lundi 13 août 2007

En route vers l'Alaska et séjour à Faibanks

Mardi 7 août (jour 76)

Avant de quitter Dawson, nous recevons chacune un massage. Ouh là, là, je m’aperçois que plusieurs des muscles de mes jambes sont pas mal tendus.

Nous prenons donc la route et embarquons sur la Top of the World, dont Colette parle depuis des mois. C’est une belle route, mais moins spectaculaire que la Demspter. Sa particularité, c’est qu’au lieu de passer dans une vallée, elle court durant 150 km sur la crête des montagnes. Nous passons la frontière américaine à 100 km de Dawson, sans problème (décalage horaire par rapport à Montréal : quatre heures). .Après ça, la route devient plus difficile avec des passages raboteux, jusqu’à Chicken où il y a trois ou quatre commerces saisonniers et où les autobus s’arrêtent.

En poursuivant notre route vers Tok, nous voyons une femelle orignal traverser la route. Quel gros animal! À Tok, nous nous arrêtons pour souper dans un restaurant : soupe de poisson et saumon grillé. C’est correct, sans plus. Après avoir consulté un guide sur le camping en Alaska, nous optons pour le Sourdough campground, où paraît-il, il y a de l’animation.

Nous arrivons trop tard pour la partie chantée, mais nous assistons à un one man show assez remarquable. Le propriétaire du camping organise six soirs sur sept, un « pancake tossing contest ». Si on réussit à lancer une crêpe dans un seau (on a droit à deux essais), on gagne un petit déjeuner gratuit (crêpes, fruits et café à volonté). L’animation est vraiment tordante et devinez quoi? Ben oui, Colette, à son deuxième essai, a lancé la crêpe direct dans le seau. Sur environ 40 personnes, il y a eu seulement deux gagnants. Sauf les enfants, que l’animateur laisse s’approcher près du seau pour qu’ils puissent l’atteindre et ainsi « amener leur parents, qui eux vont payer leur déjeuner ». Le gars est vraiment drôle et l’atmosphère est extra : ne manquez pas ce camping si vous passez à Tok, Alaska.

Comme c’est devenu notre habitude, nous nous couchons vers minuit.

Mercredi 8 août (jour 77)

Après avoir pris une bonne douche, nous allons donc savourer un déjeuner gratuit et un autre payant. C’est très bon et, même payant, c’est le meilleur deal que nous avons eu dans le nord : les fruits sont très bons, les crêpes aussi.

Nous quittons Tok vers 13h15, après une visite au magasin de souvenirs. En Alaska, comme au Yukon, il y a beaucoup d’artisanat indien : sculptures en pierre à savon, en défense de mammouth ou de lion de mer, en panache de caribou. Il y a aussi beaucoup de plats sculptés dans du bouleau. Et l’Alaska, c’est le pays des « ulus », ces couteaux à lame courbes avec une poignée dans le milieu. Aussi, depuis que nous sommes en Alaska, nous voyons que plusieurs magasins vendent des peaux complètes d’animaux, ce que nous n’avions pas vu au Yukon.

La route qui mène à Fairbanks traverse plusieurs rivières très larges, mais dont les eaux ne sont pas très hautes. En fait leur lit ressemble plus à un delta. La route ondule en franchissant quelques collines. Nous arrivons tard à Fairbanks, mais ici, en été, ce n’est pas un problème, puisqu’il fait jour jusqu’à 23h30 environ. Après un tour au centre d’information touristique, nous nous installons dans un camping à environ 5 km du centre-ville (River Edge). Nous faisons une petite épicerie avant de souper. Depuis que nous sommes parties, je n’ai jamais mangé autant de poulet acheté tout rôti à l’épicerie.

Fairbanks compte son lot d’églises de toutes sortes, c’est assez fascinant. La Last Frontier Church côtoie 25 autres églises différentes, dont la Jesus Christ of latter-day-saints qui compte 12 lieux de prière, en passant par la Sacred Heart Cathedral et la Syndolous Lutheran Church.

Le camping s’avère moins tranquille que prévu. En plus d’être près de l’aéroport, dex gros bateaux à moteur bruyants passent sur la rivière, sans oublier une ou deux motos marines. Vers 22h30, nous entendons siffler le train pas loin. Hum!



Jeudi 9 août (jour 78)

Finalement, la nuit a été tranquille et il fait super beau ce matin à Fairbanks. Beau temps pour étendre, alors je fais le lavage. Le séchage ici est le meilleur deal que nous ayons eu : 60 minutes pour 2 $. Avec un lavage à 2 $ c’est une aubaine.

Nous prenons le temps de lire les informations touristiques sur la ville et les activités qui sont offertes. Il y en a beaucoup et le choix est si difficile, que finalement, nous ne ferons rien de spécial aujourd’hui, à part manger, lire nos courriels, lire et aller dans quelques magasins.
Nous prenons tout de même le temps de réserver deux billets pour une croisière sur un bateau à aube : comme ça, nous sommes sûres de faire quelque chose demain. Nous avons parfois tendance à laisser avancer la journée et lorsque nous serions prêtes à faire quelque chose, ben, buzzwell c’est trop tard… Nous nous en sentons parfois vaguement coupables, mais ça ne dure pas. Mais je commence quand même à avoir des fourmis dans les jambes et j’ai hâte d’avoir l’occasion de refaire une randonnée de quelques heures.

Fairbanks n’est pas une ville facile à apprivoiser : elle compte environ 30 000 habitants, 80 000 avec tous les environs. Le centre-ville est sans charme, tout comme le reste de la ville, étalée le long de plusieurs voies rapides.

La soirée au camping est plus tranquille qu’hier. Curieusement, nous sommes entourées de campeurs qui ont des chiens, mais ils sont tous bien élevés et sages. Je prends le temps d’écrire le journal de voyage pendant que Colette continue de lire avidement Harry Potter.

Vendredi 10 août (jour 79)

Après un petit déjeuner tardif (l’habitude s’est bien installée), nous allons prendre une marche dans les sentiers du Creamer’s Field migratory waterfowl refuge. Les grues ne sont pas là, mais le sentier est très joli et nous permet d’en apprendre plus sur ce coin de pays. Curieusement, alors que l’ensemble de l’Amérique du Nord était complètement recouverte d’une épaisse couche de glace, la région de l’Alaska ne l’était pas, ce qui a créé des conditions favorables pour la végétation et la faune. De plus, à cause du pont de glace qui reliait régulièrement l’Asie à l’Amérique du nord, certaines espèces ont migré d’un continent à l’autre : le bouleau est ainsi originaire de l’Asie.

Après cette marche d’environ trois kilomètres, nous voici en train d’embarquer dans un gros bateau à aube, avec environ 400 autres personnes. Le bateau compte quatre étages et notre guide a bien des choses à raconter sur la famille qui gère ce commerce (il y a aussi un très gros magasin de souvenirs) depuis quatre générations. La croisière commence par le décollage et l’atterrissage d’un petit hydravion, à gauche, puis à droite du bateau, dans le but de souligner l’importance historique de ce moyen de transport en Alaska. Nous entendons le dialogue entre le guide et le pilote, par le truchement de micros : rien de tel que les technologies modernes pour parler du passé.

Nous pouvons ensuite admirer plusieurs maisons de luxe construites au bord de la rivière Chena : avec leurs terrains bien entretenus, elles font pas mal carte postale. Nous nous arrêtons ensuite près d’un élevage de chien de traîneau et, toujours grâce au micro, le guide converse avec la propriétaire. Elle a environ 65 chiens, dont plusieurs sont à la retraite ou assez jeunes. Elle constitue chaque année une équipe de chiens adultes avec laquelle elle fait la fameuse course Yukon Quest : 1600 km entre Whitehorse et Fairbanks!

Deuxième arrêt avec escale : le village indien. Hum, j’avoue que j’étais très craintive de cet aspect de l’excursion, mais finalement c’est ok. Ce sont de jeunes femmes autochtones qui présentent certains aspects de la vie traditionnelle des Amérindiens de l’intérieur de l’Alaska : les indiens de l’Athabasca. Les présentations sont instructives et enjouées. Nous pouvons aussi voir de près un ingénieux piège à saumon.

Nous revoyons aussi la propriétaire des chiens de traîneaux. Ces derniers ne sont pas de gros chiens. Comme le fait remarquer leur maîtresse, si on les compare à des humains, ils ont plus un profil de marathoniens que d’haltérophiles : ils sont très endurants et ont la course dans leur gènes. Il faut les voir s’exciter avant le départ : en été, au lieu d’un traîneau, c’est un VTT qu’ils tirent.

Après cette longue sortie, nous allons faire un tour à la boutique. J’achète trois livres et Colette se procure un chandail rose et noir en polar. Colette va ensuite faire un tour au Pionner Park, pendant que je me repose dans Westy. C’est un grand parc où il y a toutes sortes de choses : reproduction de bâtiments datant de la Ruée vers l’or, voitures de train, galerie de mineurs, bateau à aube, galerie d’art, etc.

Un petit tour à l’épicerie pour acheter du saumon rouge sauvage (7,99 $ la livre c’pas cher) et à liquor store pour refaire nos réserves d’alcool. À mon grand plaisir, nous y trouvons de la Mike’s. Nous réaliserons plus tard qu’elle est fabriquée aux États-Unis et non pas en Colombie-Britannique. Résultat, au lieu de 7 % d’alcool, c’est 5 % et il n’y a pas de vodka dedans! C’est pas mauvais, mais c’pas aussi bon selon moi. Colette est plus conciliante.

Malgré ce que j’ai dit hier sur les chiens campeurs, il y a aujourd’hui, en arrière de notre site, deux petits chiens jappeurs qui s’énervent toutes les demi-heures. Leurs maîtres ne s’en formalisent pas trop et nous laissent subir leurs bestiaux mal élevés. Ça me démange d’aller donner à ces cabots une bonne raison de japper…

Samedi 11 août (jour 80)

Après une bonne douche (gratuite et bien aménagée), nous voici en route pour le marché du samedi à Fairbanks. L’artisanat côtoie les radis, les tomates, les compotes, le pain maison et les courgettes. Atmosphère sympathique. Nos faisons le plein de salade, de tomates, de radis et de pain. Nous achetons aussi des framboises. Ici, comme au Québec, les petits fruits sont chers, particulièrement les bleuets.

Nous quittons ensuite Fairbanks pour nous rendre dans le parc de la rivière Chena, à environ 50 miles de la ville. Il y a là une boucle de 4 miles qui mène aux Angels Rocks, avec une belle vue sur les montagnes environnantes. Arrivée en haut après une bonne grimpette, je décide de poursuivre le sentier jusqu’aux sources chaudes de la rivière Chena, soit une marche de 14 km. Grâce au walkie-talkie, je tiens Colette au courant de mes périgrinations. Je continue à gagner de l’altitude assez rapidement, puis je marche environ 5 km sur une crête : le paysage est magnifique et, en prime, il fait très beau. Les photos ne rendent pas justice à ce que j’ai vu. Sur la crête, je ne rencontrerai que trois femmes accompagnées de deux chiens. Cette vue à 360 degré est enivrante : je suis au-dessus de la ligne des arbres, et, à perte de vue, je ne vois que des montagnes : les plus proches atteignent environ 1000 mètres (3000 pieds), les plus éloignées sont nettement plus hautes. Certains versants sont verts, d’autres ocres. Il y a des bleuets partout et j’en mange de pleines poignées.

J’arrive à Chena hot springs enchantée, mais passablement endolorie. Je rejoins Colette, qui après avoir fait la sieste, marché un peu dans le sentier et lu, s’est rendue par la route aux sources chaudes. Comme nous sommes stationnées près d’un Westfalia importé d’Europe, nous engageons la conversation avec ses propriétaires. C’est couple d’Autrichiens dans la trentaine, qui ont pris une année sabbatique. Le véhicule, qui fonctionne au diesel, est arrivé à Halifax par bateau et eux par avion, à la mi-mai : ils sont allés à Terre-Neuve, ont fait une saucette au Labrador, puis les provinces de l’Atlantique. Au moment où nous les rencontrons, ils sont déjà allés aux îles de la Reine Charlotte. Comme ils doivent revenir à Halifax pour remettre le véhicule sur le bateau, nous les invitons à passer chez nous lorsqu’ils seront à Montréal.

L’aménagement extérieur des sources chaudes est bien fait : un grand bassin où on a de l’eau jusqu’à la poitrine ou aux épaules, une fontaine d’eau au milieu pour se rafraîchir et un jet d’eau chaude assez puissant pour un massage extrême du dos. C’est très agréable, surtout après une randonnée comme celle que je viens de faire. Seul bémol : les installations pour se changer sont très petites par rapport à la capacité d’accueil des lieux.

Nous revenons au camping vers 23h30. Une chance que Colette n’est pas aussi raplapla que moi : je suis dans un état de bienheureuse mollesse après ce bain chaud.

Dimanche 12 août (jour 81)

Journée grise. Après un petit déjeuner rapide, je me glisse sous Westy pour encore essayer de localiser la source du bruit que nous entendons et qui semble augmenter. Rien à faire, il n’y a rien qui bouge sous le véhicule. J’en suite quitte pour un t-shirt et un pantalon sales. Nous visons notre réservoir d’eau grise dans l’égout du camping, faisons le plein d’eau et lavons Westy avec un jet sous pression pour enlever les dernières traces de notre équipée vers le Cercle arctique. La terre, la gravelle et la poussière se sont accumulées dans tous les interstices de la carrosserie et des pneus.

Comme la liaison internet fonctionne bien ce matin, Colette met notre galerie de photos à jour, puis nous allons manger un gros hamburger dans un restaurant fréquenté par les gens du coin. C’est dimanche et plusieurs d’entre eux brunchent. Les hamburgers sont très bons et la serveuse sympathique.

Activité du jour : visite du Musée du Nord à l’université de l’Alaska. Après une présentation des rigueurs de l’hiver, nous visitons deux expositions. L’une, à caractère présente un très intéressant survol de l’histoire de l’Alaska. La seconde est plus artistique. Les deux sont très bien présentées et magnifiques. Les objets et les œuvres sont émouvants par leur beauté, leur diversité et les commentaires qui les accompagnent. C’est un délice pour les yeux, le cœur et l’esprit.

Un documentaire présente le sort des autochtones des Îles Aléoutiennes (http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Eles_Al%C3%A9outiennes). Ces îles ont été vendues en 1867 par la Russie aux États-Unis. Tant sous le joug des Russes que des Américains, ce peuple a été traité de façon révoltante : esclavage, déracinement forcé, promesses non tenues. Il a fallu 50 ans pour que le gouvernement américain accepte de présenter des excuses pour la façon innommable dont ces autochtones ont été traités durant la Deuxième guerre mondiale : déracinement forcé, internement, saccage de leurs maisons et églises, alors que la chasse au phoque rapportait des millions au trésor public. Pour en savoir plus (en anglais) :
http://arcticcircle.uconn.edu/HistoryCulture/Aleut/Jones/jonesindex.html

Nous nous installons dans un camping plus boisé que celui de River Edge. Colette mange du spaghetti et moi une grosse salade avec du saumon frais dedans, le tout accompagné d’un bon pinot noir californien. Il pleut pendant que j’écris ce journal de voyage, et il fait noir!

Aucun commentaire: