Vendredi 2 novembre (jour 163)
Après avoir déjeuné dans la chambre de l'hôtel Ruby's Inn à Bryce Canyon, je mets le blogue à jour. Nous allons faire un tour à la boutique de l’hôtel. Il y a beaucoup d’œuvres d’artistes Navajo et Hopi. Je m’achète un aimant affichant le logo de Ruby’s Inn et un T-shirt du même acabit. Ce n’est pas tous les jours que je peux trouver des choses portant mon nom. Avant de quitter le coin, nous mangeons au restaurant de l’auberge : le buffet se révèle un bon choix et nous avons tendance à nous empiffrer.
Avec tout ça, il est 13h00 lorsque nous reprenons la route. Nous revenons un peu sur
nos pas et repassons par le Red Canyon. Nous longeons le ruisseau Assay, qui fait de très jolis méandres. Dans le coin, il y a de l’élevage de moutons et de vaches, quelques chevaux aussi. Le paysage est composé de roche sculptée, plissée, colorée (rouge, rose, beige) et plus nous approchons du lac Powell, plus les falaises sur le bord de la route 89 deviennent impressionnantes. Colette est très détendue et très rigolote : elle adapte des chansons connues à notre voyage, avec plus ou moins de finesse, mais ça met de l’ambiance. Comme d’habitude, depuis un moment, c’est elle qui conduit.
Nous longeons la frontière nord de l’Arizona, puis entrons dans cet état peu avant Page, la ville au bord du Lac Powell. Cette dernière a été créée en 1957 seulement, un an après le début des travaux du barrage. Le lac Powell est un lac artificiel qui est né dans la controverse. Le territoire appartenait aux Navajos, qui ont accepté de l’échanger contre une superficie équivalente dans le sud de l’Utah.

En 1956, le congrès américain acceptait le projet de barrage qui devait inonder ce très long canyon dans lequel coulait le Colorado. Une polémique nationale en a résulté, menée, non pas par les Navajos, mais par les défenseurs des sites naturels qui déploraient la perte d’habitat pour de nombreuses espèces animales et végétales,
ainsi que la perte de sites historiques et archéologiques. Le barrage a été complété en 1966. Le lac, alimenté par plusieurs rivières (Colorado, Escalante, San Juan et Dirty Devil), n’a atteint sa pleine capacité qu’en 1980.
Pour construire le barrage et la centrale électrique, on a coulé du béton durant trois ans, 24 h sur 24. Il a 710 pieds de haut (216 m). Le lac Powell mesure 290 km de long et a 3600 km de rivage, car tous les canyons secondaires ont aussi été remplis. Lorsqu’il est plein, sa profondeur est de 170 m (557 pieds).
Nous allons chez Safeway, notre épicerie préférée, car nous y avons nos habitudes. Nous passons devant un camping pour VR qui ne nous inspire pas du tout, ce qui fait
que nous revenons sur nos pas pour aller camper près du lac Powell, dans la Glen Canyon national recreation area. La passe que nous avons achetée pour les parcs nationaux nous permet aussi d’accéder à ce type de parc. Les points de vue sur le lac sont superbes et comme le soleil est en train de se coucher, les couleurs sont particulièrement intenses.
Nous nous installons au camping vers 17h00. Nous avons une vue superbe sur le lac, un branchement électrique et internet (non prévu, mais nous connectons au réseau de l’hôtel du parc) pour 15 $. C’est le meilleur prix que nous ayons eu du voyage, mais c’est un prix spécial, car nous n’avons pas accès à l’égout, qui est défectueux sur ce terrain. Aucune importance pour nous puisque nous ne l’utilisons pas. Nous préparons un souper de pâtes avec sauce rosée Bertoli à la vodka et suppléments d’oignons et de crevettes. C’est délicieux, même si le vin est plutôt moyen (peut-être à cause des changements de températures depuis son achat à San Francisco).
Note du jour. Depuis notre départ, nous avons
oublié très peu de choses. En voici la liste : une bâche bleue (Françoise, Canada), une paire de gougounes (Françoise, Vanderhoof, Canada) et les deux cales de niveau pour Westy (nous deux, Lac la Hache, Canada).
Deuxième note du jour. Lorsque nous sommes dans une chambre d’hôtel, j’apprécie beaucoup le fait que je peux éparpiller mes affaires sans trop les mettre en ordre. Dans Westy, c’est très différent, car, pour y vivre de façon agréable, il est impératif de tout remettre à sa place immédiatement après usage (surtout avec Colette : ordre et méthode!).
Samedi 3 novembre (jour 164)
Ma meilleure nuit depuis longtemps. Nous sommes en mode farniente aujourd’hui. Colette chatte avec sa mère dans internet. Nous quittons le camping vers 11h30 et allons à l’hôtel du parc pour réserver une croisière sur le lac pour demain. C’est là que nous nous apercevons qu’il est en fait 10h30, car l’Arizona reste à la même heure (mountain time) toute l'année.
Nous nous baladons au bord de l’eau près de l’hôtel. Il y a des canards noirs avec un bec pâle près de la rive : ils ont une façon très élégante et souple de plonger dans l’eau. Nous allons nous promener sur les quais de la grande marina de Wahweap où des centaines bateaux-pontons sont sagement alignés. La plupart sont assez gros pour accueillir une petite famille. Certains ont des noms assez inspirés (voir colonne de gauche). Tout ça respire l’opulence et c’est bien agréable de marcher en se faisant chauffer la couenne sous le soleil.
Des canards et d’autres oiseaux aquatiques nous suivent de près, espérant quelque chose à manger sans doute.
Nous les observons, amusées par leur manège, puis remarquons que de gros poissons aussi nagent près des quais, en quête de nourriture. Un homme s’amuse avec son chien en envoyant une balle jaune dans l’eau. Le pitou se jette à l’eau nage, saisit la balle dans sa gueule, puis reprend pied de l’autre côté du petit bras d’eau. Il s’ébroue, rejoint son maître et le manège recommence. Nous regardons, amusées. Quel luxe et quel privilège de pouvoir vivre simplement et pleinement ce moment! C’est le bonheur de l’instant présent.
Nous retournons au camping pour manger une petite croûte, puis nous allons à la plage,
dont le grand stationnement est désert. Je tâte l’eau avec mes pieds. Le bord est à une bonne température, mais après ça se refroidit. Après un moment, je décide de mettre mon maillot de bain et de m’essayer. Je rentre progressivement dans l’eau, jusqu’au milieu du dos, puis je me lance. C’est frais, mais acceptable pour moi et je trouve ça magique de me baigner dans ce lac. Je nage pendant une dizaine de minutes. Mes bras et mes jambes sont froids et j’ai la chair de poule lorsque je sors, mais il fait assez chaud dehors pour me réchauffer un peu.
Pendant que je me baignais, Colette a écrit quelques cartes postales. Nous faisons quelques kilomètres pour aller visiter l’Antelope Canyon, mais, malheureusement, le site est fermé. Nous nous rendons jusqu’au bout de la pointe puis revenons vers le camping. Au passage, je photographie la centrale qui est en territoire Navajo et qui alimente la Californie en électricité. Ses trois cheminées se dressent dans un superbe paysage et émettent une fumée jaune clair qui reste dans le ciel, car il n’y a pas de vent aujourd’hui.
De retour au camping, nous trouvons que cette journée tranquille nous a fait beaucoup de bien. Il faut dire que ça faisait longtemps que nous n’avions pas été au bord d’une eau aussi belle et aussi calme : ça aide à relaxer. Curieusement, la connexion internet ne fonctionne pas ce soir. Colette essaye de faire une copie (back-up) de nos photos, mais l’ordinateur ne veut rien savoir. Nous mangeons le délicieux restant de pâtes sauce rosée-vodka-crevettes. J’écris ce journal pendant que Colette lit des informations sur notre prochaine étape : le Grand Canyon.
Note du jour. En cinq mois de voyage, nous avons vu des dizaines de loquets de portes de toilette. Pas un identique et, bien des fois, des loquets défectueux parce que les portes avaient travaillé ou parce que les loquets étaient morts de vieillesse. Il y avait des loquets morts, rafistolés avec un autre système de loquet : pauvre porte, pleine de marques et de trous! À l’occasion, certains loquets se coincent et il faut zigonner avec acharnement pour sortir de la toilette. Parfois c’est la porte elle-même qui se coince dans son cadre… Je pense à ouvrir une compagnie de portes et loquets de toilette garantis à vie : il y a des sous à faire là, j’vous dis!
Citation du jour. « Je m’ennuie de mes pantoufles de maison » (Colette).
Dimanche 4 novembre (jour 165)
Comme nous devons être à l’hôtel à 8h30 pour la croisière sur le lac Powell, nous nous levons de bonne heure. Après le petit déjeuner, je prends quand même le temps de vérifier le niveau d’huile et la pression des pneus, comme je le fait toutes les deux semaines environ.
La croisière se révèle très intéressante, car la capitaine a beaucoup d’information à donner et on sent bien qu’elle l’aime « son » lac Powell. Nous ne sommes qu’une trentaine à bord, ce qui est agréable, car ça facilite la prise de photos sur le pont supérieur. Nous nous rendons d’abord au Navajo canyon, formé d’anciennes dunes solidifiées. De hautes falaises affichent ce qu’on appelle des « navajo tapestries », la roche foncée par endroits, laissant apparaître toutes sortes de motifs, au gré de l’imagination de chacun.
C’est vraiment particulier d’observer les canyons à partir du bateau. Tout à coup, je me sens comme lors de notre croisière en Alaska : le paysage était très différent, mais le « feeling » est exactement le même. Observer la beauté de la nature en étant sur l’eau a quelque chose de spécial. Nous nous rendons ensuite au Antelope canyon, qui est beaucoup plus étroit, plus coloré aussi.
De là, nous voyons très bien les trois grandes cheminées de la centrale au charbon. La capitaine nous explique qu’elle est sur le territoire navajo et a été construite dans les années 1970, pour répondre aux besoins en énergie de la Californie, qui était alors en plein essor industriel et déjà passablement polluée. Le charbon qui sert de source d’énergie est miné dans la Black Mesa à une centaine de kilomètres de là. Les Navajos bénéficient d’une priorité d’emploi dans cette centrale.
Dernière étape de cette croisière de trois heures : le barrage et sa structure de béton impressionnante, ainsi que le pont, construit en 1957, qui a changé beaucoup de choses, car il fallait auparavant faire près de 150 km pour traverser le Colorado. Il a été construit pour réguler le niveau d’eau d’un autre lac (Mead), pour constituer une réserve d’eau et produire de l’électricité.
Nous revenons à midi, les yeux pleins de lumière. Nous mangeons rapidement dans Westy, puis allons à l’épicerie. Nous essayons ensuite d’aller marcher dans Antelope canyon. Cette fois-ci c'est ouvert, mais comme les droits d’accès sont élevés (26 $ par personne pour une randonnée guidée), nous laissons tomber, un peu déçues, car le Guide bleu de voyage ne mentionnait pas une telle somme. Nous prenons donc la route vers Grand Canyon vers 14h00.
Nous traversons la plus grande réserve amérindienne des Etats-Unis, celle des Navajos, qui contient aussi une réserve Hopi. Tout le long de la route, il y a une clôture en fil de fer, que je trouve plutôt déprimante. Cette immense réserve, où habitent environ 225 000 personnes est aussi grande que la Belgique et empiète sur quatre états : Utah, Arizona, Colorado, Nouveau-Mexique. Les Navajos se donnent le nom de Déné (le Peuple), et sont apparentés aux Dénés du nord du Canada.
Tout au long de la route, les paysages sont grandioses : des falaises rouges à perte de vue. Certains points de vue sont fréquentés non seulement par les touristes, mais aussi par des étalages d’artisanat Navajo :
bijoux, poterie, flèches décoratives, etc. Nous faisons un arrêt pour admirer la vue sur la spectaculaire Little Colorado river gorge. Nous entrons dans le parc national du Grand Canyon vers 16h30 et nous installons au Trailer Village vers 17h00.
Je prépare un plat de quinoa noir, tempeh, oignons et piments rouge. Comme il commence à faire noir, je vérifie la cuisson des oignons et des piments à la lampe de poche. Après le souper et la vaisselle, nous faisons du tri dans nos nombreuses photos. Je mets ce journal à jour, mais nous ne pourrons pas le mettre en ligne tout de suite, car il n’y a pas de connexion internet au camping.
Avec tout ça, il est 13h00 lorsque nous reprenons la route. Nous revenons un peu sur
Nous longeons la frontière nord de l’Arizona, puis entrons dans cet état peu avant Page, la ville au bord du Lac Powell. Cette dernière a été créée en 1957 seulement, un an après le début des travaux du barrage. Le lac Powell est un lac artificiel qui est né dans la controverse. Le territoire appartenait aux Navajos, qui ont accepté de l’échanger contre une superficie équivalente dans le sud de l’Utah.
En 1956, le congrès américain acceptait le projet de barrage qui devait inonder ce très long canyon dans lequel coulait le Colorado. Une polémique nationale en a résulté, menée, non pas par les Navajos, mais par les défenseurs des sites naturels qui déploraient la perte d’habitat pour de nombreuses espèces animales et végétales,
Pour construire le barrage et la centrale électrique, on a coulé du béton durant trois ans, 24 h sur 24. Il a 710 pieds de haut (216 m). Le lac Powell mesure 290 km de long et a 3600 km de rivage, car tous les canyons secondaires ont aussi été remplis. Lorsqu’il est plein, sa profondeur est de 170 m (557 pieds).
Nous allons chez Safeway, notre épicerie préférée, car nous y avons nos habitudes. Nous passons devant un camping pour VR qui ne nous inspire pas du tout, ce qui fait
Nous nous installons au camping vers 17h00. Nous avons une vue superbe sur le lac, un branchement électrique et internet (non prévu, mais nous connectons au réseau de l’hôtel du parc) pour 15 $. C’est le meilleur prix que nous ayons eu du voyage, mais c’est un prix spécial, car nous n’avons pas accès à l’égout, qui est défectueux sur ce terrain. Aucune importance pour nous puisque nous ne l’utilisons pas. Nous préparons un souper de pâtes avec sauce rosée Bertoli à la vodka et suppléments d’oignons et de crevettes. C’est délicieux, même si le vin est plutôt moyen (peut-être à cause des changements de températures depuis son achat à San Francisco).
Note du jour. Depuis notre départ, nous avons
Deuxième note du jour. Lorsque nous sommes dans une chambre d’hôtel, j’apprécie beaucoup le fait que je peux éparpiller mes affaires sans trop les mettre en ordre. Dans Westy, c’est très différent, car, pour y vivre de façon agréable, il est impératif de tout remettre à sa place immédiatement après usage (surtout avec Colette : ordre et méthode!).
Samedi 3 novembre (jour 164)
Ma meilleure nuit depuis longtemps. Nous sommes en mode farniente aujourd’hui. Colette chatte avec sa mère dans internet. Nous quittons le camping vers 11h30 et allons à l’hôtel du parc pour réserver une croisière sur le lac pour demain. C’est là que nous nous apercevons qu’il est en fait 10h30, car l’Arizona reste à la même heure (mountain time) toute l'année.
Des canards et d’autres oiseaux aquatiques nous suivent de près, espérant quelque chose à manger sans doute.
Nous retournons au camping pour manger une petite croûte, puis nous allons à la plage,
De retour au camping, nous trouvons que cette journée tranquille nous a fait beaucoup de bien. Il faut dire que ça faisait longtemps que nous n’avions pas été au bord d’une eau aussi belle et aussi calme : ça aide à relaxer. Curieusement, la connexion internet ne fonctionne pas ce soir. Colette essaye de faire une copie (back-up) de nos photos, mais l’ordinateur ne veut rien savoir. Nous mangeons le délicieux restant de pâtes sauce rosée-vodka-crevettes. J’écris ce journal pendant que Colette lit des informations sur notre prochaine étape : le Grand Canyon.
Citation du jour. « Je m’ennuie de mes pantoufles de maison » (Colette).
Dimanche 4 novembre (jour 165)
Comme nous devons être à l’hôtel à 8h30 pour la croisière sur le lac Powell, nous nous levons de bonne heure. Après le petit déjeuner, je prends quand même le temps de vérifier le niveau d’huile et la pression des pneus, comme je le fait toutes les deux semaines environ.
C’est vraiment particulier d’observer les canyons à partir du bateau. Tout à coup, je me sens comme lors de notre croisière en Alaska : le paysage était très différent, mais le « feeling » est exactement le même. Observer la beauté de la nature en étant sur l’eau a quelque chose de spécial. Nous nous rendons ensuite au Antelope canyon, qui est beaucoup plus étroit, plus coloré aussi.
Dernière étape de cette croisière de trois heures : le barrage et sa structure de béton impressionnante, ainsi que le pont, construit en 1957, qui a changé beaucoup de choses, car il fallait auparavant faire près de 150 km pour traverser le Colorado. Il a été construit pour réguler le niveau d’eau d’un autre lac (Mead), pour constituer une réserve d’eau et produire de l’électricité.
Nous revenons à midi, les yeux pleins de lumière. Nous mangeons rapidement dans Westy, puis allons à l’épicerie. Nous essayons ensuite d’aller marcher dans Antelope canyon. Cette fois-ci c'est ouvert, mais comme les droits d’accès sont élevés (26 $ par personne pour une randonnée guidée), nous laissons tomber, un peu déçues, car le Guide bleu de voyage ne mentionnait pas une telle somme. Nous prenons donc la route vers Grand Canyon vers 14h00.
Tout au long de la route, les paysages sont grandioses : des falaises rouges à perte de vue. Certains points de vue sont fréquentés non seulement par les touristes, mais aussi par des étalages d’artisanat Navajo :
Je prépare un plat de quinoa noir, tempeh, oignons et piments rouge. Comme il commence à faire noir, je vérifie la cuisson des oignons et des piments à la lampe de poche. Après le souper et la vaisselle, nous faisons du tri dans nos nombreuses photos. Je mets ce journal à jour, mais nous ne pourrons pas le mettre en ligne tout de suite, car il n’y a pas de connexion internet au camping.
Note du jour. Nos meilleurs amis durant ce voyage : les oignons et le papier essuie-tout. C’est fou la quantité d’oignons rôtis que nous avons mangés. Nous en mettons souvent deux fois plus qu’à la maison, car nous n’avons pas toujours assez de légumes frais ou pas de chaudron assez gros pour en faire cuire une bonne quantité. Quant aux essuie-tout, ils portent bien leur nom et dans des conditions où l’eau chaude n’est pas facilement accessible en grande quantité, ils sont d’une grande utilité.
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