Mercredi 24 octobre (jour 154)
Alors, pourquoi une si mauvaise nuit? Un ours? Non. Des voisins pénibles? Non. Des trombes d'eau? Non. De la neige? On y est presque... mais ce n'est pas encore tout à fait ça.
Il a fait froid dans Westy cette nuit. Il fait 10ºC lorsque nous nous levons. Pourtant, le chauffage nous a réveillées de nombreuses fois : le ventilateur qui pousse l’air chaud dans l’habitacle est bruyant et il est juste sous nos têtes. Lorsque je me lève, je m’aperçois en plus qu’il ne fonctionne plus ce chauffage à la noix! Pourtant, nous sommes branchées!
Dans les minutes qui suivent, nous nous rendons compte de deux choses : le gaz est fermé parce que nous avons oublié de le rouvrir après avoir fait le plein d’essence hier. Résultat, le ventilateur poussait de l’air froid. Et aussi, nous avions mal fermé la porte coulissante, ce qui laissait entrer de l’air. Par-dessus le marché quelque chose dans l’air irrite les sinus de Colette, ce qui n’a pas aidé son sommeil. Bref, nous ne sommes guère en forme ce matin.
Après le petit déjeuner, Colette met Picasa à jour, nous faisons la vidange d’eau grise et remplissons notre réservoir d’eau potable à ras-bord en prévision de notre prochaine étape : Death Valley. Nous faisons le plein de propane, d’essence et de provisions aussi, question de ne pas être mal prises dans le désert…
À l’épicerie, nous profitons d’une promotion pour acheter une caisse de 12 Mike’s, car nous allons arriver en Utah d’ici quelques jours et il semble que l’alcool soit difficile à trouver dans cet état où les Mormons sont très présents.
En sortant de l’épicerie, un homme stationné à côté de nous me dit quelque chose en espagnol, que je ne comprends pas. Il me répète en anglais, mais je ne comprends toujours pas. Il me demande si je veux acheter des « tamales ». Je lui demande ce que c’est et combien ça coûte. Je finis par en acheter six au porc. C’est très bon : une crêpe de maïs fourrée avec du porc, encore chaude car sa femme vient juste de la faire. Et ça nous dépanne, car nous avons faim. C’est cuit à la vapeur et c’est un plat traditionnel des autochtones de l’Amérique centrale et du sud (il s’en vend même en conserve à l’épicerie!).
Nous prenons la route 395 vers le sud. La Sierra Nevada offre des paysages très exotiques pour nous. Nous nous sentons dans un autre monde. La route, un ruban noir et rectiligne, traverse des kilomètres de vallée désertique bordée de montagnes dépourvues de végétation, certaines avec un peu de neige sur leurs sommets. Étrange contraste entre la vallée où il fait 25ºC et ces hauteurs où la neige tient le coup.
Arrêt photo pour avoir un souvenir du superbe lac Crowley. Il s’agit en fait d’un lac artificiel crée en 1941, par la construction d’un barrage (Long Valley Dam). Un pipe-line de 225 miles (362 km) achemine l’eau jusqu’à Los Angeles. Le problème, c’est que rien ne se créant et rien ne se perdant, la dérivation des cours d’eau locaux a asséché le lac Owens. Cet écosystème a donc été considérablement affecté et des tempêtes de poussière ont également nuit à la qualité de l’air. Des inondations localisées et la plantation de végétation, financées par Los Angeles, contribuent à réduire ces problèmes.
Comme nous sommes toutes les deux fatiguées de notre mauvaise nuit, nous nous arrêtons tôt, dans un camping à Long Pine. Il fait chaud, mais comme il y a quelques arbres au camping et une petite brise, c’est agréable. Nous lisons nos courriels, prenons notre temps. J’écris le journal de voyage, puis, comme la température s’est suffisamment rafraîchie, je vais faire un tour au spa du camping. Je suis seule et j’en profite pour relaxer en admirant la lune, qui est presque pleine.
Jeudi 25 octobre (jour 155)
Ce matin il fait 16ºC et il n’y a aucune humidité dans Westy. Les oiseaux se rafraîchissent au pied des arbres, qui sont irrigués par un système d’arrosage. Colette prend aussi des photos d’un grenadier dans lequel il reste un fruit et des quelques chèvres en captivité du camping. Je mets le blogue à jour pour Yosemite, mais c’est long, car le lien internet est assez lent.
Après un arrêt au Centre d’information sur le parc de Death Valley et un dîner rapide, mais savoureux grâce au restant de tamales, nous prenons la route vers 13h30. Nous entrons peu après dans le parc national de Death Valley, ainsi nommé, car les premiers blancs à s’y aventurer, en 1849, s’y sont perdus et ont du abandonner tous leurs biens pour sauver leur peau. Le raccourci qu’ils pensaient trouver vers la Californie en passant par là a bien failli être leur tombe.
Je conduis et je trouve la route particulièrement vertigineuse. Nous prenons de l’altitude et les précipices sont nombreux, mais ce qui est le plus impressionnant, c’est que la vallée au loin est immense. Ça donne l’impression que nous pourrions être tout simplement aspirées par ce grand vide. Le paysage est grandiose et exotique à souhait, déclinant des couleurs allant du jaune à l’ocre rouge. Nous nous arrêtons au Crowley Canyon, qui porte le nom d’un prêtre qui a œuvré de façon très active pour améliorer le sort des gens de la région.
Nous passons de 2000 à 5000 pieds (1500 m), puis de nouveau à 2000 pieds (600 m), puis revenons au niveau de la mer en l’espace de 125 km. Il fait très chaud et très sec. Nos lèvres sont desséchées et nous devons penser à les hydrater souvent.
Nous arrivons à Stovepipe Wells vers 16h30. Nous nous installons au camping du parc national. Ça ne coûte pas cher (12 $), mais pour ce prix, on a juste un bout de gravelle, pas d’arbre, pas de table et pas de douche. Comme le soleil décline, nous avons quand même de l’ombre sur le côté de Westy et nous en profitons pour relaxer un peu. Colette prépare son fameux bœuf haché stroganoff grâce à un sachet de Hamburger Helper. Il fait 32ºC dans Westy.
Lorsque la nuit tombe et que la pleine lune se lève, nous allons marcher dans les dunes qui sont à 3 km de là. Comme d’autres personnes, nous laissons Westy sur le bord de la route et profitons de l’éclairage naturel (nous avons quand même nos lampes de poche et de l’eau, au cas où). Je trouve l’endroit absolument magique et, comme la température a baissé un peu, la chaleur n’est plus écrasante. Colette n’est pas trop rassurée, car elle a peur de rencontrer un serpent à sonnette et aussi parce que nous ne voyons plus Westy, caché par les replis des dunes.
Nous marchons sur la crête d’une dune, puis nous arrêtons. Je m’allonge sous la lumière de la lune et je profite de la tranquillité et de l’énergie particulière de cet endroit. Les courbes du sable me rappellent les premières images, sublimes, du film « Le patient anglais ». Au retour, nous nous couchons vers 20h00, bien décidées à rattraper quelques heures de sommeil. Il fait 27ºC dans Westy : quel contraste avec les nuits de Yosemite, il y a seulement quelques jours! Colette a pris congé de tuque et de combine…
Note. Le nom Death Valley donné à ce parc a beaucoup dérangé les autochtones qui y vivaient, car, pour eux, cet endroit était leur lieu de vie et
n’était pas du tout associé à la mort. Les Timbisha Shoshone s’étaient naturellement établis près des points d’eau. Au cours des années 1880 et suivantes, les compagnies minières (or, argent et borax surtout) ont obtenu des droits sur ces sources et sur les terrains qui avaient été occupés par cette tribu depuis des milliers d’années.
Toutes les histoires des Premières nations se ressemblent : les Timbisha Shoshone ont été forcés de quitter leurs terres ancestrales et ont été relocalisés plusieurs fois dans des endroits peu adaptés à leur mode de vie. Finalement, en 1936, ils ont été une fois de plus déracinés et installés près de ce qui est maintenant appelé Furnace Creek. Ils y sont toujours, malgré la volonté des autorités de les évincer du parc national, créé en 1933.
En 2000, le Congrès américain a adopté le Timbisha Homeland Act, qui a rétrocédé 7000 acres (2800 hectares) aux Timbisha, dont 300 acres (121 hectares) sont dans le parc national. La tribu est encore en processus de guérison de plus de 150 ans de bouleversements radicaux. Cruelle ironie : en 1910, presque toutes les activités minières avaient cessé, mais le mal était fait. La Californie est quand même le principal producteur mondial de borax.
Vendredi (jour 156)
Après une bonne nuit de sommeil, nous sommes debout à 8h00. Il fait 17ºC dans Westy ce matin. Nous nous rendons au Mosaic Canyon, à quelques kilomètres du camping. Les parois de marbre sont polies et magnifiques. Il est très étroit au début du sentier, puis s’élargit un peu par la suite. Après environ 30 minutes de marche, nous arrivons dans une section plus large. Colette rebrousse chemin et je me rends au bout du sentier, ce qui demande un peu de « grimpignage » sur de la roche très lisse. Je rejoins Colette vers midi.
Pour nous rendre à notre prochaine étape, Furnace Creek, nous repassons devant les dunes et Colette prend quelques photos, mais comme il n’y a pas d’ombre, les contrastes ne sont pas bien rendus. Il fait très chaud et le paysage est quelque peu voilé. Après 45 km dans la fournaise de Westy, nous arrivons à Furnace Creek vers 13h30. Nous trouvons un coin à l’ombre dans le stationnement du Centre des visiteurs et en profitons pour dîner. Nous allons réserver un site de camping. Ici, il y a des sites avec des arbres et il y a aussi des tables.
Nous roulons environ 25 km dans des paysages spectaculaires et désolés pour nous rendre à Bad Water, endroit ainsi nommé, car la mule du premier Blanc à s’aventurer ici a refusé de boire cette eau très salée. Sur place, nous marchons sur une plaine salée toute blanche, résidu de l’immense lac qui couvrait la vallée tout entière. Au loin, la Sierra domine tout le paysage. L’endroit est très connu, parce qu’il est situé sous le niveau de la mer soit à – 282 pieds (86 m).
Sur le chemin du retour, nous faisons un arrêt au Devil’s Golf Course, une immense étendue de formations salines sculptées par le vent et la pluie. Tout un défi pour les golfeurs en effet, même ceux qui auraient fait un pacte avec le diable!
Toujours sur le chemin du retour vers le camping, nous prenons la Artist’s Drive, une boucle qui mène à la Artist’s Palette. À cet endroit, des collines volcaniques affichent des couleurs spectaculaires. Nous nous promenons un peu dans cet endroit magique. De retour au camping, nous profitons de la connexion internet sans fil près du Centre
des visiteurs pour prendre nos messages. Colette a un coup de fatigue et s’allonge pour quelques minutes, mais finalement, la fatigue l’emporte et elle reste couchée pour la nuit. Je m’occupe de la vaisselle, je lis et je la rejoins assez tôt, car nous avons l’intention de nous lever tôt demain.
Note. Les températures mesurées à Death Valley sont impressionnantes. C’est un des endroits les plus chauds au monde. En juillet, il fait 46ºC en moyenne le jour et 31ºC la nuit. En 1913, à Furnace Creek, on a enregistré une température de 134 F (56ºC). Seul le désert du Sahara a surpassé ce record, soit 136 F (58ºC) en 1922. Comme la température du sol est généralement 40% plus élevée que celle de l’air ambiant, mieux vaut être bien chaussé.
Samedi 27 octobre (jour 157)
Le réveil sonne à 5 heures, car nous voulons être à Zabriskie Point pour le lever du soleil. Comme je vais faire une randonnée à partir de là, je me prépare un lunch. Colette est un peu coma, mais elle suit, et nous voilà dans le stationnement vers 6h15. Le soleil n’est pas levé et il y a des nuages. Réussira-t-il à les traverser et à éclairer de sa lumière matinale les strates multicolores des « badlands »? Nous ne sommes pas seules à espérer. Trois photographes sont déjà là et d’autres personnes arrivent.
Le soleil restera très voilé, mais colorera brièvement les nuages de sa lumière caractéristique. Je prends le sentier qui mène au Golden Canyon vers 7h45. Pendant la première heure, je serai complètement seule, à part un autre randonneur que je vois au loin sur les crêtes des collines. Les mots sont difficiles à trouver pour décrire comment je me sens dans cet endroit magique. Les collines de badlands sont séparées par d’étroits canyons dans lesquels on peut marcher facilement.
La piste est clairement indiquée par des poteaux bruns en métal. Je peux donc bifurquer et explorer divers endroits en gardant un œil sur les repères de la piste principale. Dès que je m’élève un peu, la vue est splendide, extraordinaire et, lorsque j’atteins le « Manly Beacon » c’est la vue sur toute la vallée qui s’offre à mes yeux.
C’est vertigineux et immense. De là, je peux parler à Colette, grâce au walkie-talkie. Elle a commencé le sentier par l’autre bout et nous allons donc nous rencontrer.
Je longe ensuite une paroi appelée à juste titre, la Cathédrale rouge, puis je descends vers le Golden Canyon où je rejoins Colette vers 9h45. Nous revenons ensemble, émerveillées. Le soleil restera voilé, à l’exception de deux ou trois apparitions entre deux groupes de nuages. Nous dînons dans le stationnement du Centre des visiteurs où un petit « roadrunner » galope dans les bosquets. Il est comique, cet oiseau qui se déplace si rapidement au sol. Colette réussit à prendre une bonne photo, ce qui n’est pas évident, car il change de place souvent.
Nous prenons ensuite la route vers Las Vegas. Nous traversons des paysages désertiques et poussiéreux, un village décrépit, une ville en plein développement immobilier où des affiches publicisent les boutiques d’armes (gun shop). Il y en a même une qui propose des certificats cadeaux. Bienvenue au Nevada! Il y a aussi des casinos, bien avant Las Vegas. Un camping pour VR situé près de l’un d’eux annonce que les joueurs peuvent y séjourner gratuitement.
En arrivant à Las Vegas, vers 14h30, nous choisissons de faire un tour en Westy sur la fameuse « Strip » où se trouvent les principaux hôtels-casinos. Colette est déjà venue ici et veut me montrer une vue d’ensemble de cette fameuse avenue. Très mauvaise idée : c’est samedi, il fait très chaud, c’est super embouteillé et nous sommes debout depuis 5h30 du matin. Nous sommes fâchées l’une contre l’autre parce que je ne voulais pas vraiment venir à Vegas et Colette espérait quand même que je puisse apprécier l’extravagance de la ville. Je mets qui que ce soit au défi de trouver Vegas le fun, à 35ºC, dans un char qui met 30 minutes pour faire deux coins de rue.
Deuxième très mauvaise surprise lorsque nous réussissons à nous sortir de la congestion : tous les hôtels abordables (100 $ et moins) sont complets. Nous espérions pouvoir relaxer à l’air climatisé avant de nous jeter dans la cohue de la ville. Après bien du zigonnage, nous nous nous
rabattons sur le camping KOA, qui heureusement, a de la place, sinon nous étions décidées à quitter la ville, malgré notre fatigue.
Nous pensions avoir payé cher à Whistler, mais Las Vegas constitue notre record à 63 $. Et pour ce prix, nous avons en fait une place de stationnement avec une connexion électrique et de l’eau : pas de table et une vue sur trois gratte-ciel. Heureusement, nous n’aurons aucun voisin. Pour rendre justice au camping, il y a quand même une piscine et un bain-tourbillon extérieurs. Et puis, juste le fait d’avoir trouvé finalement un endroit, même imparfait, améliore notre humeur.
Nous prenons chacune une douche pour nous rafraîchir, ce qui achève de nous réconcilier et nous allons manger dans un des restaurants de l’hôtel-casino tout près du camping : le Circus Circus. Nous choisissons le buffet, qui se révèle correct, sans plus, puis nous prenons un autobus qui remonte la Strip. Je ne sais pas si c’est parce que je suis trop fatiguée, mais je ne trouve pas plus d’intérêt à Vegas de nuit que de jour. La température est plus agréable, certes, mais la foule et les décors extravagants ne m’inspirent pas. Colette, de son côté, trouve que depuis qu’elle est venue (1995), il y a beaucoup de nouveaux édifices et panneaux publicitaires qui noient la vue sur les hôtels connus (Luxor, Caesar Palace, Treasure Island, Mirage, MGM).
Après vérification dans internet, nous constatons que les spectacles du Cirque du soleil sont complets qui nous intéressaient (Ô, Love) sont complets pour le demain. Céline Dion est en relâche depuis deux semaines et, de toute façon son show est complet jusqu’en décembre. Nous partirons donc demain.
Dimanche 28 octobre (jour 158)
J’émerge vers 8h00 (grâce à un Ativan et des bouchons), mais Colette a été réveillée dans la nuit lorsque les fêtards sont venus rejoindre leur VR ou leur tente. Nous déjeunons tranquillement. Un oiseau s’époumone joliment, note bucolique dans cette ville de béton et d’asphalte. Colette prépare l’itinéraire pour notre étape d’aujourd’hui et appelle ses grands-parents. Il fait déjà très chaud à 10h00, soit 30ºC. Nous vidangeons notre réservoir d’eau grise et quittons le camping vers midi.
Avant de quitter Las Vegas, nous faisons une petite épicerie et le plein d’essence. La ville est en pleine construction à plusieurs endroits : grues gigantesques, trottoirs éventrées, bâtiments en rénovation. La route commence par le désert, puis change un peu lorsque nous nous approchons de l’Utah. À St George, nous suivons les indications pour le Centre d’information touristique (Utah Welcome Center), mais nous ne le trouvons pas. Une serviable réceptionniste d’hôtel fait une recherche dans internet et nous envoie au St George Temple information center, ce qui n’a rien à voir : c’est le centre des visiteurs d’un énorme temple mormon (The Church of Jesus Crist of Latter-day Saint)! Pour une photo du temple : http://www.lds.org/temples/main/0,11204,1912-1-37-0,00.html.
Nous partons bredouilles et irritées par ce contretemps. Le paysage a changé : la terre est rouge et les falaises environnantes affichent des strates de différents tons. C’est beau et exotique, mais j’avoue que j’ai hâte de voir des arbres, de la végétation. Nous nous arrêtons dans un camping près de Hurricane, à environ 50 km du parc national de Zion, notre prochaine étape. Il y a de nombreux sites ombragés et nous en profitons pour partager une Mike’s et quelques croustilles et lire un peu dehors. Comme d’habitude, je lis un roman et Colette, le Guide Bleu (guide de voyage). L’Utah est à « l’heure des montagnes », donc le décalage horaire avec Montréal est de deux heures, huit heures avec la France.
Je prends aussi le temps d’écrire le journal, car j’ai accumulé du retard dans les derniers jours. Nous sommes cependant assez disciplinées pour écrire presque chaque jour les points saillants, ce qui facilite beaucoup ma rédaction.
Dans les minutes qui suivent, nous nous rendons compte de deux choses : le gaz est fermé parce que nous avons oublié de le rouvrir après avoir fait le plein d’essence hier. Résultat, le ventilateur poussait de l’air froid. Et aussi, nous avions mal fermé la porte coulissante, ce qui laissait entrer de l’air. Par-dessus le marché quelque chose dans l’air irrite les sinus de Colette, ce qui n’a pas aidé son sommeil. Bref, nous ne sommes guère en forme ce matin.
Après le petit déjeuner, Colette met Picasa à jour, nous faisons la vidange d’eau grise et remplissons notre réservoir d’eau potable à ras-bord en prévision de notre prochaine étape : Death Valley. Nous faisons le plein de propane, d’essence et de provisions aussi, question de ne pas être mal prises dans le désert…
En sortant de l’épicerie, un homme stationné à côté de nous me dit quelque chose en espagnol, que je ne comprends pas. Il me répète en anglais, mais je ne comprends toujours pas. Il me demande si je veux acheter des « tamales ». Je lui demande ce que c’est et combien ça coûte. Je finis par en acheter six au porc. C’est très bon : une crêpe de maïs fourrée avec du porc, encore chaude car sa femme vient juste de la faire. Et ça nous dépanne, car nous avons faim. C’est cuit à la vapeur et c’est un plat traditionnel des autochtones de l’Amérique centrale et du sud (il s’en vend même en conserve à l’épicerie!).
Nous prenons la route 395 vers le sud. La Sierra Nevada offre des paysages très exotiques pour nous. Nous nous sentons dans un autre monde. La route, un ruban noir et rectiligne, traverse des kilomètres de vallée désertique bordée de montagnes dépourvues de végétation, certaines avec un peu de neige sur leurs sommets. Étrange contraste entre la vallée où il fait 25ºC et ces hauteurs où la neige tient le coup.
Jeudi 25 octobre (jour 155)
Après un arrêt au Centre d’information sur le parc de Death Valley et un dîner rapide, mais savoureux grâce au restant de tamales, nous prenons la route vers 13h30. Nous entrons peu après dans le parc national de Death Valley, ainsi nommé, car les premiers blancs à s’y aventurer, en 1849, s’y sont perdus et ont du abandonner tous leurs biens pour sauver leur peau. Le raccourci qu’ils pensaient trouver vers la Californie en passant par là a bien failli être leur tombe.
Nous passons de 2000 à 5000 pieds (1500 m), puis de nouveau à 2000 pieds (600 m), puis revenons au niveau de la mer en l’espace de 125 km. Il fait très chaud et très sec. Nos lèvres sont desséchées et nous devons penser à les hydrater souvent.
Nous arrivons à Stovepipe Wells vers 16h30. Nous nous installons au camping du parc national. Ça ne coûte pas cher (12 $), mais pour ce prix, on a juste un bout de gravelle, pas d’arbre, pas de table et pas de douche. Comme le soleil décline, nous avons quand même de l’ombre sur le côté de Westy et nous en profitons pour relaxer un peu. Colette prépare son fameux bœuf haché stroganoff grâce à un sachet de Hamburger Helper. Il fait 32ºC dans Westy.
Nous marchons sur la crête d’une dune, puis nous arrêtons. Je m’allonge sous la lumière de la lune et je profite de la tranquillité et de l’énergie particulière de cet endroit. Les courbes du sable me rappellent les premières images, sublimes, du film « Le patient anglais ». Au retour, nous nous couchons vers 20h00, bien décidées à rattraper quelques heures de sommeil. Il fait 27ºC dans Westy : quel contraste avec les nuits de Yosemite, il y a seulement quelques jours! Colette a pris congé de tuque et de combine…
Note. Le nom Death Valley donné à ce parc a beaucoup dérangé les autochtones qui y vivaient, car, pour eux, cet endroit était leur lieu de vie et
Toutes les histoires des Premières nations se ressemblent : les Timbisha Shoshone ont été forcés de quitter leurs terres ancestrales et ont été relocalisés plusieurs fois dans des endroits peu adaptés à leur mode de vie. Finalement, en 1936, ils ont été une fois de plus déracinés et installés près de ce qui est maintenant appelé Furnace Creek. Ils y sont toujours, malgré la volonté des autorités de les évincer du parc national, créé en 1933.
En 2000, le Congrès américain a adopté le Timbisha Homeland Act, qui a rétrocédé 7000 acres (2800 hectares) aux Timbisha, dont 300 acres (121 hectares) sont dans le parc national. La tribu est encore en processus de guérison de plus de 150 ans de bouleversements radicaux. Cruelle ironie : en 1910, presque toutes les activités minières avaient cessé, mais le mal était fait. La Californie est quand même le principal producteur mondial de borax.
Vendredi (jour 156)
Pour nous rendre à notre prochaine étape, Furnace Creek, nous repassons devant les dunes et Colette prend quelques photos, mais comme il n’y a pas d’ombre, les contrastes ne sont pas bien rendus. Il fait très chaud et le paysage est quelque peu voilé. Après 45 km dans la fournaise de Westy, nous arrivons à Furnace Creek vers 13h30. Nous trouvons un coin à l’ombre dans le stationnement du Centre des visiteurs et en profitons pour dîner. Nous allons réserver un site de camping. Ici, il y a des sites avec des arbres et il y a aussi des tables.
Toujours sur le chemin du retour vers le camping, nous prenons la Artist’s Drive, une boucle qui mène à la Artist’s Palette. À cet endroit, des collines volcaniques affichent des couleurs spectaculaires. Nous nous promenons un peu dans cet endroit magique. De retour au camping, nous profitons de la connexion internet sans fil près du Centre
Note. Les températures mesurées à Death Valley sont impressionnantes. C’est un des endroits les plus chauds au monde. En juillet, il fait 46ºC en moyenne le jour et 31ºC la nuit. En 1913, à Furnace Creek, on a enregistré une température de 134 F (56ºC). Seul le désert du Sahara a surpassé ce record, soit 136 F (58ºC) en 1922. Comme la température du sol est généralement 40% plus élevée que celle de l’air ambiant, mieux vaut être bien chaussé.
Samedi 27 octobre (jour 157)
La piste est clairement indiquée par des poteaux bruns en métal. Je peux donc bifurquer et explorer divers endroits en gardant un œil sur les repères de la piste principale. Dès que je m’élève un peu, la vue est splendide, extraordinaire et, lorsque j’atteins le « Manly Beacon » c’est la vue sur toute la vallée qui s’offre à mes yeux.
Je longe ensuite une paroi appelée à juste titre, la Cathédrale rouge, puis je descends vers le Golden Canyon où je rejoins Colette vers 9h45. Nous revenons ensemble, émerveillées. Le soleil restera voilé, à l’exception de deux ou trois apparitions entre deux groupes de nuages. Nous dînons dans le stationnement du Centre des visiteurs où un petit « roadrunner » galope dans les bosquets. Il est comique, cet oiseau qui se déplace si rapidement au sol. Colette réussit à prendre une bonne photo, ce qui n’est pas évident, car il change de place souvent.
En arrivant à Las Vegas, vers 14h30, nous choisissons de faire un tour en Westy sur la fameuse « Strip » où se trouvent les principaux hôtels-casinos. Colette est déjà venue ici et veut me montrer une vue d’ensemble de cette fameuse avenue. Très mauvaise idée : c’est samedi, il fait très chaud, c’est super embouteillé et nous sommes debout depuis 5h30 du matin. Nous sommes fâchées l’une contre l’autre parce que je ne voulais pas vraiment venir à Vegas et Colette espérait quand même que je puisse apprécier l’extravagance de la ville. Je mets qui que ce soit au défi de trouver Vegas le fun, à 35ºC, dans un char qui met 30 minutes pour faire deux coins de rue.
Deuxième très mauvaise surprise lorsque nous réussissons à nous sortir de la congestion : tous les hôtels abordables (100 $ et moins) sont complets. Nous espérions pouvoir relaxer à l’air climatisé avant de nous jeter dans la cohue de la ville. Après bien du zigonnage, nous nous nous
Nous pensions avoir payé cher à Whistler, mais Las Vegas constitue notre record à 63 $. Et pour ce prix, nous avons en fait une place de stationnement avec une connexion électrique et de l’eau : pas de table et une vue sur trois gratte-ciel. Heureusement, nous n’aurons aucun voisin. Pour rendre justice au camping, il y a quand même une piscine et un bain-tourbillon extérieurs. Et puis, juste le fait d’avoir trouvé finalement un endroit, même imparfait, améliore notre humeur.
Après vérification dans internet, nous constatons que les spectacles du Cirque du soleil sont complets qui nous intéressaient (Ô, Love) sont complets pour le demain. Céline Dion est en relâche depuis deux semaines et, de toute façon son show est complet jusqu’en décembre. Nous partirons donc demain.
Dimanche 28 octobre (jour 158)
Avant de quitter Las Vegas, nous faisons une petite épicerie et le plein d’essence. La ville est en pleine construction à plusieurs endroits : grues gigantesques, trottoirs éventrées, bâtiments en rénovation. La route commence par le désert, puis change un peu lorsque nous nous approchons de l’Utah. À St George, nous suivons les indications pour le Centre d’information touristique (Utah Welcome Center), mais nous ne le trouvons pas. Une serviable réceptionniste d’hôtel fait une recherche dans internet et nous envoie au St George Temple information center, ce qui n’a rien à voir : c’est le centre des visiteurs d’un énorme temple mormon (The Church of Jesus Crist of Latter-day Saint)! Pour une photo du temple : http://www.lds.org/temples/main/0,11204,1912-1-37-0,00.html.
Je prends aussi le temps d’écrire le journal, car j’ai accumulé du retard dans les derniers jours. Nous sommes cependant assez disciplinées pour écrire presque chaque jour les points saillants, ce qui facilite beaucoup ma rédaction.
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