dimanche 11 novembre 2007

Cinq jours au Grand Canyon

Lundi 5 novembre (jour 166)

Nous nous levons vers 8h00. Bien qu’il ait fait -5ºC cette nuit, il fait déjà assez chaud pour que je déjeune dehors vers 9h00. De petits oiseaux au plumage partiellement bleu (piňon jays) s’abreuvent dans les endroits où il y a un peu d’eau qui coule (robinets ou tuyaux qui fuient). Je vois même un petit oiseau et même une corneille picosser le dedans d’un robinet pointé vers le haut : c’est de l’adaptation ça! Ça pépie avec enthousiasme.

Nous nous rendons au Mather Point pour admirer la vue sur le Grand Canyon, puis nous allons faire un tour au Centre des visiteurs pour nous renseigner sur les randonnées. Un tour au Magasin général nous permet de voir que l’épicerie est très bien approvisionnée. Il y a aussi une partie magasin de sport. Colette essaye des bottes de randonnée pendant que j’examine les bâtons de marche en me demandant si je vais en acheter une paire, car nous prévoyons de faire un bout de sentier ensemble demain.

Les essayages de Colette ne sont pas fructueux, mais de mon côté, je pourrais louer des bâtons demain pour moins de 5 $, ce qui est très bien. Nous dînons dans Westy, dans le stationnement du Magasin général, puis nous nous rendons dans la section du parc appelée Hermit’s trail. Nous prenons la navette et débarquons à l’arrêt Maricopa point. Nous marchons sur le bord du canyon pendant quelques kilomètres, puis reprenons la navette à Mohave point. De cet endroit, nous pouvons voir le fleuve Colorado au fond du canyon.

Quelques informations sur ce fleuve :
- 1450 miles de long (2333 km).
- Prend sa source au Colorado et se jette dans le golfe de Californie au Mexique.
- 76 pieds (21 m) à 300 pieds (91 m) de large
- 35 pieds (11 m) de profondeur en moyenne, mais atteint 100 pieds (30 m) par endroits.
- 11 000 pieds (3350 m) de dénivellation entre sa source et son embouchure.
- Il parcourt 277 miles dans le Grand canyon, avec une dénivellation de 2200 pieds (671 m).

Nous marchons un autre 1,8 km et reprenons la navette jusqu’au Hermit’s point, afin de voir le coucher de soleil. Colette achète une barre Snickers et la mange avec grand plaisir : ça lui rappelle des souvenirs du collège. Nous partageons un chocolat chaud. Le ciel et les nuages s’embrasent et je prends des dizaines de photos. Nous revenons en navette : il fait noir comme chez le diable. Le Grand canyon est spectaculaire, mais ne se laisse pas facilement prendre en photo. Sa profondeur et son ampleur sont difficiles à saisir, même à l’œil nu.

Soirée tranquille. Souper, vaisselle, tri de photos, jasette. Colette se couche vers 21h30, moi vers 23h115, après avoir mis le journal à jour et avoir lu. Je lis un roman passionnant qui se passe durant et après la Deuxième guerre mondiale à Londres : The Night Watch, de Sarah Waters. Comme il fait relativement doux, je prends le temps de m’étirer dehors sous les étoiles en faisant des mouvements de Qi Gong.

Mardi 6 novembre (jour 167)

Nous nous levons à 7h00 et déjeunons tranquillement. Je prends le temps de m’étirer pendant au moins 30 minutes, en prévision de la randonnée d’aujourd’hui. Nous préparons notre lunch et notre équipement, puis allons louer des bâtons de marche pour moi. Nous nous stationnons dans une aire de pique-nique qui est à environ 15 minutes de marcher du début du sentier South Kaibab.

Nous entamons notre descente vers 11h15. Des mises en garde déconseillent de descendre dans le fond du canyon et de remonter dans la même journée. Bien des gens sur-estiment leurs capacités et sous-estiment la chaleur, qui augmente au fur et à mesure qu’on descend. Malheureusement, quelques-uns y ont laissé leur peau… Ce ne sera pas notre cas, car Colette a prévu de marcher jusqu’au Ooh Aah point (3 km aller-retour, 600 pieds-183 m de dénivellation). Pour ma part, je vise le Skeleton Point (10 km aller-retour, 2000 pieds-622 m de dénivellation), ce qui devrait prendre entre quatre et six heures de marche.

Le sentier commence par une série de lacets. Il est très sablonneux ou plutôt poudreux, ce qui soulève de la poussière. Surtout lorsqu’on croise un convoi de mules. Ce sentier a été tracé pour les besoins des mineurs, qui charriaient leur matériel avec des mules. La tradition est restée et nous croiserons plusieurs convois. Certains comptent des touristes, d’autres seulement des mules chargées.

Ce sont des mules costaudes, assez grandes et parfaitement adaptées à ce difficile sentier. Elles sont fournies par un éleveur qui garantit leur capacité à répondre aux besoins spécifiques des randonnées au Grand Canyon. Certaines ne sont utilisées que pour porter du matériel et de l’approvisionnement pour le Phantom Ranch, qui accueille les voyageurs qui descendent au fond du canyon. Les rangers qui les guident sont équipés comme de vrais cow-boys (bottes, éperons, sur-pantalon en cuir, chapeau) et prennent le temps de saluer courtoisement les randonneurs qu’ils croisent ou dépassent.

Les mules, selon un article dans une revue publicitaire sur le parc, sont beaucoup mieux adaptées aux délicats sentiers du Grand canyon que les chevaux. Alors qu’on pourrait convaincre un cheval de sauter dans un précipice, la mule est très centrée sur sa propre sécurité et ses besoins et refusera de le faire. Elle constitue donc une monture sécuritaire pour les touristes.

Mais ne croyez pas que ce type de déplacement est de tout repos : il faut être en forme (et peser moins de 90 kg (200 lbs)) pour passer quelques heures sur le dos d’une mule dans le Grand Canyon! Il ne faut pas non plus être incommodé par la poussière et les odeurs fortes, parce leurs excréments et surtout leur urine sentent assez fort! Dans le sentier, les mules ont la priorité : les randonneurs doivent impérativement se tenir immobiles sur le côté interne du sentier et les laisser passer.

En prenant notre temps dans la descente, nous arrivons au Ooh Aah point vers midi. Je poursuis la descente et Colette amorce la remontée après avoir pris une pause. Elle prend son temps et profite de la sensation spéciale que procure une randonnée dans le Grand canyon. Elle aime les sentiers dégagés qui offrent de beaux points de vue et permettent de voir venir un danger potentiel (ours, par exemple). Elle est très fière d’avoir fait cette randonnée sans s’épuiser. La remontée lui prend 1h15. Le temps de jaser un peu avec une autre touriste qu’elle rencontre (une dame d’Autriche), elle rejoint Westy vers 13h45.

De mon côté je prends une petite pause à Cedar Ridge, puis je continue jusqu’à Skeleton point. Je fais très attention, car le sentier est composé par endroits de marches délimitées par des rondins de bois et parfois je dérape un peu. Je mange mon lunch face au canyon, seule et sereine. J’entends des gens qui sont en train de monter vers l’endroit où je suis, mais je ne les vois pas, car le sentier est formé de lacets abrupts. D’ici, je vois un peu le Colorado et je l’entends couler, du moins ses rapides. Je devine aussi Phantom Ranch, grâce à la végétation qui l’entoure. Je suis très heureuse de voir le canyon d’où je suis : certaines formations rocheuses sont très proches et plus à ma mesure que lorsque je regarde l’immensité de ce site d’en haut.

Je commence à remonter vers 14h00. Les lacets se succèdent et ne se ressemblent pas, me permettant de redécouvrir le paysage sous un autre angle que durant la descente. Sable poudreux rouge ou jaune pâle, parois vertigineuses, ombre et soleil. J’ai chaud, mais c’est raisonnable, car je suis en short et en t-shirt et il doit faire à peu près 20ºC. J’ose à peine imaginer ce que doit être une randonnée en plein été. De plus, il y a une différence de température d’environ 8-10ºC entre le fond du canyon et sa bordure.

Ça fait bizarre de terminer une randonnée en montant à pic, mais c’est l’essence du Grand Canyon. J’arrive en haut vers 16h15. Je prends deux navettes pour revenir au Magasin général afin de rapporter les bâtons de marche, puis je marche jusqu’au camping. Nous avons essayé de rester en contact avec les walkie-talkies, mais la communication n’était pas bonne, probablement à cause des nombreux obstacles rocheux du canyon, mais aussi parce que mes piles commençaient à être faibles. Colette est en pleine préparation du souper, mais comme les douches ferment à 18h00 et ne sont pas sur place, nous casons les plats et allons prendre une douche bien méritée.

Nous mangeons avec appétit un délicieux souper de nouilles au thon, lime, pesto, tomates séchées, oignons et pois mange-tout. Ça descend bien avec une Mike’s! Nous faisons la vaisselle, lavons le plancher de façon sommaire, puis trions des photos. Je complète ma journée par des étirements pour prévenir les courbatures.

Colette est tellement enthousiaste, qu’elle parle de faire une autre randonnée dans le canyon demain. J’en suis baba! Pour ma part, je ne suis pas sûre que je serai assez reposée pour ça, mais nous laissons aller et choisissons de refaire le point demain matin.

Note du jour. Dans les provinces anglophones et aux États-Unis, les campings qui s’affichent sur des pancartes ou dans des guides touristiques, précisent qu’ils offrent des « hot showers ». Ça me fait sourire à chaque fois. Cold shower, anybody?

Mercredi 7 novembre (jour 168)

J’ai mal dormi et je suis un peu comateuse ce matin. Je propose à Colette de prendre une journée mollo : lavage, trouver une connexion internet. Elle accepte en proposant de sortir du parc pour aller voir un film Imax sur le canyon. Une grosse brassée de lavage et de séchage plus tard, nous voilà en route pour Tusayan, un petit village situé à la sortie sud du Canyon, à quelques kilomètres d’où nous campons. Il y a là le Centre d’information National Geographic, où un film Imax est projeté toutes les heures, et une connexion internet sans fil gratuite et rapide.


Nous dînons dans Westy avant d’aller voir le film, spectaculaire, comme tous les films Imax. Nous apprenons qu’il y a 4000 ans un peuple aujourd’hui disparu vivait dans le Canyon et construisait des abris en briques cuites : les Anasazis. On ne sait pas pourquoi ils se sont éteints : famine, sécheresse, décimation par un autre peuple (il y aura une version différente de cette histoire à Mesa Verde).

Les Espagnols furent les premiers Blanc à « découvrir » le canyon en 1540, mais furent incapables d’y descendre. En 1776, un Franciscain descendit un des affluents du Colorado et le baptisa « fleuve rouge ». La gorge fut explorée par des aventuriers, des chasseurs et des chercheurs d’or, mais le premier à descendre les nombreux et dangereux rapides du Colarado sur 1600 km dans le Canyon fut Wesley Powell, géographe et cartographe.

Le film Imax reconstitue une partie de son expédition de 1869 : fallait avoir le cœur bien accroché et un grain de folie pour se lancer dans cette folle aventure qui a duré 79 jours! Trois de ses hommes, effrayés par la dangerosité des rapides ont fini par le quitter en espérant sortir du canyon à pied. On ne les a jamais revus, mais Powell et le reste de la troupe sont sortis des gorges deux jours plus tard… Il y a bien des choses à dire sur l’histoire du Grand Canyon, mais je vais m’arrêter là.

Après le film, nous mettons en ligne le blogue et les photos de notre séjour au Lac Powell. Nous revenons au camping après avoir fait une épicerie au Magasin général. Souper, vaisselle, journal, photos et hop au lit vers 21h30.

Note du jour. Enfin un parc qui recycle le papier! Nous en avons donc profité, pendant que le linge séchait, pour nous débarrasser des journaux, dépliants de camping, brochures touristiques et cartons accumulés depuis deux mois. Nous avons aussi fait un deuxième tri dans les documents touristiques que nous avions choisi de garder depuis le début du voyage.

Le recyclage constitue un défi à bien des endroits. C’est en Alaska que ça a été le plus difficile et aussi dans les endroits où le recyclage est bien implanté dans les foyers, car il faut alors trouver le dépôt. Une fois trouvé, ce dépôt peut se révéler très « picky ». Par exemple. A Fairbanks (Alaska), on ne pouvait y déposer que les plastiques identifiées 1 et 2. Une mention très bien revient au Yukon, du moins à Whitehorse. Autre mention très bien : Safeway, qui recycle les sacs en plastique.

La plupart des parcs recyclent les canettes en aluminium. D’autres ajoutent à ça les bouteilles en plastique. Mais la récupération du verre et du papier sont loin d’être généralisées. Résultat de tout ça, nous nous retrouvions parfois avec beaucoup de stock à recycler. Colette me faisait parfois les gros yeux parce les sacs faisaient désordre dans les compartiments au dessus de la cabine et elle a même reçu une bouteille de plastique sur la tête lorsqu’un des sacs a glissé dans une côte! À l’occasion, fatiguée ou par manque de place, j’ai lâché prise et j’avoue avoir jeté quelques emballages recyclables, mais j’ai fait preuve de détermination et de persévérance durant tout le voyage. Je me donne une mention « très bien ».

Jeudi 8 novembre (jour 169)

Le jour où les Rangers ont failli partir à ma recherche…

Tout commence par une bonne nuit de sommeil. Nous nous préparons donc pour aller marcher dans un autre sentier de mule très connu au Grand Canyon : Bright Angel trail. Après les préparatifs, les étirements et la location des bâtons, nous commençons notre randonnée à 10h45, sous un beau soleil et une température d’environ 15ºC à l’ombre. Nous nous séparons tout de suite, car je veux avoir le temps de me rendre à Indian Garden et de revenir avant la nuit (15 km aller-retour, 3060 pieds – 933 m de dénivellation).

Colette. L’étape visée totalise 3 miles (4.8 km) aller-retour soit le «1,5 Mile Resthouse». Je laisse Françoise aller et m’arrête face à cinq chèvres de montagne bien installées en surplomb du sentier. On dirait des statues ! Je les prends en photo et poursuis ma route. Je descends lentement, quoique j’ai hâte de dépasser tous ces randonneurs du dimanche qui virent de bord après 30 minutes.

J’arrive à 12h10 à l’étape visée. La terre y est rouge et de la «Resthouse» j’ai une bonne vue d’Indian Garden et du sentier qui mène à Plateau Point. C’est calme. Les randonneurs que je croise sont plus équipés et plusieurs ont sans doute campé en bas du canyon. Je ne reste que 20 minutes, le temps de dîner. J’ai froid, je n’ai pratiquement pas de soleil sur la portion de sentier que je fais. J’entreprends la remontée.

À mon grand étonnement, je m’aperçois que je progresse très bien et sans grand effort ! Je suis de retour en haut à 14h00, incluant les innombrables pauses photos. Je suis très fière de moi ! Avoir su, je me serais rendue à l’étape du «3 Mile Resthouse» en me donnant tout l’après-midi pour remonter… Ce sera pour une autre fois! Je me dis que Françoise fera sa randonnée les deux doigts dans le nez aujourd’hui.

Une fois en haut, je m’occupe de notre hébergement pour ce soir. Les hôtels sont pleins, sauf un, mais à 150 $ la nuit, je préfère retourner au camping. Je me récompense avec des chips et une Mike’s. Je fais quelques préparatifs d’itinéraires pour les jours qui viennent et j’installe une nappe sur la table afin d’indiquer que le site est occupé. Je vais ensuite m’installer au stationnement de la Plaza vers 17h00 pour accueillir Françoise. J’en profite pour téléphoner au Québec. J’ai essayé plusieurs fois de contacter Françoise par walkie-talkie, mais sans succès.

Pendant ce temps…



Françoise. Je descends d’un bon pas (Colette a pris cette photo de moi et toutes les photos qui suivent), mais en faisant attention à mes genoux et à ne pas déraper. Le sentier est à l’ombre, ce qui est agréable. Il est principalement composé de lacets à flanc de paroi : la terre est rouge, jaune, beige et toujours aussi poussiéreuse. Je croise plusieurs personnes qui remontent du fond du canyon après y avoir campé ou logé au Phantom Ranch.

J’arrive à Indian Garden vers 13h30. C’est une petite oasis où coule le ruisseau Bright Angel. Il y a là un camping, des toilettes, de l’eau et des tables à pique-nique. Les toilettes sont des toilettes à compost : très propres et pas d’odeur, c’est extra! Je prends le temps de manger et je me demande si je continue ou pas. Comme mon amie Lucie Dumoulin m’a recommandé de me rendre jusqu’à Plateau point qui est seulement à 2,5 km de là et qu’une jeune femme me dit que c’est plat et que ça prend seulement 30 minutes, je choisis d’y aller. Je me rends effectivement en moins de 30 minutes : le sentier est en plein soleil, mais comme il ne fait pas très chaud, c’est confortable.

La vue sur le Colorado est superbe et apaisante. Ça donne envie de rester là ou d’aller le voir de plus près, mais ce sera pour une autre fois, car je dois rebrousser chemin si je veux rentrer avant la nuit. Zut! Après avoir marché plus d’un kilomètre, je me rends compte que j’ai oublié ma veste en polar à Plateau point! Ma veste, ce n’est pas grave, mais la carte d’assurance-maladie dans la poche intérieure, c’est plus embêtant… J’y retourne presque au pas de course, je récupère ma veste. Dernier coup d’œil au fleuve vert et hop, direction le haut du canyon.

Je prends quand même le temps de m’étirer quelques minutes à Indian Garden, d’où j’entame la montée vers 15h15. À 16h30, je suis à l’arrêt appelé « 3 Mile Resthouse ». Mon cardio va très bien, mais je fais une autre petite séance d’étirement pour donner une chance aux muscles de mes jambes. La lumière commence à changer et le décor est magnifique : les couleurs s’accentuent. Je dérange quelques touts petits oiseaux. À 17h30, je suis à l’arrêt « 1,5 mile Resthouse ». Le soleil est couché et la lumière baisse : c’est vraiment extra d’être dans le canyon à cette heure-ci presque seule. C’est à peine si j’entends deux où trois personnes plus haut, sur la crête.

Seule? Pas tout à fait. Dans le dernier kilomètre, je dépasse un jeune homme. Il me demande comment je vais. Je lui dis que tout va bien pour moi. Il me dit qu’il est fatigué, mais sa voix est bonne. Il fait presque noir et je ne vois pas son visage. Je le dépasse et poursuis mon chemin. Au bout de quelques minutes, je me rends cependant compte que je marche beaucoup plus vite que lui et ça m’inquiète. Je me dis qu’il est peut-être à bout de forces.

J’arrive au bout du sentier vers 18h15, après 7h30 et 22 km de marche. Je décide d’attendre le jeune homme fatigué afin de m’assurer qu’il se rend en haut. J’essaye de communiquer avec Colette par walkie-talkie pour la prévenir que je serai un peu en retard à notre rendez-vous de 18h30 au Magasin général, mais je n’arrive pas à lui parler, Il fait noir. J’attends, j’attends, j’attends. Après 10 minutes, n’y tenant plus, j’allume ma lampe de poche et je commence à redescendre. Après cinq minutes, je vois arriver le randonneur.

Nous faisons connaissance en attendant la navette. Il s’appelle Nick et il peut bien être fatigué : il est parti depuis ce matin 7h30 et il s’est rendu à Phantom Ranch! Il est lui aussi dans un « road trip », commencé fin août et retournera chez lui pour les Fêtes. Il voyage avec un Honda Element dans lequel il a un lit. Il vient de finir ses études en psychologie. Tout le long du trajet, je cherche à rejoindre Colette, mais je n’y arrive pas.

La navette nous ramène au Magasin général vers 18h50. Je retrouve Colette qui m’attend dehors, très inquiète. Si je n’avais pas été dans cette navette, elle aurait appelé les Rangers à ma rescousse. Ce n’est pas tant mon retard qui l’a inquiétée, mais le fait qu’il fasse complètement noir. Nous sommes soulagées toutes les deux de nous retrouver. Je retourne les bâtons de marche et nous nous installons au Trailer Village pour une cinquième nuit. Colette constate avec indignation que notre nappe a été volée, ainsi que les deux pinces qui servent à la fixer à la table.
Je prends une Mike’s canadienne pour souligner mon exploit. C’est ma plus longue randonnée à vie, mis à part une marche de 25 km sur le bord d’une route italienne quand j’avais 17 ans. Je prends encore le temps de m’étirer avant de me coucher. Colette est très heureuse de sa journée et moi aussi. Nous nous couchons vers 21h30.

Vendredi 9 novembre

Vers 1h00 du matin, quelque chose me réveille. J’entends des bruits bizarres, puis plus rien. Je vais aux toilettes et là, je vois deux hommes en train de travailler dans les toilettes : ménage et menues réparations. Je demande à l’un deux s’ils travaillent toujours la nuit. Il me dit que non, mais qu’il va y avoir une inspection bientôt. Colette se réveille lorsque je reviens me coucher. Elle me dit qu’elle a une petite faim. Je lui propose de partager un petit pot de tapioca et nous voilà en plein milieu de la nuit à manger du tapioca avec une seule petite cuillère. Un petit moment délicieux!

Nous dormirons mal le reste de la nuit. Je me lève vers 7h30, car je suis bien réveillée. Je rédige le journal de voyage pendant que Colette récupère un peu de sommeil. Vers 9h30, quelqu’un frappe sur la vitre de Westy : c’est notre voisin qui nous rapporte, devinez quoi? La nappe et les deux pinces! Il l’avait enlevée de la table en pensant que nous l’avions oubliée! Sympa de nous la rendre, surtout que la nappe en question, me fait remarquer Colette, « fitte » parfaitement avec les couleurs de son VR…

Nous quittons le camping vers 10h30 et allons à Tusayan pour profiter de la connexion internet. Je téléphone à Jessica et j’envoie deux courriels. Nous mangeons une salade dans Westy et nous faisons du café pour nous tenir réveillées sur la route.

Nous revenons sur nos pas dans le parc du Grand Canyon et nous rencontrons un coyote qui semble attendre les automobilistes pour quêter de la nourriture. Nous nous arrêtons au point de vue appelé Desert View. Il y a là une vue magnifique sur le canyon, mais aussi la Wachtower, construite en 1932, selon les plans de l’architecte Mary Jane Colther, qui a plusieurs bâtiments du parc à son actif, dont Phantom Ranch.

Nous refaisons un bout de chemin dans la réserve Navajo : je m’aperçois alors que la clôture de chaque côté de la route est en fil de fer barbelé, ce qui me déprime encore plus. Nous bifurquons vers le nord-est et nous arrêtons à Kayenta vers 17h00. Une fois n’est pas coutume, c’est moi qui ai conduit aujourd’hui. Nous sommes toutes les deux épuisées et choisissons de coucher à l’hôtel, car il n’y a pas de camping ici et nous ne voulons pas conduire le soir.

Pour 78 $, le Best Western nous procure une grande chambre avec tout le confort moderne et le fameux « déjeuner continental ». Je prépare une salade de laitue romaine avec tomates. Nous ouvrons une boîte de saumon fumé acheté en Alaska et une boîte d’asperge. Nous mangeons le tout en regardant un film à la télévision : Bourne Identity, avec Matt Damon. Je prends une longue douche et Colette fait de même. Je suis bien trop fatiguée pour écrire le journal.

Note du jour. Presque à chaque fois que nous faisons le plein d’essence, je lave le pare-brise. En six mois de voyage, je peux vous dire que je me suis fait les bras. D’une part, les « squeegees » fournis étaient souvent trop courts pour la hauteur du pare-brise de Westy ou encore trop usés pour frotter, et, d’autre part, les liquides fournis n’étaient pas très efficaces pour nettoyer quoique ce soit. En revanche sur le traversier de Fort-Providence (Territoires du Nord-Ouest), ils l’avaient l’affaire! Ils fournissaient une brosse à long manche très efficace. Faut dire que dans le coin, il y a des milliards de bibittes à pare-brise!

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