Nous quittons le camping après avoir établi la liste des nombreuses choses à faire avant de partir vers Whitehorse. Après des achats chez Canadian Tire et une épicerie, nous allons à la bibliothèque pour finaliser notre blogue et notre galerie de photo Picasa. Un petit tour au Liquor store pour acheter de la Mike’s (vous ai-je dit que j’aime ce breuvage à la folie?) et nous voilà en train de laver Westy dans un « self-serve car wash ».
Nous retournons au camping du Fred Henne park, à proximité de YK. Nous dégustons tranquillement une salade grecque. Colette se couche vers 22h00 et je la suis environ une heure plus tard. Je lis beaucoup depuis que nous sommes parties. J’ai acheté plusieurs livres en route. Je viens de finir un livre fascinant sur un indien Blackfoot appelé Charcoal. Une plongée parfois dérangeante dans la perception du monde qu’avaient les Blackfoot : leurs codes d’honneur parfois violents et leurs coutumes d’avoir plusieurs femmes m’ont laissée perplexe. Ça m’a permis de mieux saisir la totale incompréhension qui régnait entre les Blancs et les Amérindiens.
Parlant d’Amérindiens, je voudrais corriger un point déjà abordé dans ce blogue. J’avais affirmé que les Blancs avaient massacré les bisons, provoquant leur extinction. En fait, les Autochtones ont participé au massacre aussi, attirés par l’argent qu’ils pouvaient tirer d’une peau et surtout, parce qu’avec l’arrivée des fusils, tuer cet animal était devenu beaucoup plus facile.
Mercredi 18 juillet (jour 56)
Nous arrivons à Fort Providence vers 18h30.
Nous nous installons pour la nuit au camping de Fort Providence, près du fleuve Mackenzie.
Jeudi 19 juillet 2007 (jour 57)
Fort Providence – Fort Nelson : 710 km
(Co): Françoise et moi nous réveillons au son des maringouins qui rôdent autour de nous. Il est 4h00 du matin… Françoise finit par se lever et je la suis vers 6h00. Nous quittons le camping à 7h20, déjeuner et vaisselle faite ; un record!
(Françoise) Nous nous rendons à Fort Liard, pour faire le plein d’essence. Nous nous arrêtons aussi au magasin d’artisanat amérindien. Il y a là de beaux objets en bois, en cuir de caribou, en panache de caribou, mais dont les prix sont trop élevés pour notre bourse : des mocassins pour 175 $, par exemple. Nous faisons le tour du petit village de 500 âmes, principalement des autochtones. Et je ressens le même malaise qu’ailleurs devant les maisons décrépies, les jeunes qui semblent s’ennuyer à mort, les femmes qui sont souvent obèses et qui semblent prématurément vieillies. Je me trompe peut-être, mais l’atmosphère me semble lourde, peu propice à une vie heureuse.
Nous nous installons au camping communautaire, en pensant y passer la nuit, car nous sommes fatiguées toutes les deux, après 500 km de route. Le camping est très joli, au bord d’un petit lac, mais il est infesté de moustiques. Nous soupons dans Westy, puis décidons de reprendre la route, pour plusieurs raisons. Les moustiques d’abord, il est assez tôt (18h30) et il nous reste 210 km à faire pour atteindre Fort Nelson, par une route asphaltée. Je prends le volant et nous amène à bon port vers 21h00. Mais comme nous sommes en Colombie-Britannique, nous devons reculer l’heure. Nous avons désormais trois heures de décalage avec le Québec. Nous avons parcouru plus de 700 km, aujourd’hui, un record depuis notre départ. Il faut dire que nous sommes sur la route depuis 7h20…
Nous sommes épuisées et comme nous avons voyagé vers le sud, nous accueillons la noirceur d’une vraie nuit avec soulagement, car nous sommes en déficit de sommeil à cause des longues heures de clarté au nord du 60e parallèle. Une bonne douche avant de se coucher ça aide aussi à se détendre. Aujourd’hui, nous avons franchi le dix millième kilomètre de ce voyage.
Vendredi 20 juillet (jour 58)
Fort Nelson – Liard Hotsprings : 310 km
Je ne m’étendrais par sur le sujet, mais ce fut un travail titanesque: la « Pioneer road » fut achevée en un an et une autre année fut nécessaire pour en faire une route plus carrossable. Depuis, cette route mythique a été entièrement refaite et est maintenant complètement asphaltée. Elle part de Dawson Creek en Colombie-Britannique et se rend jusqu’à Delta Junction en Alaska, 2451 km plus loin ((http://en.wikipedia.org/wiki/Alaska_Highway, pour en savoir plus).
Nous allons faire un tour au centre d’information touristique où nous trouvons pas mal d’information sur le Yukon et l’Alaska, où se rendent la plupart des touristes qui passent à Fort Nelson. Nous allons manger chez Boston Pizza (pas capable de faire une lasagne qui a de l’allure… mais pizza ok) avant de reprendre la route vers 16h00.
Nous traversons les parcs provinciaux Stone Mountain et Muncho Lake qui font partie du Northern Rocky Mountains park et qui sont tout simplement magnifiques : les montagnes, les lacs et les rivières (Tetsa, Trait) se succèdent tout au long de la Alaska highway et c’est un ravissement pour les yeux, même si le temps est gris et que nous essuyons quelques averses. Les pics sont moins élevés que dans les Rocheuses de Banff et Jasper, mais la route est plus pittoresque : la nature semble être plus à portée de marche et de photo. Nous voyons deux caribous, des bisons et des orignaux. Nous remarquons que plusieurs propriétaires de VR s’installent pour la nuit au bord de la route, dans des haltes.
Je me baigne une dizaine de minutes, mais comme je trouve ça un peu oppressant d’être seule avec la nuit qui commence à tomber, je retourne à la première piscine (Alpha Pool). Colette est en extase dans cette eau chaude : il y a même une petite cascade sous laquelle on peut s’asseoir pour se faire masser les épaules. Plus on remonte vers l’endroit où l’eau chaude arrive, plus la température augmente, jusqu’à atteindre 52 degrés, ce qui est insupportable.
Nous revenons au stationnement vers 11h00 : il fait presque noir, mais pas tout à fait. Nous nous endormons détendues et enchantées, au son de la pluie.
Samedi 21 juillet (jour 59)
Liard Hotsprings – Watson Lake : 220 km
Nous mangeons une soupe à l’orge (délicieuse) et un hamburger de bison (pas fort…) à la petite auberge située à côté du parc des sources et nous prenons la route vers 14h00. Le temps s’est éclairci et la route est magnifique. Elle longe la rivière Liard jusqu’à Watson Lake où nous nous arrêtons pour la nuit. C’est là qu’il y a la fameuse « forêt » de panneaux indicateurs laissés par des dizaines de milliers de visiteurs : de la Floride, en passant par la Suisse, l’Allemagne, le
Nous prenons l’apéro et je savoure ma Mike’s avec bonheur, car ça fait deux jours que je n’en ai pas pris. Je prépare le souper : oignons, ail, gingembre, piments rouges, coriandre séchées et feuilles de basilic frais, le tout assaisonné d’un peu de tamari et de sauce teriyaki et revenu dans l’huile d’olive. J’y ajoute un restant de poulet rôti et du tofu, ainsi que mon couscous spécial, que je prépare avec de l’huile d’olive et de la lime. Colette se régale et en reprend une portion. Nous nous couchons relativement tôt et profitons de la noirceur pour récupérer de notre déficit de sommeil accumulé à Yellowknife.
Dimanche 22 juillet (jour 60)
Watson Lake – Whitehorse : 430 km
Après avoir fait le plein d’essence, nous prenons la route vers 12h00. Un groupe d’environ 15 gros VR (genre autobus) vient d’arriver au camping : c’est ce qu’on appelle une caravane et ça remplit un camping ça Monsieur!
Nous faisons une courte halte au Swan Haven, un endroit où des milliers de cygnes viennent de reposer durant leur migration en avril. Il n’y a pas de cygnes, mais lorsque nous voulons repartir, un chien s’approche de nous. Il a l’air calme, mais se met tout à coup à s’énerver et à aboyer. Je ne sais trop s’il veut jouer ou s’il est méchant, mais lorsqu’il se met à grogner parce que je veux rejoindre le stationnement, ça devient plus corsé. Il montre les dents, je frappe du pied par terre, ce qui le fait reculer, mais il revient en grognant. Je commence à penser à trouver une roche ou un bâton pour le faire détaler, mais quelqu’un dans le stationnement apostrophe le chien d’une voix forte, ce qui suffit pour l’éloigner. Ouf!
Nous arrivons aux environs de Whitehorse vers 19h30 et nous installons dans un camping à environ 20 km de la ville. Comme il y a une laverie, nous en profitons pour faire notre lavage, car nous commençons à manquer de linge propre : je remplis deux laveuses.
C’est fou comment le fait d’avoir une réserve de linge propre et sec fait du bien! J’écris le journal de voyage, que j’ai négligé depuis trois jours et nous nous couchons l’esprit tranquille.
Lundi le 23 juillet (jour 61)
Ça fait exactement deux mois que nous sommes en voyage et c’est vraiment spécial et privilégié de penser qu’il nous reste encore quatre mois sur la route. Je suis très heureuse d’être rendue à Whitehorse. C’est pour moi une ville mythique, tout comme le Yukon est un territoire mythique. Nous déjeunons-dînons dans un petit café sympathique appelé Chocolate Claim : la soupe au saumon est délicieuse, ainsi que le croissant et le muffin que nous dégustons avec grand plaisir. Tout coûte plus cher ici, mais quand la qualité est là, c’est bien ok de payer.
Nous allons faire un tour à l’Association Franco-Yukonnaise pour dire bonjour et avoir de la documentation en français. La communauté compte environ 900 membres et est très active. Nous allons au Centre d’information touristique qui est très agréable et très grand. Nous y regardons un film sur le Yukon et ces merveilles naturelles : on y dit que si on boit une fois de l’eau de la rivière Yukon, that’s it, on reste au Yukon pour toujours!
Nous faisons un tour de ville en auto pour repérer les lieux et nous entrons dans quelques magasins : il y a beaucoup d’artistes dans le coin et c’est intéressant de pouvoir regarder leurs œuvres : peinture sur soie, peinture, travail du bois et de l’ivoire de mammouth. J’ai l’impression que cette concentration d’artistes donne à Whitehorse un cachet plus chaleureux et plus inspirant que Yellowknife, qui est plus une ville où on vient pour travailler plutôt que pour s’installer.
De retour au camping, nous nous préparons une salade laitue-avocat-saumon. J’ouvre la contenant de sauce Wafu que nous avions acheté avant de partir, mais, au moment où je perce la pellicule qui recouvre le goulot, surprise, ça gicle partout! La sauce a fermenté! Après avoir essuyé les dégâts, je prépare une vinaigrette et nous pouvons enfin manger.
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