien dormi non plus. Comme il a gelé cette nuit, le chauffage est parti plusieurs fois dans la nuit, mais au moins, cette fois-ci, il marchait! En revanche, la connexion internet ne fonctionne plus et Colette manque son rendez-vous de conversation en ligne avec sa mère. C’est décevant! Comme le camping est maintenant fermé, nous réservons une chambre à l’hôtel Ruby’s Inn pour ce soir, car nous voulons prendre le temps de visiter le parc.

Nous nous rendons au Centre des visiteurs pour nous renseigner sur les randonnées que nous pourrions faire aujourd’hui. Il fait très beau, mais frais aujourd’hui, soit environ 15ºC. Il faut dire que nous sommes environ à 7800 pieds (2300 m). Le parc national de Bryce Canyon est plus petit que celui de Zion, mais tout aussi spectaculaire. Il est formé de sédiments qui se sont déposés au fond de lacs durant des millions d’années. Ces derniers se sont transformés en une roche friable appelée « formation limoneuse de Wasach ».

Sous l’effet de l’érosion et des pressions tectoniques, un paysage fantastique s’est formé : arches, colonnes (hoodoos), tours, gradins forment une cité de pierre dans un écrin en forme d’amphithéâtre. Les différentes couleurs sont créées par la présence d’oxyde de fer (orange, brun, rouge) et de manganèse (bleu et violet). Le canyon apparaît subitement, à la lisière de la Dixie Forest et nous stupéfie. Nous l’explorons de l’intérieur en y marchant pendant environ trois heures, émerveillées par les couleurs, les formes, la végétation.

Nous roulons ensuite jusqu’au bout du parc pour admirer les différents points de vue grâce aux nombreux belvédères aménagés. Je fais une courte boucle (1,6 km) dans une forêt de pins à cône épineux, dont certains sont très vieux. Celui-ci a 1600 ans! La température a commencé à se rafraîchir et nous sommes d’autant plus contentes de dormir à l’hôtel ce soir. Pour 75 $, nous avons une grande chambre avec deux lits, un frigo, un four micro-onde, une télévision et une connexion internet. Nous soupons de nos restants et regardons la télévision.

Note. À Bryce canyon, il y a aussi un service de navette gratuite, mais la route qui pénètre dans le parc est ouverte à tous les véhicules, sauf certaines sections qui sont interdites à ceux qui mesurent plus de 25 pieds de long (7,62 m).

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