Fairbanks (Alaska)
C’est un peu difficile de prendre une décision pour la suite des choses à cause du temps maussade qui est prévu pour les prochains jours, mais nous choisissons finalement de réserver trois jours de camping au parc Denali, à environ 200 km au sud de Fairbanks.
Après avoir réglé le problème du blocage de notre carte de crédit en appelant la banque Scotia et avoir fait le plein d’essence, nous mangeons un délicieux repas dans un restaurant thaïlandais, pour un prix très raisonnable. Je fais aussi des photocopies de mon tableau de dépenses journalières : sur ces feuilles, je note toutes nos dépenses au jour le jour, comme je le fais toujours durant nos vacances estivales. Ça nous donne un portrait fidèle et ça nous permet de voir si nous respectons notre budget et quel montant nous pouvons prévoir pour une dépense spéciale comme un vol en avion ou une traversée en ferry.
Mardi 14 août (jour 83)
Il faisait beau vers 6h00 ce matin, mais ça c’est gâté et il pleut. Petit matin tranquille. Nous déjeunons tard et préparons un lunch pour notre excursion guidée dans le parc. Les navettes gratuites et payantes qui sillonnent le parc toute la journée peuvent être arrêtées n’importe où pour embarquer ou débarquer, ce qui permet aux randonneurs de marcher où ils veulent. Nous avons plutôt choisi d’embarquer dans un bus un peu plus confortable qui offre une excursion guidée avec un chauffeur naturaliste.
Vers la fin du voyage, lorsque nous arrivons à la rivière Savage, des autos sont arrêtées. Un renard roux est tout près de la route et un homme avec un gros appareil photo essaye de l’approcher. Il prend plein de photo et essaye toujours de s’approcher de plus près en s’approchant doucement, accroupi, ce qui lui donne un air comique : il a l’air d’un membre du SWAT qui veut coincer un gros méchant. Le renard s’éclipse vers la montagne, mais voilà qu’il réapparaît sur la route après avoir fait un cercle dans les broussailles. Il est un peu plus près et monsieur SWAT recommence à cliquer et à essayer de s’approcher. Le renard s’assoit, ce qui donne l’impression qu’il prend la pause : c’est rigolo.
Nous passons une autre nuit dans le parc au camping de Riley Creek. Les réservations de camping, de navettes et de bus doivent être faites au moins un jour à l’avance et parfois plus tant le parc est populaire : plus de 400 000 visiteurs par année.
Mercredi 15 août (jour 84)
Nous prenons du rosé au coin du feu, grignotons un restant de saumon sockeye, des chips et du fromage. Le temps est assez dégagé, le camping est tranquille et beaucoup plus bucolique que celui de Riley creek. Ici, des geais gris guettent les restants de repas et essayent même de les prendre avant que nous les mangions! Il y a aussi des lièvres qui habitent dans le coin. Ils nous guettent du coin de l’œil quand nous allons faire pipi dans le bois. Nous en profitons pour finir la bouteille de rosé et veiller au coin du feu en lisant jusqu’à ce que la nuit et la fraîche nous forcent à rentrer.
Jeudi 16 août (jour 85)
Petit matin tranquille et grisonnant. Quel privilège, jour après jour de pouvoir prendre son temps pour déjeuner, rêvasser, faire une petite vaisselle, passer un coup de petit balai dans Westy. C’est généralement moi qui fais le café, le thé et les toasts dans la poêle le matin. Je fais la vaisselle, Colette l’essuie et la range et elle arrange aussi le coin lit pour que ce ne soit pas trop
À 11h30, nous commençons à marcher sur un sentier qui longe la rivière Savage. En moins d’une heure, le temps s’est considérablement éclairci et il fait chaud, alors que nous étions parties avec polar et coupe-vent. Arrivées au pont qui traverse la rivière, nous poursuivons à droite et je décide de grimper un surplomb qui n’a pas l’air trop à pic. Ouais, ça a toujours l’air plus facile de loin. J’arrive néanmoins en haut après une bonne suée et je vois que la piste est beaucoup plus praticable de l’autre côté du pont. Et en plus, il faut maintenant que je redescende, ce qui, dans ce cas est
J’arrive saine et sauve en bas et nous traversons la rivière pour poursuivre le sentier de l’autre côté. Le ciel est complètement dégagé maintenant. Nous nous rendons jusqu’à un point de vue qui permet de voir assez loin. La rivière serpente longtemps et se perd dans les montagnes environnantes. Au loin, nous voyons des sommets plus hauts. Après une collation de Vache qui rit, de barre granola et de biscuits au sésame, nous nous séparons, après avoir ouvert nos walkie-talkie. Colette rebrousse chemin, tandis que je décide de gravir une autre pente, en espérant avoir une meilleure vue. Et voilà que ça recommence! Ce qui avait l’air d’une ascension raisonnablement difficile, devient plus ardu que prévu, car je dois traverser d’épais buissons d’arbustes. Et ça monte, et ça monte. Et quand je pense avoir atteint le sommet, ce n’est jamais tout à fait ça. Mais il fait beau, et je suis seule face à l’immensité et à la rivière.
Cet après-midi de plein-air nous a enchantées. Colette a beaucoup aimé ce sentier assez facile, qui donne quand même l’impression d’être au bout du monde, car nous étions seules pendant une partie de la randonnée. Ce qui est remarquable aussi, c’est que la végétation étant basse et les couleurs déjà changeantes (l’automne arrive vite ici!), on voit très bien le relief environnant. Nous retournons au restaurant près du Centre des visiteurs et nous nous régalons d’un ragoût de caribou.
Vendredi 17 août 2007 (jour 86)
Nous quittons le village de Denali vers 17h00, après avoir mangé une bonne soupe dans le petit café où nous avons pris notre petit déjeuner. En chemin, nos apercevons le fameux mont Mckinley, qui domine nettement les montagnes environnantes. Son sommet est tout blanc. Nous sommes chanceuses de le voir, car il est souvent masqué par les nuages.
Nous suivons le conseil de notre ami Sam (Edmonton) et nous nous arrêtons dans le petit village de Talkeetna, à environ 100 milles de Denali. Le propriétaire du camping est charmant et passionné de hockey. C’est un partisan des Sabres, car il habite Buffalo lorsque la saison est terminée. Nous rigolons un peu des déboires de nos équipes respectives.
À Talkeetna, les deux principales activités touristiques sont les vols d’avion pour aller voir le mont Mckinley et des excursions sur une des trois rivières qui se rencontrent à cet endroit. La pêche est aussi très populaire dans le coin. Le minuscule village est sympathique et décontracté.
Samedi 18 août (jour 87)
Nous campons dans le parc Chugach, à Eklutna lake. Le camping est plein, car il est très populaire la fin de semaine puisqu’il est à 25 milles de la ville. Nous trouvons quand même de la place dans ce que les anglophones appellent l’overflow (débordement). C’est en fait dans la partie du parc où les gens viennent passer la journée sans camper, mais c’est très bien, car il y a des tables à pique-nique et des emplacements pour faire un feu.
Nous nous installons et, pendant que je fais un feu, Colette prépare, pour la première fois depuis le début du voyage, une enveloppe de nourriture déshydratée : soupe de lentilles. Nous sommes en effet à sec, car nous n’avons pas fait d’épicerie depuis que nous avons quitté Fairbanks.
En plus, à 21h55, il arrive un couple avec un garçonnet d’environ quatre ans. Ils sortent du pick-up une espèce de jouet assez gros qui est une moto à quatre roues. Je me dit que faire rouler ça sur dans le stationnement ça va faire du bruit, mais c’est encore pire que ce que je pensais : ce bidule a un moteur électrique poussif qui fait un bruit très désagréable! La mère se tourne vers nous et nous dit, pour nous rassurer, qu’il ne jouera pas longtemps avec. Mais je suis tout bonnement estomaquée et je me dis que tous ces campeurs du dimanche devraient rester chez eux au lieu de venir faire du tintamarre dans les bois et faire chier les autres campeurs.
Heureusement que les gardiens du camping, qui discutaient avec nous au moment où la petite famille est arrivée, leur font comprendre qu’à partir de 22h00, c’est les « heures tranquilles » (quiet hours). La mère n’est pas très contente, mais respecte la consigne. D’ailleurs, on entendra son gamin parler et s’agiter jusqu’à au moins minuit.
Les gardiens du camping sont un couple à la retraite qui font ce travail depuis cinq ans en Alaska. Lorsqu’ils ont vu notre plaque du Québec, elle nous a dit « Bienvenue » en français et nous avons entamé la conversation. Elle a été élevée à Val d’or et lui a travaillé sur les chantiers des routes des grands barrages au Québec et ailleurs dans le nord. Les gens sont toujours surpris et admiratifs d’apprendre que nous sommes en voyage pour six mois. Ils apprécient que nous prenions notre temps pour visiter leur coin de pays.
Dimanche 19 août (jour 88)
Devinez ce qui nous réveille à 9h00 pile : la génératrice d’à côté. J’imagine qu’ils en ont besoin pour faire marcher le grille-pain et la cafetière… Nous nous levons et nous déplaçons de l’autre côté du stationnement, ce qui nous éloigne suffisamment du bruit, car il y un bel îlot d’arbres dans le milieu. Nous ne pouvions pas le faire hier soir, car on ne peut pas camper là.
Passablement fatiguée par cette ascension, je m’installe à l’abri du vent froid pour manger mon lunch. Comme il y a pas mal de bleuets dans le coin, je me mets à en cueillir et après 45 minutes mon sac Ziploc est plein.
Vers 18h00, nous prenons la route d’Anchorage qui est a seulement 25 milles de là. Nous cherchons un camping indiqué dans notre Guide du camping en Alaska, mais, bien qu’il soit récent, il semble tout simplement avoir disparu dans un grand chantier de construction. Nous nous installons donc au Golden Nugget, un gros camping pour VR où il ya de nombreux montres commes celui montré ci-dessous. Lorsque nous arrivons, le bureau est fermé. Il n’est pourtant que 19h00, mais le bureau ferme à 18h00. C’est la première fois que nous voyons cela dans un camping commercial. De plus, il y a un numéro de téléphone en cas de besoin après les heures d’ouverture, mais ça ne répond pas…
En revenant à notre site, nous jasons avec deux couples de Québécois qui sont installés juste à côté de nous. Ça fait longtemps que nous n’avons pas entendu parler français. Il y a très peu de Québécois et de Canadiens en Alaska. Le camping est rempli de gens qui viennent de partout aux États-Unis : Colorado, Texas, Michigan, Washington, etc. Et la plupart campent dans des monstres. Il y a aussi quelques vieux VR décrépis qui ne semblent même pas en mesure de rouler.
Nous soupons et regardons ensuite le DVD Harry Potter et la coupe de feu, car Colette aimerait bien aller voir le film qui vient de sortir adapté du volume qu’elle vient de finir. Il est bien tard lorsque nous nous couchons (1 heure du matin).
Lundi 20 août (jour 89)
Nous nous levons tard. Après avoir régularisé notre situation au camping et déjeuner, nous prenons le temps de faire un lavage. Colette en profite pour mettre des légendes dans les photos publiées dans Picasa, puis j’avance un peu le journal de voyage.
Westy a besoin d’un entretien : rotation des pneus, changement du filtre à huile, réparation du frein à main et vérification du bruit qui augmente, dont nous ne connaissons toujours pas la cause. La gérante du camping nous a remis une liste des compagnies qui font l’entretien et la réparation de VR. Vers 16h30, nous sommes au Centre d’information touristique pour que quelqu’un nous aide à repérer ces commerces sur le plan de la ville. Autre curiosité dans notre voyage, ce centre ferme à 17h00! À Fairbanks, ça fermait à 20h00 et à 19h00 en général dans les différents endroits que nous avons visités.
Nous allons chez Karen RV service, mais on nous explique qu’ici on ne fait que l’entretien de la partie VR du véhicule, pas de la partie mécanique. Le monsieur nous réfère à un atelier de mécanique où il envoie ses clients. C’est toujours plus rassurant d’avoir une référence que d’y aller au hasard.
Il fait gris et humide à Anchorage et Colette trouve ça difficile et un peu déprimant. Une chance que nous avons du chauffage dans Westy et que la belle musique lui remonte le moral. Je rédige le journal de voyage pendant que Colette fait des croquis : un caribou, un orignal, un attelage de chiens de traîneau, un ours, une baleine, un Amérindien au tambour. Dodo vers 23h00.
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