jeudi 13 septembre 2007

De Prince Rupert à Prince George

Dimanche 9 septembre (jour 109)

Encore un lever tardif, vers 9h30. Il fait très beau. Une biche avec ses deux petits traverse une partie du camping, ce qui énerve les chiens de notre voisin, qui sont dans un gros VR. Après le petit déjeuner, nous remplissons notre réservoir d’eau et j’essaye encore une fois de trouver la source du bruit sous Westy, mais je ne vois rien qui branle. Avant de quitter le camping, nous envoyons un courriel au frère de Renée, qui habite près de Prince George, afin de vérifier si nous pouvons passer lui dire bonjour. Hier, nous avons choisi de ne pas aller aux Îles de la Reine Charlotte, territoire des indiens Haïdas : c’est un deuil un peu difficile à faire pour moi, mais le temps et l’argent nécessaire (il faut prendre un autre ferry) pour aller passer deux ou trois jours à cet endroit ne cadrent pas avec le reste du voyage.

Nous allons visiter le Museum of Northern British Columbia. Le bâtiment, construit comme les « longhouses » (habitations traditionnelles amérindiennes) est superbe et ses collections d’art amérindien, dont l’art Haïda sont magnifiques : masques, paniers, sculptures en argilite, etc. Avant de quitter Prince Rupert, nous piqueniquons avec vue sur la mer et le port et achetons un sous-plat et un poivrier sculptés de motifs amérindiens.

Nous nous arrêtons ensuite à quelques kilomètres de la ville pour marcher dans le sentier qui mène à Butze Rapids. Nous traversons une forêt humide spectaculaire avec ses grands arbres moussus. Le soleil arrive à peine à percer, tant ces arbres sont hauts et fournis : ils peuvent atteindre 70 mètres de haut! Il y a là des aulnes et des épinettes de Sitka. Aucun signe de l’automne ici, tout est vert. Les rapides Butze sont réversibles, car ils sont créés par les marées. Nous faisons une boucle de 5 km et ne cessons de nous extasier sur cette forêt impressionnante qui a l’air d’être enchantée : lutins, elfes et autres créatures magiques pourraient surgir derrière ces troncs énormes et ces souches gigantesques.

Nous prenons la route vers Prince George vers 18h00, c’est-à-dire pas mal plus tard que prévu. Les paysages sont superbes, car nous longeons le large fleuve Skeena et de l’autre côté de la route, il y a ces pentes abruptes et boisées. Nous nous arrêtons à Terrace vers 20h30. Nous mangeons un hamburger chez A&W et hésitons à aller plus loin pour camper : il y a un parc provincial 15 km plus loin, le camping municipal de Terrace et… le stationnement du WallMart. Finalement, ce sera le camping municipal. Il fait déjà nuit, nous ne voyons pas grand-chose, mais les sites sont spacieux. Le responsable du camping nous dit que des Québécois sont au camping : ils sont ici pour la récolte de champignons, qu’ils envoient directement au Québec.

Lorsque nous nous rendons aux toilettes pour nous brosser les dents, il fait nuit noire et le ciel est rempli d’étoiles. Il fait doux.

Lundi 10 septembre (jour 110)

Lorsque nous émergeons vers 9h00, il fait très beau et nous pouvons constater que le camping est très beau, avec ses grands sites boisés. Pour 14 $, c’est une aubaine. Nous allons déjeuner chez Tim Horton, puis nous reprenons la route pour quelques kilomètres. Nous nous arrêtons au parc provincial de Kleanza Creek pour aller admirer le canyon. Le sentier fait 2 km aller-retour et mène à un endroit tranquille au bord du torrent. Nous prenons le temps de méditer et de faire quelques exercices d’étirement au soleil.

Nous reprenons la route et nous arrêtons pour manger au bord d’un petit lac : Seeley lake. Nous mangeons une «salade estivale» composée par Colette : romaine, morceaux d’orange, lanières de poulet et vinaigrette à la poire (Choix du Président). Nous voyons des glaciers au loin et le lac est surplombé par un pic appelé Roche de Boule. Nous jasons avec un Québécois qui habite dans l’Ouest depuis longtemps. Dans le coin, il y a des mines d’or et il y a beaucoup de prospection en cours. La mine de Novagold à Galore Creek devrait commencer à extraire de l’or, du cuivre et de l’argent en 2012. Pour l’instant, une route de 120 km est en construction et elle comprendra un tunnel de 4 km de long. C’est une compagnie québécoise (!) qui a obtenu le contrat de la route.

Juste avant d’arriver à Smithers, notre étape du jour, nous nous arrêtons pour aller admirer les Twin Falls : deux chutes de 150 mètres qui sont alimentées par le glacier Kathlyn. Malheureusement, nos photos ne sont pas très bonnes, car le soleil avait déjà disparu derrière les montagnes.

Au centre d’information touristique nous nous renseignons sur les campings et les sentiers de randonnée. Nous allons ensuite faire une petite épicerie, entre autres pour acheter de la viande hachée, car nous voulons manger du spaguetti ce soir. Cette fois-ci, nous avons tous les ingrédients nécessaires et, une fois rendues au camping municipal, nous faisons une grosse quantité de sauce dont nous congelons la moitié. Colette se pourlèche les babines. Une petite conversation avec le responsable du camping nous permet de savoir qu’ici aussi les mines sont bien présentes, mais aussi le plantage d’arbres, ce qui attire chaque été des Québécois dans le coin.

Une fois la vaisselle faite, nous faisons le tri de nos photos des derniers jours et je mets ce journal à jour. Il est minuit, Colette dort depuis au moins une heure et demie.


Mardi 11 septembre (jour 111)

Ce matin, nous nous préparons pour aller faire une randonnée. Nous préparons notre lunch, chargeons le sac à dos de toutes sortes de choses (vêtements chauds, eau, lunch, jumelles, etc) et hop, en route vers le centre de ski. Mauvaise surprise, la route qui y mène est non seulement en gravelle, mais c’est la pire que nous ayons pris depuis le début du voyage. Plus planche à laver que ça, tu meurs. Une chance qu’elle ne fait que 8 km!

Une fois arrivées en haut, ça nous prend 20 minutes trouver le début du sentier, car il n’y a aucune indication. Après, ça va mieux : la vue est magnifique rapidement, car le sentier monte de façon abrupte au début. Nous traversons la prairie alpine déjà aux couleurs de l’automne puis, nous arrivons au Lac Crater après 90 minutes de marche. Ce petit lac est superbe et… glacial! La vue sur les montagnes Telkwa est imprenable : sommets, glaciers.

Nous mangeons notre lunch bien installées à l’abri du vent. Colette prend le chemin du retour, pendant que je continue pour me rendre jusqu’à un point de vue. Comme il n’y a aucune indication et pas de sentier tracé, car c’est très rocailleux, je tâtonne un peu pour finir par me rendre compte que je ne suis pas dans la bonne direction. Une chance que je vois bien, en bas, le sentier par lequel nous sommes montées : je le rejoins en coupant par la pente de rocaille, ce qui est très exigeant pour me genoux.

Colette communique avec moi par walkie-talkie. Elle pense avoir vu un ours, ce qui lui a donné des émotions fortes. Une chance qu’il a vaqué à ses affaires et ne s’est pas préoccupé d’elle. Elle voit ensuite un cerf. De mon côté, je ne verrai pas d’animaux et je la rejoindrai une heure plus tard. Nous prenons la route et nous arrêtons dans un parc provincial superbe, au bord d’un lac. Comme il y a des douches, ce qui est rare dans un parc provincial, nous en profitons, car la randonnée nous a donné chaud et nous a fatiguées. Nous mangeons avec appétit le restant de spaghetti et hop, au lit! Nous entendons les huards sur le lac.

Je me réveille au milieu de la nuit pour un pipi : le ciel est si étoilé, que ça me donne le vertige!

Mercredi 12 septembre (jour 112)
Je me lève de bonne heure et je vais marcher au bord du lac qui émerge à peine de la brume matinale : de gros huards sont tout près du bord. Ils plongent avec grâce dans l’eau et se déplacent rapidement. Il y a aussi des canards sur le lac et des merles d’Amérique qui picorent sur la rive. L’endroit est paisible et nous prenons le temps de méditer après le petit déjeuner. Il fait très beau, mais frais ce matin : la nuit a été froide.

Nous voilà en route vers Vanderhoof, un village d’environ 5000 habitants, où habite le frère de Renée. Le paysage change graduellement et les montagnes laissent place à des collines et à la plaine. Nous passons un énorme moulin à scie : l’industrie forestière est très active ici, et d’autant plus que la forêt est infestée par le dendroctone du pin : pour ne pas perdre tout le bois, il faut donc couper en cinq ans ce qui aurait du être coupé en plusieurs dizaine d’années! Avis aux intéressés : ils cherchent de la main d’œuvre à 23 $ de l’heure.

Nous arrivons à Vanderhoof vers 14h30, après avoir franchi le cap des 18 000 km depuis notre départ. Nous apprenons au Centre d’information touristique qu’en plus de la foresterie, les mines et l’agriculture (élevage notamment) font aussi partie des ressources du coin. Vanderhoof est également connu pour ses 43 églises, ce qui en fait l’endroit où le ratio église/habitant est le plus élevé au monde. La sympathique personne du Centre d’information nous précise tout de même que seulement 1 600 personnes ont déclaré appartenir à une communauté religieuse. Bref, il ne faut pas trop se fier aux apparences, mais, Gérald, le frère de Renée nous dira plus tard que ces 1 600 personnes sont probablement des personnes TRÈS pratiquantes.

Comme la connexion internet est très bonne au camping, j’en profite pour mettre notre blog partiellement à jour, puis vers 17h00, nous nous pointons chez nos hôtes. Gérald habite à Vanderhoof avec Nathalie, sa femme et ses quatre enfants depuis sept ans. Il est professeur de langue et elle donne des cours de piano, en plus de voir à la bonne marche du quotidien familial. C’est le chantier chez eux, car ils sont en train de construire une grande rallonge en avant de la maison. Nous mangeons un bon repas avec eux et ils ont bien des choses à raconter : ils n’ont pas souvent de visiteurs avec qui ils peuvent parler français! Nous retournons au camping vers 22h30 avec des croissants maison de Nathalie.

Jeudi 13 septembre (jour 113)

La nuit a été frisquette : la propriétaire du camping me dit qu’il faisait – 2,6 ºC ce matin. Le gazon est en effet encore un peu givré. Après le petit déjeuner, Colette prend une bonne douche chaude pour se réchauffer les os, puis nous faisons un lavage, pendant que nous répondons à nos courriels.

Vers 12h30, nous allons chercher Nathalie, car nous l’avons invitée à manger au restaurant avec nous. Une bonne jasette entre femmes nous permet de mieux nous connaître. Après ce bon repas, nous allons laver Westy, qui est plein de bibittes écrasées. Ouf, ça prend un bon bras pour passer le savon, la brosse, puis rincer le tout avec le jet sous pression!

Nous prenons la route vers Prince George, qui est à 95 km de là. Un petit tour dans la ville d’environ 80 000 habitants nous permet de nous repérer. Avant d’aller nous installer au camping, nous allons au Centre d’information touristique et nous faisons une épicerie. Le camping est bien organisé et propre, mais il est très près de la grand-route et il y a pas mal de circulation. Je continue à mettre le journal et le blogue à jour, car j’ai accumulé du retard. Dodo vers 22h30. Note : nous avons changé de côté de lit : je dors maintenant du côté de la porte arrière pour que Colette soit plus au chaud la nuit.

Vendredi 14 septembre
(jour 114)

Une autre nuit froide. Colette, qui dort toute recroquevillée la nuit en réaction au froid, a une épaule douloureuse et des tensions dans le dos. Je fais plusieurs appels téléphoniques pour essayer d’obtenir un rendez-vous pour un massage, et, finalement, je tombe sur quelqu’un qui a de la place pour nous deux aujourd’hui! Il y a décidément beaucoup de chiens qui campent avec leur maître et certains ne restent pas sous la table comme le montre cette photo.

Nous déjeunons, nous vidons notre réservoir d’eau grise et nous rendons chez la massothérapeute pour midi. J’écris ce journal pendant que Colette est à son rendez-vous et j’attends mon tour avec impatience, car moi aussi j’ai une épaule sensible et le dos tendu. La masso placotte de tout et il n’en faut pas long pour que nous en apprenions sur sa famille et ses activités. D’un élan généreux, elle remet à Colette un contenant de crème pour appliquer sur son épaule les prochains jours et tant qu’à y être un pot de saumon mariné et un pot de compote de pomme, tous les deux faits maison!

Mais ce n’est pas fini! Lorsque je sors de mon massage, qui m’a fait beaucoup de bien, Connie me donne du pain de grains entiers fait par un boulanger du coin, du bœuf haché congelé produit par une ferme locale, de la salade…

La masso (Connie Erickson) placotte de tout : famille, activités, voyages. D’un élan généreux, elle remet à Colette un contenant de crème pour appliquer sur son épaule les prochains jours et tant qu’à y être un pot de saumon mariné et un pot de compote de pomme, tous les deux faits maison! Mais ce n’est pas fini! Lorsque je sors de mon massage, qui m’a fait beaucoup de bien, Connie me donne du pain de grains entiers fait par un boulanger du coin, du bœuf haché congelé produit par une ferme locale, de la salade…

Nous nous arrêtons pour une pause repas au parc Connaught Hill. Au menu, salade de laitue romaine, tomates et fromage feta : miam! Les arbres sont magnifiques : hauts et droits, ils dominent la ville. Il y a un jardin de fleurs aussi et c’est très relaxant d’être à cet endroit. Il faut beau et chaud. Nous allons faire un saut à la bibliothèque pour vérifier nos messages, puis prenons la route vers 17h45.

Je prends le volant, chose que je n’ai pas faite depuis plusieurs jours. Colette aime toujours autant ça conduire, mais quand elle est fatiguée, elle me laisse le faire : la conduite est répartie environ ¾ - ¼ . À peu près à 20 km de Prince George, un ours traverse la route. Lorsqu’il nous entend arriver, il se met à courir. Quelle puissance et quelle vélocité : il ne sert vraiment à rien de courir pour se sauver devant un ours!

À 100 km de Prince George, nous campons au parc provincial de Ten Mile Lake. Les sites sont superbes, privés et entourés de grands arbres, mais il commence déjà à faire noir. Je fais cuire des filets de sole dehors, à la brunante. Le fond de l’air est frisquet. Souper, vaisselle, lecture et hop, sous les couvertes, heu, non dans les sacs de couchage…

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