Samedi 20 octobre (jour 150)Comme les muffins ne sont pas fournis ici, nous

déjeunons avec nos provisions personnelles. Colette fait du café avec l’enveloppe fournie et la petite cafetière, mais ça donne du jus de chaussette.
Nous partons vers 9h30. Nous nous stationnons près du Fisherman’s Warf, car nous voulons acheter quelques souvenirs. Nous trouvons une place de stationnement gratuite dans la rue pour deux heures. Une chance, parce que les parcomètres sur la rue commerciale coûtent 25 ¢ pour six minutes, soit plus cher qu’au centre-ville de Vancouver. Faut bien que la ville finance ses transports en commun…

Nous allons ensuite manger une chaudrée de palourdes dans un bol en pain chez Boudin, une boulangerie française qui a ouvert ses portes en 1849. Modernité aidant, cette entreprise s’est diversifiée et offre maintenant un restaurant, une boutique de produits fins et de cadeaux et un service de traiteur. Nous faisons une petite épicerie de secours chez Trader’s Joe, une chaîne de magasins spécialisée dans la nourriture fraîche et bon marché. Le prix de leurs fromages est particulièrement avantageux. J’y achète même des poitrines de poulet bio à un prix très raisonnable.

Avec tout ça, il est 12h15 lorsque nous prenons la route vers le parc national de Yosemite. Nous quittons San Francisco attendries par notre coup de cœur. Je crois que nous y reviendrons. Nous traversons le pont Bay, qui fait 8 miles de long (13 km) et qui mène à Oakland.

Nous traversons ensuite des paysages très variés : collines sèches, collines plus boisées, vergers (pommes, noix, amandes, fraises), quelques vignes. Nous nous arrêtons pour acheter des pommes et des noix avec leur coquille. Nous commençons ensuite à apercevoir les montagnes. Nous longeons le grand lac Don Pedro, bordé de rives ocre rouge et entouré de montagnes : magique!

La montée vers le par c de Yosemite est très sinueuse. C’est moi qui conduis et Colette prend des photos par la vitre de Westy, parfois sans regarder ce qu’elle prend, parce que c’est vertigineux. Le temps est ensoleillé, le ciel, d’un bleu automnal immaculé. Nous arrivons au camping vers 17h00, prenant soin de demander un site dégagé, car nous savons que la nuit sera fraîche.

Je fais cuire dehors des oignons, du gingembre frais, des pois mange-tout et le poulet bio. Le tout sera accompagné d’un couscous à l’huile d’olive avec un soupçon de lime et une coupe de Pinot noir californien.
Pendant que Colette fait le tri dans les nombreuses photos prises à San Francisco, je m’occupe du lavage. Il fait complètement noir dès 18h30, ce qui incite à se coucher tôt. Le ciel est constellé d’étoile et un croissant de lune étincelle.
Dimanche 21 octobre (jour 151)
Nous nous levons vers 8h00. Tout est givré dehors, mais le soleil brille et plus rien ne paraît trois heures plus tard lorsque nous partons. Après environ une heure de route, nous entrons dans le parc. En route pour Yosemite village où se trouve le centre d’information pour les visiteurs, nous nous arrêtons au point de vue qui permet d’admirer de loin, le Half Dome, une formation rocheuse qui porte bien son nom et qui culmine à 8800 pieds (2682 m). Comme il est loin et légèrement embrumé, on ne le voit pas sur la photo, mais en vrai, la vue est époustouflante.

Ce premier contact avec le parc est magique, nous sentons une énergie particulière et nous installons pour méditer quelques minutes. Comme souvent lorsque nous prenons un peu de temps pour nous recueillir, le lieu reste tranquille le temps de notre méditation, puis lorsque nos avons fini, des gens arrivent. Nous nous arrêtons à deux ou trois endroits pour prendre des photos des falaises de granit caractéristiques de Yosemite.
Au centre des visiteurs, nous prenons quelques renseignements et regardons un film de 20 minutes sur le parc. Le premier parc a été créé en 1864, puis est devenu parc national en1890, grâce aux efforts de John Muir, le fondateur du Sierra Club. Il a été agrandi en 1906. En 1922, environ 100 000 visiteurs se sont rendus à Yosemite. Aujourd’hui, il attire chaque année entre 3,5 et 4 millions de personnes! À voir le nombre assez respectable de visiteurs en ce 21 octobre, nous sommes très heureuses de ne pas avoir eu à visiter le parc en plein été!

Nous nous rendons à Curry Village (du nom de la famille fondatrice) pour louer une cabine, car il n’y a pas de camping offrant un branchement électrique dans le parc et nous savons qu’il fera autour de 0ºC cette nuit, ce qui est limite pour la batterie auxiliaire qui alimente le ventilateur de notre chauffage au propane. Après que nous ayons payé 100 $, l’employée nous présente une feuille de papier indiquant toutes les précautions à prendre pour se prémunir contre les ours qui sont capables de tordre une porte d’auto pour aller y chercher de la nourriture. En gros, il ne faut laisser aucune nourriture dans son véhicule, rien, ni nourriture fraîche ni cannage ! Et ne pas faire à manger ! Nous pensions être exemptées de ça parce que nous avons un camion, mais l’employée nous dit que non.

Comme il n’y a pas de frigo dans la cabine et que l’idée de vider Westy de son contenu alimentaire ne nous tente pas, nous annulons notre réservation et l’employée nous donne une liste des endroits où nous pouvons coucher en dehors du parc. Elle appelle même un camping pour VR afin de réserver pour nous, mais ça ne répond pas. Très déçues de ne pas pouvoir coucher dans le parc, nous nous préparons à faire 30 minutes de route.
Après deux kilomètres, je me souviens que la documentation que j’avais lue sur le parc précisait en effet qu’il n’y avait pas de branchement électrique pour les VR dans les campings, mais ne disait pas qu’ils étaient interdits aux VR. De fait, lorsque nous allons au camping, on nous dit que dans le cas d’un VR, toute la nourriture peut rester dans le véhicule, à condition qu’elle soit dans les placards où le frigo.

Rien ne doit rester à la vue et chaque site est équipé d’un gros compartiment en métal avec ouverture à l’épreuve de l’intelligence des ours. Il y a des centaines d’incidents chaque année à Yosemite, qui cause des dizaines de milliers de dollars de dommages, mais les ours n’ont pas encore cherché à entrer dans un VR. Comme Colette est prête à tester une nuit à 0ºC sans branchement électrique, nous réservons pour cette nuit. À 20 $, c’est une bonne économie sur le 100 $ qu’aurait coûté la cabine.
Nous nous préparons donc pour une nuit froide. Nous économisons l’éclairage au maximum pour ménager la batterie auxiliaire, nous conservons la chaleur dans Westy en ouvrant peu les portes et nous nous habillons chaudement. Avant de nous coucher, nous mettons notre sac poubelle, nos thermos et nos bouteilles d’eau dans le compartiment à l’épreuve des ours.

Nous sortons notre kit de camping d’hiver : couche supplémentaire en haut, combines chaudes en bas, bas de laine, tuque, couverture en polar sur le sac de couchage de Colette. J’écris un bout de journal de voyage avant de me coucher vers 21h30.
Note. Avec ses 800 miles (1280 km) de sentiers de randonnée, Yosemite est un paradis pour les marcheurs. Les amateurs d'escalade viennent du monde entier pour gravir ses falaises. On peut aussi y faire du ski de fond et de la raquette l’hiver.
Lundi 22 octobre (jour 152)

Nous avons bien dormi (moi grâce à un Ativan…) cette nuit, malgré la fraîcheur ambiante : il fait 11ºC dans Westy et comme nous sommes à l’ombre de grands arbres, on ne peut compter sur le soleil pour réchauffer l’atmosphère. Grâce au chauffage de Westy, nous montons la température à 16ºC et sortons du camping pour aller nous installer dans un endroit ensoleillé au bord de la route, avec vue sur les falaises. Il fait plus clair et plus chaud qu’au camping et nous prenons notre petit déjeuner au rythme habituel : bien mollo.
À 10h00, Colette me dépose au point de départ du sentier de randonnée qui mène à Glacier Point : 4,5 miles (7,5 km) et 3200 pieds (975 mètres) d’élévation. Trois heures de montée avec des sections en lacet qui offrent une vue de plus en plus imprenable sur la vallée et les falaises. Un vrai plaisir, légèrement tempéré par le fait que, curieusement, ce sentier a déjà été asphalté.

La nature a repris ses droits un peu partout, mais certaines sections manquent un peu de « bucolisme ». Qu’importe, je monte, je monte et je monte encore, les yeux chaque fois émerveillés de découvrir le nouveau paysage au bout du prochain lacet. J’arrive en haut vers 13h30, après une pause en chemin pour manger.

Pendant que je grimpe, Colette se promène dans le minuscule village de Yosemite, mange des sushis et prend la route pour se rendre au même endroit que moi, soit une montée en lacets d’environ une heure. Nous nous rejoignons à 14h00 et admirons la vue sur la vallée ensemble, sous un soleil radieux et un ciel sans nuage. Il y a du monde en haut, mais c’est assez tranquille, contrairement à l’été 1996, où Colette avait dû jouer des coudes pour avoir accès à la vue… Les noms des formations granitiques sont évocateurs : El Capitan, Royal Arches, Hanging rock, Sentinel rock, Cathedral rock. Les Amérindiens qui vivaient ici appelaient l’endroit, Ahwahnee, ce qui signifie, en gros « Endroit où la mâchoîre nous tombe tellement le paysage est impressionnant ». On pense que les Amérindiens occupaient Yosemite il y a 6000 ans.
Nous redescendons dans la vallée vers 16h45 et choisissons de passer une deuxième nuit au camping de la vallée (Upper Pines). Colette prépare un délicieux plat de pâtes au thon avec pesto en sachet, tomates séchées en pot, huile d’olive et jus de lime fraîche. J’appelle Jessica pour prendre des nouvelles.

Un de nos voisins proche utilise une génératrice assez bruyante. Une chance, ces engins doivent être arrêtés à 19h00, ici et un ranger fait une ronde pour s’assurer que la consigne est respectée.
Même rituel qu’hier soir : compartiment anti-ours (photo ci-contre), kit de camping d’hiver et hop, au lit vers 20h30, un record depuis notre départ!
Note. Des navettes gratuites circulent toute l’année dans la vallée de Yosemite, afin d’accommoder les visiteurs et de réduire la circulation. Ce sont des autobus hybrides. Il y a aussi un bus qui se rend à Glacier Point, ce qui permet aux marcheurs qui le désirent de faire le sentier dans un seul sens : en montant, ou en descendant. Moi, j’avais mon chauffeur privé aujourd’hui!
Mardi 23 octobre (jour 153)
Autre nuit frisquette, mais un peu moins qu’hier. Nous déjeunons au camping, puis allons voir la Lower Yosemite fall, qui n’est qu’un filet d’eau à l’automne. Au printemps, des trombes d’eau dégringolent d’une hauteur de 2425 pieds (739 m), en trois étapes. Nous nous rendons à la chute Bridalveil. Bien qu’elle soit aussi beaucoup plus puissante au printemps, elle continue de couler toute l’année.

Nous prenons la route Tioga pour traverser le parc vers l’est. Le col Tioga (Tioga Pass) est à 9900 pieds d’altitude (3000 m). Comme la route est sinueuse (vitesse maximum souvent à 50km/h) et que nous nous arrêtons à quelques reprises, nous parcourons les 80 km en plus de deux heures. Nous prenons notre dîner au bord du Siesta lake, un étang en train de devenir un marais. Un canard y atterrit gracieusement puis y prend son dîner lui aussi, car il ne cesse d’en sonder le fond, le derrière en l’air.

Nous longeons plusieurs lacs spectaculaires : lac Ellery, à 2900 m d’altitude et le plus magique, à la sortie du parc, le lac Mono. Ce lac salé, vieux de 1 à 3 millions d’années, est le souvenir d’une ancienne mer intérieure. Il nous apparaît soudainement au détour d’un virage et nous arrache un cri ébahi. Planté au milieu d’une très large plaine volcanique bordée par la Sierra Nevada, ses eaux bleu foncé sont remarquables. On y voit aussi des îles volcaniques, dont une a la forme d’un sombrero.
Des algues microscopiques se sont adaptées à ce milieu et nourrissent de petites crevettes et mouches, qui a leur tour sont mangées par les millions d’oiseaux migrateurs qui s’y arrêtent chaque année. Le lac Mono est également connu pour ses dépôts de minéraux en forme de tourelles (tufas), crées par la réaction chimique entre l’eau du lac et des sources souterraines très alcalines.

Ces formations étaient sous l’eau jusqu’à ce que le pompage des rivières se jetant dans le lac commence en 1941 (aqueduc pour Los Angeles), ce qui a fait baisser le niveau du lac de 15 m en 50 ans.

Depuis que le pompage a été réduit, le niveau du lac remonte progressivement. Nous ne verrons les tufas que de très loin, car nous choisissons de poursuivre notre route vers le sud.
Nous arrivons à la ville de Mammoth Lake (2300 m d’altitude), et nous installons dans un camping qui se révèle cher (50 $), mais nous n’avons pas l’énergie de chercher ailleurs, et il offre tout ce dont nous avons besoin, y compris la connexion internet. Curieusement, les toilettes et les douches sont rudimentaires pour un tel prix. Nous lisons nos courriels et je mets le blogue à jour en ce qui concerne notre séjour à San Francisco. Colette se couche vers 21h30 et je la rejoins vers 23h30. La nuit est fraîche, le ciel éclairé par une lune presque pleine et étincelante. Comme vous le lirez dans la prochaine livraison de ce blogue, ce fut la pire nuit de notre voyage…
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