Lethbridge – Waterton National Park : 169 km
Nous allons faire un tour au jardin japonais de Lethbridge, un endroit créé pour souligner les cultures japonaises et canadiennes et pour guérir l’histoire. La région du sud de l’Alberta a en effet connu une immigration forcée de Japonais en 1942. Des milliers de Japonais vivant près des côtes de la Colombie-Britannique ont été déportés dans des camps, car on les considérait comme de potentiels espions à la solde des forces japonaises. Hommes, femmes et enfants ont été déplacés. Beaucoup ont travaillé dans des fermes où on cultivait les betteraves à sucre.
Le jardin est magnifique. Un horticulteur spécialisé y travaille chaque jour pour tailler les arbres afin qu’ils ne grandissent pas trop.
Nous prenons la route pour Waterton. Le vent est si fort que Colette roule à 80 km/h. Les rafales sont impressionnantes, car Westy, vu sa hauteur, est sensible au vent. Le paysage commence à changer et nous apercevons les sommets du parc. Plus nous approchons, plus nous apprécions la beauté de l’endroit. On passe le site du luxueux Hotel Prince of Whales. Nous nous installons au camping près du petit village de Waterton. Tout autour de nous, des montagnes et, à leur pied, le superbe lac Waterton : la vue est impressionnante.
Il fait froid et le vent souffle. Nous allons faire un petit tour au village, avec nos tuques sur la tête et des gants! Les cerfs du coin sont habitués à la présence humaine et se promènent dans le village ou se reposent sur la pelouse des maisons. Dans le camping, des dizaines de spermophiles (écureuils qui vivent dans des terriers) ont creusé leur terrier. Ils broutent l’herbe, se dressent sur leurs pattes arrière et poussent de petits cris. Le vent souffle : les rafales ébranlent un peu Westy. Une chance qu’on sait qu’il fera beau et chaud demain!
Mardi 26 juin (jour 34)
Journée à Waterton.
La météo est exacte : il faut beau et le vent est tombé. Je choisis, avec un peu de crainte de faire le fameux sentier qui mène au Crypt Lake : 17 km aller-retour avec une élévation de 675 m (2200 pieds). Il faut prendre le bateau pour traverser le lac Waterton. Colette m’accompagne jusqu’au quai. Nous sommes une vingtaine à embarquer sur le bateau de 10h00, qui viendra nous rechercher à 17h30. La traversée dure à peine 15 minutes (la navette coûte 15 $).
Je me joins à un couple de Texans pour faire la montée. Le sentier commence à grimper très rapidement et nous nous arrêtons pour ôter polars et coupe-vents. Cela nous prendra un peu plus de trois heures pour arriver au lac, après avoir traversé des paysages grandioses. J’apprendrai, autour d’un sandwich mangé au bord d’un chemin rocailleux que monsieur est avocat et madame, juge. Ils sont sympathiques, en forme (53 et 56 ans) et prennent beaucoup de photos. Certaines parties de sentier sont en forêt, d’autres à flanc de montagne. Dans la
Je fais le chemin du retour seule, par choix. Redescendre est plus rapide, mais tout aussi fatigant que de monter. Je prends tout mon temps, je m’arrête pour prendre des photos, pour admirer le paysage, les chutes qui parsèment ce sentier, les nombreuses fleurs. Mes jambes fonctionnent par automatisme, mes cuisses et mes fesses rouspètent, mes mollets sont à la veille de s’évanouir… Je poursuis mon chemin. J’arrive en bas vers 5h15, et comme le montre la photo, je ne suis pas la seule à être fatiguée... En comptant la pose du lac et une autre en montant, j’ai marché plus de six heures. Ça faisait très longtemps que je n’avais pas fait une telle expédition et j’en suis toute heureuse et fière.
Je rejoins Colette au camping. Elle a préparé un super plat de riz au curry avec crevettes à l’ail, piments jaunes et pois mange-tout. Je le savoure après avoir pris une douche que mes muscles endoloris apprécient. Nous retournons faire un tour au village : j’achète un chapeau et Colette, un t-shirt. Je dors de façon erratique durant la nuit : on dirait que la randonnée m’a tellement stimulée que le sommeil a du mal à s’installer.
Pour ma part (Colette), j’ai longé le sentier qui fait le tour du village puis grimpé pour rejoindre la pointe de l’Hôtel Prince of Whales. La vue de là est vraiment spectaculaire ! On y voit les deux parties du lac Waterton, le village et les pics des rocheuses qui s’étendent à l’ouest et au sud jusqu’aux Rocheuses du Montana (Chief Mountain). À l’est, nous avons une vue sur les plaines. Au tournant, dans l’aire de pique-nique près du lac, je vois cinq cerfs. Pour ne pas les déranger et les éloigner, je vais m’asseoir à une table en retrait. Surprise, ils décident de tous me passer sous le nez à moins de dix pieds de moi. Deux mâles avec leurs bois d’abord, comme s’ils vérifiaient si je constitue une menace, puis les deux femelles et le petit tout tacheté. Quelle beauté. Pas d’appareil photo, juste mes yeux pour apprécier ce spectacle. Ils vont boire au lac puis quittent vers le bois juste au moment où d’autres touristes arrivent sur les lieux.
Je me promène jusqu’à la chute Cameron et m’amuse à lancer des pierres plates dans le lac… je relaxe. Deux autres cerfs apparaissent devant moi. Celui avec les bois se dirige droit vers moi… j’avoue que c’est un peu intimidant. Je ne bouge pas et je m’assois. Il change de direction pour s’étendre 25 pieds plus loin avec la femelle qui le suit. La plage est à eux… mais ils me laissent m’asseoir, c’est gentil hein ! Après les cerfs de ce matin et ceux là… je ne les compterai plus…
Mercredi 27 juin (jour 35)
Waterton – Blairmore : 177 km
(Journée racontée par Colette) Petit matin étiré… nous prenons le temps de déjeuner, Françoise va vérifier les courriels, je regarde les multiples dépliants publicitaires et cartes routières. Nous prenons le temps de faire une vérification complète de Westy et ajustons le nécessaire. Nous avons des allemands comme voisins. Nous échangeons un peu avec une mère de Hollande et sa fille qui habite à Lethbridge, installées sur le terrain voisin.
Je montre la chute Cameron à Françoise, puis nous nous rendons au Red rock canyon. Le chemin est très sinueux, les paysages sont à couper le souffle. Nous faisons le sentier de la chute Blackiston (2 km aller-retour). Nous observons, perchés en altitude, des chèvres de montagne toutes blanches et très agiles. Avec les jumelles, nous apprécions ce spectacle. Elles sont cinq ou six, dont un petit.
Dîner pique-nique près d’une rivière, puis nous prenons un bout de la route des cowboys.
Retour au camping. Françoise écrit le journal de voyage. Dodo avec pas mal de maringouins qui voudraient bien entrer dans Westy et le train, que j’entendrai siffler trois fois durant la nuit. Françoise, qui avait mis ses bouchons, n’a rien entendu.
Jeudi 28 juin (jour 36)
Blairmore – Banff : 213 km.
Après un petit déjeuner tranquille, nous quittons le camping vers 11h30. Nous nous rendons au Centre d’interprétation du Frank Slide. Ce glissement de terrain a eu lieu en avril 1903 au petit matin et a coûté la vie à 70 personnes.
Nous regardons un film fort bien fait et assez poignant qui retrace cet événement dramatique. Bien que les causes exactes ne soient pas certaines, l’hypothèse la plus plausible repose sur plusieurs facteurs. Le principal est que la structure même de la montagne est instable, car du roc repose sur une base plus friable. L’exploitation d’une mine de charbon et des conditions météo particulières (dégel et gel) ont peut-être accéléré le phénomène. Nous marchons ensuite sur un sentier de 1,5 km qui traverse une partie des éboulis. Impressionnant, cet amoncellement de roche et cette vue sur la face défigurée de la montagne.
Nous retournons au Centre pour regarder un deuxième film, plus court, qui parle de de l’histoire de la région de Crowsnest, qui repose sur l’exploitation du charbon et le chemin de fer. Malheureusement, en 1914, la région a connu une autre catastrophe : une explosion dans la mine Hillscrest a causé la mort de 189 mineurs, la pire tragédie minière au Canada à ce jour.
Nous reprenons la route vers le nord en empruntant la 22, appelée la route des Cowboys. Elle est bordée de plusieurs ranchs, de collines, des rivières et de ruisseaux : très ouest buccolique! Nous y voyons aussi plusieurs groupes d’éoliennes. Nous nous arrêtons à Longview pour faire le plein d’essence et de propane, avant de prendre la route 541 qui mène au parc National de Banff sans passer par Calgary. Là aussi, plusieurs ranchs avec leurs grandes portes caractéristiques.
Nous nous arrêtons pour la nuit dans un tout petit camping provincial au bord d’une rivière.
Vendredi 29 juin (jour 37)
Il fait gris lorsque nous nous levons vers 8h30. Après avoir mangé quelques bouchées, nous prenons la route vers Banff. Nous sommes dans la région appelée Kananaskis et le paysage est magnifique. Des montagnes, la rivière Kananaskis et des dizaines de ruisseaux tout le long de la route.
Nous arrivons vers 11h30 à Canmore où nous déjeunons dans un restaurant végétarien sympathique. Nous faisons l’épicerie chez Safeway, notre plus coûteuse jusqu’à présent (102 $). Nous nous rendons à Banff, au Centre d’information du parc pour vérifier les disponibilités des campings. Certains sont déjà pleins : c’est la fin de semaine de la fête du Canada. Nous choisissons de nous rendre au camping de Johnston canyon, où nous arrivons vers 15h30. Nous examinons avec attention la carte des sentiers de randonnée qu’on nous a remise au Centre d’information. Le choix ne manque pas!
Le temps est très changeant : il se met à pleuvoir et à tonner un peu toutes les 30 minutes, puis ça se calme. Nous soupons, faisons la vaisselle. J’écris ce journal pendant que Colette, prise d’un accès de ménage, fait de l’ordre dans les dizaines de documents que nous avons accumulés depuis le début du voyage.
Samedi 30 juin (jour 38)
Nous nous levons de bonne heure et nous sommes dans le sentier de Johnston canyon à 8h30. C’est vraiment bien aménagé le long du canyon, bien que je n’apprécie pas trop le fait que ce soit asphalté. Mais j’imagine que c’est plus facile pour les marcheurs occasionnels et que ça permet de mieux contrôler l’érosion. Il fait frais dans le sentier à cause de l’humidité générée par le torrent impétueux. Ça grimpe de façon continue. Nous nous rendons à la chute supérieure, qui est spectaculaire et qu’on peut observer d’un peu plus près en allant dans une cavité creusée par l’eau : fine douche garantie!
Je poursuis le sentier vers les Inkpots, à 3 km de là et Colette redescend. Elle trouvera le stationnement plein à ras-bord. Lorsque nous sommes parties à 8h30, il y avait environ huit autos dans le sentier : il y en a maintenant plus d’une centaine!
Comme je me doute bien que le sentier de retour du canyon est plein de touristes, je choisis de redescendre par un sentier qui débouche dans un autre stationnement. Je communique avec Colette grâce au walkie-talkie et elle vient me cueillir vers 12h30. Elle me dit que le stationnement de Johnston Canyon déborde des deux côtés de la route. De mon côté, je n’ai croisé que trois couples en redescendant par le sentier Moose Meadows.
Nous nous rendons au Lac Moraine, à environ 45 km de là. Nous dînons dans Westy, puis nous marchons vers les Lacs consolation. Le sentier (3 km aller) grimpe de façon continue, mais un peu moins que celui de Johnston Canyon. Il mène à deux lacs entourés de gros rochers et de montagnes. Il y a quelques plaques de neige près du sentier avant d’arriver aux lacs. Colette est fatiguée, mais trouve quand même l’énergie de monter le Rockpile qui surplombe le lac Moraine et qui permet de prendre de belles photos. Pendant ce temps, je vais chercher Westy que nous avions stationné sur le côté de la route, car le stationnement du lac Moraine était plein.
Nous roulons quelques kilomètres de plus pour aller voir le lac Louise, surplombé par cet immense hôtel qui défigure le paysage. Nous revenons au camping de Johnston canyon passablement fatiguées. En fait, Colette est épuisée : elle a marché 12 km aujourd’hui, dont six en montée, un record! Pour ma part, j’ai parcouru 18 km, mais ce fut moins exigeant que le sentier de Crypt Lake à Waterton.
Dimanche 1er juillet (jour 39)
Nous quittons le camping vers 8h30 sans avoir déjeuner, car le chauffage de Westy ne fonctionne pas très bien. Il a plu durant la nuit et c’est humide. Nous pensions déjeuner au petit village de Lac Louise, mais finalement, nous déjeunons dans Westy, près d’un point de vue sur le Lac Bow.
Nous arrivons au Lac Peyto. Il y a beaucoup de monde. Nous montons au belvédère, puis nous prenons le sentier qui monte un peu plus haut. Le lac est toujours aussi magnifique avec sa forme irrégulière et son eau verte. Colette prend une photo et me demande de la photographier au même endroit qu’en 2001.
Nous prenons la route vers le Columbia Icefield, à environ 100 km. C’est moi qui conduit car Colette récupère de ses randonnées d’hier : ses genoux et ses muscles rouspètent. Les paysages sont superbes de tous les côtés et les plusieurs endroits sont aménagés pour permettre aux touristes de prendre des photos. Nous arrivons au champ de glace vers 15h30. Il y a beaucoup de monde! Nous pensions faire l’excursion en autobus sur la glacier, mais lorsque nous voyons de quoi il s’agit, nous décidons de passer notre tour. Nous faisons un tour à l’exposition qui explique les tenants et les aboutissants cde ce champ de glace qui compte plusieurs glaciers et qui se trouve sur une triple ligne de partage des eaux : de là, des rivières vont se jeter dans les océans pacifique, atlantique et arctique!
Nous allons au sentier de la crête Parker, mais il est fermé afin de préserver la fragile végétation arctique qui y vit. En effet, les touristes ont la fâcheuse habitude de ne pas rester dans les sentiers et d’écraser les petites plantes.
Nous nous stationnons en face de ce sentier et nous nous préparons un super souper : quinoa, oignons et poulet dans une sauce au curry. Avec un pinot rouge c’est vraiment délicieux. Nous observons des planchistes qui font quelques descentes sur une pente enneigée.
Nous pensions camper dans le stationnement du centre d’information, car on nous avait dit que tous les campings alentour étaient pleins. Heureusement, par curiosité, nous allons faire un tour dans le camping du ruisseau Wilcox et nous y trouvons un site parfait pour nous. Je fais du feu et nous nous couchons vers 21h30.
Lundi 2 juillet (jour 40)
Il a plus légèrement une partie de la nuit et il pleuviote encore lorsque nous nous réveillons vers 9h00. Une heure plus tard, il fait beau! Nous prenons le temps de déjeuner dehors et je fais des toasts sur le feu de bois. Nous quittons le camping vers midi. Nous allons marcher sur le sentier au pied du champ de glace. Dans le stationnement, nous sentons bien qu’il fait froid, malgré le soleil qui plombe : nous retournons nous couvrir et mettons tuques et gants qui s’avèreront très utiles. Malgré les conseils mentionnés sur des pancartes, plusieurs touristes prennent le sentier en sandales ou même gougounes, avec parfois un simple t-shirt sur le dos.
Bien que cela soit déconseillé, je monte plus haut que la limite suggérée sur le glacier. Après avoir marché dans la neige, je poursuis sur la glace en vérifiant avec mon bâton de marche si le sol est solide. Je m’arrête au moment où je trouve qu’il commence à y avoir trop de rigoles d’eau, car les mises en garde de ne pas marcher sur le glacier sont reliées au risque de tomber dans une crevasse.
Comme j’entends gronder l’eau de la fonte du glacier à ma gauche en redescendant vers le stationnement, je bifurque pour aller jeter un œil. Avec avoir grimpé quelques rochers je suis récompensée : l’eau verte et glacée dégringole vers un petit lac en bas. Nous quittons le champ de glace vers 14h30.
Nous nous rendons un peu lus loin pour faire le sentier du ruisseau Beauty, qui porte bien son nom. Une randonnée qui longe le canyon creusé par ce torrent puissant. Ça ressemble à Johnston Canyon, mais en plus grand, plus profond et plus sauvage, car le sentier n’est pas asphalté. En chemin, nous admirons quatre chutes. C’est assez vertigineux par endroits. Un coup de cœur pour Colette. Pour moi aussi, mais Crypt Lake est difficile à battre et j’ai eu beaucoup de plaisir au glacier ce matin.
Nous prenons le chemin de Jasper à une centaine de kilomètres de là. Le paysage est fascinant, les montagnes sont si impressionnantes, si plissées par endroits, qu’il est facile de s’imaginer leur formation, leur poussée, leur bousculade titanesque. Nous nous arrêtons à plusieurs points de vue, dont la grosse chute Athabasca, dont on voit la brume de la route.
En chemin, nous sommes servies côté animaux : un ours (qui a créé un embouteillage), des chèvres de montagne pas très farouches et des wapitis femelles qui broutent tranquillement.
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